PI. II
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A. Boumas, dpFsinateiir.
I. 3. Coîissi}is eu cuir orué. — 2. Tam-tam de guerre. 4. 5. Sandales en cuir, — 6. Détail d'un dessin sur cuir
fi. I.
A. Bonriias, ilepsinatoiir
Sac en cuir. — Poisrnavds divers.
Histoire. — Les Peuls, Poulo, Poular, Foiilbés, disséminés par agglomérations plus ou moins nombreuses au milieu des populations nigritiennes du lac Tchad à la Sénégambie, se rattachent comme les Maures au groupe sémite de la race caucasique. Leur origine a été Tobjet de nombreuses discussions; l'opinion qui domine leur attribue une origine commune avec les Fellahs d'Egypte qui présentent avec eux de nombreuses ressemblances. Tout récemment le D^ Verneau, du Muséum, a pu faire l'étude de plusieurs crânes rapportés du Fouta-Djallon par le D^ Miquel, médecin de i^^ classe des colonies : il a montré que les Peuls se rattachent intimement aux Ethiopiens et que les uns et les autres présentent deux types, l'un caractérisé par l'ovale régulier de la voûte crânienne et l'autre par sa forme pentagonale due à la forte saillie des bosses pariétales en même temps que par le surbaissement de la partie supérieure de la tête; il a prouvé, en outre, que ce dernier type se trouve fréquemment dans
les séries de crânes anciens de l'Egypte et que c'est vraisemblablement dans ce pays qu'il faut aller chercher l'origine aussi bien des Abyssins que des Foulbés à tête surbaisse'e et pentagonale (conf. Broca à la Société d'anthropologie, 1897). Les Peuls ne seraient autre chose que les Éthiopiens blancs, Leucoéthiopes de Ptolémée; leur exode à travers le continent noir serait fort ancien, l'hypothèse la plus plausible le ferait remonter à la fameuse migration de la caste guerrière qui eut Heu vers le Haut- Nil sous le règne du prince appelé Psammétique par les historiens grecs.
Les autres opinions sont loin de s'appuyer sur des données aussi précises. Pour Mollion, il faudrait chercher le berceau des Peuls plus au nord de l'Afrique dans les massifs du sud algérien et de la Tunisie; nomades et pasteurs, ils reculèrent devant l'invasion des Sarrasins, traversèrent le désert, fondèrent vers le x^ siècle l'empire de Tekrour sur le Niger en amont de Tombouctou; puis, s'étendant vers le sud, s'établirent dans les pays qu'ils occupent aujourd'hui dans les bassins du Sénégal et du Niger. Le D" Roubaud les considère comme des métis d'Arabes ou Berbères et de Nigritiens; cette opinion n'est guère acceptable, ils présentent de profondes différences avec les Porognes ou autres métis des Maures; le métissage, d'autre part, n'aurait pu donner naissance à une race aussi puissante et aussi nombreuse. Certains auteurs (Gustave d'Eichthal) cherchent leur origine hors du continent africain et les rattachent à une souche malaisienne ou hindoue; d'autres vont encore plus loin et voient en eux des fugitifs errants comme les Tziganes d'Europe : chassés de leur pays par les Mongols, ils auraient pris la
PEULS.
route de l'Egypte par la Syrie et de là se seraient répandus en Afrique (Thaly rapporté par Bérenger-Féraud). On
Ph. Hostalier.
Peule.
a poussé la fantaisie jusqu'à les faire descendre d'une légion romaine égarée dans le désert. Quant aux Peuls eux-mêmes, ils se considèrent comme tout à lait distincts des nègres et se donnent pour berceau le Founangui,
(pays de l'est) qu'ils quittèrent quand la région n'eut plus assez de pâturages pour nourrir leurs troupeaux.
Quelle que soit l'origine des Peuls, leur migration à travers le continent africain est certainement très ancienne puisqu'ils ont eu le temps de cre'er des races métisses puissantes comme les Toucouleurs et de jouer un rôle considérable dans l'histoire du Soudan; elle est antérieure à l'islamisme, car aujourd'hui une grande partie de leur population est encore fétichiste. Cette migration a suivi un double courant : après avoir traversé l'Afrique de l'est à l'ouest, les Peuls ont fondé les états théocratiques du Fouta-TorO et du Fouta-Djallon et sont revenus sur leurs pas, créant au commencement du siècle les grands empires du Haoussa et du Malina.
