‹ Une mine produisantChapitre 14 sur 19 · IIS · texte numérisé non relu

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rougir, et nous avons pris la résolution de venir en aide à ceux de nos compatriotes dont le travail ferait la richesse de notre pays, et dont la conduite serait la gloire de notre nation, s’ils n'étaient pas laissés à eux seuls. Nous avons dit, enfin, pour ne nous arrêter qu'aux principales choses, que le patriotisme consiste dans les actions, et qu’en 1880 on prendra les moyens d’obvier à toutes les misères qui se répandent sur le Canada.

‘ Voilà ce que l’on dit, et que dis-je autre chose ?”

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TOUCHE DEUXIÈME

Dans les chars.

Pour vous montrer, mes chers habitants et artisans, que nous ne sommes pas les seuls, vous qui m'écoutez dans cette maison et moi qui vous parle, à croire que nous réussirons par la colonisation en groupe, en bande, permettez-moi de vous faire part des opinions recueillies dans les chars.

Dans mes nombreux voyages, j'aime à me rencontrer avec mes compagnons d'autrefois, nos bons cultivateurs; je lie conversation avec eux, et il est rare que nous ne nous comprenions pas.

L'automne dernier, je m'approchai d’un homme à

l'air honnête, qui fumait tranquillement sa pipe sur son siége. -

Mr GE

—dJ’ai honneur de parler à un brave cultivateur, n'est-ce pas ?

—Oui monsieur, je suis habitant, répondit-il.

—J’en étais certain, dis: -je, vous en portez les nobles marques. Votre béau capot de belle étoffe du pays me l’a indiqué.

—Et vous, monsieur, on me dit que vous êtes missionnaire ?

—Oui, monsieur, je le suis.

—J'ai lu vos lettres dans les annales de la Propagation de la foi, repartitil; je vous assure qu’en voyant l'abandon de ces pauvres sauvages, . je nai pas regretté l'argent que je débourse pour le soutien du missionnaire.

— Dieu vous le rendra, brave homme ; et, pour me rendre à ses désirs, je me mis à parler de mes sauvages, ce que je fais toujours avec plaisir. Un groupe se forma autour de moi. Je crus le moment favorable.— Mon brave ami, y a-til beaucoup de jeunes gens qui laissent votre paroisse ? continuai-je.

— Beaucoup, monsieur, c’est bien malheureux. J’ai même un de mes fils qui veut partir; cette dame, qui se trouve en arrière de vous, a dit adieu à deux des siens.

—Je me retournai, je vis une dame les LUE aux yeux.

—Oh ! mon père ; ne me faites pas de reproche, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour les retenir, mais que

voulez vous ? on ne peut les nourrir à la maison, et il n’y à pas d'ouvrage ; j'ai été trouver M. le Curé, je lui ai dit qu'ils avaient reçu une lettre de leur cousin les assurant qu'ils auraient de lPouvrage au moins pour trois mois à Boston, à travailler à la brique. Il me conseilla de les envoyer sur des terres nouvelles, Je lui répondis que je ne pouvais les nourrir un an, ni leur acheter de semences. Il haussa les épaules, se promena dans la sacristie, me dit : c’est bien pénible ; puis il me laissa sans me dire ni oui ni non. Leur cousin leur envoya chacun dix piastres et ils partirent. Je vous assure que depuis ce temps là, je ne dors pas dur; j'espère que vous prierez pour eux, mon père ? |

—Certainement, Madame, j'aime tant mon pays qu'il m'est impossible d'oublier ceux qui sont forcés de s’en éloigner. Ayez confiance ; vos fils vont revenir, J'espère ; on s’occupe en ce moment d'eux.

—Quoi! de mes fils!

—Ecoutez, Madame. Que diriez-vous si on leur offrait des lots au milieu d’une paroisse de 200 jeunes gens et qu'ils n'auraient qu’à travailler sans s’endetter, pour les défricher.

—Oh!M.; “j'en réponds, du moins avant qu’ils aient pris l’air des Etats. ” Tenez! mon père, si vous voulez m'obtenir cela, je vous dirai un dizaine de chapelet ‘tous les jours de ma vie jusqu'à ma mort.”

—Vous ; M. vous ne pouvez établir auprès de vous, votre fils qui parle de partir ?

—Oh ! certes! non ; ça coûte trop cher, mon père! —Mais ne pouvez-vous pas lui donner 100 piastres ?

—Oui, mon père, et plus aussi, mais avec cent piastres, quand on veut s'établir dans la belle paroisse de St. François de la Rivière du Sud, on ne va pas virer bien loin.

—Est il vigoureux ?

—Comme un brie,

—I] a alors le capital nécessaire pour arriver à l’aisance avec votre concours. Si on établissait une paroisse dans un canton ou township fertile, vous pourriez le nourrir, n'est-ce pas ? |

—Non seulement le nourrir deux ans, s’il le veut, mais lui donner un cheval, une CHA une voiture, etc. Je ferai tout pour lui à conditiôn qu’il ne parte pas seul, car, dans ce cas, ce serait des dépenses inutiles.

— [1 ne faut pas oublier les deux fils de cette veuve, M. ; ils prendront un lot pour eux deux, à côté de celui de votre enfant. Ils mangeront ensemble. En retour, ils travailleront près de trois mois sur le lot de votre garçon, qui leur prêtera son cheval pour leurs semences. Ça ne vous coûtera pas si cher, après tout, de nourrir trois personnes; puis, songez que vous rendrez un service à cette femme.

— D'autant plus, dit-il en baissant la voix et en s’ap-

are A A 100 seras de ALU

prochant de moi, que c’est un peu de mes parents, On pourra, peut-être, faire quelque chose pour elle.

J’exposai notre projet longuement et simplement à tous les présents, qui pouvaient presque tous soutenir un fils devant partir tôt ou tard pour les Etats. Tous jubilaient de bonheur.

Le sifflet se fit entendre, je dus sortir.

Un ami du bon vieillard à qui j'avais adressé la parole, se précipite dans les chars pour lui serrer la main au passage. Mon oreille entendit ces mots qui firent bien rire le prêtre—mon compagnon: Tiens, regarde celui qui s’en va, c’est un père; va le voir au presbytère, je t’assure que c’est lui qui en débite dans une demi-heure ! ! Mon fils va s’en aller avec lui,—avec un prêtre ! y penses-tu ?—En ce moment, mon compagnon et moi apparümessurla plate forme, vis-à-vis de la fenêtre où il se trouvait ; il continua : tiens ; ils nous ontentendus... regarde-les donc rire!

