L'HOTEL DE LA FERTK
lain air de gaieté tempéré seulement par des habitudes de dévotion.
On retrouvait sur sa figure la douce empreinte de ces bonnes âmes qui, après une vie quelque peu mondaine, passée au milieu de tendres affections, embrassent avec transport, quand vient l'Age, les idées religieuses, comme leur ouvrant un monde où elles peuvent aimer encore
Coiffée de nuit, enveloppée dans une large cape de tabis de Gènes, à grandes fleurs, ses pieds nus dans de petites mules de drap, tout témoignait assez qu'elle était chez elle, oubliant l'heure avancée de la nuit, et son lit qui l'attendait.
L'autre dame, jeune, blanche et rose, jolie à faire envie aux plus belles, encore parée, attifée, en collerette à la Mèdicis, des perles dans ses cheveux, des perles sur son front, n'était autre que mademoiselle d'Hautefort, fille d'honneur, confidente de la reine, et la première en date dans le cœur du roi.
Elle a quitté fort tard le Louvre, où, n'ayant pu trouver de logement pour la nuit (car tout le château était envahi par un surcroit de populatiou composée de médecins, de nourrices, de remueuses, de berceuses, etc.), elle est venue partager le lit de son amie, et quelque peu parente, la duchesse de la Ferté, et les charmes d'une causerie intime les retiennent encore toutes deux au coin du feu.
« Et qu'a dit le roi aux corporations ? demanda la duchesse en continuant une conversation dont le sujet avait été les scènes passées au Louvre dans la journée :
— Mais, répondit mademoiselle d'Hautefort, avec sa figure ouverte, enjouée, et en prenant l'air railleur qui lui était naturel, il a dit aux unes, en retour de leurs belles promesses : « Faites cela, et je vous serai bon roi. » Aux autres : « Qu'il eu soit ainsi, et comptez que... je vous « serai bon roi. » A celles-ci : « Agissez toujours de même, « et... je vous serai bon roi. » A celles-là... enfin sa for-
i2 USE MAITRESSE DE LOUIS XIII.
mule ordinaire et éternelle, qu'on peut traduire ainsi : « Tenez -vous sages, payez bien les impôts et redevances, « et je- vous laisserai faire. »
El elle partit d'un éclat de rire.
La duchesse était presque en disposition d'en faire autant; mais elle se retint; et, reprenant sa douce gravité :
« Vous n'êtes pas indulgente, mon enfant; avez-vous donc oublié si vite les bonnes leçons de l'abbé de Saint- Cvran? »
Elle leva alors avec componction les yeux vers un petit portrait de l'abbé, suspendu à l'un des panneaux de sa cheminée.
« J'ai dit la vérité, madame, et n'ai fait que répéter le texte pur des discours de Sa Majesté.
— Oh ! il y a, mon enfant, dans votre manière de parler d'elle, un levain de rancune. Le roi vous a retiré une partie de sa faveur, et cela agit en vous.
— Non, je vous jure, reprit la belle demoiselle d'un air un peu piqué. Sa faveur ne me fut jamais utile ; je n'y eus recours ni pour moi ni pour les miens ; elle se bornait donc à l'honneur de sa conversation. Il me parlait en ce temps, il est vrai, de plus prés qu'aujourd'hui, de trop près peut-être ; car le roi a la poitrine - délicate, et ses paroles n'arrivent pas seulement à l'oreille.
— Oh ! mais c'est de la haine ! s'écria la duchesse en élevant les mains, et se rejetant en arrière; c'est delà haine !
— Nullement ! continua tranquillement son interlocutrice. Ignorez-vous que ce fut à cette seule cause que MM. de Baradas et de Saint-Simon durent la philosophie grande avec laquelle ils reçurent la nouvelle de leur disgrâce comme favoris?
— Tenez , tenez , méchante enfant , relisez la Question royale de l'abbé de Saint-Cyran , et vous y verrez ce que le sujet doit de respect à son souverain .