‹ Une mine produisantChapitre 10 sur 19 · OI · texte numérisé non relu

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grande renommée pour parler. Nous sommes treize et nous avons tous plus de langue les uns que les autres ; puis songez que je suis, moi, le dernier des enfants. J’achève cependant de vous parler : je disais donc que quelques-uns élèvent des animaux, mais ils éprouvent de la difficulté à les vendre; ne pourriez-vous pas nous être utile ? ” Le président du comité prendra la parole : mon cher ami, je connais un boucher de cette ville qui se plaignait l’autre jour de la difficulté d'obtenir des animaux gras. Le comté où il achetait les siens, les envoie maintenant au bourg voisin où se sont construites ces nouvelles manufactures dont vous avez entendu parler. Il est obligé de correspondre souvent et a beaucoup de trouble à servir ses pratiques; je le verrai et je le mettrai en rapport avec vous; je ne doute pas qu'il achète de votre paroisse une quinzaine de tétes de bêtes à corne, par semaine; alors, les habitants n'auront plus rien à craindre. Etes-vous content, monsieur ?

— Oui; pourvu qu'il achète les queues aussi, ajoutera Jean-Baptiste d’un air narquois.

‘Dans ces comités, on verra d’après des statistiques préparées d'avance, les comtés qui fournissent le plus de grains, de légumes, d'animaux; on se de- . mandera pourquoi le comté voisin, supérieur par la fécondité de son sol, produit-il moins ? Si la mauvaise culture en est la cause, on y portera remède.

On saura enfin, en 1880, quel est le surcroît de la population de tel ou tel comté. On connaîtra le

nombre des émigrants, on préparera des places dans

nos forêts pour chacun des jeunes gens de ce comté, sur le point de nous laisser.

Chaque société de St. Jean-Baptiste, —et elles sont nombreuses—promettra de protéger au moins cinq colons, pris dans la localité de chacune de ces sociétés. Ces colons de toutes les parties du pays attireront de tous côtés un grand nombre de leurs connaissances. On parlera peut-être de créer “ l'impôt du patriotisme,” de demander cinq centins à chaque chef de famille canadienne en faveur de la colonisation. Que de cinq centins sont plus mal employés que ne le seront ceux-là ?

Comme cette assemblée sera composée de membres catholiques, on croira que le bon Dieu a quelque chose à faire dans le Bas-Canada, et on ne le regardera pas comme un étranger. On tâchera de se le rendre propice, sachant que c’est Lui qui donne les bonnes et mauvaises récoltes, les gélées et Les grêles. On demandera une loi à la législature pour sévir contre les blasphémateurs qui attirent les vers dans notre blé. Gette loi ne sera pas une lettre morte ; on la mettra à exécution. Qu'il est ridicule de vou- Joir chercher la prospérité d'un pays loin de Dieu ! ! Dès que, dans nos assemblées publiques, on craindrait de prendre ses intérêts, on verrait aussitôt flétrir notre “ feuille d'érable”. Dieu avant tout, mes bons habitants ; Dieu avant tout !

Que de choses encore d’une utilité première, se-

ront traitées dans cette grande assemblée de 1880 | On fera un rapport de toutes les délibérations de cette grande réunion pour l'instruction du peuple et Putilité de nos compatriotes. Ce sera peut-être le plus beau monument que le patriotisme aura élevé à la gloire de Dieu et à celle de notre patrie. Les siècles futurs contempleront ce chef-d'œuvre ; et, dans leur admiration, ils diront de nous ce que Napoléon premier disait des vieux prêtres fidèles pendant la révolution :

« Quelle pâte d'hommes que ces canadiens de 1880.

TOUCHE TROISIÈME

Pour nous reposer.

Depuis plus d’une heure et demie, nous sommes à faire de la terre neuve et à calculer les minots de grains que la Divine Providence nous a accordés. La veillée s’avance et nous ne nous laisserons pas sans nous amuser un peu comme le font de bons canadiens, c’est-à-dire, sans offenser le bon Dieu de nous écoute.