TOUCHE TROISIÈME

Rien qu'une bouffée.

La touche précédente veut dire: Il y en a qui ont le temps de penser, d’autres n’ont que le temps d'agir. | |

“Je pense pour vous,” dit un constructeur de pont à ses hommes, ‘“ travaillez pour moi.”

Qu'on s'organise ! et, braves cultivateurs, vos fils devant laisser le pays tôt ou tard, sont assurés à la patrie, soit 10,000 par année.

Que le système des protecteurs réussisse, (*) 10,000

de plus travailleront pour nous et nous serons un peupliers

TOUCHE QUATRIÈME, L'exemple entraîne.

Pendant la guerre des Etats, un Canadien, tourné, vint dans le comté de Montcalm. Il voulait engager des hommes pour travailler sur la ferme d’un riche propriétaire américain qui ne trouvait plus personne par chez lui. Engager des Canadiens pour les Etats! les Etats en pleine guerre! la chose me paraissait impossible.

Ce grand “sans cœur” courut partout pendant trois jours sans succès. Il réfléchit... aborda notre ami Pierrot et lui dit:

— Si tu veux venir, il y en a trois autres qui viendront. |

—Trois autres ? dit le Canadien.

—Trois autres de tes amis, répondit celui dont le père et la mère étaient canadiens.

(*) Ou tout autre systèmo meilleur.

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S'ils veulent y aller, j'irai moi aussi, dit notre ami.

Le vilain se hâta d'aller trouver les trois autres et aussitôt de dire : Si vous voulez venir, Piersot m'a promis qu'il viendrait.

—Si Pierrot veut y aller, nous partirons nous aussi, répondirent-ils.

Le contrat fut signé. Ces quatre têtes légères se promenèrent dans la paroisse, allant dire adieu à leurs familles, et amis. Les jeunes gens venaient pas ser la veillée avec eux et parlaient de voyages. Le polisson était à l’hôtel et se disait: j'ai maintenant assez d’apôtres de ma cause, je n'ai plus besoin de bouger, et il ne bougea pas.

Le croirez-vous ? mes chers habitants: écoutez bien, écoutez le crieur public dire le dimanche suivant à la porte de l'Eglise, pendant que d’autres faisaient de même, dans les paroisses environnantes : ‘# Monsieur un tel (il l'appelait Monsieur !) avertit le public qu'il ne veut plus étre badré par tous ceux qui viennent le trouver pour s'engager, il en a plus qu’il ne lui en faut.” N'est-ce pas à faire verser des larmes, et des larmes de sang ?

Permettez, jeunes gens qui m'entendez, nous sommes en famille ce soir, cela ne vous offensera ‘pas, permettez-moi, dis-je, de vous répéter en vous pinçant l'oreille, ces mots de mon oncle Germain qui s'y entendait en hommes :

‘ Le canadien est assez bon enfant, Mais va toujours trop sur le sens du vent.”

Si 16 vent soufilait toujours vers la forêt, à la bonne heure !

TOUCHE CINQUIÈME

Où aller ?

Où aller ? au Nord, au Sud, à l'Est, à l'Ouest. H y a de la place partout. Jusqu'ici nous nous sommes tenus dans la vallée du St. Laurent; nous nous sommes fait un nid, et nous y sommes restés. La vallée de l'Ottawa peut encore tenir plus de trois millions d'habitants ; celle du St. Maurice et du lac St. Jean, autant ; du côté du Sud, si vous tirez une ligne depuis la vallée de la Beauce, jusqu’à Paspébiac, ligne parallèle au Golfe, vous serez surpris du nombre de millions d'habitants que peut contenir cet immense et fertile territoire. En arrière de Paspébiac, il y a un lopin de terre de dix lieues de largeur sur sept à huit de profondeur, qui ne le cède en fertilité à aucune vallée du Canada. On peut établir des paroisses sur tout le parcours du chemin Taché; et les Cantons de l'Est sont loin d’être remplis. Votes voyez, mes chers amis, que tous vos enfants et petits enfants peuvent y trouver place et y vivre heureux. Prenons garde à cette manie qu'ont certaines gens de vouloir aller loin pour s'établir, tandis qu’il y a

pour eux une mine en réserve à quelques lieues de leur porte. (*)

Il y a pourtant des Comtés qui n’ont plus de lots nouveaux à offrir au surcroit de leur population. Il faudra alors s'éloigner de dix à quinze lieues peutêtre, mettons cinquante, si vous voulez. Maintenant que nos chemins de fer traversent notre pays en tous sens, 50 et 80 lieues ne sont guère plus qu’une journée de marche. Prenez garde, mère qui m’entendez, de dissuader votre fille, devenue épouse de ce jeune homme, de l’accompagner à soixante lieues de chez vous. Cette fille vite venue à l’aisance viendra vous voir, vous donnera plus de joie et moins d’inquiétude que si elle fût partie pour les Etats, ce qui devait lui arriver tôt ou tard. De deux maux, il faut choisir le moindre. Où aller? Dans cette partie du Canada qui peut faire vivre un homme de cœur. C’est là qu’il faut se rendre, mon brave ami. Partout où tu trouveras un prêtre et des compagnons tu seras chez Loi.

Où aller ? ? Près d’une Eglise et non d’une manufacture ; près d’une Eglise où tes enfants feront leur Dee communion comme tu l'as faite toi-même

\*) Je mes à part la colonisation de Manitoba qui a droit à toute notre sympathie. En route donc les braves qui veulent aller au se -ours de nos frères de là-bas. Nous sommes assez riches en popula- Won pour être en mesure de suflre largement à tous nos centres.

dans l'Eglise que ton père a bètie, sur un morceau de terre enlevée à la forêt.

Où aller ? près d’un cimetière où tes enfants et toi dormirez ensemble, où des amis viendront déposer une prière sur ta tombe.

—C'est là, mon ami qu’il faut aller et non ailleurs.

DEUXIÈME PIPÉE

TOUCHE PREMIÈRE

Le lac St. Jean.

J'ai eu le bonheur de visiter le lac St. Jean; J'ai vu mes bons sauvages que, à ma grande surprise, j'ai trouvés occupés à cultiver.. Soit dit en passant, c’est l'argument le plus fort qu’on puisse apporter en faveur de la fertilité du sol de ce vaste bassin.

Vous connaissez Trois-Rivières et Québec. Entre ces deux villes, à trente et quelques lieues en arrière, se trouve une grande étendue d’eau que les mission: naires Jésuites ont appelée le lac St. Jean.

