‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 58 sur 61 · LÀ MAISON DR BEAUKROY · texte numérisé non relu

LÀ MAISON DR BEAUKROY

Il vit les champions so partager en deux bandes, cl gagner, trois par trois , et à cheval , les bords opposés de la petite plaine; puis il entendit pousser ce cri : « En avant! » Aussitôt, la bride et 1 epée d'une main, un pistolet de l'autre, le marquis de Montglat contre le marquis d'Effial Cinq-Mars, le comte de Maure contre Tristan l'Jlermite, Marillac contre de Rieux, s'avancèrent l'un sur l'autre au trot de leurs chevaux. Lorsqu'ils se trouvèrent à vingt pas, face à face, l'écho répéta six coups de feu.

La fumée déroba les combattants aux yeux du jeune spectateur. Son cœur bondissait dans sa poitrine à la briser. Enfin, le nuage dissipé, il revit les six lutteurs, encore droits sur leurs arçons, s'attaquer à grands coups d'estocade, et les lames, frappées par le soleil, se croisaient devant lui au milieu des éclairs. Les champions firent alors une passe de traverse, comme pour échanger leurs premières positions, et fournir la seconde course ; mais tout à coup un deux tomba de cheval et roula sur la poussière.

Un cri lamentable partit de la petite maison de Beaufroy.

Le page, qui avait jusque-là maintenu la haie entr'ouverte, la sentit se resserrer sous ses mains tremblantes et déchirées. 11 fit un dernier effort pour voir dans la plaine, et, parmi les cinq adversaires échappés aux chances terribles du combat, Monseigneur reconnut le comte de Marillac!

Le marquis de Rieux était mort, percé d'un coup d'épée au cœur.

Le premier mouvement du page, en apercevant son maître, fut de se prosterner et de baiser la terre, comme actions de grâces envers le ciel; et, quand il se releva, il entendit des voix partir non loin de lui, de l'autre côté de la haie, et l'une de ces voix prononçait le nom de Marillac. 11 prêta l'oreille.

Jacques Sirois et quelques archers se tenaient là, abrités ; r derrière une touffe d'arbres. Ils étaient accourus au bruit des armes à feu , mais sans intention apparente d'empêcher le

. combat de recommencer, si tel était le bon plaisir des combattants.

c Cordieu ! disait Sirois à ses compagnons, cela ne vous réjouit-il pas d'assister à cette belle partie de pistoletade ? Ce sont de doubles braves, ces raffinés d'honneur qui marchent ainsi à la fête entre l'estocade d'un ennemi et la hache du bourreau. Leur mettra la main dessus qui voudra ; mais, par les yeux de ma chatte ! je m'en défends. Nos ordres ne sont point pour le comte, mais pour la comtesse de Marillac. Cordieu ! si nous voulions, nous aurions aujourd'hui dans la ratière le ménage complet !

— Oui, dit un des archers , il semble que, par façon galante, le messire est venu se battre sous les fenêtres de sa femme, pour lui donner l'agréable passe temps de le voir tuer, h

Le page n'entendit plus que quelques mots encore, et en grande liAte il tourna la petite plaine pour rejoindre son maître.

On avait transporté le corps du marquis de Rieux dans une voiture ; déjà Marillac s'éloignait en compagnie de son beau-frère et de Cinq-Mars, lorsque Monseigneur parut à sa rencontre. Empressé qu'il était de lui donner des nouvelles de la comtesse, le page le saisit vivement par le bras; mais le comte, le repoussant avec rudesse, jeta un cri de douleur ; et le pauvre enfa ît resta muet, interdit, en voyant la pâleur de son visage, et le sang qui bouillonnait sous sa chemisette.

Marillac avait eu l'épaule fracassée par un coup de feu. Monseigneur, baissant la tête, n'ayant plus d'autre pensée que la blessure de son maître, le suivit silencieux jusqu'au moulin d'Olivet, où le valet de chambre de Cinq-Mars, élève barbier-chirurgien, s'était tenu, prêt à la circonstance, avec un appareil de pansement.

Depuis quelques minutes, les champions avaient disparu ; Louise et Lesueur, encore terrifiés par le spectacle du com-

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