‹ Une maîtresse de NapoléonChapitre 19 sur 44 · DÉCISION · texte numérisé non relu

DÉCISION

Ceci est indigne de celui dont nous ferions un Roi. Mon intention est de faire baron l'aîné de la famille, avec une dotation de 10.000 francs ; je ferai baron l'aîné de l'autre branche avec une dotation de 4.000 francs, s'ils ne sont pas frères. Quant à ces demoiselles (1), savoir

et encore : « Cinna était son ouvrage favori. » Manuscrit de Mlle George.

1^1) Le 15 juillet 1816, une des descendantes de Corneille écrivait au comte de Pradel, ministre de la maison du Roi, pour lui faire connaître que la représentation du 6 juin 1816, au théâtre de l'Opéra, accordée par Louis XVIII à son bénéfice, n'avait rapporté net pour elle que 4.000 francs. Elle ajoutait : « Je vois avec la plus vive douleur, que l'on croit avoir fait tout en ma faveur, et je n'ai pu, avec cette

leur âge et leur accorder une pension telle qu'elles puissent vivre (1).

Lui qui dit que « la tragédie échauffe Tâme, élève le cœur, peut et doit créer les héros, » méprise ceux qui ne tâchent qu'à amuser. « Je gage qu'il n'aurait pas fait de Molière un chambellan, » dit Fleury (2). Ce goût pour l'héroïsme cornélien, il prétend l'imposer au peuple, à son peuple, à la France. Pour ce il trouve des moyens propres à exciter en même temps l'enthousiasme.

Au milieu des représentations des tragédies, brusquement apparaît le commissaire de police, ceint de son écharpe. La scène s'arrête, les acteurs se rangent, et le commissaire lit les bulletins de la Grande Armée, et, dans le silence de la salle,

misérable représentation que payer une partie de mes dettes. Je ne les ai pourtant contractées que pour nourrir et élever les rejetons d'un homme dont la mémoire commande quelque intérêt. Je n'ai rien négligé pourtant pour réveiller l'attention royale... Cependant je suis toujours dans la détresse !... Je prends soin d'un neveu de vingt ans à qui je fais faire son droit; j'en ai un autre, il faudrait qu'il lût au collège, et ce qui me décire [sic) l'àme, c'est de voir que le sort de mes pauvres nièces n'est pas encore assuré d'une manière digne de notre ayeul : cette idée m'anéantie ! [sic). Elles savent pourtant qu'elles descendent du grand Corneille : cette pensée en élevant leur âme rend leur sort que plus malheureux. » Catalogue d^aulographes Laverdet ; avril 1862, p. 39, n° 325.

(1) Correspondance de Napoléon /", t. XXV, p. 140.

(2) Mémoires de Fleury, de la Comédie-Française (1789-1822), p. 354.

s'envolent ces noms obscurs encore : Eylau, Friedland, Tilsitt, Essling, Wagram, que l'histoire recueille (1). Et la représentation continue, mêlant ainsi l'épopée présente à l'épopée antique, rejoignant César et Napoléon, l'Empereur romain et l'Empereur français. 11 a l'orgueil — déçu î — de croire que sa prodigieuse destinée, que sa gloire lourde de lauriers, peut inspirer le Corneille nouveau, le Corneille de son siècle. D'avance il lui est tout acquis.

A M. de Champagnij.

Posen, 12 décembre 1806.

Monsieur Champagny, la littérature a besoin d'encouragements. Vous en êtes le ministre ; proposez-moi quelques moyens pour donner une secousse à toutes les dilTérentes branches des belles-lettres, qui ont de tout temps illustré la nation (2).

La médiocrité des poètes de PEmpire lui semble une insulte à sa gloire, à l'honneur de la nation. Pour un mauvais couplet d'Opéra, deux lettres nobles et furieuses :

A M. Cambacérès.

Berlin, 21 novembre 1806.

Si larmée tâche d'honorer la nation tant quelle le peut, il faut avouer que les gens de lettres font tout pour

(1) Manuscrit de Mlle George.