Chacun à entendu parler du lac St. Jean, beaucoup ont visité, et cependant j'ose dire que peu le connaissent, parce qu'ils sont bien rares, les sauvages et quelques arpenteurs exceptés, ceux qui ont réellement visité le véritable bassin du lac St. Jean. J'ai vu des habitants qui m'ont dit avoir visité le lac St. Jean, jusqu’à la riviére aux sables, d'autres jusqu’à la belle rivière ou Hébertville, d’autres ont fait route

par le chemin de. Québec, ont vu St. Jérôme, Metabetchouan, puis se sont rendus à la Pointe Bleue et croient avoir visité le lac St. Jean. Au point de vue de la colonisation, ils n’ont pourtant presque rien vu. Le lac St. Jean, que les sauvages appellent le lac plat, est une étendue d’eau de 10 lieues sur 12. A l’entour se trouvent de belles et bonnes terres qui pourraient faire vivre des milliers et milliers de familles, terres que le lièvre qui les foule de ses pieds tremblants réclame pour son domaine exclusif.

Avant de vous faire visiter le lac St. Jean, il est nécessaire que nous sachions ce qu’il était autrefois. C'était un lac 20 fois plus grand qu'il n’est maintenant, il n’y a plus de doute sur ce sujet. La science est là pour le démontrer. Une crevasse s’est faite et. le lac s’est déchargé par le Saguenay. Avant que le Saguenay, cette merveille unique en son genre fut formé, le lac se déchargeait, ou par la rivière Ste. Marguerite, le Saguenay desséché, ou par le St. Maurice. L’une et l’autre supposition sont naturelles. Le chaïînon de moutagnes qui entourent le lac est coupé en ces deux endroits sus-mentionnés. Il sera difficile de faire croire à ceux qui traverseront du lac St. Jean au St. Maurice que ce dernier ne recevait pas autrefois. les eaux de l’ancien lac. Les vallées, les coupes de montagnes vous l’indiquent à chaque instant. Mais laissons le beau St. Maurice, et reve. nons au lac St. Jean, qui laissait échapper tout à eoup ses eaux par le Saguenay quand nous l'avons

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laissé. Le lac a desséché jusqu’au point où vous le voyez maintenant ; et, un bon matin, le soleil, à sa grande surprise, a dardé ses rayons sur plus d'un million d’acres de terre pour la première fois de sa vie. Cette terre a été réchauffée, et maintenant vous y voyez une vaste forêt. Le lac, pour la plus grande partie, était d'une profondeur égale, et voilà pourquoi la terre est plane comme une carte. Dans ce vaste bassin, l’eau de la fonte des neiges et de la pluie du bon Dieu s’est ouverte des sillons pour parvenir au lac. Il y a de belles grandes rivières, des cours d’eau en tous sens, qui favorisent l'égout du sol. Quelques unes de ces rivières sont plus considérables que la décharge même. Ce qui fait qu’à la fonte des neiges, l’eau du lac monte et baigne, pendant quelques semaines, des terrains dont la fertilité ne serait pas surpassée par ceux des Pays Bas.

Il y a un moyen bien simple et peu dispendieux de remédier à cette inondation : agrandir la décharge resserrée entre deux pointes de rochers. Un peu de poudre élargira de plus de 40 pieds sur une profondeur de 20, la décharge par où les eaux s’engouffreront dans la chûte. Le gouvernement, soyez en sûr, ne tardera pas à faire ces dépenses, ou un particulier entreprendra lui-même la besogne pour une bien faible portion de ce même terrain, aujourd’hui submergé assez longtemps pendant l’année pour empêcher le colon de s’y établir. Plusieurs se demandent ce que deviendront les habitants établis

sur le pord du lac, quand la vallée sera défrichée et que les fossés, serpentant en tous sens, conduiront en quelques jours au lac tout le produit de la fonte des neiges. L'élargissement de la décharge suffit pour calmer leur crainte. De plus ; quand les chantiers, où plusieurs trouvent leur subsistance pendant l'hiver, seront finis, l'enlèvement de la digue qui barre une partie de la petite décharge, favorisera de beaucoup l'écoulement des eaux. H 2’y à donc rien à appréhender de ce côté-là.

TOUCHE DEUXIÈME, Autour du lac St. Jean.

Autour du lac, il y à de belles paroisses et des contrées fertiles, dont nous parlerons plus tard. Pour le moment, nous allons parler de ce qui pourrait nuire au défrichement de cette vallée, comme, par exemple, les savanes.

Il ya des savanes au lac comme ailleurs, quoi. qu’une seule mérite ce nom, celle quise trouve entre Mistassini et Peribonka. Ces savanes ne sont pas de la même nature que les nôtres. Tout, au lac St. Jean, dénote une création spéciale. Vous marchez dans une savane, vous avez de l’eau jusqu’à mi-jambe et vous êtes cependant dans une forêt. Il n’y a pas de terre noire comme dans nos savanes. Le fond est en glaise recouverte de plus ou moins de sable, et

voilà tout. Un fossé au milieu du marécage bien boisé, suffit pour assainir ce terrain, peut-être le plus fertile du lac. Dans la savane de Mistassini vous trouverez, je ne dis pas de la véritable terre noire, mais un dépot du lac, de l’humus, qui, une fois asséché, vous rendra ‘le centuple. Dans notre pays, vous le savez comme moi, combien sont nombreux les habitants qui ont fait fortune sur un sol qui autrefois voulait engloutir ceux qui s’y aventuraient.

Autour du lac St. Jean, vous trouvez du sable, et dans cette circonstance comme dans les autres, ce n’est pas un sable comme le nôtre. Il y a des habitants de l'endroit qui le préfèrent, le croiriez-vous ? à la terre glaise. C'est un sable charrié par les courants d'autrefois, auquel se trouve mêlé la terre forte. Vous vous en convaincrez en le mettant dans l’eau. D'ailleurs la pure terre forte n’est pas loin. C’est cette espèce de terre qui fait le fond de la vallée du lac St. Jean. Cette couche de terre forte, véritable glaise bleue à gros grains, a de douze à quinze pieds de profondeur, couche qui n’est interceptée par aucun tuff. Cette couche, dans la vallée de PAtuikuapé, de .Mistassini, de Peribonka, se trouve à la surface. En d’autres endroits, elle est recouverte d’une couche de sable, ou de terre jaune, plus ou moins épaisse, Quand il voit une plaine de sable sur laquelle croissent les cyprès, l'explorateur qui veut juger la vallée du Lac St. Jean, au point de vue des autres vallées, est loin de se douter que le blé y croît abondamment, pendant des années et des années, en semant

grain sur grain. Quelle belle pièce de blé, vous avez là ! disais-je à un habitant de la Shaumachouan (rivière du lac St. Jean) ; y avez-vous mis de l’engrais ? Oh! non! mon père, me répondit:il, il n’y a que l'engrais que le lac y a déposé autrefois, et sachez, mon père, que c’est la onzième année que je sème ce morceau. Mon bien paraît peu de chose, et pourtant j'en suis bien content. Ca pousse mieux que les terres d’en haut (la vallée du St. Laurent); car il y a, il est vrai, un pied et demi de sable, mais ce sable n’est pas pur et aucun fuff n'arrête la vapeur de la terre forte de dessous. Comptez que les travaux de défrichement, de semence et de labour, sont moins dispendieux. Un bœuf ici fait aussi bien votre affaire que deux bons gros chevaux dans les terres fortes. Le trèfle y vient bien, très-bien, mais il faut l'y semer, ce que bien du monde oublie au lac St. Jean.”— Ainsi ma parlait ce brave homme.

