‹ Une maîtresse de Victor HugoChapitre 104 sur 145 · Cf. Journal des Concourt.. . ; tome I, pp · texte numérisé non relu

Cf. Journal des Concourt.. . ; tome I, pp

que sourire : a Heureusement que je suis vieux^ î» Vieux? Hé non! certes! Il rendait encore jalouse Mme Hugo. Ainsi, à Guernesey, il eut certain jour une bonne bien singulière, répondant pour lors au nom d'Eva, après avoir eu celui de Camélia aux environs de la rue Breda et de Jeannette « dans le Alliage où elle gardait les dindons. » Cette Evafit sensation à Hauteville-House dès sa première apparition. Elle distribuait les assiettes avec un air évaporé et marchait avec un balancement déhanches tout à fait gracieux. Hugo la regarda avec plaisir, ce qui fît lancer un « hum î hum î » significatif par un des invités de ce jour, le proscrit Kesler. Et Hugo de dire : « Expliquez ce « hum! hum! » ami Kesler, ayez le courage de votre opinion! » Cette opinion se traduisit par deux vers anglais, attribués, un peu complaisamment, peut-être, à Milton, « où il était question du poète-serpent, de la bonne Eve, du paradis-alcove, et de la nuitvoile. » Hugo dépha sa serviette et se tourna vers son cousin Asseline :

A ce distique un peu mordant^ Beconnais le poète à dent.

Mais ce troubla au point la jeune Eva qu'elle en laissa tomber trois assiettes. Il est vrai qu'elle

1. Victor Hugo à George Sand; Hauteville-House, 18 mai [1862]. — Correspondance...] p. 251.

« dévorait Victor Hugo de ses yeux enflammés qui étaient fort beaux, et Hugo supportait cette artillerie avec sa sénérité olympienne. » Mais les assiettes!... Mme Hugo fit semblant de craindra pour sa vaisselle et mit cette Eve à la porte du paradis \ Juliette n'en eut-elle pas fait autant? Elle aussi eut à intervenir quelquefois dans ce genre d'afîaires. Ainsi, après l'exil, elle montait à Paris bonne garde autour du poète et surtout autour des lettres « pas mal tournées » que lui adressaient des admiratrices. « Le poète les lit avec plaisir, quand Mme Drouet ne les met pas dans sa poche-. » Elle les ouvrait en fronçant le sourcil, et, quelquefois, avec une façon hautaine, elle les lui communiquait, disant : « Tenez, Monsieur, c'est de Mme une telle, vous savez que vous n'avez rien à lui refusera » Rien?... Pourtant elle n'était pas, a-t-on dit, jalouse, et « juste ce qu'il en fallait*. » A preuve. Maintenant, veut-on lire une des lettres de cet habituel courrier? C'est la moins banale et la moins coutumière qu'il faut choisir, et c'est un exemple entouré de quelque mystère qui va être

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