(2) Correspondance de Napoléon l""^, t. IX, p. 85.

la déshonorer. J'ai lu hier les mauvais vers qui ont été chantés àlOpéra. En vérité, c'est tout à fait une dérision. Comment souffrez-vous qu'on chante des impromptus à l'Opéra ? Cela n'est bon qu'au Vaudeville. On se plaint que nous n'avons pas de littérature, c'est la faute du ministre de l'Intérieur. 11 est ridicule de commander une églogue à un poète comme on commande une robe de mousseline. Le ministre aurait dû s'occuper de faire préparer des chants pour le ^2 décembre (1).

A M. de Champagny.

Berlin, 21 novembre 1806.

Monsieur Champagny, j'ai lu de mauvais vers chantés à l'Opéra. Prend on à tâche, en France, de dégrader les lettres, et depuis quand fait-on à l'Opéra ce qu'on fait au Vaudeville, c'est-à-dire des impromptus? S'il fallait deux ou trois mois pour composer ces chants, il fallait les employer. La littérature étant dans votre département, je pense qu'il faudrait vous en occuper, car en vérité, ce qui a été chanté à l'Opéra est par trop déshonorant (2).

Tant de soins devaient rester vains. Seul le théâtre répondait à de si hautes et si belles espé-

(1) Correspondance de Napoléon 1^% t. IX, p. 689.

(2) Ibid.

rances, et faute de trouver un Corneille, dont faire un roi, Napoléon trouva un Talma, dont il fit son ami, et George dont il fit sa maîtresse.

PREMIÈRE NUIT (l)

C'est à George qu'il appartient de conter cette liaison. Elle Ta fait avec un luxe de détails et une précision dont on saisit toute l'importance, quand on sait que, aux jours de déchéance, cette liaison lui semblait le plus beau fleuron de sa couronne. Nousn'interviendronspas dans son récit. Aussibien importe-t-il d'en conserver toute la saveur et tout le pittoresque. A ceux qui le lui pourraient reprocher elle peut répondre que, fixant une page d'histoire, elle ne s'est guère préoccupée de la littérature.

Je venais de jouer Iphigénie en Aiilide (Clytemnestre). Le Consul assistait à la représentation. En rentrant chez moi, je trouvai le premier valet de chambre du Consul,

(1) M. Frédéric Masson, vol. cit., p. 134, place celte première visite à la date de nivôse an X, et non an XI, comme le fait écrire une coquille typographique, à M. Lyonnet, vol. cil.., p. 9.

Constant, qui venait me prier, de la part du Consul, de permettre que Ton vînt me prendre le lendemain, à huit heures du soir, pour me rendre à Saint Cloud ; que le Consul voulait me complimenter lui-même sur mes succès (1). — Je fus saisie d'une manière affreuse, moi qui, quelques jours avant, manifestais au Prince (2) le désir ambitieux de parler au Consul. On m'offre cette occasion, et je me trouve pétrifiée. Étais-je contentei En vérité, non, et dans ce moment j'étais fort désireuse de grandeurs ! Que vais-je faire ? que répondre à ce Constant qui était là avec sa figure réjouie et qui paraissait fort étonné de l'immobilité delà mienne? Moi qui ne pensais jamais au prince Sapieha, j'y pense alors ; lui, si excellent, si grand seigneur, qui m'offre tout ce que je peux désirer, qui est très amusant, qui a d'excellentes manières, qui ne demande qu'à baiser le bout de mes doigts, qui me laisse parfaitement libre, et dans ma tranquille innocence, chose bien convenue entre nous et bien respectée! Que pouvais-je désirer, mon Dieu? rien. Eh bien, si, j'avais besoin d'être ingrate, et allais l'être en effet. Je l'avoue, la curiosité l'emporta, l'amour-propre, peut-être, que sais-je, moi ?

Je réponds à Constant :

— Dites au Premier Consul, Monsieur, que j'aurai l'honneur de me rendre demain à Saint-Cloud. Vous

(1) Alexandre Dumas, racontant l'aventure à sa manière, la place après une représentation d'Andromaque : « Un soir, ou plutôt une nuit, après une représentation d'Andromaque^ la femme de chambre d'tlermione entra toute effarée dans la loge de sa maîtresse en disant que le valet de chambre du Premier Consul était là. » On voit que George, au contraire, dit expressément que la visite de Constant eut lieu chez elle, après une représentation d'Iphigénie en Aulide, C'est donc bien George qu'il importe de croire.