Le dialecte peul se rapproche des langues sémitiques, mais a été profondément altéré par les langues arabe et nègre environnantes; Millier et après lui Cust le rapprochent du groupe glossologique qui a pour type le 7iouba du Kordofan.
La majorité de la race est convertie à l'islamisme, cependant beaucoup d'agglomérations du Sénégal et de la Haute-Gambie sont encore fétichistes, tièdos; leur nombre diminue chaque jour avec les progrès constants de l'islamisme.
Caractères physiques. — Par suite des nombreux croisements de la race avec les différentes populations qu'elle a envahies, le type pur s'est sensiblement modifié et il est rare aujourd'hui de le rencontrer sans certains caractères appartenant au type nigritien.
Le crâne est dolichocéphale avec indice variant de 71 à 74 et présente les deux types dont nous avons parlé plus
PEULS.
haut : tête régulièrement ovoïde avec effacement des bosses pariétales ou pentagonale avec saillie des bosses, sur-
Pli. Koal et Torcier,
Peule.
baissement de la partie supérieure et grand développement vertical dû à la surélévation du calvarium. Visage ovale avec traits réguliers et parfois d'une grande finesse; front
presque droit, moyennement large; arcades sourcilières fortes, grand axe de l'œil horizontal, sclérotique moins pigmentée que chez les noirs, iris foncé, quelquefois bleu; saillie des pommettes peu marquée, diamètre bizygomatique assez élevé; nez droit, parfois aquilin, n'est pas busqué comme chez les Maures; échancrure peu marquée à sa racine, donne généralement un indice mésorrhinien, leptorrhinien même chez les types les plus purs; les lèvres sont assez épaisses, complètement défigurées par les tatouages. Dents- bien plantées, petites et très blanches, incisives, droites, non déformées ; menton large et assez saillant, de sorte que le visage paraît plus allongé que chez les Maures; la symphyse du maxillaire au lieu de fuir en arrière se projette légèrement en avant, complètement différente de chez les Nigritiens; oreilles fines, de longueur moyenne, à replis peu prononcés.
Taille, ne dépasse guère 1^^,70; membres bien proportionnés, jambes grêles et nerveuses, mains et pieds petits avec attaches parfois d'une grande finesse; la voûte plantaire n'est pas effacée comme chez les Ouolofs, le pouce est plus opposable et les doigts sont mieux dégagés. L'obliquité de la colonne vertébrale sur le bassin est moins marquée, les fesses sont ainsi moins proéminentes et la démarche paraît plus légère. Les femmes ont les seins généralement bien arrondis, rarement piriformes, moins saillants et moins pendants que chez les négresses.
Les cheveux sont rarement lisses, le plus souvent ils sont ondulés, quelquefois crépus ; la barbe est noire et assez bien fournie, la moustache est rasée; les musulmans arrachent les poils des aisselles et rasent ceux du pubis, les fétichistes les laissent.
PEULS.
Leur teint est très variable, d'autant plus foncé qu'il y a plus de sang me'lanien; la peau est rougeâtre, cuivrée chez les types purs, parfois complètement noire; les métis de Peuls et de Maures (surtout dans le Khasso) sont à peine teintés et font de très beaux hommes.
Ils n'ont pas l'odeur spéciale qu'exhale l'épiderme des nègres, les parfums désagréables qu'ils dégagent parfois sont dus à la malpropreté et aux graisses dont ils couvrent leur chevelure.
Les lèvres et les gencives sont tatouées en bleu chez les femmes, très rarement chez les hommes.
Ce sont les femmes de cordonniers qui pratiquent cette opération : la patiente est étendue sur le dos, la tête reposant sur le pagne de celle qui opère et qui est assise sur une natte; les piqûres sont faites au moyen d'une demi-douzaine d'épines d'acacia fortement attachées ensemble ; lorsque la muqueuse est tout
Ph. du D' Mille.
Jeune femme peule et enfant nègre.
en sang, on l'essuie fortement avec un chiffon, puis on applique sur la plaie de la cendre de graines de pastèques que l'on maintient en place avec un tampon de coton; Topérée doit garder le pansement deux ou trois jours et pendant ce temps causer le moins possible, ne pas remuer les lèvres. La coloration ainsi obtenue persiste plusieurs mois, souvent elle est définitive et il ix'y a pas à la renouveler. C'est une opération très douloureuse, surtout à la lèvre inférieure, dont elle accroît sensiblement le volume; les opérées ne doivent pas manifester la moindre émotion ni pousser la moindre plainte.
