‹ Une maîtresse de Victor HugoChapitre 31 sur 145 · A.-J. Pons, Sainte-Beuve et ses inconnues... ; p · texte numérisé non relu

A.-J. Pons, Sainte-Beuve et ses inconnues... ; p

2. Jules Troubat, La salle à mander de Sainte-Beuve...;, p. 204.

UN TRISTE ET PAUVRE AMArs'T : SAINTE-BEUVE 35

bat veut qu'on laisse dans l'ombre ^ . » Cette diversité de vues a fait naître entre les deux disciples de retentissantes querelles. M. Jules Troubat a dit du livre de Pons qu'il était « scandaleusement obscène. » Jugement certes bien outré, car, plus judicieusement, quelques années plus tard, M. Jules Troubat a reconnu que Pons « n'a raconté que des choses sues et connues de tout le monde en leur temps^. » Pons a répliqué en accusant M. Jules Troubat d'avoir trafiqué des exemplaires rarissimes du Livre (T amour ^. Simples querelles au parvis du temple. Pénétrons dans le sanctuaire. Le culte s'y célébrait sans prétention^ à la bonne franquette, si on peut écrire. « On se sentait à l'aise chez lui comme dans une abbaye de Thélème. Il lui fallait la femme pour chasser l'odeur d'encre, disait-il, et elle lui apportait un regain de jeunesse

1. E. Lemaître, Le Livre cV amour; Sainte-Beuve et Victor hugo... ; p. 60.

2. Jules Troubat, La salle à manger de Sainte-Beuve...; p. 63.

3. (( M. Troubat pourrait mieux que moi vous expliquer d'une façon précise comment, possesseur de l'édition entière [du Livre d'Amour], en sa qualité d'héritier de Sainte-Beuve, il se décida à en vendre un certain nombre d'exemplaires que les amateurs se sont ensuite disputés à prix d'or. Je crois pourtant que depuis la publication de mon livre, qui en contient de larges extraits, le prix de vente en a un peu baissé. » Lettre de A.-J. Pons, à M. E. Lemaitre; Paris, 22 avril 1884. — E. Lemaitre, le Livre d'amour; Sainte-Beuve et Victor Hugo...; pp. 58, 59, 60.

et de curiosité ^ » Fut-ce ce désir, toujours éveillé, qui le porta à devenir « assez bassement libertin^, » à n'avoir que des « amours médiocres^ souvent ancillaires^? » On le présume, et puisqu'on (( ne nous a rien caché de ses mœurs de vieux célibataire^, » voyons les explications qu'on en a donné. « Il était amoureux à soixante-quatre ans comme à vingt. » Bien. Pourquoi? Jeunesse de tempérament, verdeur d'esprit? « Le docteur Veyne, qui vit seul juste dans sa maladie, attribuait ces symptômes passionnels à la maladie de la pierre, dont il est mort, et qui Faiguillonnait^ » Inclinons-nous devant Hippocrate et ne cherchons plus que des détails sur les bénéficiaires desdits « symptômes passionnels. » Ici encore il importe de ne pas prendre au pied de la lettre certaines déclarations de Sainte-Beuve. C'est lui qui a écrit, de l'encre de la petite vertu à son usage :

Nos auteurs dramatiques et nos romanciers sont uniques. Ils vivent, la plupart, comme de g-ais et spirituels chenapans, avec des filles, avec des cocottes, avec des femmes

1. Jules Troubat, La salle à manger de Sainte-Beuve...', p. 101.

2. Emile Faguet, Victor Hugo et Sainte-Beuve; Revue Bleue, 14 novembre 1896. — ■ G. Michaut, Sainte-Beuve amoureux et poète...; p. 296.

3. George Rodenbach, Le ménage de Victor Hugo ; Le Figaro, 28 décembre 1896.

4. Jules Lemaître, Sainte-Beuve fut-il envieux? Le Livre d'or de Sainte-Beuve...; p. 70.

5. Jules Troubat, La salle à manger de Sainte-Beuve. ..;]i.lA2.

mariées; ils ne se gênent en rien et s'en donnent à tire-larigot. Mais dès qu'il s'agit, dans leurs inventions littéraires, d'un adultère, cela devient une affaire de tous les diables et comme si le cas était pendable au premier chef. Ils oublient qu'il n'y a rien de plus commun, en fait, et rien qui, dans le train ordinaire de la vie, tire moins à conséquence*.

Est-il, lui, parmi ces « spirituels chenapans ? » Nous en demandons pardon à la fidélité de M. Jules Troubat, mais il n'est ici aucun moyen d'en douter. On jurerait le passage, écrit par Sainte- Beuve, la définition exacte de sa propre vie. Tout y est, jusqu'aux « filles » et aux « cocottes. » Avec la même verdeur, la princesse Mathilde disait aux frères Goncourt que la maison du critique était une <( maison de coquines, un mauvais lieu-. » Et, la princesse Julie Bonaparte, ayant un jour demandé l'avis de Sainte-Beuve sur un sien manuscrit, y avait, comme par mégarde, laissé subsister un petit croquis de l'intérieur de l'homme. « Il mène, disait-elle, malgré son âge, une vie crapuleuse; il vit avec trois femmes à la fois, qui sont à demeure chez lui. » Il s'excusa avec bonhomie : « L'histoire des trois femmes à domicile est une légende vraiment herculéenne et dont je n'ai pas à me Yanter^ » Il oubliait de dire que les trois femmes

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