(2) Le prince Sapieha.

LA FEMME QUI COUCHA AVEC l'eMPEREUR iSi»

pourrez venir me prendre à huit heures, mais pas chez moi, au théâtre.

Au théâtre ! pourquoi ? Je n'en sais rien. Pour me compromettre tout de suite, sans doute. Sotte vanité qui venait iionteusement s'emparer d'une pauvre jeune fille !

J'étais triste après avoir congédié Constant. Je passai une nuit toute d'agitation, j'étais mécontente de moi. Mais que vais-je lui dire, moi, au Consul? Que me veutil ? D'ailleurs, il pouvait bien venir chez moi. Décidément cette entrevue me trouble et je suis bien tentée de ne pas y aller à son Saint-Cloud? Malgré toutes ces réflexions, je calculais comment il faudrait m'habiller. En blanc ou en rose ? Une belle toilette ou un joli négligé ! Bah ! je verrai cela demain. Je vais dormir, à la fin ; mon Dieu, pourquoi le Consul a-t-il la fantaisie de me voir? Il est maître, on ne peut le refuser. C'est juste, ce n'est pas ma faute, je ne pouvais pas refuser. Ainsi, dormons.

A huit heures je sonnai ma femme de chambre.

— Eh bien ! Clémentine, je n'ai pas fermé l'œil, j'avais envie de vous sonner pour causer. Voyons, parlez, que vais-je mettre pour aller là?

— Ah ! mademoiselle, que vous êtes de mauvaise humeur! Il y en a tant d'autres qui voudraient être à votre place !

— Tu crois cela, toi ? C'est joli !

— Oui, oui, mademoiselle, si la Volnais, la Bourgoin, voire, même Mlle Mars, pouvaient être appelées à votre place, elles seraient ravies. Songez donc ce que c'est que le Premier Consul ! Si vous ne le comprenez pas. c'est que vous êtes tout à fait une enfant.

Cette Clémentine était une servante maîtresse, très fine et très rusée. Elle piquait mon amour-propre par vanité, elle allait au but. Pauvre humanité !

La journée me parut d'une longueur démesurée; je ne

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pouvais rester en place; j'allais au Bois de Boulogne, je revenais chez mon parfumeur, chez ma marchande de modes ; au théâtre, je rencontrai mon bon Talma.

— Qu'as-tu donc? Tu as Tair d'une folle. Je te dis bonjour, tu ne me réponds pas, tu me pousses pour passer. Es-tu malade? ou en veux-tu au régisseur?

— C'est vous, Talma, qui êtes fou de me dire ce que vous dites, je n'ai rien.

Fleury (1), me prit par les mains, le vilain moqueur.

— Voyons, regardez-moi, vous êtes rouge comme une cerise aujourd'hui, vous ordinairement pâle comme le lys de la vallée. Ètes-vous en colère? Voyez donc. Contât; ne lui trouvez-vous pas lair étrange, un air de conquête? Hé ! hé ! il y a quelque chose I

Ah ! mon Dieu, saurait-on déjà? Qu'est-ce qu'ils me veulent donc, tous ces gens-là?

— J'ai mal à la tête, est-ce que je ne puis avoir mal à la tête? Vous avez bien la goutte, vous, monsieur Fleury, qui vous moquez de moi; eh bien, est-ce que vous êtes de bonne humeur, quand vous avez la goutte ?

— Oh ! qu'elle est méchante ! Ne lui parlons plus; elle est en train de nous maltraiter tous, même son bienaimé Talma. Embrassons-la pour la punir et sauvonsnous.

Charmant et aimable Fleury ! 11 était toujours marquis, même dans ses pantoufles et dans sa robe de chambre.

(1) Abraham- Joseph Bériard, dit Fleury, né à Chartres le 27 octobre 1750, débuta à la Comédie-Française le 7 mars 1774, et fut reçu sociétaire le 12 mai 1778. Il partagea la captivité de ses camarades emprisonnés après les incidents de Paméla, rentra avec eux à la Comédie-Française et ne prit sa retraite que le 1" avril 1818. Décédé dans le Loiret, à Valençay, le 3 mars 1822, il fut inhumé à Orléans. Ses Mémoires ont été rédigés par l'acteur Laffitte.

