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iñnème raccommoder son bas. Quand on lui demandait si elle savait faire une bonne soupe, elle répondait que cela se faisait dans les chaudrons, salissait les doigts accoutumés à la dentelle; elle riait des filles gu'elle voyait travailler dans les champs, leur donnait le nom de communes. Elle avait cependant son mérite: elle tirait bien son mouchoir de sa poche et se présentait avec grâce devant l'assemblée des grands iniroirs qui étaient dans sa chambre. Elle dansait tout ce qui peut être dansé sur un plancher embouveté, patinait comme un gamin, et marchait à la raquette comme une montagnaise, ce qui est une bonne chose dans notrepays. En hiver, elle pouvait passer une journée dehors avec le premier fou qui voulait la promener, sans jamais ‘ avoir froid aux yeux Sa robe était étroite, ce qui la gênait pour marcher, chose de peu d'importance peur elle qui trottait toujours. Cette robe était gâtée par la boue des rues, la poussière des hôtels, la fumée des vapeurs et la saleté des théâtres. Elle passait sur les trottoirs, les yeux les premiers, puis les jambes. Telle était Demoiselle Rangévoudeon dite Têtanlerre. Dès son arrivée, elle commença à tenir Françoise à distance, ne la souffrant plus dans sa chambre ; quelquefois, on lentendait crier : petite Françoise, dépêche-toi donc !
Françoise avait trop d'esprit pour se fâcher de cela et trop de charité pour en rire avec ses connaissances. Un jeune homme venait souvent passer la.
soirée à la maison... Il n'avait jamais pensé à épouser Anorosa, il en riait avec ses compagnons, mais les promesses de mariage remplissaient le salon. Ils disaient toujours, tous deux, la même folie qui se répète depuis deux siècles, et que vous avez le bonheur de n'avoir jamais dite : Que l'amour est un fardeau accablant quand nous ne sommes pas deux à le porter! Je savais que je vous ferais rire : mon oncle Germain se pâmait quand je lui citais cette phrase, et ils’exelamait pendant cinq minutes : non ! mais] dites moi donc, dans le monde! Est-ce possible des choses comme ça! puis il riait pendant un quart d'heure du progrès que e la jeunesse dans toutes les branches.
Ce cher oncle! comme j'aime à me rappeler som souvenir !!
Mais revenons à notre brebis Amorosa était devenue inquiète, soucieuse, elle passait la journée
à'écrire un nom dans une fenêtre puis à l’effacer.
Elle avait une phrase quelle répétait à tout instant, et qui faisait sourciller Françoise : Oh ! petit Heat que je vois voltiger dans Pair ! qui me donnera tes ailes pour voler, comme toi, au gré de mes désirs ! Pauvre fille! Comme il est triste de la voirl! Elle est désœuvrée ; c'est une mondaine qui est un mem- . bre inutile dans son pays; elle est dans les iliusions du monde et ne veut plus écouter le cri de sa conscience.
Françoise ne la perd pas de l'œil. La mère mou-
rante d'Amorosa avait confié quelque chose à cette bonne servante. Françoise en faisait son secret.
Amorosa tombe malade : elle dit et veut qu'on dise qu'elle va mourir. Ne vous alarmez pas cependant ; ce n'était que pure hypocrisie. Vous aurez peine à le croire, mais c’est bien vrai tout de même ; elle faisait la malade pour voir l'impression que cela ferait sur celui qu’elle aimait, pour être témoin, du moins, elle en avait l’espérance, de son désespoir.(#*) Quelle honte ! n'est-ce pas.
Françoise, fine comme toutes les femmes canadiennes, avait éventé la mêche. #
Le jeune homme se présentait souvent et disait : “ayez la bonté d’avertir Mademoiselle que je suis venu m'informer de l’état de sa santé.” Françoise refermait la porte et se disait : Pauvre Amorosa, tu és dans le lit, restes-y ; tu ne sauras pas de nouvelles par moi de sitôt Amorosa s’informait souvent s’il n’y avait pas de lettres pour elle. On me. connaissait rien.