Un mot maintenant des bois du lac St. Jean. Il ne faut pas juger de la qualité du sol de cette vallée par la qualité du bois. Car le cachet de l’ancien lac a laissé son empreinte jusques dans la forêt. Dès que le lac se fu. vidé, le bassin resta à sec. Le vent et les pluies entrainèrent les graines des arbres circonvoisins. Or, il ne se trouvait sur l’ancien bord du lac St. Jean que des épinettes, du bouleau, du sapin, du pin, etc. et voilà pourquoi vous ne voyez pas d’érables, d'immenses merisiers, que la nature du sol permet d'y rencontrer; l’orme et le frêne s'y trouvent mais, en petite quantité. Un canadien qui

croit s’y entendre en fait de terfain et qui visiterait le lac St. Jean en hiver, se dirait avec surprise : “On m'a trompé ; il n’y pousse que du sapin blanc et de l'épinette rouge, et tous ces arbres renversés que je vôis ça et là annonce un terrain bien peu ferme. ” Détrompez-vous, bon explorateur. La terre est bonne et ferme, je crains même que son plus grand défaut soit d'être trop ferme en temps de sécheresse. Ces arbres de création nouvelle, ne sont que “ plaqués ” sur la terre, ce qui rend le défrichement facile. Que le feu passe une fois à travers ces arbres, et le vent les renverse presque tous. Tout enfin démontre que le bassin du lac St. Jean est de création récente. A l’aide de ces données, vous pouvez maintenant visiter le lac St. Jean, en ma compagnie, sans craindre de former un jugement erroné, comme certains explorateurs, qui ont voulu juger ce bassin au point de vue des autres sols de création ancienne, et qui se sont grandement trompés. Tirons donc une autre touche, en préparant nos porte-manteaux.

* TOUCHE TROISIÈME

Nous partons pour le lac St. Jean : nous pouvons nous y rendre par trois voies différentes : o Par Chicoutimi ou St. Alphonse, en prenant le vapeur à Québec. Pour les colons, le prix du passage est de $1,25. De Chicoutimi, vous prenez une voiture qui

vous conduira ne la Pointe-Bleue pour $5, dis- AT

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tance de vingt-trois deues. Si les charretiers de Chicoutimi ou de St. Alphonse refusaient de vous mener pour ce prix, vous trouveriez à la Rivière aux Sables, une foule d'habitants qui m'ont assuré être prêts à conduire, pour cette somme, une ou deux personnes qui s’engageraient à marcher dans les côtes. De la Pointe- Bleue, vous pouvez marcher ou vous faire conduire en canot autour du lac, en vous avançant dans les rivières.

Le chemin le plus court est le chemin de terre de Québec au lac St. Jean. C'est un chemin sûr en hiver; mais le printemps et l'automne, il y a un bout impraticable pour le moment. Le gouvernement se propose de faire ponter une partie du chemin, que l’eau a défait. Ensuite, en deux petites journées, vous vous rendez à la Pointe-Bleue, où commencent les véritables chances pour le colon. Ayant votre voiture, il ne vous en coûtera rien par ce chemin. Il y a des chantiers, places d’arrêts, à . toutes les quatre lieues. Le chemin est montagneux.

Les explorateurs, les touristes peuvent passer par le St. Maurice ou la Batiscan. La rivière à Côté, la rivière Brulé, la petite Croche, la grande Croche, la Trenche, leur offrent un chemin facile et agréable, Avec une ligne et un bon fusil, ils peuvent s'amuser à satiété. Il y a des castors, an ours, des caribous et des orignaux, etc. ; la seule diMculté est de les tuer; je leur laisse ce soin. J’engage ceux de mes compatriotes qui ont le loisir de prendre des vacances, de

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se diriger vers cette partie du pays trop peu connue. Deux chasseurs dans leur canot d’écorce les conduiront varllamment. Le chemin est sûr, les rapides n'offrent aucun danger et causent d’agréables émotions. Sept à huit jours suffiront pour opérer la traversée. Au lieu d'enrichir de leur superflu une nation étrangère, pourquoi nos touristes canadiens ne vont-ils pas jeter quelques mille piastres au milieu de la colonie naissante du lac St. Jean ?

Quant aux colons qui sont près de Québec, et qui ont leur voiture, ils peuvent passer par le chemin de terre, si le gouvernement le fait réparer pour l’été prochain. Ceux qui ont de bonnes jambes, et tous les jeunes gens en ont, prendront douze livres de provisions sur leurs dos et se rendront de Québec à St. Jérôme en trois petites journées. Une dizaine d'amis qui feront le voyage ensemble, qui parleront de leurs projets et de leurs espérances, se fatigueront moins qu'à passer une nuit à danser, comme on le fait bien souvent. Pour les familles, elles ont à passer par St. Alphonse ou Chicoutimi. Il y en a qui trouvent St Alphonse préférable, car quelquefois on perd près d’une demie journée à attendre la marée pour Chicoutimi. La distance est la même. Nous ne parlerons pas ici de la Grande Baie, du Grand Brulé, de Chicoutimi, de la rivière au Sables. Les colons qui veulent s'établir sur une terre doivent aller plus loin, car ces terrains-ci sont tous pris. Pour encourager le visiteur, permettez-moi cependant de vous dire que ce sont de belles paroisses. Un habitant de : (M

ces endroits me disait avoir commencé avec une

somme de deux cents piastres à sa disposition, et

cette année, 1l récolte cinq mille minots de grains,

Voilà, je crois deux cents piastres placés à bon in-

térêt. J’ai eu beaucoup de misère en commençant,

dit-il; j'ai mangé quelquefois mon pain noir, les

mouches m'ont dévoré, j'ai sué sang et eau; mais

comme le travail ne tue pas, j'ai encore bonne

santé; les mouches nous ont quittés, et vous voyez. tous mes enfants autour de moi en ce moment.

