‹ Une maîtresse de Louis XIIIChapitre 59 sur 61 · I.A MAISON DE «EADFROY · texte numérisé non relu

I.A MAISON DE «EADFROY

bal, ne trouvaient plus un mot à se dire. Celle jeune femme, tout à l'heure si forte dans ses résolutions, si fière même d'un danger qui donnait à son amour le caractère sacré du dévouement, sentait naître dans son. âme comme une impression de remords. Elle comprenait que, même victime d'un devoir imposé par la fraude, la femme, se courbant sous l'opinion du monde, doit subir toute sa part de malheur; que le ciel n'a pas voulu quelle pût à son gré changer sa destinée^ puisqu'il a réservé une palme pour la vertu qui souffre et se résigne ; et qu'enfin, devant le tribunal de Dieu, comme devant celui des hommes, il n'est pas permis de se faire justice à soi-même.

Lesueur éprouvait le besoin de rendre le calme à son amie; mais où pouvaient frapper ses paroles d'amour quand le falal édit retentissait encore aux. oreilles de Louise, et que l'écho semblait n'en avoir pas fini de répéter la détonation des armes de son mari.

« Eh bien ! lui dit-elle, voulant à tout prix rompre ce silence; eh bien! crois-tu encore aux longs jours de repos et de bonheur que nous nous étions promis ?

— Qui peut nous en ôter l'espoir? répondit Lesueur, affectant un visage tranquille pour la rassurer. Louise, on ignore notre retraite, et ce n'est pas ici qu'ils viendront nous chercher !

— Et pourtant c'est là, sous nos yeux, qu'il est venu, lui! Ton père te l'avait dit, et tu me Tas répété : « Le hasard ce marche souvent dans les voies de la Providence. » Si c'est le hasard qui l'a conduit devant nous, qui sait si Dieu n'a pas fait naître ce singulier rapprochement pour nous inspirer le remords de notre faute?

— De notre faute ! répéta Lesueur avec tristesse : ainsi donc lu te repens de mon bonheur!

— Non, j'en atteste le ciel ! mais je me repens de t' avoir entraîné dans mon mauvais sort !... Dis-moi, reprit elle avec un grand trouble, un » idée me poursuit : es-tu bien sûr qu'il

n'a pas succombé dans ce combat ? L'as-tu bien vu s'éloigner avec les autres? Tu me l'as dit.... si tu t étais abusé!... S'il élait là, gisant dans la poussière ! . . . attendant des secours. .. Lesueur, il y faudrait courir!... car j'ai porté son nom !... .Quelle esl cette nouvelle rumeur qui s'élève?... Oh! je ne puis vivre ainsi !... il faut que je voie ! »

Klle s'avança précipitamment vers la fenêtre, et tout à coup, reculant de deux pas, se cachant la figure entre ses mains, d une voix presque inarticulée :

« Regarde à ton tour, et invoquons Dieu! » dit-elle.

Lesueur, sans la comprendre, suivit de l'œil la direction qu'avait prise le regard de Louise, et resta saisi de stupeur.

Jacques Sirois, accompagné de quelques hommes portant l'arquebuse, s'était déjà emparé de tous les abords de la maison, et semblait n'attendre qu'un signal pour envahir leur asile. Lesueur reconnut, marchant auprès d'eux, un jeune garçon qui d'abord paraissait les conduire, et qui ensuite disparut rapidement : c'était Monseigneur. Louise aussi avait cru l'apercevoir, guidant les archers de la prévoté de Paris.

« Marillac!... murmura Lesueur avec un accent de haine.

— Oui, dit Louise, il nous a découverts, il nous a livrés ! il se venge !... Ce n'était donc point un hasard ! »

Quelques instants se passèrent encore dans une cruelle perplexité, pendant lesquels la rumeur s'assoupit ; la petite bande de Jacques Sirois faisait même en apparence min^de s'éloigner ; mais, taudis que Lesueur au désespoir, sans se tromper lui-même, essayait encore de rassurer Louise, une nouvelle troupe de gens armés, débouchant des environs du couvent des Bénédictines, se montra devant la maison de Beaufroy. Un homme en robe noire la précédait : c'était lui que Jacques Sirois avait attendu.

« Mourir, mourir pour moi ! s'écria Lesueur en tombant

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