PLANTES A CAOUTCHOUC ET A GUTTA
Tout le caoutchouc de l'Afrique occidentale française est fourni par une seule espèce de Landolphia qui est le L. Heiidelotii A. DC. appelé Toll (wolof), Folé (mandingue), GoVwe (bambara). L'exploitation de ce produit a pris une extension considérable depuis quelques années. Aussi, quoique les indigènes ne coupent pas les lianes, comme on l'a prétendu, ils leur font subir des incisions trop profondes et trop fréquentes, de sorte qu'il est urgent de réglementer cette exploitation, et de restreindre le plus possible les feux de brousse qui consument chaque année un nombre considérable de ces lianes. La liane à caoutchouc, en effet, croît très lentement; il faut de lo à i5 ans pour qu'une liane, placée dans des conditions avantageuses, atteigne un diamètre de 4 à 5 centimètres et soit en état d'être incisée. Son rendement à cet âge est encore très faible, car la plupart des beaux troncs sont au moins cinquantenaires et les plus gros ont certainement plus d'un siècle d'existence. La culture de la liane ne nous paraît pas possible, en raison de sa croissance lente et de son rendement trop faible (5o grammes de caoutchouc par an pour une liane de taille moyenne).
Le toll est l'un des plus beaux arbustes de la* flore tropicale. Sur les plateaux de latérite, il forme souvent des buissons arrondis très touffus, élevés de 3 à 8 mètres, au milieu
desquels les plus gros troncs, ceux qui sont en état d'être
Rameau de liane à caoutchouc {Landoîphia Heudelotii A. DC), forme grêle en fleurs, échantillon recueilli en Casamance.
saignés, décrivent de gracieuses courbes irrégulières et finis
sent parfois par s'élancer et s'élever jusqu'à i5 014 20 mètres dans les arbres voisins. Dans les forêts de la zone guinéenne, tous les rameaux montent ainsi à une grande hauteur pour aller épanouir leurs feuilles et leurs fleurs en dehors de l'ombrage de la forêt. Les branches d'une même touffe n'affectent plus alors l'aspect d'un buisson, mais celui d'une vraie liane. Le toll entre en végétation et fleurit en décembre et janvier.
Les jeunes pousses se couvrent de feuilles ovales ou lancéolées, courtement pétiolées, d'un vert tendre, molles, un peu velues, au moins sous les nervures. Plus tard, ces feuilles deviennent coriaces, d'un vert sombre, et peuvent persister plusieurs années. Les fleurs blanches sont assez petites et groupées en corymbes de 5 à 1 5 fleurs. Elles dégagent, surtout le matin et le soir, une odeur agréable rappelant celle du jasmin ou des tubéreuses et parfument souvent la brousse sur de grands espaces.
Les fruits, qui affectent d'abord la forme d'une petite gourde, deviennent finalement presque sphériques et mûrissent successivement de la fin d'avril à la fin d'août. Les plus petits sont de la taille d'une grosse cerise, les plus volumineux de celle d'une belle orange (7 centimètres de diamètre). La grosseur moyenne est celle d'une prune de grande taille. La couleur de ses fruits est jaune abricot. En dedans de l'exocarpe, sec, mince et facile à briser de cette grosse baie, on trouve de l à 22 noyaux (le plus souvent 3 ou 5), entourés d'une masse blanchâtre fibro-pulpeuse à suc acide, agréable au goût. La zone où le Landolphia Heudelotii est plus abondant est comprise entre 9°3o et i i°3o de lat. Nord.
La liane devient rare au nord comme au sud de ces parallèles. San est sa limite nord extrême. Dans les points où le Landolphia Heudelotii est le plus abondant comme aux envi-
rons de Sindou, de Bobo-Dioulasso, sa densité atteint jusqu'à 5oo lianes à l'hectare, mais ces taillis où la liane est très répandue, ont rarement plus d'un kilomètre de longueur; on pourra marcher ensuite plusieurs jours consécutifs en ne rencontrant plus que des pieds isolés et de loin en loin.
Contrairement à l'opinion généralement accréditée, le Noir de l'Afrique occidentale ne coupe pas la liane pour recueillir le latex et sa manière d'opérer est infiniment plus rationnelle que la méthode barbare préconisée par quelques personnes, et qui consiste à enlever l'écorce en tuant l'arbre, et à extraire le caoutchouc de cette écorce par des procédés industriels spéciaux. L'indigène, muni d'un couteau de traite, enlève la partie superficielle de l'écorce tous les 3o ou 40 centimètres, lorsque la liane n'a pas encore été saignée, ou bien entre les cicatrices antérieures si elle a déjà été incisée. Sur les plaies, il pratique 2 ou 3 sections transversales embrassant au plus i/3 de la circonférence du tronc et pénétrant seulement l'écorce. Le latex vient alors perler à la surface. On doit seulement reprocher aux indigènes d'inciser trop souvent les mêmes lianes, sans leur laisser le temps de cicatriser leurs blessures. Par la suite, il se forme des chancres profonds sur les troncs et la liane s'appauvrit en latex, mais nous ne l'avons jamais vu mourir à la suite de ces saignées répétées.
En Casamance et dans une partie de la Guinée, on coagule directement le latex sur la liane, en aspergeant la blessure avec de l'eau salée ou du jus de citron. Dans le haut Niger et l'ancien pays de Samory, on laisse tomber le latex goutte à goutte dans des tessons de calebasse et on verse le contenu dans des récipients; on coagule le tout à la fin de la journée, en y projetant des décoctions chaudes de Da (bam-
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bara), Hibiscus Sabdabarijffa^ de Dafou (bambara). Hibiscus cannabinus^ de Niama (bambara), Bauhinia reticulata, de pulpe de Baobab ou de Tamarinier, etc. Le caoutchouc se prend en masse que l'on étale en lames pour en chasser la plus grande quantité d'eau ; on divise ensuite ces lames en rubans pour les enrouler en boules qui sont mises aussitôt, à sécher. Ce caoutchouc est supérieur à celui de Casamance, parce qu'il est mieux coagulé et surtout mieux séché, mais la liane à caoutchouc exploitée est la même dans toute la colonie.