Je rentrai vile chez moi; il me semblait que j'avais un écriteau sur le dos où l'on avait écrit mon rendez-vous. Enlin six heures.

— Allons, Clémentine, habillez-moi : un négligé blanc en mousseline, rien sur la tête, un voile de dentelle, un cachemire, voilà tout.

Je vais aller au théâtre pour passer les deux heures mortelles.

— ^'enez avec moi; vous m'avertirez quand Constant sera là.

Je m'installe dans une loge pour être bien là seule. Volnais vient m'y trouver. Oue le bon Dieu la bénisse

Quel ennui ! On jouait Misanlhropie el Uepenlir (1), je ne l'oublierai jamais.

— Verrez-vous tout le spectacle, George?

— Non, et vous ?

— Non plus, j'ai atlaire à neuf heures.

(1) Drame adapté par Mme Mole de l'allemand. Il fut représenté pour la première fois par les comédiens français le 28 décembre 1798. Le succès en fut prodigieux, et inspira plusieurs parodies parmi lesciuelles on peut citer : Cadet- Roussel mysanthrope et Manon repentante, par Aude ; la Veille des noces ou l' Après-souper de Misanthropie et Repentir^ par DoRvo; A tout péché miséricorde, par Demantohs et Chazet, etc.

— Bon, elle aussi.

— Où allez-vous donc dans une toilette si riche ? Y a t-il un bal quelque part?

— Non, je vais en soirée. Vous avez une parure bien éclatante. (J'avoue que je préférais la mienne; elle était plus simple.) Pauvre Volnais ! Elle allait chez son brave gouverneur, le général Junot. Cette parure faisait présager un mauvais goût de l'adorateur. Cette liaison a duré assez de temps ; elle lui a flanqué sur le dos des enfants qu'il n'a jamais faits, mais que Michelot (1) a pris soin de fabriquer (2).

Clémentine vint :

— On vous attend.

— Ah ! Clémentine, que je voudrais revenir chez moi ! Je trouvai Constant au bas de l'escalier de l'entrée des

artistes. Nous allâmes prendre la voiture conduite par le fameux César, qui heureusement aimait à se rafraîchir ce qui, le jour de la machine infernale rue Nicaise, sauva TEmpereur et l'Impératrice qui se rendaient à l'Opéra, car notre César, étant un peu trop désaltéré, mena ses chevaux avec une telle rapidité que le coup affreux fut manqué (3).

(1) Pierre-Marie-Nicolas, dit Théodore Michelot, sociétaire de la Comédie-Française le !«'• octobre 1811; il avait débuté, suivant l'usage, à Versailles, le 10 mars 1805, Il ne quitta la Comédie-Française que le 1" avril 1831 et mourut à Passy le 18 décembre 1856. Sa tombe est au cimetière Montmartre.

(2) « Ceci pour toi, mon cher Valmore. » Note du manuscrit de Mlle George.

(3) Dans les Mémoires de Constant, premier valet de chambre de V Empereur, sur la vie privée de Napoléon /"; sa famille et sa cour, la légende de l'ivresse du cocher César, qui s'appelait d'ailleurs, Germain, est nettement démentie. Le rédacteur de ces Mémoires dit : « Le cocher qui conduisit si heureusement le Premier Consul s'appelait Germain. Il

Nous voilà partis. Ce qui se passa en moi pendant la route, il m'est impossible de le décrire. Mon cœur battait à me briser la poitrine. Je ne causais pas, allez. De temps à autre, je disais à Constant :

— Je meurs de peur, vous feriez bien de me reconduire chez moi et de dire au Premier Consul que je me suis trouvée indisposée. Faites cela et je vous promets de revenir une autre fois.

— Ah ! oui, je serais bien reçu !

— Mais quand je vous dis, monsieur, que j'ai une peur tellement forte que je ne pourrai dire un mot ; que je serai glacée, et que votre Premier Consul me jugera pour la plus grande bête qu'on ait jamais vue. Savezvous que j'en serai fort humiliée?

