‹ Une mine produisantChapitre 9 sur 19 · MATIN R LA LS · texte numérisé non relu

MATIN R LA LS

(A part). Mon discours ! Tu n’y penses pas, mon cher; c’est une folie de partir pour les Has tu vas l'y ennuyer seul

Oh ! je ne suis pas seul; les semences sont finies, il n’y a plus d'ouvrage, et nous partons vingt deux.

(De côté). Mon discours |...

Ge qui précède, ne tend pas à dire qu'il n’y ait pas de patriotes dans mon pays, mille fois, non. Que j'étais heureux d'entendre dire l’autre jour à un de

nos membres du parlement: ‘“ le Rév. M. Labelle, de St. Jérome de Montréal, va nous fonder, s’il vit encore dix ans, près de trente paroisses. Il ne rève que colonisation et s’occupe activement de la chose. Il presse, sollicite, commande, entraîne ; et on ne peut lui résister. Que de pères lui doivent d'avoir leurs enfants autour d'eux! Ils déterminent ceux qui ont une grosse famille et qui ne peuvent les établir, de vendre leurs terres, et d'aller mettre les mille piastres qui leur restent sur des terres nouvelles ; car il est convaincu par l'expérience que c’est inutile d'envoyer dans le bois un colon qui n’a rien, à moins que le gouvernement ne l’entretienne en lui faisant faire des chemins ou des ponts. En bon patriote, il va encourager par ses visites, ceux qu’il a fixés au milieu de la forêt. Le pays, ‘‘ ajouta ce membre, ‘ lui doit beaucoup; des hommes comme celui là méritent le nom de patriotes.” J'étais heureux d'entendre, de la bouche d’un membre du parlement, cet éloge donné à notre clergé.

fl TOUCHE DEUXIÈME.

Un rayon d'espérance.

1880 sera une époque mémorable dans l’histoire de notre pays. La classe dirigeante de notre société -va se réunir dans un but patriotique. On parlera un peu du Canada passé, mais on parlera M Le du

M Que One Canada futur. On me dit qu’il y a déjà des comités qui se forment, devant s'occuper chacun, d’une

branche particulière de notre industrie. La colonisation sera le thème principal du jour, me dit-on.

On recherchera, pour la millième fois, les causes de notre émigration ; mais cette fois-Ci, on veut y porter un remède. On parlera d'éducation, de luxe, d'ivr'ognerie, du système de crédits chez les marchands ; on traitera la question de nos mines, des canaux, des chemins de fer. On parlera de sucre de betterave, de tabac, de carottes, de patates. Sur toutes ces questions, les membres de notre classe dirigeante en Bas-Canada, recevra les lumières les uns des autres. Îl y aura des questions, des réponses, des objections. des systèmes proposés, des systèmes démolis, des rêves faux et des rèves vrais, des arguments de toutes sortes, voire même des arguments frappanits, le tout pour le bien du pays. Du choc des opinions jaillit Pétincelle de la vérité.

Toutes ces choses ne se traitent pas du haut de la tribune, devant le peuple assemblé qui crie : oui ! oui ! et dont cent oreilles, tout au plus, entendent ce qui se dit ; mais les comités, présidés par de bons patriotes, agiteront ces questions bouche à bouche, cœur à cœur. Chacun sa branche. Dans léducation, mes bons habitants, nous laissons faire ceux qui ont l'expérience de la chose et qui ont passé par là. Dans le comité qui s'occupera de colomsation, j'aimerais, mes chers habitants, que quelqu'un de

vous s'y trouva, vous qui avez passé par là. Que votre expérience serait utile dans ce comité !! Ne craignez rien ; vous parlerez votre langage et direz à tous les messieurs : Excusez-moi, je ne connais pas la grammaire, il n’y avait pas d'école dans mon temps, mais j'ai fait imstruire mes fils ; l’un est prêtre, Pautre est membre, peut-être ministre ; vous commencerez à parler bien tranquillement en nommant un chien, un chien, et un chat un chat. Vous verrez que vous serez compris et écouté avec beaucoup de respect. J'espère qu'il y aura aussi de jeunes colons qui viendront parler de leur bonheur ou donner les causes de leur insuccès. Un dira : c’est parce qu’il manque un chemin ; un autre dira : c’est parce qu’il n’y à pas de pont; un autre : parce qu’en tel endroit, La terre est trop basse ;: un autre : parce que j'ai été trompé, et que je n'ai pas eu un seul minot de grain, depuis irois ans, la terre n'étant d'aucune valeur; un cinquième s’avancera: c’est parce qu’il n’y a pas de chapelle dans notre endroit. Et moi, messieurs, retentira la voix vibrante du sixième, j'ai une bonne nouvelle à vous apprendre : l'automne dernier, en cherchant des membres de traineau, j'ai découvert le plus beau lopin de terre où il y a de la place pour deux pee de la belle terre forte, messieurs, l’eau m'en vient à la bouche rien qu’à y penser. Si c'était arpenté, j'y établirais mes deux garçons. Les secrétaires sont toujours à écrire pendant ce temps. Mais portez attention aux paroles de ce beau jeune homme, habillé d'une étoife à tissu

. très-fin, faite au métier, moins chaude pour le jour de la St. Jean Baptiste que le drap noir et plus belle que le velours de soie : ‘“ Messieurs, quand on s’est établi dans notre endroit, il y avait des chantiers tour près de nous, et l’avoine et le foin se vendaient bien. On a semé de l’avoine à force et fait des prairies. Maintenant il n’y a plus de chantiers; on a vingt lieues à faire pour porter notre avoine et notre foin au marché; et les gens continuent de semer de l’'avoine pour laquelle il ne leur reste pas cinq sous du minot de retour à la maison. Les gens ont pour leur dire qu'ils font comme les vieux faisaient, excepté qu'ils boivent un peu moins de rhum: le désir ne manque pas, mais ils sont trop pauvres pour donner leur raison à l’aubergiste. Quelquesuns de nous autres ont pensé qu'il valait mieux élever des animaux qui pouvaient se rendre seuls au marché et laisser la routine de nos pères de côté, vu que les circonstances ne sont pas les mêmes. De ce que mon père a été à la messe de minuit en voiture d'été, l’année dernière, pour la raison bien simple qu'il n’y avait pas de neige, il ne s'ensuit pas que je devrai m'y rendre l’an prochain avec mon quatreroues, s’il y en a cinq pieds.” (Dans l'auditoire on se regardera et on sourira, comme il est naturel de sourire le jour de la St. Jean Baptiste.) Le jeune homme continuera en ces termes— 1l n’est pas bête, comme vous allez voir, ce fils d'habitant : ‘ peut être, messieurs, que vous trouvez que je suis un peu long, mais que woulez-vous ? notre famille est en

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