Que voulez-vous que je vous raconte ? Des histoires . de bêtes à la grand’'queue ? Oh! non; ces histoires ne sont pas faites pour des canadiens pleins d’esprit comme nous le sommes ; ces contes ne sont bons qu’à faire peur aux enfants et à les rendre fous et mal-

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heureux pour le reste de leur vie. J’ai envie de vous faire connaître le tisonnier de ma mère, de ma bonne mère qui est au ciel. j'espère; vos mères sont toutes bonnes, et la mienne était comme les vôtres. Quand je vois partir quelqu'un pour les Etats, ma première question est toujours celle-ci : Ta mère vit-elle, mon ami ? Quand on me répond oui ; il me sembJe entendre cette bonne mère sangloter. Elle doit se dire : si mon fils trouvait une main charitable pour le conduire dans la forêt, 1l irait me préparer un chez moi; je demeurerais avec cet enfant que j'ai élevé avec tant de peine, et que je ne reverrai plus.—Je parlais d’amusement, et nous voici la larme à lœil! voyons, mettons cela de côté.et revenons au tisonnier.

J'étais jeune et malade. je m'étais ni plus ni moins cassé la tête ; mais comme cet incident n’est pas de nature à jeter du jour sur mon récit, Je continue: Mon père était absent ; 1l n’y avait point d'hommes à la maison, car ne comptez pas pour un homme, un enfant de neuf ans qui a la tête cassée. Maman était assise dans une grande chaise. Une lampe était posée au milieu d’une large table, autour de laquelle se tenaient presqu'une douzaine de filles, chacune occupée à travailler. Un journal était déposé sur cette table. Tout-à-coup, on frappe à la porte.

—Entrez |!

—La porte s'ouvre. Un homme d’une taille de géant apparaît et demande à couvert.

—Volontiers, Monsieur, dit ma mère; approchez

du poële, car due devez être trempé pat cette pluie battante. Avez-vous soupé ?

—Oui; madame.

Ma mère demanda alors un peu de bouillon, car elle était malade et bien faible. Six de mes sœurs se levèrent ensemble, l’une d'elles, plus heureuse que les autres, saisit la première le pot au bouillon et en apporta à ma mère. ‘ Maintenant ma fille, regarde donc le journal, s’il parle de Notre St Père le Pape ? ” Ma sœur commença aussitôt à lire une lettre du Saint Père, adressée à l’univers catholique, touchant le dogme de l’Immaculée Conception. Le géant se chauffait et comptait toutes les têtes de la famille. Tout-à-coup, il se lève et nous adressa la parole. A sa prononciation, on crut qu’il était italien : Comment! vous croyez encore à toutes ces superstitions là ! Si vous connaissiez celui que vous appelez le Saint Père, dit-il! peut-être lui donneriez-vous un AHMPOITOE NS. LLoiy dns eu nsoorsn ne ce sec ve00006s ve

Il n'eut pas le temps d'achever : ma mère, cette petite femme faible, se lève ; Oh! permettez-moi de vous le dire: qu’elle me parut belle tout-à coupl Ses yeux lancçèrent des éclairs, quand elle bondit de sa chaise ; de ses deux mains, elle saisit le tisonnier— ancien manche de nos vieilles poëles canadiennes : ma fille, ouvre la porte; puis brandissant cette arme au-dessus de la tête de cette homme pris comme un mur: petit polisson |—remarquez qu’il avait six pieds

et demi—petit polisson ! comprenez-vous le français, quand on le parle par signe ? Ma mère, dans ses écrits, se servait toujours de signes, et le tisonnier est la seule plume qu’elle ait jamais tenue. Le géant baïssa la tête pour parer le coup et décampa en laissant une partie de son pantalon dans les dents de notre Jupiter, gros chien de Terreneuve. |

Ma mère s'affaissa sur sa chaise: continue ta lecture, dit-elle. Ma sœur continua au milieu du plus grand silence qui ait jamais existé chez nous. Quelques instants plus tard elle ordonna que le fanal fut allumé. Le pauvre malheureux! dit-elle; il ne trouvera pas à coucher maintenant; il pleut etil peut prendre une maladie; rappelez-le. On le rappela ; il faisait si noir dans cette nuit pluvieuse d’automne qu'ii n'avait fait que traverser le chemin. Il revint au premier Cri Jupiter voulait lui arracher le reste de ses pantalons ; on apaisa ce chien fidèle,

—Entrez, entrez, dit ma mère, le chien ne vous fera aucun mal. |

— Ce n’est pas du chien que j'ai peur, madante.

— De quoi donc ?

—Du tisonnier !

