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diens-français. Mais jusqu'ici nous n'avons point voulu coloniser et nous nous sommes affaiblis. Depuis vingt-cinq ans, il y a eu un courant d'émigration constant que nous n’avons pas su diriger. Si tous ces émigrants eussent pris la même route, ils auraient formé une autre colonie française ; mais des gens laissés à eux-mêmes se sont dispersés partout et ont été englobés par l'élément plus fort qui les entourait. Il est encore temps de reprendre notre ancienne vigueur. Nos mères généreuses sauront encore donner des enfants à la patrie et des bras vigoureux à la forêt ; et dans vingt-cinq ans d'ici, nous pourrons ètre quatre fois plus fort. sque nous ne le sommes. Réfléchissons un peu sur le moyen à prendre pour mener à bonne fin notre entreprise en tirant une autre touche. Gette fois-ci, chargez la pipe comme il faut, et choisissez le plus fort tabac que vous ayez, car de grands intérêts sont en jeu.
TOUCHE DEUXIÈME Un moyen de colonisalion
On a dit de nous que nous étions de bon travail. lenrs, mais de bien mauvais colonisateurs. Le courage manque au nouveau colon, dit-on, et après quatre à cinq ans, il abandonne son lot et il lui faut partir pour la terre étrangère. Je sais, mes chers habitants
et artisans, qu'il y à un peu de vrai dans ce reproche;
mais je tiens à vous montrer que je connais les besoins du colon, et qu’icitout n’est pas sa faute. Notre système de colonisation, si toutefois on en a un, est une des causes de notre émigration. La chose est facile à prouver. Nous trouvons des gens de courage qui vont s’enfoncer dans la forêt ; mais ils y vont seuls. Ils cherchent un lot, font un petit abattis et se fixent au milieu de la forêt, à l'aventure. Hs ont bien souvent un mille pour aller chez le premier voisin, Les mouches les dévorent la quatrième année tout aussi bien que la première. Les enfants crient jour et nuit et tombent malades ; la mère pleure d’ennui parcequ’il n’y a pas de chemin pour aller à l’église qui se trouve à quatre, cinq et sept lieues. Le gouvernement n’a pas jugé à propos de faire un chemin seulement pour quelques familles ; et le découragement s'empare de ces pauvres êtres qui songent au départ. Je crois que nous ne réusgirons jamais dans nos projets de colonisations si la classe dirigeante de la société ne donne pas au mouvement colonisateur, un autre essor, plus fécond en résultats. Nous ferons des dépenses, et au bout de quelques années, nous serons en face d’une hutte abandonnée. Le meilleur moyen de coloniser nos forêts est la colonisation par paroisse, par groupe, pour éloigner de nos colons les innombrables désavantages de l'isolement. Rien cependant n’est plus facile.
L'an dernier je prêchais des retraites dans les pa-
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roisses. J'avais loujours un entretien sur la colonisation. Ji n’y à pas une seule paroisse où je m’aie trouvé 40 à 50 personnes prètes à me suivre au lac St. : Jean, dont je leur vantais la fertilité. Personne ne voulait y aller isolément, tous étaient prêts à me suivre en groupe. J'ai trouvé partout des particuhers riches dont quelques-uns étaient prêts à fournir jusqu'à deux mille piastres pour aider dans Les conditions les plus avantageuses ceux qui voulaient devenir colons. Qu'un homme désintéressé et vraiment patriote comme le Rév. Père Labelle, curé de St. Jérome de Montréal, aille visiter un lopin de terre de trois lieues de large sur deux de profondeur.’ Dans cette future paroisse, on peut y faire trois rangs doubles de trois lieues de longueur chacun. Une route coupe ces rangs au milieu. Mgr. permet, je suppose. d'y bâtir une chapelle au rang du milieu : le plus éloigné de l’église n'aura que deux lieues à faire pour venir à la messe, et cependant 360 habitants peuvent trouver place dans les limites de cette colonie. Je certifie que cet agent de colonisation ne mettrait pas trois jours à trouver le nombre voulu pour former cette colonie. Qu'il se présente dans une paroisse avec un plan du terrain qu'il vient de visiter, et que chacun sache avant de partir le lot qu’il doit bientôt défricher. IL sait que ses voisins sont.ses compagnons d's sance I] sait qu’il sera parmi le monde. Il sait
# Il n’en est pas toujours ainsi, mais peu importe la disposition des lots, pourvu qu'ils soient contenus dans les limites d’une paroisse.
