VOUS
La personne ainsi interpellée ota son masque ; mais Lesueur ne l avait jamais vue ; sa surprise et sa défiance s'en augmentèrent.
, « Mon visage ne vous est pas familier, et vous met en soupçon, maître Lesueur, lui dit la dame : peut-être daignerez -vous donner plus de créance à celui-ci. »
LA PLACE DK LA SOKBONNE. 315
Elle dénoua subtiloment le masque de sa compagne, et Louis*, Louise elle-même parut devant l'artiste, la figure baignée de larmes. Ces larmes, c'est en contemplant les I races que la maladie a laissées sur les traits de Lesueur, qu'elle les a senti couler ; c'est en remarquant cette sorte d'effroi et d'hésitation dont il est pris à son aspect, qu elle les sent couler avec plus d'abondance encore.
Elle le regarda douloureusement, puis lui tendit la main ; mais vers cette main il n'avança pas la sienne pour la saisir, comme il lavait fait avec transport au foyer de la mère Cormier.
« Ah! lui dit-elle avec des sanglots, vous avez ajouté foi à la calomnie !
— La calomnie!... répéta-t-il d'un ton d'accablement, et en laissant tomber son front sur sa poitrine. Eh bien ! madame...', oui.... c'est de la calomnie.... On vous a calomniée.... vous le dites, je dois le croire. Je veux avoir jusqu'à la fin confiance, dans vos paroles : elles seules m ont consolé déjà.... J'ai trop souffert en ouvrant l'oreille aux discours des autres !.... Dites aussi que vous n'êtes pas mariée.... j'y croirai de même. . .je tâcherai. . . . pour ne pas mourir !. ... » Fuis , se rejetant convulsivement dans l'angle opposé de la voiture : « Oh! s'éeria-t-il, je ne tiens pas à la vie cependant! »
Louise voulut parler, elle ne le put ; mille idées se pressaient en foule dans sa tête; mais les mots qui devaient les exprimer mouraient sur ses lèvres.
L'autre dame essaya de venir à son aide, mais avec ce langage froid des cœurs indifférents.
« Monsieur Lesueur, la démarche faite en ce moment par madame la 'comtesse vous dit assez l'intérêt qu'elle vous porte, et devrait, ce me semble, suffire à sa justification auprès de vous. *
— Sa justification! reprit le jeune homme ; et qu'a telle besoin de se justifier? L'ai-je accusée? S'il en a été ainsi,
INE MAITRESSE DE LOUIS Xltl.
c est donc dans le délire de la fièvre !.... Autrement, est-il une parole de ma bouche, est-il un mouvement démon cœur, qui n'ait pris parti pour elle. . . . même contre ma raison !....» Et se tournant vers la comtesse : « Louise, vous pleurez ... sur moi.... et sur vous, n'est-il pas vrai? Mais, encore une fois, ce n'est pas vous que j'accuse de mon désastre ni de votre chute!.... »
A ce dernier mot, le front de Louise se releva, la parole lui revint, ses pleurs s'arrêtèrent; faisant un mouvement vers Lesueur, comme si elle voulait qu'il pût mieux lire dans son regard :
«Écoutez-moi! s'écria-t-elle ; je ne suis pas coupable, sinon d'avoir cru trop légèrement aussi, moi, aux discours de ceux qui vous calomniaient. De là mou mariage, de là mon .malheur : ma faute n'a pas été plus loin ! Me croirezvous si je le jure? Eh bien! par le ciel ! par mon salut ! non, je ne suis pas, je n'ai jamais été la maîtresse du roi !... Vous gardez le silence.... doutez-vous donc <*ncore? »
Au même instant, une voix forte et vibrante se fit entendre en dehors de la voiture.
« Je ne doute plus, moi, madame! »
Et le petit rideau de la portière, tiré brusquement, laissa voir un homme à cheval, et dont la figure se trouvait à la hauteur de celle des trois interlocuteurs, terrifiés soudain à son aspect.
C'était Marillac.
« Merci, madame la comtesse, continua celui-ci, merci de cette bonne parole que vous ne m'adressiez pas, et qui m'est entrée si douce dans lame. » Il n'osa arrêter ses yeux sur Lesueur, en le retrouvant si pâle et si défait ; mais, les dirigeant sur l'autre dame, avec un sourire de dédain è*t d'ironie : « Mademoiselle de Chémerault, lui dit-il, il parait que vous èl* s une excellente Dariolette 1 pour les galants comme pour
1 CamérUte complais a ute, dans Amadis des Gaules.