G. Michaut, Sainte-Beuve arnoureux et poète...; p
3. Léon Séché, Etudes d'histoire romantique : Sainte- Beuve...; tome II, p. 56.
frage du mépris, qu'on Tait réédité : c'est l'acte d'accusation et la condamnation du fourbe qu'on réimprimait en lettres rouges sur sa boueuse mémoire.
ÏV
L'immoralité coutumière de Hugo l'a poussé à sa liaison avec Juliette. — Amusante indignation de M. Alexandre Duvai. — Hugo, précurseur du théâtre réaliste et dramaturge obscène. — Comique protestation de M. Biré. — Hugo, auteur libertin. — Le D'après nature de Choses vues. — Hugo, poète lascif. — Le libertinage des Chansons des rues et des bois. — « C'est Geronte à Paphos ! » — Hugo se baigne sur le toit d'Hauteville-House. — Auguste Vacquerie et les miss de Jersey. — C'est un « malicieux aventurier. » — Juliette Drouet était-elle digne d'être l'objet de Fimmoi*aKté de Hugo?
Donc, il y eut quelque chose entre Mme Hugo «t Sainte-Beuve. Si le « quelque chose » est innocent, on doit néanmoins avouer « quïls s'arrangent bien pour mettre contre eux toutes les apparences ^ » Sainte-Beuve, paraît-il, à un moment, voulut ou tenta de les sauver. Il retira, autant que faire se pouvait, les exemplaires du Livre d'amour
1. E. Lemaitre, Le Livide d'amour; Sainte-Beuve et Victor Hugo...; p. 37.
donnés, de la circulation. Il le payait, dit Arsène Houssaye, « par de rudes angoisses, » et il confessait : (( Les bonnes fortunes deviennent de mauvaises fortunes si on les conte. Il faut n'en parler qu'à son cœur\ » Son cœur était vraisemblablement vaste et innombrable, puisqu'il en parlait au public. En effet, c'est à 1845 que se rapporte la déclaration ci-dessus, et, en 1863, Sainte-Beuve réimprimait la plupart des pièces du Livre damour, vingt-cinq sur quarante-cinq, dans l'édition des Poésies de Joseph Delorme. Ses « rudes angoisses, » on le voit, n'avaient guère duré. Croyait-il, alors, que son acte serait de ceux dont il a dit que « l'indulgent avenir » les absout toujours-? Mais enfin, quel qu'il soit, il suffît à légitimer moralement la trahison de Hugo, et à faire comprendre qu'au sortir de la crise sentimentale de 1830-1831, il était prêt à accepter des consolations moins cruelles que les souvenirs dont, désormais, son foyer allait être hanté. Dès lors la liaison avec Juliette est préparée : qu'elle paraisse, et cette àme désemparée, vide, veuve et blessée sera à elle. Qui nierait que la crise n'y soit pour quelque
1. Lettre d'Arsène Houssaye à E. Lemaitre ; Paris, 27 août 1885. — E. Lemaitre, Le Livre d'amour; Sainte-Beuve et Victor Hugo...; p. 77.
2. C.-A. Sainte-Beuve, Livre d'amour...; p'ièce \IU; Récit à Adèle; p. 61.
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chose, sinon pour tout? C'est donc user d'un tour de passe-passe pour mettre, au compte de l'immoralité coutumière de Victor Hugo, sa passion pour Juliette. 11 fait beau voir cette immoralité reprochée par Sainte-Beuve! A propos des Chants du crépuscule on Ta vu ériger en champion de la décence et des mœurs, toutes choses qui lui furent toujours étrangères. Il n'innovait point. Alexandre Duval, l'auteur-acteur-académicien, lui avait déjà reproché « ces prostitutions de filles publiques y ces viols accomplis presque sur la scène ^ » Qui eût jamais cru Hugo le précurseur du théâtre réaliste? D'ailleurs, ajoutait Duval, « je conviens cependant qu'il y a dans le viol et la prostitution, un grand motif de curiosité pour le parterre et la
1. Alexandre Duval, de rAcadémie française, De la liltérature dramatique; Lettre à M. Victor Hugo; Paris, MDGGCXXXIII, in-8, p. 15. — Le 6 juillet 1833, Alexandre Duval écrivait à Samson, le célèbre acteur, pour se plaindre de la froideur avec laquelle le comité de la Comédie-Française avait accueilli la lecture d'une de ses pièces. 11 déclarait ne point s'en étonner, car dans sa Lettre \k M. Victor Hugo, il avait reproché aux comédiens de sacrifier au dieu de Baal, et « qu'enfin, j'avais eu grand tort de prendre pour juges ceux qui s'étaient dévoués aux bourreaux de l'art dramatique. Si en religion comme en politique on ne convertit personne, dois-je m'étonner maintenant du peu de succès que j'ai obtenu auprès de ceux qui se sont prosternés devant Hernani, le Roi s'amuse, etc.? » Catalogue d'autographes Noël Charavay, n° 351, novembre 1905, pièce n"^ 55476. — Revenant sur ces faits dans une lettre du 29 janvier 1838, à Samson, Duval lui faisait le récit de ses relations avec le Théâtre Français et le
certitude de toucher bien vivement le cœur des femmes sensibles. Aussi ne craignent-elles pas de suivre certaines représentations d'où, après avoir été obligées de rougir du regard malin de certains hommes, elles remportent au moins dans leur intérieur des souvenirs qui ne laissent pas d'avoir quelques charmes. Vous avez si bien senti, Monsieur, Tefficacité de ce moyen dramatique, que vous avez employé un viol et deux prostitutions dans vos deux derniers ouvrages'. » Tant de vertu intrigua un jour un des biographes de Victor Hugo. « Qu'aviez-vous donc fait à cet académicien? » lui demanda-t-il. Et le poète de répondre : « Je lui avais fait Hernaiii^, » Et, de même, il avait fait Lucrèce Borgia à un sieur Destigny, qui le vitupérait en vers :
Un Homère assidu de la fille de la joie^l
résumé de ses griefs contre les comédiens. En trente ans il se vantait d avoir fait représenter 21 ouvrages, dont 8 en 5 actes, sur lesquels on comptait 18 succès qui contribuèrent longtemps à la fortune et à la gloire du théâtre. « Mais le romantisme, depuis dix ans, est maître de la place, et j'ai cessé de travailler. Que pouvais-je faire? » Continuer à ne pas travailler, lui eût-on pu répondre avec justesse. Cf. Catalogue d'autographes Noël Charavay, mars 1910, pièce n° 66900, offerte à 15 fr.
1. Alexandre Duval, De la littérature dramatique; Lettre à M. \ictor Hugo...; p. 27.