Ce Constant riait de tout son cœur, ce qui me parut assez impertinent.

— Rassurez-vous, vous verrez combien le Consul est bon; vous serez bien vite remise de votre frayeur. Soyez donc tranquille, il vous attend avec une vive impatience, etc. Ah ! nous voilà arrivés ! Allons, mademoiselle, rassurez-vous.

Nous traversons l'orangerie, puis nous arrivons devant la fenêtre de la chambre à coucher donnant sur la terrasse, où Roustan nous attendait. 11 soulève le rideau,

l'avait suivi en Egypte, et, dans une échauffourée, il avait tué de sa main un Arabe sous les yeux du général en chef qui, émerveillé de son courage, s'était écrié : « Diable ! voilà un brave ! C'est un César !» — Le nom lui en était resté. On a prétendu que ce brave homme était ivre lors de lexplosion. C'est une erreur que son adresse même dément d'une manière positive. » On sait que Joséphine n'était point dans la voiture du Premier Consul. Ce soir du 3 nivôse an IX (21 septembre 1800) l'Opéra donnait, par ordre, la Création, d'Haydn.

ferme la fenêtre sur moi, passe dans une autre pièce. Constant me dit :

— Je vais prévenir le Premier Consul.

Me voilà seule dans cette grande chambre : un immense lit au fond et en face les croisées, de grands rideaux de soie verte, un grand divan agrandi ; estrade en face de la cheminée. De grands candélabres, chargés de bougies allumées, un grand lustre. Eh ! mon Dieu ! c'est éclairé comme un jour de bal! est-ce effrayant? rien ne peut échapper aux regards, une tache de rousseur serait vue. Tout est grand ici, pas le moindre petit coin mystérieux où l'on puisse se dérober, tout est à découvert, c'est trop beau pour moi ! Mettons nous dans cette bergère. Là, entre le lit et la cheminée, je serai un peu cachée, on ne m'apercevra pas de suite. Ah ! cela me rassure ; puis, mon voile baissé, je serai plus hardie.

J'entends un petit mouvement. Ah ! comme le cœur me bat !

C'est lui. Le Consul entre par la porte qui était de l'autre côté de la cheminée, porte donnant dans la bibliothèque (1).

Le Consul était en bas de soie, culotte satinée blanc(2),

(1) « Tous ces détails vous paraîtront bien futiles, ma chère Marceline; je pense pourtant qu'il faut les donner. » Note du manuscrit de Mlle Geoige.

(2) Sur un mémoire pour le troisième trimestre de 1808, de Chevalier, tailleur particulier de l'Empereur, on trouve le prix de ces culottes de Bonaparte : « Deux culottes de poude-soie blanc, doublées en toile royale, 108 francs. » Document publié par Alph. Maze-sensieh, les Fournisseurs de Napoléon /" et des deux Impératrices, d'après des documents inédits tirés des Archives nationales, des Archives du ministère des affaires étrangères et des Archives des manufactures de Sèvres et des Gobelins. Pans, 1893, p. 25.

uniforme vei't, parements et collets rouges, son chapeau (1) sous le bras. Je me levai. Il vint à moi, me regarda avec ce sourire enchanteur, qui n'appartenait qu'à lui, me prit par la main et me fit asseoir sur cet énorme divan, leva mon voile, qu'il jeta par terre sans plus de façon. Mon beau voile, c'est aimable s'il marche dessus ! Il va me le déchirer, c'est fort désagréable.

— Comme votre main tremble ! Vous avez donc peur de moi, je vous parais effrayant ; moi, je vous ai trouvé bien belle, hier, madame, et j'ai voulu vous complimenter. Je suis plus aimable et plus poli que vous, comme vous voyez.

— Comment cela, monsieur?

— Comment? je vous ai fait remettre 3.000 francs après vous avoir entendue dans Emilie, pour vous témoigner le plaisir que vous m'aviez fait. J'espérais que vous me demai:deriez la permission de vous présenter pour me remercier. Mais la belle et lière Emilie n'est point venue.

Je balbutiais, je ne savais que dire.

— Mais je ne savais pas, je n'osais prendre cette liberté.

— Mauvaise excuse ; vous aviez donc peur de moi ?

— Oui.

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