J'écoutai ces paroles attentivement, je les recueillis,

mais ma plume se refuse à rendre l’accent de bon-. heur qui les accompagnait. Je n'oublierai jamais les étincelles de glorieuse joie qui s’échappaient de ses

yeux quand 1l prononça ces mots : mes enfants autour

de moi. Maïs laissons cette belle paroisse de St. Dominique, avec sa belle église en pierre et son beau. presbytère ; traversons plusieurs lignes de terre, qui. offrent peu d'avantages pour la colonisation, et allons

saluer la belle paroïsse d'Hébertville (*.

(#) M. Brassard, riche habitant de la rivière aux Sables, a trouvé en chemin qui part de celui de Kinogomi, chez M. Jean Deschêne, conduisant jusqu’à Upica où il rencontre le chemin de Québeo à 14: lieues de St. Jérome. Ce chemin n’a que six lieues, ot est exemptde: côtes. C’est une route d’hiver seulement.

mr TROISIÈME PIPÉE.

TOUCHE PREMIÈRE

à} Hébertville.

si Le Rév. M. Hébert, curé de Kamouraska, est trop connu du publie pour que j'aie besoin de faire son “éloge. Cependant, comme canadien, je lui dois trop pour ne pas parler de son patriotisme. Le vrai pa- -triotisme se prouve par les actions et non par les paroles. Le jour de la St. Jean-Baptiste, nos places publiques sont inondées de patriotes qui font de ma- ‘gnifiques discours et qui ensuite se croisent les bras pour le reste de l’année. Le Rév. M. Hébert, dans lamour qu’il porte à son Dieu et à sa patrie, a travaillé pour Pun et l’autre, en fondant une colonie. Ün écrivain a dit que celui qui faisait pousser deux brins d'herbe là où il n’en poussait qu'un, était un bienfaiteur de lhumanité. Que dire du Rév. M. Hébert, qui a changé une forêt en une paroisse fertile! Aujourd’hui, plus de 4,000 personnes vivent sur une terre qui ne pouvait, il y a trente ans, nourrir un seul individu. Le Rév. M. Hébert est un con

CS

quérant. Il a conquis un pays sans répandre le sang de ses semblables. Un jour, la patrie reconnaïssante devra lui élever un monument sur les bords du lac St. Jean ; et le visiteur, parcourant les rues d’une ville que lindustrie y aura élevée, s'arrêtera devant ce faible tribut de la reconnaissance des peuples, et lira l'inscription suivante: Au conquérant du Lac St, Jean.

Le curé d'Hébertville est aujourd’hui à la tête de quatre cents familles. Dans une seule année, ces vaillants colons récoltaient cinquante-deux mille minots de grain, dont treize mille deux cent huit minots de blé ; cependant il n’y a que le tiers de la paroisse de défriché. Détractenr du lac St. Jean, qu’en dites-vous ? Les paroissiens de cet endroit viennent de passer un contrat pour la construction d'une église, en pierre, de cent cinquante pieds. Dieu vient de les visiter par la grêle, comme chacun le sait, on a évalué le dommage à vingt-six mille sept cent piastres, et j'ai pu me convaincre que ce chiffre était au-dessous de la vérité; car on a calculé que chaque minot ne devait en rapporter que dix, tandis que les statistiques démontrent que chaque minot produit en moyenne quatorze minots et demi.

TOUCHE DEUXIÈME, St, Jérôme.

Cette paroïsse n’est établie que depuis seize ans. El n’y en a qu’un quart de défriché. On y compte deux cents trente-sept familles. On y a récolté quarante-trois mille six centsminotsde grain, dont quinze mille six cents minots de blé, et dix mille quatre cents de pois en 1876. J'ai trouvé les terres de St Jérôme bien cultivées, et j'ai remarqué avec plaisir qu'on entrait dans l'Eglise avec de beaux habits d’étoffe et de flannelle, faits avec goût. Bons paroissiens de St. Jérôme, ne laissez jamais entrer le luxe dans votre paroisses et vous ferez fortune. Le luxe est un usurier qui réclame chaque année six mille piastres, oui remarquez bien, six mille piastres de rente, par paroisse. La somme est assez ronde pour | qu'on y fasse attention. St. Jérôme va devenir une des plus belles paroisses du Canada. ”

TOUCHE TROI-IÈME

Pointe aux Trembles.

11 y a des Pointes aux Trembles dans tous les diocèses ; mais l'avenir dira que la “ Pointe aux Frembles ” du lac St. Jean mérite la préférence, L'œil commence à avoir un rayon plus étendu ; après

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avoir laissé St. Jérôme, les montagnes se rapprochent du lac au point de ne vous laisser qu’un chemin assez étroit. Arrivé à la Pointe aux Trembles, les montagnes se retirent, graduellement et vous entrez, à proprement parler, dans la vallée du lac St. Jean. Le rendement est le même que dans les autres paroisses, proportions gardées. Je regrette que le feu du campement ait brulé la page de mon çalepin qui contenait mes notes sur cette paroisse. Je sais cependant que le quart n’est pas défriché, et qu'il n’y a pas encore deux cents familles. Ur bel avenir se présente pour cette paroisse, surtout quand elle sera à proximité du chemin de fer. Courage et persévérance, bons habitants. Les commencements sont pénibles, mais l’aisance attend Les cœurs vaillants qui auront persévéré jusqu'à la fin.

TOUCHE QUATRIÈME

La Pointe-Bleue.

Ici, bon gré, mal gré, il faut s'arrêter. Qu'elle est belle, cette pointe Bleue! quelle est belle!!! Le lac vous apparait dans toute sa beauté; de magnifiques îles sont en votre présence ; et, dans le lointain, vous voyez l'immense vallée de Mistassini et de Péribonka, rivières qui donnent leurs eaux au lac St. Jean. Dix familles sont venues s’y établir, il y a vingt-trois ans, et, bien qu’il y ait vingt-trois lieues pour aller à Chi-

coutimi, on compte maintenant quatre-vingt-treize familles d'agriculteurs et une cinquantaine d’autres, de différents métiers. Il s’est récolté à la Pointe Bleue vingt mille huit cents minots de grain dont un tiers de blé en mil huit cent soixante-dix-huit. Il m'a fait peine de voir à la Pointe Bleue des terres déjà ruinées, parce qu'on y a pas semé de graine de mil ou de trèfle. On s’est obstiné à semer grain sur grain. C’est pourtant de la bien bonne terre. La rivière de M Thomas James, où se trouvent un moulin à scie et un moulin à farine, jouit d’uu bon port ; et, n’en déplaise aux autres endroits, la Pointe Bleue deviendra une belle ville, si ses habitants sont entreprenants et ne se laissent pas couper l'herbe sous le pied par les futurs colons de Mistassini ou de Péribonka.

