Paul Chenay, Victor Hugo à Guernesey...; p
2. « Au nom de la loi on enfonce la porte; on franchit l'antichambre et on trouve -Apollo et Aphrodita à peu près vêtus de l'air du temps comme les dieux et les déesses. La femme niche sa vertu dans son lit, l'homme se coiffe solennellement du tricorne de pair de France, ce qui le rendait inviolable. » Arsène Houssaye, Les Confessions.,. ; tome I, p. 264.
3. Communication du docteur Nephelès. — Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 10 juillet 1883, col. 407.
FLAGRANT DÉLIT d' ADULTÈRE 189
du rapprochemant fait par Hugo, dans son roman^ entre Louis XV et Cartouche, au chapitre du conventionnel mourant assisté de Mgr Myriel Bienvenu, Mirecourt s'est contenté de gUsser, d'un air benoît : « Mon Dieu I je sais ce que vous allez me dire : « Louis XV, le parc aux cerfs, la Pompadour, la Du Barry, les femmes, la volupté, le cynisme, les passions, l'inconstance.... » Oui, c'est triste, et le scandale donné à cette hauteur est grave. Assurément les populations sont moins émues lorsqu'un commissaire de police le trouve, sous la forme d'adultère caractérisé, dans une maison borgne derrière Saint-Roch. Le coupable était un simple pair de France, un grand poète, un homme qui devait aussi respecter les bonnes mœurs; mais, enfin, ce n'était pas Louis XV. Que voulez-vous. Monsieur, les rois sont des hommes : on les trouve rarement aussi purs et aussi chastes que vous l'êtes vous-même ^ » Glissons donc avec l'honnête et probe Mirecourt. Mais, comme récrivait, le 20 juillet 1845; Chopin à sa sœur : « Il faut avouer que l'histoire est amusante'. » Pour le mari cocu elle fut stupéfiante : il s'attendait à trouver sa femme
1. Eugène de Mirecourt, Les vrais misérables: Paris, 1862, in-8, tome I, p. 61. — Cet ouvrage de Mirecourt a été refuté par Charles Bataille, Le cas de M, Mirecourt] Paris, 1862, iii-32.
2. Souvenirs inédits de Chopin, dans Le Temps, 28 janvier 1903.
avec un acteur des boulevards, et il la découvrait avec Fauteur des Burgraves\ Le commissaire n'en revenait point. Il croyait à un imposteur et voulait coffrer le coupable. « Hugo fut obligé de montrer à celui qui voulait l'arrêter sa médaille de pair de France ^ »
Néanmoins, dit Viel-Castel^ il passait deux jours à la préfecture de police ^ Détail manifestement erroné, car pour maintenir un pair de France en arrestation il fallait une ordonnance royale. Louis- Philippe n'eut pas le ridicule d'en signer une dé ce genre pour Victor Hugo. D'ailleurs, comment croire que le beau-frère du poète eût passé le détail sous silence dans le récit si minutieux qu'il a fait de l'aventure? Il en tenait, évidemment, tous les détails de Mme Hugo elle-même, et c'est d'après elle qu'il a enregistré l'épisode :
Victor Hugo avait l'habitude de rentrer très tard dans la nuit. Sa jeune femme ne pouvait se résoudre à se mettre
1. Intermédiaire des chercheurs et des cj//'«e«a?, 10 juillet 1883, col. 408. — Arsène Houssaye, — mais l'autorité, ici, est bien mince, — assure même que le mari se montra ravi de la découverte. C'est peu croyable. « Du moment que c'est mon -ami Apollo, aurait-il dit, je n'ai qu'à les féliciter tous les deux. Celle qui est couchée, comme celui qui est debout. » Arsène Houssaye, Les Confessions... ; tome I, pp. 264, 265.
2. Souvenirs inédits de Chopin, dans Le Temps, 28 janvier 1903.
3. Comte Horace de Viel-Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon 111... ; tome I, p. 171.
au lit avant de l'avoir vu ou entendu rentrera Ce soir-là, lasse de l'attendre et prise d'inquiétude, elle allait s'habiller pour courir aux nouvelles lorsqu'elle entendit ouvrir la porte de Tappartement. C'était lui; vivement elle se coucha : il était quatre heures du matin. A peine était-elle au lit que, contrairement à son habitude dans de pareilles circonstances, Victor Hug-o entra chez sa femme et, avant de dire un seul mot, se mit à genoux devant elle. Etonnée de cette attitude, Mme Hug-o, prévoyant un grand malheur, fut prise d'une crise nerveuse, qui permit à son mari de se ressaisir et de la prévenir qu'il avait à lui faire une confidence ou plutôt une confession de la plus haute gravité. Ce préambule n'était pas pour calmer la crise convulsive qui terrassait la pauvre femme : « Faites-moi la grâce de m'écouter, et d'avance, pardonnez-moi, car je suis coupable envers vous, » lui dit-il. Et, sans lui laisser le temps de répondre, il lui raconta la scène épouvantable qui s'était passée et les suites terribles que menaçait de lui donner le mari outragé qui ne parlait de rien moins que de faire enfermer sa femme à Saint-Lazare. Le poète, à genoux, priait, suppliait; il demandait grâce à la victime en faveur des coupables. Quoique blessée, la nature généreuse de Mme Hugo s'enthousiasma dans un admirable élan, elle promit plus qu'il ne lui demandait et fit plus qu'elle n'avait promis, car elle sauva les deux complices^.
Cette admirable clémence de Mme Hugo a, en effets en de pareille circonstances, de quoi surprendre. Sans doute, en 1835, dix ans auparavant,
1. Cette phrase de M. Paul Chenay peut faire croire qu'il place l'aventure avec Mme Biard au début du mariage de Victor Hugo. Le poète était marié depuis vingt ans à cette ^-époque, et, depuis douze ans, Tamant de Juliette.