D'autres lianes et divers arbres ou arbustes donnent également un latex que l'on peut toujours facilement coaguler en le portant lentement àl'ébuUition. La substance précipitée est généralement une résine ou une gomme résine associée à un peu de caoutchouc ou de gutta. Ces substances seraient actuellement acceptées dans le commerce, d'après M. Hamet, ingénieur (chargé de l'étude industrielle et commerciale du caoutchouc dans la mission du général de Trentinian), à raison de 2 à 4 francs le kilogramme en Europe, à cause de la cherté du bon caoutchouc.
Un seul de ces produits est actuellement exploité et encore il ne l'est qu'à la côte, au Baol, au Niander et en Casamance. C'est le Dob (wolot), Ficus Vogelii Hook. Si la valeur commerciale de ce caoutchouc devait se maintenir, le Dob serait cultivable, car il se bouture facilement, croît rapidement et donne beaucoup de latex.
Les autres arbres, arbustes ou lianes qui nous ont donné des produits plus ou moins semblables et qui demanderaient à être étudiés ultérieurement sont :
1° Le Keul (wolof), Kobi (bambara) Ficus sp., commun au Sénégal et au Soudan;
2" Le Dob Guiné (wolof), Ficus sp., répandu çà et là dans les Niayes
et en Gasamance; 3° Le Douhalé (bambara), Ficus sp., planté dans presque tous les villages du Soudan; 4° Le Karité^ Bassia Parlai, très répandu au Soudan ; sa gutta a déjà
été étudiée par M. Heckel.
5^ Le Salân {\vo\of} ^ Euphorbia (cfr. E. baîsamifera Ait.), très abondant au Cayor et dans toute la zone sahélienne jusqu'à Tombouctou ; 6^ Le gTândEuphorbiaCandelabrum, euphorbe cactiforme dontle tronc atteint jusqu'à 2 mètres de circonférence et qui s'élève parfois à 12 mètres de hauteur; son latex très caustique entre dans la préparation de certains poisons indigènes ; cet arbre au port étrange est planté dans quelques villages de la Volta et dans les environs de Kankan ; y^ Euphorbia sp., autre euphorbe cactiforme s'élevant seulement à I™, 5o ou 2 mètres dp hauteur; répandue surtout dans les rochers gréseux du cercle de Bammako et dans ceux de la Volta;
8o Le Fama (bambara) Anthostema Senegalense A. de Juss. bel arbre de la famille des Euphorbiacées, commun dans la Volta, la Gasamance, les territoires du Soudan rattachés à la Guinée. Avec son latex, les indigènes confectionnent en diverses régions une sorte de glu pour prendre les oiseaux;
9<^ Le Faftane (wolof), Callotropis procera ou arbre à soie végétale, commun dans le Cayor, la région de Tombouctou, le Sahel ;
10» Le Mada (wolof), Saba (bambara), Landolphia Senegalensis Kotschy, répandu en grande abondance dans toute l'Afrique occidentale française ;
11° Le Bili (bambara), Landolphia Comorensis ybx. florida (Benth.), grande liane des cercles de Bammako, de Bougouni, de la Volta et des cercles rattachés à la Guinée ;
120 Le Codoudou (bambara), Carpodinus dulcis Don, autre liane de la famille des apocynées, fréquente au sud du Soudan et en Gasamance ;
i3o Le Counda ni nombo (bambara), Baissea multiflora A. DC., liane apocynée à très longs follicules, commune dans tout le Sénégal et le Soudan;
14° Le Kaba foro (mandingue), Carpodinus hirsutus Hua, liane de Gasamance très riche en latex. Le caoutchouc qu'elle donne
serait, d'après M. Hamet, identique à celui qui est livré dans le commerce sous le nom de « kickxia » ; i5° Le Bantang foro (mandingue), Alsionia scholaris, Rob. Br., très bel arbre de la famille des apocynées à feuilles luisantes, obovales, verticillées par 7; il s'élève jusqu'à 3o mètres de hauteur et possède un tronc qui peut atteindre i mètre de diamètre. Cet arbre se rencontre seulement en quelques points de la Gasamance.
Beaucoup de ces végétaux seraient cultivables, leur croissance étant très rapide et leur rendement considérable. Malheureusement, les résines inférieures qu'ils fournissent n^auraient point un débouché constant assuré.
On a donc songé à planter dans la colonie les arbres à caoutchouc américains fournissant des caoutchoucs de qualité supérieure.
D'importants semis de Ceara ou Manihot Gla\iopn ont été faits dans tous les jardins d'essai et presque tous les jardins des cercles et résidences de la colonie, grâce au zèle ardent avec lequel M. Chaudié, gouverneur général, a encouragé ces plantations.
En quelques points comme Sedhiou, Thiès, Kita, ces arbres ont déjà atteint un remarquable développement et partout ils croissent très vite. Nous serons donc bientôt fixé sur la valeur de leur rendement.
Le Sapotiller, Achras sapota L., qui passe pour donner de la gutta-percha, a bien réussi dans les jardins des missions de Thiès et Kita, mais nous avons reconnu qu'il ne donnait qu'une quantité insignifiante de latex.