A.-J, Pons, Sainte-Beuve et ses inconnues... ; p
3. Léon Séché, Etudes d'histoire romantique : Sainte- Beuve...; tome II [Ses mœurs], p. 148.
4. Emile Faguet, Victor Hugo et Sainte-Beuve; Bévue Bleue, 14 novembre 1896. — G. Micliaut, Sainte-Beuve amoureux et poète...; p. 296.
aventureuse*, » image audacieuse, ne le voit-on pas écrire, en tète d'un exemplaire du Livre d'amour : « On s'est décidé à en assurer l'existence^ puisqu'ils ont été faits [ces vers] de l'aveu des deux êtres intéressés pour consacrer le souvenir de leur lien 2. » Le moyen de dire plus clairement que Mme Hugo poussa Sainte-Beuve à faire imprimer le recueil qui devait la diffamer! Mais de la suffisance du poète, un autre exemple, décisif, peut être donné. 11 ajoute au portrait de l'avantageux personnage et l'achève. En 1848, ayant donné sa démission de conservateur à la Bibliothèque Mazarine, où il était entré en 1840, il sollicita et obtint de son ami Charles Rogier, le ministre belge, sa nomination à une chaire de littérature française, à l'Université de Liège. Précédemment, on a vu au nom de quelles secrètes raisons il avait refusé la même chaire, en 1831. Dès que cette nomination fut connue, la Revue de Belgique publia un violent et cinglant article^, intitulé : Impossible ! où onze colonnes stigmatisaient la mauvaise action. Tabus de confiance et la diffamation
1. C. A. Sainte-Beuve, Livre cVamour...; pièce IX; Il est ici toujours... ; p. 73.
2. Note dans l'exemplaire du Livre d'amour, conservé à la Bibliothèque nationale, cote Y^ 4800-4801. — Gustave Vinot, Revue Rétrospective, recueil de pièces intéressantes et de citations curieuses; nouvelle série; Paris. 1894, in-18,pp.262,2<i3.
80 UiNE MAITRESSE DE VICTOR HUGO
^M Livre cCamour^. Son cours professé, le 16 août 1849, il donnait sa démission, et, dans sa lettre explicative au ministre, il disait : « Aussitôt que ma nomination eut paru au Moniteur^ monsieur le ministre sait à quel torrent d'injures et d'insultes j'ai été soumis ; mais il ne sait pas assez à quel point j'en ai gardé le souvenir, non pas dans mon amourpropre, mais dans ma fierté d'homme. Je fais, certes, la part de la licence de la presse et de ce qu'elle a d'inévitable dans tout pays libre ; mais il y a eu des circonstances toutes particulières dans lïnsulte....^ » On saisit le bout de l'oreille. Les Belges n'ont pas cru à sa conquête! Ils ne se sont pas laissés piper au conte du Livre cVamour, Incrédule engeance I Sainte-Beuve la plante là.
Le Fait prouve que, malgré le caractère secret, clandestin, de sa publication, le Livre d'amour était connu de certains, voire même d u grand public. En effet, moins de deux ans plus tard, exactement, en avril 1845, Alphonse Karr publiait dans les Guêpes un article que Pons qualifie « d'odieux % » mais qui n'était que l'exécution publique et anonyme de Sainte-Beuve et de son œuvre. Comment
1. Revue de Belgique; littérature et heaux-arts; Bruxelles, 1848, in-8, 3^ année, 2« série, tome I, pp. 188-193.
2. Emile Faguet, Sainte-Beuve à Liège en i83l et en 1848- 1849; La Revue, 1" octobre 1905, p. 329.