LA LOI D ADULTÈRE
recevoir l'ordre de se retirer dans ses domaines de Richelieu ; que le comte de Charost, alors enfermé avec le maître, devait, avant dix minutes, à la tête des archers écossais, balayer le palais-cardinal ; et l'on s emhrassait, on se félicitait, en votant des actions de grâces A la reine, à monseigneur d'Orléans, à mademoiselle d'Hautefort, et surtout à la jolie comtesse de Marillac , dont on s'exagérait facilement le pouvoir sur l'esprit du monarque. é
D'Espenan, capitaine de service, sortit de la chambre du roi au milieu de cette rumeur. Tous, l'oreille avide, l'ail inquiet, l'entourèrent pour le questionner.
« L'affaire est faite, messieurs, répondit-il sans s'arrêter. CharosLvient de recevoir l'ordre, ce qui le met en grand émoi, car il est la créature de Richelieu ; mais, mordieu ! il faudra bien qu'il obéisse. Quant à moi, j'ai charge de faire défendre au ci-devant ministre l'accès même du Louvre !
— Vive le roi 1 . » s'écrièrent unanimement les seigneurs anticardinalistes.
Au même instant, la porte d'entrée s'ouvrit , la voix de l'huissier fit résonner ces mots :
". Son Éminence le cardinal-duc ! »
Et Richelieu, à la tête de plus de soixante gentilshommes des premières maisons du royaume, traversa les antichambres d'un pas grave et lent, la main appuyée sur l'épaule d'un page, laissant tomber sur les assistants ébahis quelques mots de bienveillance et de protection.
Comme il arrivait d'un côté, de l'autre, le comte de Charost, pâle, la figure bouleversée, sortait de chez le roi. Le ministre et le capitaine des gardes chargé de son expulsion se trouvèrent en présence. La foule attentive, en éveil, fit rumeur autour d'eux, attendant avec une grande perplexité le résultai de ce face à face.
Richelieu paraissait soucieux et souffrant : son attitude avait été d'abord celle d'un homme abattu par la maladie el les ennuis. Néanmoins, à la vue de Charost, il se redressa,
l NK MAITRESSE DE LOUIS XIII.
et l'apostrophai. t d'un air à la fois impératif et familier : « Venpz à moi, Charost, et prêtez-moi voire bras pour me soutenir. Vous allez m'accompagncr chez le roi : nous avons des ordres à vous donner. » Puis, se retournant vers les groupes de courtisans restés stupéfaits et la bouche béante en voyant Charost obéir à son injonction, quoique avec trouble et malaise : <i Messieurs, leur dit-il, je reçois vos salutations. »
Et incontinent on entendit la voix de l'huissier du cabinet retentir comme celle de l'huissier des antichambres, pour annoncer au roi :
« Son Éminence le cardinal-duc ! j>
La porte s'était refermée ; le rideau de velours aux franges d'or avait glissé sur sa tringle, séparant ainsi par une doublé barrière les acteurs principaux de ce drame des acteurs secondaires, l a bande anticardinaliste, déconcertée, inquiète, s'cffaçant contre les murailles, murmurait encore des paroles d'espoir et d'encouragement, d'une voix basse et tremblante, tandis que les partisans de Richelieu, la tète haute, le poing sur la hanche, semblaient attendre avec calme le résultat de l'entrevue.
Le cardinal connaissait la difficulté de sa position ; il n'ignorait pas les résolutions du petit coucher ; il savait que le roi ne l'aimait guère, et qu'entraîné par les événements de la veille à montrer le fond de sa pensée il lui rendrait difficilement ce pouvoir contre lequel il avait protesté luimême devant une partie de sa cour. Le ministre, dans les occasions périlleuses pour son crédit, feignait toujours d*» vouloir se retirer des affaires et d'en laisser le poids au faible monarque. Cette fois il se garda bien d'employer ce moyen ; c'eût été mettre le roi trop à l'aise. Mais aujourd'hui, si Richelieu se trouvait privé du secours de son arme familière, il ne s'en présentait pas moins au combat avec de bonnes provisions de guerre.
Suivi de Charost, quand il parut devant le roi, il le