‹ Une maîtresse de Victor HugoChapitre 46 sur 145 · Tristan Legay, Les amours de Victor Hugo...; p · texte numérisé non relu

Tristan Legay, Les amours de Victor Hugo...; p

4. C.-A. Sainte-Beuve, Livre d'amour...; pièce XI; Nous sommes, mon amie ... ; p. 85.

Mais qu'est-ce à dire? « Ni inanité.... » Il a donc toujours été discret? Il n'a pas parlé? Et le Livre (Tamoyr où il a délayé son roman, où il a imprimé en toutes lettres le nom de Théroïne ? De quelle qualité était donc sa vanité pour pouvoir récuser cette preuve de ses sentiments avantageux? « Ni volupté.... » Il a donc dit vrai dans son roman Volupté^ en faisant sous-entendre que, pour goûter la joie du plaisir, il lui avait fallu l'intervention du chirurgien? 11 parlait donc en connaissance de cause de l'infirmité de Louis XVI, non impuissant, mais empêché, disait-il, car on n'est pas muet pour être bègue ^ Quant aux « preuves » il en est une que nous citerons, en passant, en exemple des autres. Elle est relative aux rendez-vous do Sainte-Beuve avec Mme Hugo. Le Livre d amour parle de ceux qu'ils se donnèrent dans une chambre meublée de l'hôtel Saint-Paul, hôtel prédestiné, s'il en fut, que celui qui servit aux « grands esbattements » de Charles VI et d'Isabeau de Bavière, mais garde le silence sur ceux-là qui se seraient donnés dans la demeure même du mari. Voici, textuellement, une des « preuves » en question. Elle a paru dans V Intermédiaire des chercheurs et des curieux, en 1881 :

1. Sainte-Beuve, Nouveaux lundis; Paris, s. d., in-12, tome IX, p. 344. — Maurice Boutry, Autour de Marie-Antoi' nette; Paris, 1906, in.-8, p. 344. — Hector Fleischmann, Les maîtresses de Marie-Antoinette ;P&r'is, s. d. [1910], in-18, p. 21.

Les nombreuses réponses qu'a amenées cette intéressante question, au sujet du Livre d'amour, me rappelle une anecdote très authentique qui m'a été contée, il y a quelques années, un soir, après dîner, par le propriétaire même de l'hôtel dans lequel la chose se passa, voici bientôt près d'un demi-siècle. Le propriétaire, un vieux gentilhomme très mondain, véritable modèle de la vie élégante à Paris, et qui se piquait de littérature à ses heures, est mort à Nice, vers la fin de 1877, à 90 ans sonnés. La belle dame pour laquelle fut composé le rare volume en question acceptait alors, avec sa famille, dans l'hôtel du baron, aux Champs-Elysées, un riche et vaste appartements Le poète du Livre d amour, déguisé en « vieille tante, )) chapeau à la tante Aurore, voilette baissée, robe et mantelet de couleurs sombres, sac à tapisserie suspendu au côté, souliers de prunelle, etc., venait régulièrement et presque quotidiennement, adorer, sur place, l'objet de son culte. Et, chose extraordinaire, bien qu'elle se voit ainsi depuis que le monde est monde, ces visites avaient tout justement lieu aux heures où le mari de la dame avait l'habitude de s'absenter pour aller, méthodiquement, faire une promenade hygiénique au grand air. L'amour, dit-on, rend imprudents les plus habiles; elles devinrent, ces visites, tellement fréquentes — mais tellement — qu'à la lin, la concierge intriguée de toujours voir arriver la « vieille dame, » précisément quand le mari était sorti, puis s'esquiver ensuite discrètement avant qu'il fût de retour, la suivit, un beau jour, à son arrivée, et lui cria

1. En quittant, en 1830, son appartement du n^ 11 de la rue Notre-Dame-des-Champs, Victor Hugo alla s'installer rue Jean-Goujon, qu'il quitta pour la place Royale à la veille de la première d\i Roi s'amuse. Il paraît que, rue Jean-Goujon, « la seule chose, remarquable dans cette voie non construite^ était un grand jeu de boules, entouré de planches, que fréquentaient les bourgeois le dimanche. » Alfred Barbou, La vie de Victor Hugo...; p. 171.

d'en bas, dans l'escalier où déjà l'autre était engagée : « Hé! Madame, où montez-vous donc, comme ça? » Le poète du Livre d'amour (pour ne pas le nommer) surpris, perdit tout à fait la boule, et se précipitant sans rien répondre, grimpa furieusement les degrés quatre à quatre. Dans sa précipitation, par malheur, sous ses jupes d'emprunt, trop soulevées par une gymnastique aussi désordonnée, l'amoureux laissa voir, d'en bas, à la mégère qui le guettait... ses jambes, ses infortunées jambes revêtues d'un « affreux » pantalon d'homme. Un pantalon d'homme! et vu par une concierge, encore l Vous pensez, quel esclandre cela fît dans la loge et dans tout l'hôtel et quelles colères, quelles récriminations suivirent l'explosion de la découverte de cette satanée culotte. Et tout, hélas ! fut fini. Jamais à l'hôtel on ne vit revenir la pauvre « vieille tante*. »

M. G. Michaut a cru pouvoir douter de cette grotesque aventure. « Je crois bien, dit-il, qu'il n'y a là qu'une de ces légendes vulgaires comme il s'en forme toujours autour des histoires de ce genre*. » Outre sa vulgarité et son ridicule, le conte est pardessus tout odieux et bas. 11 donne un triste rôle à Mme Hugo, mais quel rôle plus Iriste encore à Sainte-Beuve! Il apparaît là d'une bassesse et d'une pleutrerie sans égales, grotesque, ce qui est du physique, mais encore lâchement hypocrite, ce qui est du mora). Et, pour tous ces motifs qui tou-

1. Article signé : Truth. — Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 25 février 1881, col. 112. — E. Lemaitre, Le Livre d'amour ; Sainte-Beuve et Victor Hugo... ; pp. 35^ 36. 37.

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