‹ Une maîtresse de NapoléonChapitre 12 sur 44 · TALMA · texte numérisé non relu

TALMA

Fleury, Vanhove, Saint-Phal, Saint-Prix et Mole reculaient vers le passé, tandis qu'il marchait vers l'avenir. C'est autour de lui que gravitaient ces comédiennes et ces tragédiennes avec lesquelles George allait avoir à se mesurer. Parmi ces dernières, la plus redoutable était Marie-A une -Florence Bernardy Nones, dite Fleury. Sociétaire depuis onze ans, elle remplaçait souvent Raucourt dans ses principaux rôles, sans toutefois atteindre à la puissance de son jeu. Les portraits qui sont

Signature de la femme de Talma.

demeurés d'elle sont loin d'être flatteurs. Maigre, sèche, jalouse, elle était la plus mauvaise langue du théâtre. Quoique acharnée à se perfectionner, elle ne put jamais égaler Raucourt et l'entrée de George à la Comédie fut le signal définitif de sa décadence. Elle se retira cinq ans plus tard (1).

• (1) Georgo (jui la vit jouer dans And ro ma que, dit d'elle : « Mlle Fleury dans Hermione. Physi([ue ingrat, pas de moyens, mauvaise tenue, quelque chose de pauvre dans toute sa personne, mais une voix agréable, beaucoup de

C'était la seule, avec Duchesnois, sur laquelle nous reviendrons, que le répertoire tragique pouvait donner comme rivale à l'élève de Raucourt. Des autres actrices elle avait peu à craindre, leur emploi différant essentiellement de celui qu'elle devait occuper.

Mlle Vanhove, la seconde femme de Talma (1), ne fit jamais grand effet dans la tragédie, « le drame convenant mieux à son talent mélancolique (2) ». Iphigénie et Zaïre furent pourtant parmi les rôles qu'elle joua avec succès et un poète de l'époque crut pouvoir la comparer, en un mauvais quatrain, à la Champmeslé et à Gaussin (3) :

Des talens de la science, autrefois si vantés, Nous admirons en vous la gloire héréditaire :

cœur et de chaleur, disant admirablement bien; avec toutes ses qualités elle avait plus à lutter qu'aucune autre : la première apparition lui était défavorable; mais, à mesure ([u'elle parlait, on ne pouvait rester froid; elle entraînait, elle ne larmoyait pas, elle pleurait bien. Hermione ne s'harmonisait pas avec ces qualités... Elle pouvait être victime, mais ne pas en faire. »

(1) Femme divorcée du musicien Petit, dont elle se sépara le 2G août 1794, Charlotte Vanhove épousa le 16 juin 1802, à la mairie du X" arrondissement, Tahna, divorcé lui aussi avec Louise-Julie Careau. Charlotte avait alors trente cl un ans, étant née à La Haye le lo septembre 1771. Son père était Charles-Joseph Vanhove, sociétaire de la Comédie. Elle mourut, mariée en troisièmes noces au comte de Châlot, le 11 avril 1800, et fut inhumée au cimetière du Mont-Parnasse.

(2) Manuscrit de Mlle George.

l'S) C'est de Gaussin qu'un critique écrivait : « Peu d'Intel-

La nature est votre art ; et vous ressuscitez Champmelé pour Racine, et Gaussin pour Voltaire (1).

Quant au reste, avec une voix touchante et monotone, dit Geoi'ge, elle était jolie, fraîche et agréable. En charmes, Thérèse-Etiennette Bourgoin, les pouvait disputer à Charlotte Vanhove. « Sa tête ronde, son air ingénu, son sourire malin, ses beaux yeux clairs et qu'on eut dit chastes, son verbe haut, ses plaisanteries épicées, » telle la décrit M. P'rédéric Masson(2). Et c'est vrai. Qu'on regarde ce portrait que nous possédons d'elle, c'est tout cela, et plus encore. C'est sur les planches de la Gaieté, et en qualité de danseuse qu'elle avait débuté : ses pirouettes et ses jetés-battus la menèrent à la Comédie-Française. Ses belles relations, puissantes et efficaces, y étaient pour

ligence, peu d'art, mais une voix et une figure célestes. Le parterre était plein de ses amants. » Geoffroy, Cours de littérature. — Parmi ses amants était Bouret, ce fameux fermier général, qui se ruina splendidement et mourut d'une façon mystérieuse le 10 avril 1777,

(1) Almanach littéraire ou Étrennes d'Apollon, recueil de productions en vers; faisant suite aux Etrennes d'Apollon, qu'a rédigées pendant vingt ans Daquin de Château-Lion, par C. J. B. Lucas- Rochemo ni , membre de la société libre des Belles- Lettres de Paris. A Paris, de l'Imprimerie de Suret, rue Hyacinthe, n° 522; an IX, 1801, p. 137.

(2) Frédéric Masson, Napoléon et les Femmes [VAmour). Paris, 1897, p. 132.

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