Le jeune homme, ne pouvant obtenir de nouvelles, se présente un jour et dit bien haut: 4 Madémoiselle, je suppose, ne peut recevoir de visites encore ? ” Du cri d’une malade sans mal se fait entendre en haut. — Non ! dit Françoise, en tenant la porte. Le jeune homme disparut.
(*) Nota: Je prie bien celle qui me raconta son histoire, de se reconnaître seulement dans la circonstance de la maladie. ‘ Elle est guérie maintenant, lecteurs. ”
Amorosa n'y tenait plus. Françoise monte à sa chambre :—Quelle est donc la personne qui voulait me voir, demanda Amorosa Têtanlerre.
—Le jeune homme qui est la cause de votre maladie, dit Françoise, en fixant sur elle un regard pénétrant.
La jeune fille rougit, ce qui ne lui était pas arrivé *
depuis deux ans. Françoise s’approcha du lit et com-
mença à parler en ces termes: Ecoutez-bien une.
canadienne, mes chers amis : “ Mademoiselle Marie, permettez à celle qui vous a vu naître de vous donner un conseil ; il faut que vous changiez de conduite, ou vous êtes perdue; écoutez, mademoiselle...
—Je crois que tu conviendras, Françoise, queje ne prendrai le conseil de mes servantes, que s’ils me plaisent, dit Amorosa.
Françoise, sans se fâcher, mais d’un ton plus accentué, reprit la parole: PO il faut changer de ton, je vais le faire. Eh! bien, écoute Marie: Ta mère mourante m'a confié le soin de sa fille, alors son unique trésor, sa fille Marie, car c’est ton nom et je ne t'en connais pas d’autres. Je me souviens des jours de ton enfance. Te rappelles-tu que tu fus malade pendant trois longues années, et qu’une personne veillait constamment près de ton lit. Ta main défaillante, se promenait, caressait quelquefois mes cheveux blanchis par la fatigue, et tu disais alors : Oh! bonne Demoiselle Françoise! que je vous aurai
de reconnaissance ! car tu me portais respect alors,
quand je serai mieux, c’est vous qui dormirez et moi qui veillera. Que ces sentiments sont changés ! Demoiselle Marie! J'en connais la cause. Depuis que vous lisez des romans, depuis que vous rêvez en plein jour, lat bonne petite Marie d'autrefois est devenue une grande fille sans cœur. J’ai été malade une fois, je voulais ton secours pour prendre un bain de pied, et, à ma grande surprise, tu me répondis que tu étais à lire un livre où tu ne voyais pas qu’une maitresse lavât les pieds à sa servante, ce qui me fit croire que ce livre n'était pas l'Evangile, où Von voit qu'un Dieu les lava à ses disciples. Oh! si ta mère vivait! Elle ne reconnaîtrait pas sa fille dans la jeune mondaine qui est devant mes yeux, et qui a livré son cœur à un mondain; car, si le jeune homme qui vient ici se respectait, quand tu es seule, il se retirerait en disant: excusez-moi, je croyais” que votre père y était. Si tu avais un peu de respéci pour toi-même, te permettrais-tu de ces convérsations folles que mon oreille a surprises ? Je l’ai entendu, et je tai entendue. Il m'a, semblé, Marie, voir un serpent qui ne lâche jamais sa victime, t’enlacer de: ses replis qu’il ne dénoue que quand il a infiltré son poison mortel. Pardonne à Françoise de te parler de la sorte, mais j'ai un devoir à remplir, et dix-neuf ans d'expérience t'ont prouvé le cas que Françoise fait de son devoir. Maintenant lève-toi; demain tu viendras à confesse, avec moi; ça te donnera de la force, et Dimanche je recommanderai aux prières de PArchiconfrérie une fille qui a la passion de liré des
La
livres d'amour. Ma pauvre enfant! ajouta-t-elle d’un ton radouci, nous allons les brûler ce soir pour faire plaisir à ta mère qui nous voit du haut du ciel. de ne connais pas ces livres-là, moi, mais on m'a toujours ditvque c'était, ‘le récit écœurrant de deux écœurrés, ” c’est à-dire rien de bon.
