‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 49 sur 61 · LA PLÀCK DE IA SORBONNE · texte numérisé non relu

LA PLÀCK DE IA SORBONNE

ces, essayait, par ordre même de son médecin, des impressions de l'air et du soleil. Non loin de son logis, assis sur l'un des bancs de pierre de la place de la Sorbonne, il avait à ses côtés ses compagnes fidèles, Jeanne et la mère Cormier. Toutes deux tâchaient par leurs propos de le tirer de son profond abattement, et à toutes deux, il souriait tour à tour, pour les remercier de leur bonne intention, lorsqu'un carrosse, débouchant par la rue de la Harpe, s'arrêta à quelque distance du banc de pierre.

Sous le prétexte de faire prendre au convalescent un salutaire exercice, Jeanne l'engagea dans une petite promenade sur la place; et, comme Lesueur longeait le carrosse, une voix en sortit qui prononça son nom. Il tourna la tête languissamment. La portière s'était ouverte, le marchepied venait de s'abattre.

<r Arrivez à nous, maître Lesueur, lui dit la même voix d'un ton d'enjouement; je vous amène un docteur qui, par phylactères et paroles magiques, pourra peut-être vous guérir de vos maux. Montez. »

L'artiste leva les yeux. Deux femmes masquées étaient dans la voiture. Encore dans le trouble de cette rencontre, à laquelle il s'efforçait en vain de donner un motif, il reculait d'un air d'indécision; mais la Brabançonne, le guidant doucement par le bras :

« Allez, lui dit-elle; Jésus ! les dames vous font-elles peur aujourd'hui? » Et Lesueur se trouva sur les coussins moelleux du carrosse, face à face avec les deux inconnues. La portière s'était refermée, et Jeanne, en poussant un soupir, se hâtait de rejoindre la mère Cormier.

Ne sachant que penser, dans l'attente d'une explication, le jeune homme, d'un air défiant et contraint, examinait tour à tour chacune des deux dames. Celle qui lui avait d'abord adressé la parole était grande, d'une taille élégante; et la façon dont elle agitait son éventail, en le rapprochant de sa bouche, les mouvements de son corps, le3 plis légers de

son menton, témoignaient que la contenance embarrassée de l'artisle excitait plutôt sa gaieté que son intérêt. L'autre, enveloppée dans une large cape, se tenait appuyée au fond de la voiture, dans un état de presque immobilité.

<r Vous aurez foi dans nos ordonnances, monsieur, lui dit la première en lui remettant un papier, une lettre; sinon, point de guérison! La lettre contenait ces mots :

« M. de Marillac m'est un étranger; je n'aime, et n'ai ja- « mais aimé que vous. Alors comment aurais-je pu apparte- « nir à un autre, cet autre fût-il le roi? Exigez-vous que je « le jure devant Dieu. Croire en mes paroles serait mieux à « vous? Dites que vous y croyez.

« Votre Louise. »

Lesueur prit le papier ; mais à peine eut-il entrevu la signature, que d'une main tremblante il le rendit à celle qui le lui avait donné.

«r Est-ce un piège qu'on veut me tendre? dit-il; est-ce encore une moquerie? et qui vous a chargé de ce soin, madame? Il y a sans doute de quoi s'égayer dans tout cela..., ajoutat-il avec son sourire plein d'amertume. Ah ! ne retenez pas le rire qui vous prend ; c'est un homme digne de la raillerie de tous, celui dont la raison se laisse vaincre si facilement. Mais cette lettre.... qui Va dictée?... qui l'a tracée?...- Connais-je cette écriture? Et vous-même, madame, qui ètes-

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