TOUCHE CINQUIÈME

St. Prime.

De la Pointe Bleue, rendez-vous à St. Prime. N’ou-

bliez pas de vous arrêter à l'endroit qu'on appelle le “ Cran des Sauvages, ” hauteur qui domine toute La vallée du lac St. Jean. Quand cette vallée sera toute défrichée, je ne crains pas d'affirmer que l'œil au pourra contempler, de ce promontoire, les clochers de plus de quarante églises élevées à la gloire de Dieu, de toutes les parties du lac. Vous pourrez juger

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de la surface plane de ce bassin quand vous vous serez convaincus, par vous-mêmes, que ce (“ cran ” mesure à peine quatre-vingts pieds d’élévation. St. Prime eut son premier curé, Rév. M. Elz. Auclair, en 1871. Il y trouva environ quarante familles.

En 1879, nous en trouvons quatre vingt-dix huit. À voir la fécondité du sol, on croirait que ce chiffre aurait pu plus que doubler en huit ans. Pourquoi ce retard ? 1o Cest parce que des spéculateurs, ayant pris plusieurs lots, attendaient que leurs voisins eussent défriché les leurs pour vendre leurs propriétés à des profits énormes; 20 c’est parce que la gelée, qu’on aurait pu empêcher facilement par les égoûts, a nui aux récoltes. Nos jeunes colons ne se mettent pas assez en garde contre cette vérité que la gelée vient plutôt d'en bas que d'en haut. Le sol de St. Prime est très plat et a besoin de fossés. On a voulu prendre de grands lots, et, incapable de les mettre tous en valeur, on ne défrichait que quelques arpents, qu’on entourait d’une rigole. L’eau demeurait dans les forêts adjacentes que ne traversait aucun . cours d’eau. La fraîche y séjournait, et, à la première muit de calme, la gelée faisait son apparition. Ces braves colons n’ont pas souffert de la gelée ces trois années dernières, pourquoi ? maintenantil y a plus de découvert, les fossés sont plus longs et les égouts se font plus facilement. St. Prime sera l’une des plus belles paroisses du lac St. Jean. Bien qu’il y ait à peine un sixième des terres de défriché, ces quatrevingt-dix-huit familles ont récolté treize mille minots

de grain, dont quatre mille trois cents de blé. La végétation y est active, et, cette année même, malgré le climat exceptionnel qu'on a eu en Canada, tout y a müri, Que certains propriétaires divisent leurs lots, que les lots soient occupés par des colons qui feront des fossés d’un trait carré à l’autre, et vous verrez St, Prime donner un excédant de céréales, qui ne sera surpassé en aucun endroit de l’ouest.

TOUCHE SIXIÈME

St, Félicien.

En 1870, il n'y avait que quatre familles à St, Félicien. Elles furent obligées de s'établir sur les bords de la rivière Ashuamachouan, parce qu'à St. Prime, tous les lots étaient pris quoiqu'inhabités, Cependant cette dernière paroisse ne comptait alors que quarante cinq familles, tandis que trois cents quatre-vingt dix familles peuvent y trouver place. Spéculateurs, voilà l'effet de votre patriotisme! St, Félicien compte aujourd'hui soixante-huit familles, La terre est sablonneuse, mais c’est un sable qui n’a rien de semblable à celui du Canada, un sable qui produit le blé, et cela, dix ans de suite, si vous voulez. A ce sable se trouve mêlée de la terre forte. L'épaisseur varie depuis quelques pouces jusqu’à trois à quatre pieds, où il rencontre la terre-glaise dont la vapeur n'est interceptée par aucune couche dure,

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Ici le bassin du lac commence à s’élargir et les montagnes sont à vingt lieues de l'embouchure de la rivière. Continuez toujours votre course autour du lac, traversez ce banc de sable, car les alentours de l'Ashuamachouan ne sont qu’un banc desable, que les. courants d'autrefois y ont amassé. Traversez, dis-je, ce banc de sable, et vous arrivez à la terre la plus fertile du lac St. Jean, dans l'immense territoire contenu entre la vallée de la rivière Attikuapée et la rivière Péribonka, territoire qui peut contenir quarante à cinquante paroisses, et peut fournir du bié à toute la province, et... écoutez bien!

Quarante-quatre lots sont pris et douze habités. Et voilà tout !

Vous voyez qu’il reste encore de la place pour vos enfants. La terre de ce territoire est une couche de glaise bleue de quinze pieds d'épaisseur. En avez vous assez pour labourer ? puis, pas une côte; je lai vu, ce terrain, et, bons habitants, l’eau m'en vient à la bouche rien que d’y penser; non! ce n’est pas une plume que je tiens en ce moment, mes doigts sont à palper de gros grains de blé.

Il n’y a que l'inconvénient de quelques savanes qui renferment le sol le plus fertile du pays. Ces savanes seront plus tard les St. Hyacinthe, Ste. Rosalie, la Rivière Ouelle, St. Alexis de notre pays. Qu’étaient le ‘“ grand Maska” et le petit ‘ Maska,” il y a cinquante ans ? Que sont-ils aujourd’hui ? Mais dans ces ‘endroits, il faut avoir quelques épargnes pour commencer.

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Ces savanes exceptées—et qu'on ne devrait pas excepter—le sol n’est que de la bonne terre ‘ qui pelote dans la main.” Cette dernière expression vous arrache des exclamations, mes chers habitants; je m'y attendais, car, vous seuls comprenez la richesse de ce mot: de la bonne terre qui pelote.

Au milieu des refrains inépuisables de mon oncle Germain, je remarquais souvent celui-ci:

“La bonne terre qui pelote Emplit bien vite le minote.”

Mais, me direz-vous, pourquoi ces terres ne sontelles pas prises depuis longtemps ?

Je répondrai à cette question plus tard; pour ne pas laisser de mauvaises impressions dans votre esprit, je vous dirai cependant tout de suite : Comment voulez-vous porter une charge de blé à cinquante lieues “ avec un bœuf dans les menoirs ? ”

Mais il est temps de charger la pipe de nouveau.

QUATRIÈME PIPÉE

TOUCHE PREMIÈRE

Colonie de Léopolis.