Eh ! bien, mesdames, que dites-vous de Françoise ? En êtes-vous contente? pour moi ce qui me console
le plus, c’est de voir que la plupart de nos mères Canadiennes lui ressemblent et ce sera le salut du pays, comme Françoise fut le salut d’Amorosa, qui revint à de bons sentiments.
Mon oncle Germain disait souvent à ma tante : Si tu es bonne et craignant Dieu, ton époux et .tes enfants s’en ressentiront toujours un peu.
Maintenant, faites votre prière, je vous dis bonsoir
et vous remercie de votre hospitalité, à demain où nous chanterons encore une fois :
Qui dit: pas fin est le Canadien Ne s’trompe pas rien qu’un petit brin.
DEUXIÈME VEILLÉE
PREMIÈRE PIPÉE
PEAU #F ce TOUCHE PREMIÈRE.
Les cendres de la pipe.
Mes bons habitants et artisans, nous voici encore réunis pour passer une veillée ensemble. Vous êtes tous bien, j'espère ? La nuit a été bonne ? Dans vos rêves, vous n'avez pas rencontré le tisonnier de ma mère ? On dirait que le temps se pare un peu; après trois jours de tempête pareille, il est temps, je crois, qu’il fasse sa toilette. Merci bien, ma bonne dame, pour votre invitation, j'ai soupé avant de partir, ‘ affaire en est faite.” Asseyons-nous maintenant, et tâchons de recueillir la cendre du tabac que nous avons fumé hier.
er O0 À 9 mmorre
Nous avons dit que notre pays n’est pas encore tout habité, qu’il y a de la place pour tous vosenfants, qu’il peut produire vingt fois plus qu’il ne produit. Malgré cela, nous voyons, avons-nous dit, nos Canadiens aller aux Etats par milliers. Veulent:ils y aller? Nous en avons vu les trois-quarts pleurer en nous quittant, et entretenir l'espoir de revenir plus tard, tant ils aiment leur Canada. Nous avons dit que plus de la moitié resterait sur ce sol chéri, si nous avions une organisation; nous entendons ici, par cette moitié, la partie des émigrants qui appartiennent à la classe de nos cultivateurs, et que leurs pères pourraient établir sans avoir recours à des protecteurs étrangers. Nous avons démontré que bien des pères pourraient nourrir leur fils un an ou deux, tui fournir un cheval, un poële, etc., ce
qui serait suffisant pour en faire nn riche colon * plus tard, si on allait trouver ce père, lui demander son fils comme membre d’une nouvelle colonie qu’on formerait tout d’un coup; que ce père serait même content de l’y envoyer, mais qu'il n’osait le laisser partir seul, sachant que ce serait des dépenses inutiles, vu que son fils n'aurait pas le courage de rester dans la forêt, loin du commerce, des communications, des moulins, des écoles et des Eglises. Nous avons vu la mère de ce jeune homme trépigner de bonheur à la pensée que son enfant allait à la suite d’un prêtre. Nous avons vu ce jeune homme content de partir avec des compagnons d'enfance ; nous l’avons vu dans la forêt, travailler avec ambi-
tion et ne permettre à aucun de ses compagnons d’en faire plus que lui. Nous l'avons laissé en voie de prospérer, et capable de se suffire à lui-même. Ses deux bras sont maintenant dans l'intérêt de sa famille, au service de sa patrie, au lieu que, laissé à luimême, il serait à enrichir les autres, ainsi que ses deux cents compagnons. Nous avons vu que l’autre moitié d'émigrants ne pouvaient trouver de protecteurs dans leur famille, et qu’ils avaient besoin d’un secours étranger. Nous avons démontré limpossi- . bilité, pour un jeune homme qui n’a absolument rien, de se fixer sur un lot. À ce jeune homme nous avons offert les deux tiers d’un lot, qui sont plus que suffisants pour établir un commençant ; nous lui avons trouvé un protecteur, qu'il n’a pas refusé ; nous lui avons donné lPavantage de ne pas s’endetter, ne réclamant jamais de lui d'autre monnaie que la monnaie