‹ Une mission au SénégalChapitre 44 sur 49 · Calcaire · texte numérisé non relu

Calcaire

? • — ....... Calcaire à Ostrea, niveau de l'eau.

Du cap Rouge au cap de Naze, Texamen des falaises révèle une série de bancs calcaires, quelquefois dolomitiques, plongeant à 10 degrés vers le sud-ouest, et dont l'épaisseur totale peut atteindre 46 mètres. Ces calcaires, très remaniés par les pluies tropicales, sont souvent recoupés de filonnets de calcite, d'hématite, etc. Au sud-est de Popenguine, au cap

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de Naze, ces formations calcaires sont remplacées par des épaisseurs de 25 à 3o mètres d'un grès argileux très tendre, jaune, veiné de rouge et de violet par les infiltrations d'hématite. Ces grès reposent sur de puissants bancs de marnes grises et d'argiles bleuâtres, souvent ocreuses, et entrecoupées de petits niveaux de gypse. L'ensemble de ces formations paraît être tertiaire, peut-être avec un peu de Crétacé. Certains fossiles, très rares, ressemblent à ceux de l'Éocène français. Des dents de squale paraissent appartenir à VOdontaspis cuspidata.

Rivières du Sud. -^ La côte, au sud de Joal et jusqu'à la colonie anglaise de Sierra-Leone est entamée par une série de vastes et larges vallées-deltas, où, parmi des alluvions récentes sillonnées de nombreux marigots, la mer entre profondément et peut, jusqu'à i5o kilomètres dans l'intérieur des terres, porter des bâtiments d'un certain tonnage. Ce sont les Rivières du Sud : Saloum, Gambie, Casamance, Rio Cacheo, Geba, Mellacorée. Ces curieuses vallées, assez vastes pour contenir un fleuve majestueux, ne servent pourtant de réservoirs qu'à d'assez faibles rivières (Gambie et Rio Grande exceptés). Il faut peut-être y voir d'anciennes vallées, longuement façonnées dans des territoires éloignés de l'Océan, ramenées au niveau de la mer et envahies par ses eaux à la suite d'un de ces effondrements qui ont abaissé le sol africain vers la hgne de fracture jalonnée par les volcans de Madère, des Canaries, de Gorée, des îles du Cap Vert, des îles de Los, de Cameroun et de Saint-Thomas. Deux larges et vastes vallées, de formation analogue, coupent en deux la presqu'île du Cap Vert, du sud au nord, sur 40 kilomètres de large, et se joignent à la station de Pout par leurs parties amont. C'est la Semone, qui communique avec la mer au sud, et la Tanma, sépa-

rée de la mer au nord par une ligne de dunes. Le fond de la Somone est occupé par un vaste marigot couvert de palétuviers ; le fond de la Tanma est, pendant la saison sèche, tapissé de vases salées blanchâtres^ pendant la saison humide, rempli d'eau légèrement saumâtre. Ces eaux ne sont alimentées, pendant la saison sèche, que par quelques ruisselets provenant de sources-, pendant la saison des pluies, de vastes bassins de

Grès et marnes (cap de Naze)

réception, découpés dans les assises marneuses et latéritiques du plateau de Thiès, y jettent de puissantes rivières torrentielles.

Mais ces vallées sont trop larges, le seuil qui les sépare trop peu élevé (i5 mètres), les hauteurs avoisinantes trop faibles pour qu'elles aient été creusées par les eaux de ruissellement, telles qu'elles peuvent être fournies actuellement. Ce doit être des vallées d'effondrement.

NiAYEs. — Tout le long de la côte entre Dakar et Saint-

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Louis, s'étend la région des Niayes (région des palmiers). C'est une plaine sablonneuse, basse, étroite, adossée aux premières hauteurs du Cayor, et séparée de la mer par une chaîne de dunes. Ces dunes d'un sable fin, allant du blanc au rouge brique, atteignent une altitude d'une trentaine de mètres et plus en certains points (Petites Mammelles, au nord-est de la baie d'Yof). Ces dunes, interrompues par Tembouchure du Sénégal, se continuent au nord jusqu'à celles du Sahara. Les unes sont miObiles, les autres fixées par les plantes.

Le fond des Niayes, couvert d'une végétation abondante et touffue, est jalonnée par une série d'étangs et de lagunes, les uns d'eau salée, les autres d'eau saumâtre, d'autres enfin, d'eau douce, alimentée par les infiltrations venues de l'intérieur.

Cap Vert. — La presqu'île du Cap Vert, avec les plaines calcaires basses et marécageuses où est construit Rufisque, les hauteurs de Ouakam, les falaises de calcaire altéré, injecté de fer, de Dakar, les basaltes en colonnades de Gorée, du cap Manuel, des îles Madeleines, forme encore une région particulière.

