Les cahiers de Sainte-Beuve...; p
3. Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie... ; tome II, pp. 180, 181. — Ce livre, Mme Victor Hugo l'a adressé à Sainte-Beuve, à l'homme du Livre d^aniour. C'est un des traits accablants et déconcertants de ce cas psychologue. Le 17 juin 1861, Sainte-Beuve l'en remerciait en ces termes : « Madame et amie, je reçois avec un mot de votre main les deux volumes : Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie. Je me mets à la lecture avec l'intérêt qu'inspirent et le sujet et le témoin. J'y trouve des faits tout nouveai^x, j'y retrouve
il a crucifié, anathématisé tous ses ennemis, Planche^ comme Nisarcl, Montalembert comme le fils Verhuel : il n'a rien dit — publiquement — de Sainte-Beuve. Ce n'est que, mort, qu'on a trouvé, dans ses papiers, la fulgurante riposte au Livre damour,
des faits que je connaissais et qu'un récit piquant réveiJle. Je goûte le talent du narrateur. Mais combien je suis touché en voj'^ant les souvenirs aimables qu'on a gardés de moi et la manière charmante et honorable dont mon nom est encadré dans ces pages que tous désormais liront. Agréez, Madame et amie, l'expression de ma gratitude et de mes respectueuses amitiés. » Gustave Simon. Le roman de Sainte-Beuve...; pp. 315, 316. 1. C'était Sainte-Beuve qui avait présenté le critique Planche à Hugo. C'était un « jeune homme grand, à profil grec, et qui eût été beau s'il n'avait pas eu les yeux saillants et le crâne étroit, )> a écrit Mme Hugo. Le poète disait de lui : « Planche? Il est long, plat, gris, raboteux; il a donc été bien nommé. » Sa négligence et sa malpropreté étaient, on le sait, légendaires. Il accepta un jour, raconte Philarète ■Chasles, six cachets de bain de Mme Sand ; sans quoi elle lui signifierait son congé, disait-elle avec un air tout à fait sérieux. En effet, Planche profita du bienfaisant cadeau et se présenta le soir même chez Mme Sand. « Comment! lui criat-elle, encore dans le même état! » — (f Non, dit Planche sans se déconcerter devant nous, j'ai profité d'un de vos cachets. Touchez mes cheveux, ils sont encore mouillés. » — « Mais malheureux et vos mains? » — a Ah! mes mains, répliqua Planche, c'est bien possible, j'ai lu au bain, et naturellement j'ai tenu les mains et le livre au-dessus de l'eau. » Enfin Mirecourt ayant conté que Mme Hugo lui demanda un jour : « Monsieur Planche, avez-vous beaucoup de chemises?» ajoute : « L'anecdote nous semble apocryphe. — Il suffît d'avoir vu Mme Hugo pour la croire incapable de blesser qui que ce soit par un mot piquant ou par une raillerie, à moins que ce damné Gustave, à l'exemple de l'erotique Sainte-Beuve, ne l'ait poussée à bout par ses audaces. Alors le cas de légi-
Mais ce livre atteste lui-même de sa bassesse, il le condamne dans sa lâcheté : par la date inscrite à son titre : 1843, par le mois où il paraît : novembre. Hugo, alors, est accablé par le plus grand deuil de sa vie. Le 4 septembre à Villequier, sa fille, Léopoldine, s'est noyée avec son mari, dans la Seine. Tous deux, dans un même cercueil, sont allés dormir l'éternel sommeil, à l'ombre de l'humble et petite église. Dans ce temps, sous le nom de Georget% Hugo voyageait dans les Gha-
time défense la rendrait excusable, sans justifier l'agresseur ni lui permettre la rancune, surtout vis-à-vis de Tépoux. » Apocryphe ou non, Gustave Planche n'accepta pas l'anecdote et poursuivit Eugène de Mirecourt en diffamation. Le 25 mars 1857, la 6*^ chambre condamna Mirecourt à 500 francs d'amende et à l'insertion du jugement dans deux journaux, au choix de Planche, « attendu, disait l'arrêt, qu'à la page 46 de la brochure Jacquot, dit de Mirecourt, impute à Gustave Planche d'avoir, par ses audaces, poussé à bout une femme mariée, et que ce fait, bien que présenté sous une forme hypothétique, n'en est pas moins de nature à porter atteinte à sa considération et à son honneur, et constitue une diffamation )) Cf. Victor Huyo raconté par un témoin de sa vie... ;
tome II, p. 182; Philibert Audebrand, Les critiques de 4830 ; Le Livre d'or de Sainte-Beuve...; p. 113; Philarète Ghasles, Mémoires...; tome II, pp. 112, 113; Eugène de Mirecourt, Les Contemporains ; deuxième série; Gustave Planche ; Paris, 1850, in-32, pp. 45, 46; Théophile Deschamps, Biographie de Jacquot, dit de Mirecourt ; troisième édition, revue et augmentée des comptes rendus des procès en police correctionnelle; Paris, 1857, in-32, pp. 121, 123.
1. Hugo avait pris l'habitude de voyager sous des pseudonymes. Déjà, d'Anvers, le 22 août 1837, il priait son ami, le peintre Louis Boulanger, de mettre sur ses lettres : M. le vicomte Hugo, en omettant le prénom, pour ne pas trahir son.
rentes. Aucune lettre des siens ne parvint à le toucher. De Saumur, le 10 septembre, il écrivait à Louise Berlin, la fille du directeur des Débats : (( Hier, je venais défaire une grande course à pied, au soleil, dans les marais, j'étais bien las, j'avais soif, j'arrive à ce village, qu'on appelle, je crois, Subise [Soubise, Charente-Inférieure], et j'entre dans un café. On m'apporte delà bière et un journal Le Siècle. J'ai lu. C'est ainsi que j'ai appris que la moitié de ma vie et de mon cœur était mortel » On sait quelles strophes harmonieuses jaillirent de l'accablement et de la résignation de cet énorme deuil, immortalisant le nom de cette Léopoldine, dont Sainte-Beuve avait dit dans le Livre damo ur :
Cette Léopoldine est fille des Césars :
Elle attire, elle impose; elle est fine, elle est belle ;
Mais c'est Lui. surtout Lui, que sa lèvre rappelle :
Le dédain, à demi sous la grâce aiguisé,
Dit assez l'âpre veine où son sang fut puisé^.
incognito. Cf. Catalogue d'une précieuse réunion de Lettres autographes ayant fait partie de la collection de M. Léon Gaucher; PariSj mai 1908, in-8, pièce n° 171 — A propos de Nisard qui, lui aussi, avait pris cette habitude, Sainte-Beuve citait ce mot : « Je voyage sous mon nom, avait dit l'auteur du Livre d'amour, pourquoi voulez-vous .que j'en change?» Et Nisard avait répondu : (( Ah ! moi, je prends un nom d'emprunt, de crainte d'être importuné, n Sainte-Beuve n'en revenait pas : « Comprenez-vous ce Nisard? Il se croit célèbre! >/ A.-J. Pons, Sainte-Beuve et ses inconnues...; p. 303.