Costume. — Les Peuls ont le costume général des noirs du Sénégal : boubou, sorte de longue chemise très ample et sans manches, largement fendue sur les côtés pour donner passage aux bras, et pantalon à larges plis s'arrêtant aux genoux, touba; au-dessous du boubou une chemise blanche à manches courtes et sans ornements. Les jambes sont nues, les pieds sont parfois garantis par des sandales de diverses formes : tantôt c'est une simple semelle de cuir avec quelques lanières qui la retiennent au gros orteil et au talon, tantôt ce sont des babouches de diverses couleurs dans lesquelles ne pénètre ordinairement que Textrémité du pied, parfois ce sont des sandales en bois, unies ou élevées sur talons pour éviter le contact de l'eau.
Les fétichistes ont un costume beaucoup plus simple: une bande de toile entre les jambes et un pagne sur les épaules, quelquefois un boubou très court et ne dépassant guère les hanches:
Les femmes portent autour des xQmsnn pagne, large carré d'étoffe qui se fixe à la taille par simple chevauchement des extrémités supérieures et est ordinairement en cotonnade
PEULS. 45
du pays teinte à l'indigo; le haut du corps est également
Ph Noal et Fortier,
Berger peul.
couvert d'un pagne dont l'extrémité est rejetée sur une épaule, le boubou est beaucoup plus rare.
Coiffure. Les Peuls des bords du fleuve portent les cheveux nattés jusqu'au mariage, ensuite ils les rasent; les marabouts de l'intérieur ont également les cheveux rasés et se couvrent la tête d'un bonnet cylindrique de couleur blanche souvent orné de broderies.
Chez les autres Peuls la coiffure ne diffère pas beaucoup dans les deux sexes. Les hommes ont la partie frontale du crâne complètement rasée; sur le milieu du restant de la tête jusqu'à la protubérance occipitale est placé un gros bourrelet de toile bleue, les cheveux de la partie médiane sont ramenés par-dessus, le couvrent complètement et sont nattés d'un côté à l'autre, donnant l'aspect d'un cimier de casque ; en avant de ce cimier est une petite natte médiane et à la partie postérieure sont attachés troisou quatre gris-gris; sur les côtés, les cheveux forment des nattes aplaties qui se rejoignent sous le menton ou, restant libres, se relèvent en crochet et portent des cauris ou des morceaux d'ambre et de verroterie; elles sont en nombre variable, le plus souvent sept, dont deux en avant et cinq en arrière de l'oreille*, chacune est elle-même constituée de nattes plus petites très rapprochées et confondues par leurs bords. Le cimier est parfois très surélevé , forme un véritable chignon qu'entourent des ficelles ou des bandelettes. Cette coiffure dure environ deux mois; lorsqu'elle est refaite, le cimier disparaît et les nattes partent du milieu de la tête. Quelquefois les Peuls portent aussi un bonnet à deux pointes, analogue à celui des Mandingues.
Les femmes ont une coiffure de même genre, le cimier est un peu plus allongé et les nattes sont en nombre variable, chargées de pièces d'argent, de verroterie, d'ambre, de grisgris ; parfois le cimier est disposé dans le sens transversal.
PEULS. 47
parfois c'est un simple chignon; les cheveux ne sont pas rasés sur le devant et le derrière de la tête comme chez les Toucouleures, ils sont nattés et forment deux longues mèches qui pendent de chaque côté des tempes; cette coiffure est maintenue par des bandelettes qui embrassent le cimier etles nattes. Les Peules du Cayor n'ont pas de cimier, les cheveux sont roulés en boucles épaisses qui retombent autour de la tête et alternent avec des chaînettes de corail et de verroterie.
Les enfants ont la tête rasée jusqu'à la puberté, gardant seulement deux ou trois nattes auxquelles sont suspendues quelques objets brillants ou quelques gris-gris.
Les femmes se noircissent les sourcils et le bord des paupières avec du fard à Tantimoine (i) et se colorent les ongles et les régions palmaires avec du henné. Pour cette dernière opération elles font avec les feuilles de henné pilées et écrasées une sorte de pâte qu'elles appliquent sur leurs mains et gardent en place deux ou trois jours en ayant soin de bien la maintenir humide; au bout de ce temps la coloration est acquise et persiste un mois et même plus, car les Peules se lavent rarement les mains.
