Edmond Biré^, Victor Hugo après 1852....; p
Beuve lui-même. Dans une lettre du 17 mai 1856, il a donné de son silence sur Hugo une toute autre explication, et confessé qu'il n'avait pas voulu écrire sur l'exilé pour ne point « paraître méconnaître et violer une ancienne amitié, ou sans avoir Tair d'y vouloir remonter et de m'y reprendre ^ )) Raisons exclusivement personnelles, on le voit, et qui n'ont rien à démêler avec une démarche de Mme Hugo. Cette visite ne fut pas, d'ailleurs, unique. Pendant le second Empire, à en croire M. Jules Troubat, Mme Hugo <( ne venait guère à Paris sans lui pousser une visite. » Témoignage qui corrobore Tanecdote de Pons :
Un jour que je me trouvais chez lui, survint une clame, qui, connaissant le chemin, grimpa lentement le petit escalier, après avoir jeté son nom à la servante. Lorsqu'elle redescendit, accompasrnée cérémonieusement jusqu'à la porte par le galant critique, je vis une personne déjà âgée, aux traits nets et décidés, d'un profil italien plutôt que français. Le léger duvet qui, dans la fleur de la jeunesse, estompait la lèvre supérieure et n'était sans doute qu'un charme de plus, s'était accentué avec le temps, d'une façon moins gracieuse. Aussi, quand nous fûmes seuls, ne puisje m'empêcher de lui dire : « Eh ! mais elle a une fîère moustache votre connaissance! » — « Ah! répondit-il,
1. Réponse h quelqu'un qui m'écrivait quon altrihuait à la crainte de déplaire aux Tuileries mon silence sur les « Contemplations » de Victor Hugo; 17 mai 185G. — Correspondance de C.-A. Sainte-Beuve; i822-1S6o; Paris, 1877, in-18, tome I, p. 212, pièce C L VII.
avec un triste sourire, nous ne sommes plus jeunes ni Tun ni Tautre ^ ! »
Etait-ce, pour Sainte-Beuve, une manière de goûter les dernières gorgées de sa lente vengeance? N'est-ce point lui qui a écrit celte cruelle phrase : « Une des plus vraies satisfactions de Thomme^ c'est quand la femme qu'il a passionnément désirée et qui s'est refusée opiniâtrement à lui cesse d'être belle 2? » Le croquis de Pons nous dit que c'était alors le cas de xMme Hugo.
Enfin, à tout cela, il est un dernier trait à ajouter. On connaît les pièces et les documents du scandale, on sait que Mme Hugo a été déshonorée, avilie par le Livre d'amour^ et c'est de l'auteur de ce hbelle qui, publiquement, l'a déshabillée, que, dans Victor Hugo raconté, elle écrit : « M. Sainte-Beuve, causeur aussi charmant qu'éminent écrivain.... » Et c'est de lui qu'elle loue (c les beaux vers 3. » Donc, elle n'a pas gardé rancune, au contraire. Hugo, lui, au moins a conservé le silence.