—Tenez! vous allez vous coucher maintenant, dit ma mère, vous donnerez vos pantalons et votre blouse qui sont déchirées; nous allons vous les. raccommoder. |

—Je vous serai bien obligé, madame ; puis revenu à

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lui-même, il ajouta : je vois que vous avez un cœur aussi gros que votre tisonnier.

— Apprenez, monsieur, que c’est notre Saint Père le Pape qui me cônseille de vous faire cela, ajouta ma mère.

Le gros monsieur se disposa à se coucher. Ah! ça! dit ma mère, n'oubliez pas de faire votre prière et pensez à remercier le bon Dieu de ce que vous ne couchez pas dehors par une pluie pareille. L'étranger hésita, se gratta le front, puis jeta un regard sur le tisonnier et se mit à genoux.

Quelques jours plus tard, ce même étranger se trouvait chez un canadien d’une autre paroisse ; on lui demanda ce qui lavait frappé le plus dans notre pays.

=Les tisonniers | répondit-il aussitôt.

Encore une autre histoire, si ça ne vous ennuie pas, l’histoire du bon mendiant qui à dit un mot “ qui en vaut la peine. ” Je ne la raconte qu’à vous, mes bons habitants, car peut-être que d’autres feraient la petite bouche tandis qu’ils l’ouvrent pour

dire des choses pires que celle que je vais vous raconter.

Il y avait un mendiant qu’on appelait le mendiant aux deux chapelets. Je l’ai vu bien souvent dans mon jeune âge. Nous étions heureux de sa visite, El disait un chapelet le soir, toujours un chapelet le matin, avant de partir. Il était bien humble, Al

racontait en quelques mots son histoire : “ J'ai bien travaillé mais, j'etais un homme sans talents et bien malheureux dans mes entreprises, probablement par ma faute; il est peut-être mieux pour moi que je sois pauvre; c'est mon moyen de gagner le ciel. Dieu a été bien bon pour ma famille. J’ai eu douze enfants qui sont tous morts, mais morts après avoir reçu tous les Gerniers sacrements, ce qui n’est pas donné à bien du monde.

Un jour, le bon vieux mangeait dans une maison. On lui avait donné du bon pain, dont on avait enlevé la croûte, car il n'avait plus de dents, et assurait aux petits enfants qu'il était venu au monde comme ça.

Un jeune homme du voisinage entra dans cette maison et aussitôt commença à discuter avec un jeune écolier, qui lui disait de se taire. Ge malheureux jeune homme avait connu l'Afrique et l’Amérique, et était devenu impie. Il ne croyait plus à Dieu et disait qu'après la mort, il n’y a plus rien. Le jeune écolier lui répondait : tu n’es plus canadien alors, puisque tu as abandonné la foi de tes pères; je t’en prie au nom de notre nationalité, dis que tu es né à Macao.—Oui, je suis canadien, retorquait l’autre, je le serai toujours, mais un canadien reviré.

Le mendiant aux deux chapelets qui avait écouté, sans rien dire, prit la parole: Un canadien est une bonne chose, or il ne faut jamais tourner les bonnes choses. Voyez ce morceau de beau pain, c’est une

bonne chose, puis se levant et regardant par la fenè:-

tre qui donnait sur lPétable— mais quand c’est tourné... La discussion fut finie.

Une autre : c'était à Chicago. Un canadien était devant un immense édifice où l’on faisait des coffresforts à l'épreuve du feu. Il regardait de ses deux yeux. Un américain, faisant un clin-d'æil à ses voisins, clin-d’œil qui voulait dire: on va rire de ce petit canadien, s'approche de lui: Vous voyez ce coffre-fort? eh! bien, on l’a entouré de quinze cordes de bois; on plaça un coq en dedans et on mit le feu au bois qui brüla pendant une journée ; quand on ouvrit le coffre, le coq chantait.

Pendant que l'américain parlait, le canadien faisait semblant de tout croire. |

Par chez nous, dit le canadien, on fait aussi des coffres à l'épreuve des incendies. Quand on les éprouve, on y met un chien. Une fois on jeta un de ces coffres dans une pile de cent cordes de bois er feu. On avait donné à manger au chien parcequ'on croyait que le feu durerait plusieurs jours ; quand on ouvrit le coffre, on vit que le chien n'avait pas touché aux vivres.

— Pourquoi ? fit l'américain.

— Parce qu'il était gelé, M. l'américain, répondit le canadien.

Je vais en raconter une autre maintenant pour vos bonnes épouses qui nous écoutent. Elles mé-

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