Après avoir traversé l’Ashuamachouan, avancez vous vers le Nord et venez voir de braves colons, s’il en fut jamais. Une société dont M. Elizée Beaudet est président, a obtenu, à certaines conditions dix-sept milles acres de terre du gouvernement, sur la rive sud-ouest de l’Attikuapée. Vers la mijuillet, sept colons se sont dirigés vérs cet endroit. Ils avaient pris chacun quatre cent acres de terre au milieu de Ja forèt et voulaient aller les défricher. De Chicoutimi ils se rendirent à Ashuamachouan, distance de vingt-huit lieues, et ils leur restait encore trois lieues à faire à travers le bois pour parvenir à leur lot, c’est-à-dire qu'ils avaient cinq pesantes charges de chevaux à porter sur leur dos toute cette distance, et cela, dans les plus grandes chaleurs de l’été, dans la force des mouches. Celui qui a fait de longs portages, accablé sous de pesantes charges, peut seul

Mode la dose de courage qu'il leur a fallu pour supporter toutes les misères et les fatigues du transport de ces cinq lourdes charretées de baggage jusqu’à leur propriété respective. (*)

Que j'ai été heureux de voir là, au fond des bois, des anciens amis d'autrefois. Quelles chaleureuses poignées de main dans une rencontre si inattendue ! Si jamais je me suis senti glorieux de mes amis, c’est bien à coup sûr en cette forêt où je trouvais tout-àcoup un héros de la civilisation dans les fils des braves cultivateurs que j'avais connus autrefois. Le quinze août, le baggage était rendu, et le premier arbre tombait sous les coups de la hache. Ces jeunes gens travaillèrent tellement que le deux octobre, lors de ma visite, je croyais me trouver dans une vieille colonie. Un grand nombre des membres de cette société, quoiqu'absents, ont fait travailler sur leurs lots et deux cent soixante arpents sont déjà abattus. La société possède les plus magnifiques terres qu’il soit possible de trouver en Canada. Il y a de bons pouvoirs d’eau, et, grâce à la richesse des propriétaires, la colonie de Léopolis va devenir, dans quelques années, la plus grande paroisse peut-être du lac:

#i (*) Surles bords de l’Attikuapée, j’ai eu le plaisir de voir Messrs. Perrault qui ont laissé Arthabaska pour devenir pionniers. Quels hommes de courage! Ils sont là, éloignés du monde, sans voisin, sans chemin, et cependant, je n’eus pas besoin de les encourager, leur ardeur ne s’est pas ralentie un instant depuis deux ans. Auront-ils

un chemin ?

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St. Jean, L'un de ces valeureux pionniers a eu [la bonne idée de tenir un journal, et d'écrire ses impressions. Ecoutons ce brave ami, Eugène, de Ste. Emélie de Lotbinière. Je n'ai voulu ni retrancher, ni changer un mot de ces belles pages que je n’ai pu lire sans la plus vive émotion. +

‘* Déjà depuis plus d’un an, nous parlions, mon frère et moi, d'aller nous établir dans la fertile vallée du lac St. Jean. Incertains, nous attendions quasi avec impatience le moment favorable, lorsque notre frère Homère demeurant à Névoda, nous écrivit à ce sujet, nous offrant son appui, si nous consentions à poursuivre notre projet. De toutes parts on nous faisait les plus grandes louanges du lac St. Jean, et tout homme entendu nous félicitait de l’heureuse idée que nous avions eue. Le départ de Québec fut d’abord fixé au premier de juillet, mais par un retard inattendu, nous ne partimes que le huit. Nous partimes quatre de Ste. Emilie: deux cousins, mon frère et moi. Le quatre juillet, cousin Alphonse descendait à Québec pour faire les préparatifs du départ. Comme nous partions pour six mois, il nous fallait emporter bonne quantité de lard, de biscuits, et une batterie de cuisine complète. Le cinq de juillet nous apprenons d’Alphonse, arrivant de Québec avec un peu moins d’ardeur, que notre départ est fixé au sept. Je dis avec un peu moins d’ardeur, parce qu’il est toujours coûteux de laisser la maison paternelie, surtout à l’âge de dix-neuf ans. La veille de notre départ, nous allons voir tous nos

parents, et tous nous encourageaient en nous disant qu’il ne nous fallait que du courage pour avoir devant nous, dans quelques années, un avenir plein de charmes. En effet, il nous fallait du courage et de la persévérance pour aller nous enfoncer à plus de quarante lieues dans le Nord. Comme le steamboat partait de grand matin, il n’était pas tard quand nous fûmes debout pour achever de compléter Les préparatifs. Avant notre départ,nous sommes allés saluer notre grand-père, vieillard de quatre-vingt-quatorze ans, qui, lui aussi, avait été un des premiers colons de la belle paroisse de Ste. Emilie. Ses dernières paroles furent celles-ci : “ Sachez que pour parvenir, il faut bien vivre.” Expression courte, mais renfermant beaucoup de sens. À huit heures, nous étions à bord du vapeur Ze Bienvenu, en route pour Québec. De loin encore, nous apercevions les derniers saluts des parents que nous venions de laisser. Notre voyage fut heureux dès le début, car à deux heures après-midi nous arrivions, enchantés de notre descente. Tout de suite nous nous rendons chez M. Beaudet, président de la société dont nous faisons partie. Il parut content de nous voir partir pleins de courage et de confiance dans lavenir. Il nous encouragea beaucoup et nous recommanda de bien commencer si nous voulions bien finir.” Avant de commencer à travailler, faites chanter une grand’messe, nous dit-il, et en agissant chrétiennement, soyez sûrs que tout ira bien. Ce qu’il y a de plus beau, ajouta-t-il, c’est que, tous quatre, vous pourriez

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rester chez vous, mais vous ranimerez votre courage en pensant que plusieurs suivront l’exemple que vous leur donnez en sacrifiant votre jeunesse au défrichement d’une forêt. Allez travailler sur vos lots, et moi, de mon côté, je travaillerai pour votre plus grand bien.” Le sept juillet, nous passions la dernière soirée chez notre cousin, commis chez MM. Chinic et Beaudet, qui nous reçut avec beaucoup de courtoisie. Voir quatre des siens, pouvant rester chez eux dans une des plus belles paroisses situées sur le bord du St. Laurent du côté Sud. à proximité des centres commerciaux, les voir aller donner l'exemple du courage, c'est certainement encourageant pour ceux que l’on quitte. Nous passons une charmante soirée. Le lendemain, nous nous embarquons; nous avons le plaisir de faire connaissance avec MM. Noël et Picard, propriétaires de lots dans la même société. Nous étions bien contents de remplir le noble devoir que Dieu luimême a imposé aux hommes. Nous remarquions surtout M. Picard, homme avancé en âge, et plein de courage et de zèle pour la colonisation. Quoiqu'ayant une main coupée, il ne craignait pas d'aller surmonter les obstacles presqu'infran. chissables qui allaient s'offrir à nous. Nous fûmes aussi très-hewreux de connaître M. larpenteur Dumais, commé devant diriger nos premiers pas sur cette terre étrangère. Le huit juillet, c’est-à-dire, le soir du jour de notre départ de Québec, nous prenions l'entrée de la rivière Saguenay.”