que l’évêque ne laissera pas 300 familles sans prêtre. Il aura aussitôt des écoles, des moulins à scie, à farine, des forgerons, des menuisiers, des docteurs, etc. Les mouches ne seront à craindre que la première année. L'année suivante, le découvert, à chaque côté du rang double, sera suffisamment grand pour éloigner ces nuisibles petits êtres, le plus grand tourment des colons. Avec une telle perspective, vous pouvez en trouver des milliers, tout aussi bien que nos bourgeois de chantier en trouvent trois à quatre nulle dans quelques jours. La perspective d’avoir aussitôt un prêtre les encourage surtout. La première question que nous posent ceux et celles qu’on veut envoyer dans la forêt, est celle-ci : le prêtre estil loin ? Est-on exposé à mourir sans sacrements ? Ces braves gens ! comme on ne meurt qu’une fois et que c’est pour toujours, je trouve leur question bien à propos. Puissent nos gouvernements, dans un but patriotique, en comprendre toute la portée |
Par le système de colonisation par paroisse, on pourrait donc retenir aisément les vingt mille canadiens qui nous laissent chaque année. Il ne#agit donc que de savoir diriger le courant de colonisation et de se rappeller le proverbe : “L'union fait la force ”. Le proverke est vrai partout, mais surtout dans la forêt. Quelqu'un m'objectera sans doute : . le système serait admirable si ces jeunes gens et ces: familles pouvaient vivre de Pair du temps pendant toute la première année. Je vais répondre à cette
objection dans la touche suivante. Mes chers habitants, je demande votre concours pour m'aider à fendre la glace dans laquelle dorment les pauvres cœurs de plusieurs de nos capitalistes.
TOUCHE TRCI-IÈME,
Une manière de s'enrichir en enrichissant les autres.
Je remarque, chers habitants que vous êtes tous attentifs ; je m'attendais à cela. Toutes Les fois qu’on parle de s'enrichir, les yeux s’élargissent, Les lèvres se compriment et le cœur bat avec une force inaccoutumée. J'aime à vous dire que je ne viens pas vous tromper et que si vous voulez suivre mon conseil, vous deviendrez riches et rendrez les autres de même.
Mais ces jeunes gens vont-4s vivre de l'air du temps pendant un an, na-t-on üi! ?