Latérite. — Toutes les différentes formations géologiques que nos venons de passer en revue sont recouvertes par des épaisseurs variables de latérite, qui se forme en partie aux dépens de son support, épouse exactement les formes du terrain, même les plus délicates, et forme sur les pentes abruptes des éboulements pittoresques , analogues à ceux des grès à Fontainebleau (Ravin des Voleurs, cap de Naze). Souvent les termites traversent cette mince écorce de latérite pour ramener au-dessus d'elle la roche blanche (marne ou calcaire), sous- ]acente; leurs constructions tranchent alors curieusement sur le ton roux du sol.

- Cette latérite, toujours ferrugineuse, se présente sous tous

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les aspects, graviers mouvants, brèches de cohésion variables, roche dure, tantôt caverneuse, rugueuse, tantôt compacte, vitrifiée. Elle ressemble quelquefois à de la lave, d'autres fois à de l'argile mélangée de graviers. Sa couleur varie du jaune brun au noir métallique, en passant par les tons de rouille, et quelquefois par le carmin vif ou le violet pourpre.

Elle contient du fer, en proportion très variable, sous forme

Latérite couronnant les calcaires,

de carbonates et d'oxydes, d'hématite, de magnétite, etc. Elle arrive à tenir un tiers de métal pur. En certains points de la haute Gambie, elle affole la boussole. Sa densité est telle que les indigènes chargent leurs fusils avec ses débris arrondis. Ils savent en extraire le fer, et, malgré les procédés rudimentaires qu'ils emploient, obtiennent de bons rendemients. Fondue sans agents réducteurs, à l'Artillerie de Dakar, elle a donné une fonte très noire, d'aspect métallique rappelant le manganèse.

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C'est une roche d'altération chimique superficielle et déformation actuelle. C'est le résultat du travail des eaux des grandes pluies équatoriales, chargées d'acide azotique, d'ozone et transformant les roches sous-jacentes, dont elles empruntent le fer, qui existe sous forme de carbonates, et dont elles entraînent le carbonate de chaux pour le déposer, sous forme de calcite, de calcaire spathique, dans les fissures où elles circulent.

Sénégal. — Le fleuve Sénégal, formé par plusieurs rivières (Bafing, Bakhoy et Baoulé), descendant du Fouta- Djallon, s'étend sur une longueur de i .700 kilomètres et est navigable jusqu'à Kayes. C'est un fleuve à biefs successifs et à crues annuelles importantes.

Le Sénégal n'ayant, ni lui, ni ses affluents, aucun réservoir naturel dans sa partie supérieure, la vague des eaux de la saison des pluies, circulant et s'écoulant sans régulateur, crée des différences de niveau très considérables. Au mois d'avril, les vapeurs ne tirant que 60 centimètres d'eau ne peuvent pas dépasser le seuil de Mafou, à 33 milles (61 kilomètres) de Podor; ils ne peuvent arriver là que parce que la marée s'y fait encore sentir; on est alors obligé de traîner les pirogues et les chalands sur des seuils où il n'y a pas 10 centimètres d'eau. Aux plus hautes eaux, de juillet à octobre, des vapeurs de i.ooo tonneaux peuvent aller directement de Bordeaux à Kayes. A Bakel, la crue est de i5 mètres; à Dagana, elle atteint. encore 4 mètres.

Le fleuve, dont le courant est presque insensible au mois de janvier, ronge aux hautes eaux les parties concaves de ses rives, de manière à mettre en danger certains postes (Dagana), à faire disparaître deux sur trois des rangées de magnifiques caïlcédrats bordant les quais de Podor, et à né-

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cessiter des travaux de défense assez sérieux pour garantir certaines localités contre Fenvahissement de l'eau.

De temps en temps (tous les quatre ans, disent les indigènes), des crues d'une ampleur exceptionnelle inondent la vallée sur une largeur qui atteint 3o kilomètres, transformant certains postes en îles, et fertilisant tout le fond de la vallée par le dépôt d'un limon sableux analogue à celui qui fait la richesse de l'Egypte.

Les différences de courants et de niveaux ont taillé dans les berges du Sénégal une série de gradins réguliers, qui contribuent à maintenir l'escarpement de ces berges.

Les seuils que le Sénégal est obligé de franchir sont dus à différentes causes : les uns, à la présence de bancs de roches dures, que le fleuve n'a pas encore pu détruire. D'autres, comme celui de Mafou, paraissent dus surtout à Taccumulation de débris végétaux, peut-être retenus par les aspérités d'une roche dure sous-jacente.

