‹ Une maîtresse de Victor HugoChapitre 24 sur 145 · Edmond Biré, Victor Hugo après 1852...; p · texte numérisé non relu

Edmond Biré, Victor Hugo après 1852...; p

4. Adolphe Brisson, L'Envers de la Gloire; enquêtes et documents inédits; Paris, s. d., in-18, p. 28.

n'en jugeait point ainsi. C'est par les Goncourt que nous savons, qu'à un dîner, où elle s'était évertuée à prendre part à la conversation, le poète la foudroya et la réduisit au silence par « un regard impossible à rendre. » Mais, enfin, pour se prononcer, on a mieux que des ouï-dire suspects ou des témoignages faciles à récuser. C'est la déposition d'Adèle elle-même, non telle que le livre Vietor Hugo raconté ou quelques articles de sa plume dans l'Evénement, mais ainsi qu'on la peut deviner à travers les épîtres flambantes et dévorantes des Lettres à la Fiancée. Par les missives du fiancé on peut imaginer le texte de celles de la fiancée, il répond à ce qu'elle dit, et ce qu'elle dit donne une pauvre idée de l'Adèle au début du mariage, tout au moins. « Si l'éditeur des Lettres, a dit fort justement M. Louis Guimbaud, a compté que leur publication servirait de revanche posthume à la rivale de Juliette Drouet, il faut bien reconnaître que l'éditeur s'est trompé*. » Et, en effet, comment ne pas reconnaître que ce sera une pauvre compagne intellectuelle pour le grand poète de demain, que celle qui lui écrit qu'elle n'est « pas capable d'apprécier le talent poétique ^7 » Elle reconnaît donc,

1. Louis Guimbaud, Victor Hugo et Juliette Drouet; La, Contemporaine ; 2d février 1902, p. 163.

2. « Tu me dis, par exemple, que tu n'es pas capable d'apprécier le talent poétique.... » Lettre de Victor Hugo à Adèle;

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par avance, qu'elle ne pourra être en rien la collaboratrice de l'époux, que ce qui fait la vie de sa vie, la flamme de ses labeurs, lui demeurera toujours étranger. Ah! qu'il a raison, Paul Chenay, le candide et rancunier beau-frère de Victor Hugo, de nous confesser, avec une aveugle naïveté, de Mme Hugo, que « quoique élevée dans la petite bourgeoisie simple et honnête du fonctionnarisme, probe, méticuleuse et économe, elle était grande dame d'instinct, intelligente et très apte aux choses intellectuelles ; elle avait le sens artistique très développé!. » On vient de voirie degré du « sens artistique » d'Adèle à la veille de son mariage. S'est-il développé par la suite? Sans aucun doute, oui. «Elle ne sort presque jamais, » disait, en 1829, Evariste Boulay-Paty-, mais elle vivait chez elle dans une atmosphère d'art et d'intelligence telle que c'aurait été un miracle quelle n'en eût rien retenu et guère profité. Cette transformation ne s'est, évidemment, produite en son intelligence qu'au bout de quelques années, après un laps de temps matériellement difficile à définir, mais qui

Paris, 13 novembre 1821. — Victor Hugo, Lettres à la Fian- ^ée...;p. 99.

1. Paul Chenay, Victor Hugo à Guernesey ; souvenirs de son beau- frère; Paris, s. d., in-18, p. 271.

2. Lettre d'Evariste Boulay-Paty au poète Eugène Lambert ; Paris, 23 octobre 1829. — Dominique Caillé, Un romantique de la première Jœure...; p. 29.

alla certainement de 1822 à 1832, jusqu'au moment où la crise sentimentale la sépara de son mari. Alors survinrent les circonstances qui décidèrent de la séparation morale. Le poète était prêt à accepter, en dehors de chez lui, la consolation amoureuse d'une intelligence amie. Mme Hugo ne reconnaissait-elle pas implicitement sa part de responsabiUté en disant, « ingénument, » paraît-iU (( qu'elle n'était point faite pour être la femme de Victor Hugo'? » Dès lors, et nous entrons dans le cœur de notre sujet, ne peut-on pas se demander si, ne pouvant être la femme de Hugo, elle ne préféra point devenir la maîtresse de Sainte-Beuve?

1. Léon Séché, Juliette Drouet...; Revue de Paris, 15 février 1903, p. 746.

Méthode indiquée par Sainte-Beuve pour connaître de la psychologie d'un personnag-e. — Application de cette méthode à lui-même. — Son physique. — « Mon visage assidu, délices de tes yeux. )■> — Ce qu'il en faut croire. — Sainte-Beuve jug-é d'après ses photographies. — Son débraillé. — « Il n'a pas de chaussettes! )> dit sa mère. — Ses infirmités. — Inconvénients d'une rétention d'urine pour un voyage à Compiègne. — Sainte-Beuve dans ses rapports avec les femmes. — Les dames du grand monde. — Querelle des deux secrétaires de Sainte-Beuve. — Les anecdotes « scandaleusement obscènes » de Pons. — La fausse Espagnole. — La nièce Jenny. — La manchotte. — Une cuisinière amie des conducteurs d'omnibus. — Moralité de Sainte-Beuve. — Il est infidèle à ses amis. — Il est hypocrite en matière de religion. — II est couard. — Il n'a pas le sens du ridicule. — Il n'a pas conscience de la dignité. — Il est indiscret. — II est calomniateur. — Il écrit mal, ignore la valeur et le sens des mots; il est incohérent et absurde. — Et c'est lui que Mme Hugo a pris comme amant?

« On ne saurait s'y prendre de trop de façons et par trop de bouts pour connaître un homme, c'està-dire autre chose qu'un pur esprit. Tant qu'on ne

Lettre de Sainte-Beuve à Arsène Houssaye

relative aux exemplaires du Ziyre d'amour.

s'est pas adressé sur un auteur un certain nombre de questions et qu'on n'y a pas répondu, on n'est pas sûr de le tenir tout entier. Que pensait-il en religion? Comment était-il afîeclé du spectacle de la nature? Comment se comportait-il sur l'article des femmes? sur l'article de l'argent? Etait-il riche? était-il pauvre? Quel était son régime? Quelle était sa manière journalière de vivre? etc. Aucune des réponses à ces questions n'est indifférente pour juger l'auteur d'un livre et le livre lui-même. Ces diables de biographes ont eu la plupart jusqu'ici la manie de rester dans les termes généraux. Ils trouvent que c'est plus noble. Ces gens-là masquent et suppriment la nature \ » Procédé d'enquête qui faisait dire à Mirecourt : « Il juge l'œuvre et l'homme par la manière dont ce dernier, par exemple, s'habille ou mange la soupe ^ » Ne le discutons point ici, et, puisque nous avons à juger Sainte-Beuve, appliquons le procédé à son auteur. Posons-nous les questions reconnues essentielles par lui-même, persuadé comme lui qu'aucune d'elles n'est indiférente pour se prononcer sur sa moralité et sa psychologie. Dans leur ensemble, il apparaît d'abord que Sainte-Beuve ne néglige pas le côté

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