‹ Une maîtresse de Victor HugoChapitre 136 sur 145 · L'AFFAIRE JOHN BROWN · texte numérisé non relu

L'AFFAIRE JOHN BROWN

Du fait que Mme Victor Hugo demeura écartée souvent, et si longtemps, de la vie laborieuse de son mari, il ne faudrait pas conclure qu'elle n'y participa jamais. A titre d'exemple de l'activité qu'elle y apporta quelquefois, on peut citer l'affaire du dessin du Pendu^ fameux, à juste titre, parmi les productions graphiques du poète. Il dessinait, on le sait, volontiers, et avec facilité. Avec le pouce, avec le canif, du grattoir, du cure-dent, il composait des dessins inattendus auxquels il mêlait, avec l'encre, les mixtures les plus extraordinaires \ Envoyant à Baudelaire un de ces dessins, il disait : « J'ai fini par y mêler du crayon, du fusain, de la sépia, du charbon, de la suie et

1. Gustave 'Simon, Yhite à la. maison de Victor Hugo...; p. 51.

foutes sortes de mixtures bizarres qui arrivent à rendre à peu près ce que j'ai dans l'œil et surtout dans l'esprit ^ » A propos de l'exécution du nègre John Brown, il fit une saisissante composition par ce procédé. Ce Brown avait tenté d'affranchir les esclaves de Virginie. Arrêté avec ses compagnons, Copp, Stephens, Green et Copland, il fut traduit devant un tribunal de colons virginiens sur un matelas trempé de son sang. Condamné à mort, il vit se soulever en sa faveur les Etats du Nord de l'Amérique, mais le gouvernement virginien, refusant de se plier à ces manifestations, laissa s'exécuter le jugement contre John Brown, et le nègre fut pendu\ Victor Hugo, champion de toutes les tolérances émancipatrices, était dans son rôle en protestant. Il protesta donc, et par des lettres publiques, et, enfin, par le dessin du Pendu, Chenay, graveur de son métier, \it ce dessin à un voyage à Guernesey et demanda la permission de le graver. Le poète lui répondit par cette lettre ouverte, autre forme de protestation :

Hauteville-House, 21 janvier 1860.

Cher monsieur Chenay, Vous avez désiré graver mon dessin de John Brown,

1. Lettre à Charles Baudelaire; Hauteville-House, 29 avril 1860. — Victor Hugo, Correspondance...; pp. 236, 237.

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