Ce cher Eugène doit continuer son journal, qui sera d’une grande utilité historique plus tard.

TOUCHE DEUXIÈME

Le Climat.

Je suis heureux de vous dire, mes braves habitants, que le climat du lac St. Jean est préférable à celui de Québec. Les sauvages appellent le Lac St, Jean le lac plat. Ses eaux peu profondes sur une grande partie de sa superficie se réchauffent sous l'action du soleil et toute la vallée ressent l'influence bienfaitrice de ses hautes effluves. La gelée sur les bords du lac y est moins fréquente que dans la vallée du St. Laurent. Il y a une gelée qui y passe, il est vrai, mais que le colon salue avec plaisir. Quelques-fois, le froid de la nuit condense les vapeurs du lac, le serein se dépose sur les épis de blé ou d'avoine et le matin un épais frimas, que dis-je, une espèce de glace entoure ces céréales, l'espérance des cultivateurs. Que l'étranger se rassure pourtant. Le soleil va se lever, le frimas va disparaître et se changer en une rosée bienfaisante. Le seul effet de cette gelée sera d’avoir donné une nouvelle fraicheur, d'avoir apporté son contingent à la nutrition du grain qui se forme, et d’avoir consolé le colon habitué à ce benin frimas. Les semences se font du commencement de mai jusqu’à la fin de juin,

toujours, à une exception près, de blé de la St. Pierre müûrit. Cette année même, durant cet été, de temps défavorable, de température froide, le blé semé le 28 juin à la pointe Bleue donnera un rendement d'environ douze pour un. Mais, me direz-vous, comment expliquer les gelées qui ont retardé la colonisation, dit on, dans St. Prime? La réponse est facile. On explique les gelées passées en expliquant l'absence des gelées présentes. Voici : Le sol est plat, quoique les rivières aient un bon courant. Quand il y a peu de défrichement de fait, l’eau séjourne dans les forêts, la fraicheur s’y tient et les endroits qui ne peuvent recevoir la chaude vapeur du lac, sont quelquefois exposés à la gelée. Maintenant que les terres de St. Prime ont un assez large défrichement, les gelées se sont éloignées. Il ya de bons fossés, plus de découvert, les courants chauds peuvent circuler en tous sens, et une ère de prospérité commence pour ses habitants.

Vieillards que m’écoutez, ne m'’avez-vous pas dit cent fois que les premières années de votre établissement, le grain était souvent altendri par la gelée ? maintenant il n’y a que le sarrasin qui gèle quelquefois, pourquoi ? parce que les terres sont défrichées et, par conséquent, égoutées. Mon oncle Germain disait :

Si vous tenez vos rigoles remplies, Vous v’aurez rien dedans vos batteries.

Qu'on prenne le système de colonisation par pa-

roisse, C'est-à-dire, que de nombreux fossés, serpentant en tous sens viennent tomber dans un grand et long fossé commun, soit au chemin da roi, soit au trait quarré, et les gelées ne seront pas plus connues au lac St. Jean (*) qu’elles ne Le sont à Trois-Rivières ; car c’est absolument le même climat.

TOUCHE TROISIÈME

Les communications.

Il y a de la pauvreté au lac St. Jean, il y a eu des souffrances de toutes sortes, c’est pourquoi, il y à des détracteurs de cette riche vallée. Un mot, cependant, explique tout. Le lac St. Jean a été peuplé par des gens d’un grand courage, d’une force d'âme invincibie, mais de peu de moyens. Pour un grand nombre, la hache qu'ils apportaient du chantier où ils avaient passé l'hiver, était leur unique trésor. Ils défrichaient un peu de terre, mais il fallait semer ; et, pour semer, il fallait s’endetter. Il fallait acheter un poële, une charrue, des herses, bêches, etc. cheval, roues, etc., etc. Le marchand réclamait bientôt le paiement de sa dette. Alors on lui apportait de dix-huit, vingt et vingt-deux lieues, du blé qui se vendait presque pour rien, et l'été suivant, on

(#) Je ne parle ici que des terrains qui ne reçoivent pas l'influeuge

du lac, car les autres ne sont jamais exposés à la gelée. F

y retournait chercher le même blé, converti en farine, pour nourrir une famille qui manquait de tout. Point de débouché pour leurs céréales, voilà une des causes de la misère des gens du lac St. Jean. J'ai remarqué aussi que quelques-uns cultivaient mal, et il y a des terres qui se perdent actuellement par l’insouciance des habitants. De plus, les grands feux qui ont passé et qui ont tout détruit, ont retardé le bien être de ces colons.

Le lac St. Jean est fertile, mais sans communication, c’est une mine d’or inaccessible. Gette vallée défrichée peut avoir un excédant de quatre à cinq millions de minots de blé, qui seraient une grande richesse pour la province de Québec. Les provinces de l’ouest, si fertiles aujourd’hui, étaient autrefois d’un sol aussi riche que maintenant; elles ne rap portaient rien parce qu'il n’y avait pas de chemin. Des chemins de fer furent construits et, aussitôt, l'Amérique et l'Europe sont alimentées par ces provinces.

Quant aux chemins de terre, il en faut partout, dans la forêt comme dans les villes, si on veut que les colons s’y établissent. Il est malheureux qué nos gouvernements n'aient pas fait un emprunt pour ouvrir de grands artères à travers nos vallées colonisables. On fait des emprunts pour construire des chemins de fer, élargir nos canaux, etc.; mais pour élargir notre domaine ?.......…

Je m'arrête sur un terrain glissant. Mes chers

habitants, demandez des routes à travers nos vastes forêts, je dis des routes, c’est-à-dire des chemins de lignes de dix à quinze lieues, si vous voulez. Quant aux chemins de front, en établissant nos colons par

groupes, par paroisses, ceux-ci, avec bien peu d'aide,

peuvent les faire, ce qui éviterait des sommes énormes au gouvernement,

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