de ses deux bras. Ge jeune homme a avoué que, sans cela, il devait servir les autres toutesa vie: et,qu'au bout de dix, de quinze ans de travail, il n'aurait que le chemin du roi pour tout partage, si le moulin venait à se fermer : ce qui arrive toujours tôt ou tard. Il a accueilli notre projet avec bonheur. Ne pouvant se procurer un lot entier, il est heureux qu’on lui donne les moyens d’en avoir les deux tiers; il est heureux de se faire un chez soi, de se préparer une retraite pour ses vieux jours. Il s'engage bien volontiers à commencer aussitôt le défrichement sur le lot de son bienfaiteur, pour ne pas exposer celui-ci à perdre son argent; il est prêt à signer
un contrat, en vertu duquel, il défrichera à son bienfaiteur quatre, cinq, huit ou dix arpents de terre, selon la somme déboursée par celui-ci à son avantage; mais il réclame le privilége de semer ces quatre ou huit arpents à moitié, le protecteur lui fournissant la semence. Cette dernière clause lui donne l'espérance de pouvoir se suffire à lui-même, dès la deuxième, à coup sûr, la troisième année. Le gouvernement désirant que chaque lot soit habité, ne pourra s'opposer à ce contrat. Sur chaque lot, il reste 42 ou 56 arpents de terre, selon le cas, en possession du protecteur, pour le rembourser de ses dé- .penses. Nous avons démontré limmense profit que ce dernier retirait de ses deniers; car ce lot n’est pas isolé dans la forêt, mais se trouve au milieu d’une paroisse, et la valeur en augmente de cinq à dix pour cent par année, soustraction faite du profit des récoltes. Nous avons dit que ces protecteurs, nous les trouverions par milliers dans nos villes, si des * hommes influents voulaient former l’opinion en ce sens ; que nous les trouverions aussi dans nos campagnes. Que de jeunes ménages peuvent préparer, au moyen d’un protégé, une belle ferme à leur enfant qu'ils ne pourront établir plus tard sans cela.
Nous avons essayé de démontrer l'inutilité de prendre des lots que nous ne pouvons défricher ‘ avant trente ou quarante ans. Un père a de grands garçons, qu'il prenne des lots pour les établir autour de lui, très bien; mais s’il veut prendre des lots pour des enfants en bas âge, sans y mettre de protégé, il
s'expose à être isolé dans la forêt pour le‘reste de ses jours, et à mener une vie misérable, loin des écoles, des Eglises, des docteurs, etc.; nous avons conseillé au père qui se trouve dans cette condition, d’avoir un colon, qui nettoiera à son fils la moitié d’un lot, : ce qui sera suffisant pour l’établir convenablement.
L'expérience nous a démontré que, dans nos paroisses,
cenx qui avaient trois arpents de front, étaient de
bons habitants. D'ailleurs, un homme peut:il défri-
cher, dans sa vie, plus de quatre-vingts à cent arpents
de terre ? alors, pourquoi en garder trois cents arpents en bois debout, qui pourrient faire vivre trente
à quarante personnes? Nous avons entendu notre
compatriote dans la forêt. Il pleure son isolement,
Que voulez-vous ? l’homme est fait pour la société
et ne pourra jamais rester seul sur un île. Nous
avons vu que les sociétés avaient un bon côté, pour-
vu qu'elle n'aient pas {oute une province, et qu’elles
soient séparées de manière à soulager les pauvres
d’alentour. |
Nous avons vu r0s braves Napoléons dans la forêt ; nous les avons vus conquérir un pays; nous les avons vus se préparer un trône pour leur vieillesse, un chez soi impérissable qu'aucune révolution financière ne pourra leur enlever. Nous avons traversé les lignes, et notre œil a contemplé un triste spectacle : nous avons vu des esclaves qui traînaient avec eux le boulet de l’ignominie et du déshonneur ; nous avons eu honte pour eux qui ne pouvaient plus