Dans la partie inférieure de son cours, viennent se brancher sur le fleuve un grand nombre de marigots, les uns (marigots de Doué, de Morghen), se comportant comme des bras du fleuve, d'autres se terminant en cul-de-sac, d'autres enfin servant de déversoir à de vastes étendues d'eau (lac Cayar, lac de Guier).

Ce lac de Guier, ou de Merinaghen, ou lac Paniéfoul, présente un intérêt particulier, il occupe une vaUée large de 12 kilomètres, longue de 80, qui se prolonge jusqu'au delà de Yang-Yang par une autre vallée, plus resserrée, complètement sèche en dehors de l'hivernage, prolongée elle-même vers le sud-est par une suite de dépressions.

Le niveau de ce lac est assez variable, en dehors des crues annuelles; alors que, en janvier 1900, il pouvait à peine por-

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ter des pirognes jusqu'à Merinaghen, on a pu, en 1891, lors de la campagne contre Ali Boury, ravitailler par chalands le poste de Yang-Yang.

Le lac de Guier communique avec le Sénégal par la rivière Taouey, qui vient déboucher à Richard Toll. Cette rivière tortueuse, aux rives encaissées, d'une largeur qui n'atteint pas 45 mètres a, d'avril à septembre, son courant du nord au sud lorsque la crue du Se'négal vient remplir le bassin de Merinaghen; d'octobre à avril, le lac se vide dans le Sénégal, et le courant s'établit du sud au nord. C'est au confluent de la Taouey et du Sénégal que le bateau citerne « Akba » vient chercher une partie de l'eau douce nécessaire aux habitants de Saint-Louis lorsque la baisse des eaux du fleuve permet à la Salure de l'Océan de remonter jusqu'à 100 kilomètres dans l'intérieur.

Il serait très facile, en raison de l'étroitesse de la Taouey, de la barrer au moyen d'écluses complétées par quelques digues coupant les plaines basses avoisinantes. On conserverait de la sorte dans le lac de Merinaghen une énorme masse d'eau, capable de servir de voie de pénétration commode jusqu'au cœur de Djoloff".

Dans les environs de Saint-Louis, le marigot de Kassak a été barré pour servir de réservoir d'eau douce. Une usine élévatoire, située à Makhana, envoie cette eau jusqu'à Saint- Louis.

A cinquante kilomètres* en amont de Saint-Louis, s'ouvre le marigot des Maringouins, qui se dirige perpendiculairement à la côte. Il paraît avoir été un ancien passage du fleuve vers la mer. Il semble aussi que le fleuve ait utihsé autrefois un itinéraire passant par le lac de Guier, et de là par Louga, pour venir déboucher à la mer vers les Nayes; ce qui le donne à penser, c'est, d'une part, dans les envi-

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rons de Merinaghen, la présence d'une série de vallées, actuellement sèches, orientées N.-E. — S.-O. et d'autre part la présence sur cet itinéraire, d'un certain nombre de dépôts récents, évidemment d'eau douce. Certains géographes ont cru (mais cette opinion ne paraît pas justifiée), que le fleuve, abrité par les dunes du Cayor, suivait la direction du marigot de Bounoun et venait déboucher dans le golfe de Rufisque, peut-être à la Somone.

Enfin, une tradition indigène prétend qu'à Benou Boro, près de M'bala (cercle de Tivaouane), il y avait un estuaire où venaient ancrer les vaisseaux des Blancs.

Barre du Sénégal. — A l'heure actuelle, d'ailleurs, l'embouchure du Sénégal est loin d'être fixée; depuis i85o, elle a changé de place, irrégulièrement, sur. 25 kilomètres de longueur. Sur ce trajet, le fleuve coule parallèlement à la mer, dont il n'est séparé que par la Langue de Barbarie. C'est une flèche de sable, large de 3oo à 400 mètres, si basse que par les gros temps les lames passent par-dessus ; un raz de marée, une tornade, ont bientôt fait de déplacer ces sables mouvants et de créer une brèche qu'agrandit le fleuve et qui devient du jour au lendemain sa nouvelle embouchure. Cette embouchure, d'ailleurs, est obstruée par les sables, qui déterminent la barre du Sénégal; sous l'influence du conflit de la marée, des vents dominants, et du courant fluvial, elle se déplace continuellement et nécessite une surveillance incessante. A la saison sèche, elle n'a souvent pas plus de 2™,5o d'eau et oblige les navires à se délester pour passer*, à l'hivernage les eaux du fleuve refoulent les eaux de la mer jusqu'à plus de i o kilomètres au large. M. Bouquet de la Grye, M. Aube, ont proposé de fixer l'embouchure du Sénégal au moyen d'une jetée qui empêcherait les divagations des sables.

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