D'abord, vous savez comme moi qu’en admettant le système de colonisation par paroisse, on peut dès l'instant même former plusieurs paroisses avec des jeunes gens ou des familles, qui peuvent se supporter ellesmêmes. Des centaines de pères de famille m'ont dit qu’ils pourraient donner à leur fils cent à deux cents piastres, mais que ce n’était pas suffisant pour l’établir à côté de chez lui. Plusieurs m'ont dit qu'ils feraient un emprunt de cinquante piastre
en faveur de leurs enfants, et, qu’en outre, ils leur donneraient cheval, vache, moutons etc. Un agent de colonisation pourrait donc entrainer dès maintenant un nombre suffisant pour former une belle colonie, qui n'aurait besoin d'aucun secours étranger. Laissez cependant ces gens à eux seuls et ils partiront tous pour les Etats. Un fils qui prend sa vingtième année et qui voit que son père n'aura qu'une centaine de piastres à lui donner plus tard, en demande aussitôt cinquante et va tenter la une au loin. Que la classe dirigeante de la société, c'est-à-dire. celle qui par l'avantage de son éducation, pense pour les autres, vienne tendre la main à ce jeune homme en lui offrant un chez soi dans une nouvelle colonie et vous avez un vaillant pionnier de plus.—Que de milliers de jeunes gens qui nous ont laissés seraient aujourd'hui propriétaires de belles fermes, si nous eussions eu une organisation quelconque, un systême de colonisation. Venonsen maintenant à ceux qui pourraient aller s'établir sur des lots et qui nous laissent, à cause du danger de crever de faim. A-ton quelque moyen de leur venir en aide sans qu'il nous en coûte un sou ? Mais oui, et la choserest bien simple. Recueillons-nous,
Je suppose un jeune homme qui ne trouve point de protecteur dans ses parents. Il n’a que sa hache, ses deux bons bras et ses vingt ans. Il voudrait aller s'établir sur une terre nouvelle ; son père et sa mère veulent l'y envoyer, mais il dit que la chose
lui est impossible. Il a raison, n'est-ce pas ? Lors qu’on voit ce jeune homire partir pour les chantiers ou les Etats, qu'on y réfléchisse de près avant de lui jeter le blâme. D'abord, la forêt au milieu de laquelle il ira se fixer ne pourra le nourrir la première année, de plus, il lui faut un poële, quelques ustensiles de cuisine, une herse, un bœuf ou un chevai, des roues etc. Presque toutes ces choses sont de première nécessité. Il lui faut s’endetter si toutefois il peut trouver ces articles à crédit. Il fera une dizaine d’arpents de terre la première année. * Où trouver la semence ? Il est facile de voir que ce jeune homme laissé à lui même est dans l’impossibilité de parvenir. Beaucoup de jeunes gens au cœur pourtant vaillant, ont dù laisser après un an ou deux un lot qu'ils avaient arrosé de beaucoup de sueurs. Le marchand est venu étendre ses longs doigts de fer sur leur domaine et tout y a passé. Ces jeunes gens s’en sont revenus dans leur paroisse natale et ont dit à ceux qui se proposaient d’imiter leur exemple. “On crève de faim sur des terres nouvelles, impossible d'en ressourdre. Partons pour les Etats ; et tous ensemble, ils bouclent leur malle et disent adieu à leur pays, à leur pays qu'ils ne verront plus. Peu d'aide fait grand bien, dit le Proverbe. En venant au secours de ces pauvres mais courageux jeunes gens au commencement de leur entreprise, nous conserverions la fleur de notre population. Comment peut-on les secourir ? Mille.
fois on a fait cette question, mille fois on y a répondu et cependant nos jeunes gens sont encore laissés à eux-mêmes.
On peut les secourir de bien des manières. Le moyen le plus fécond en résultats serait celui qui ne compterait pas trop sur l'esprit de sacrifice et de désintéressement des canadiens qui, comme tous les autres peuples, prennent les intérêts des autres quand cela ne nuit pas aux leurs. D'ailleurs, charité bien ordonnée commence par soi-même ; et nous ne faisons de reproche à personne de prendre ses propres intérêts. Mais un moyen de colonisation qui ferait notre affaire en faisant celle des autres, réussirait à merveille. Le voici : mettre son argent à intérêt à un taux tel que cent ou deux cents piastres nous en rapporteraient mille au bout de six ou sept ans, et qu'elles en donneraient mille autres dans la même période à un pauvre homme qui n’avait pas le sou.
J'ai deux cents piasires à ma disposition. Je prends un lot dans la fertile vallée du lac St. Jean ou ailleurs ; je connais un jeune homme plein de courage qui à travaillé pour moi ou qui est mon voisin. de sais que tôt ou tard, il devra aller faire fructifier de ses sueurs un pays étranger. Il a du cœur, aime ‘ sa mère, voudrait faire un habitant, mais ne le peut, Je laborde. |
—Veux tu travailler pour moi, jeune homme ?