Les bijoux sont très répandus, hommes et femmes portent des boucles d'oreille, des colliers de verroterie, des bracelets de cuivre ou d'argent; les cheveux sont entremêlés d'ornements de toute sorte, corail, ambre, pièces de monnaie, celles en or sontparticuHèrement recherchées. Les Peuls ont
(i) Ce fard, très répandu chez toutes les populations du Sénégal et du Soudan, se compose de sulfure d'antimoine finement pulvérisé et mélangé avec de la poudre de niamoco, graine d'une amomée, amomum melegreta; l'antimoine porte le nom de pierre de Djenné, c'est là que vont le chercher les Dioulas ; une certaine quantité est aussi apportée par les Maures de l'Adrar et du Tagant.
en outre des gris-gris aussi nombreux que variés, qu'ils ont puisés un peu partout chez les différentes populations avec lesquelles ils ont été en contact.
Habitations. — Les Peuls étant nomades et se déplaçant suivant les besoins de leurs troupeaux n'ont guère d'installation bien définitive; leurs cases sont des paillottes rondes comme celles des Ouolofs, mais plus petites et rarement en torchis, souvent ce sont de simples gourbis en paille faits de paillassons mobiles fabriqués par les femmes; lorsqu'ils se déplacent, ils les abandonnent complètement et vont reconstruire plus loin. Leurs villages sont assez propres, bien entretenus, et ne présentent pas de défense. Dans les régions occupées depuis longtemps .par les Peuls et assez riches pour nourrir leurs troupeaux sans déplacement comme par exemple le Fouta-Djallon, on trouve des installations mieux assises et de belles cases en pisé avec murs épais et toiture débordant les murailles pour former véranda.
Mœurs. Coutumes. — Les Peuls se distinguent des autres races de l'Afrique par leurs mœurs de bergers. Sans cesse au milieu de leurs troupeaux, ils les connaissent admirablement et s'en font aimer, d'ailleurs ils ont pour eux une vé'-itable affection, plus grande souvent que pour leurs propres enfants; pour les faire abreuver ils ne se contentent pas de *les conduire vers les bords les moins escarpés, m^ais ils leur font une route en taillant un plan incliné de façon à faciliter l'accès de la rivière; quand une vache a perdu son veau, pour que son lait ne tarisse point ils font un mannequin avec la peau de l'animal et n'hésitent pas à la téter euxmêmes. Ce sont les besoins de leurs troupeaux qui déterminent leurs déplacements; quand les pâturages d'une
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région sont épuisés, ils vont plus loin et, si c'est nécessaire, changent plusieurs fois dans la même année. D'après Reclus, leur culte primitif aurait été la boolâtrie et dans leur mahométisme actuel on peut encore relever beaucoup de coutumes qui témoignent de leurs anciennes pratiques.
Dans les régions fertiles comme celles que l'on rencontre en Gambie, en Casamance, dans le haut Sénégal, ils sont devenus agriculteurs et cultivent leurs lougans tout en élevant leur bétail avec le plus grand soin. Il est bon d'ajouter que ce sont ordinairement les fétichistes qui se livrent à ces travaux, les musulmans étant trop orgueilleux pour travailler la terre.
De mœurs douces, le Peul n'aime pas faire la guerre, mais il est volontiers pillard quand il en a l'occasion; il ne manque pas de courage quand il est attaqué et qu'il doit se défendre. Économe et défiant, il n'avoue jamais sa richesse par crainte d'être volé; très hypocrite et très retors, il ne conclut rien sans avoir longuement réfléchi et être sûr de son fait, n'hésitant pas d'ailleurs à rouler de son mieux ceux qui traitent avec lui. Fervent musulman mais non fanatique, il affecte une gravité continuelle, danse rarement (les femmes ne dansent jamais) et méprise les plaisirs bruyants des autres populations. L'instruction est assez répandue, chaque village possède une école dirigée par un marabout.
Accouchement. — Comme chez les autres peuplades du Sénégal, il a lieu dans la position accroupie en présence de quelque vieille matrone. Dans les cas difficiles on a recours au marabout; généralement il se contente d'écrire quelques versets du Coran sur une planchette, les efface ensuite avec de l'eau et un morceau de pagne et fait boire à la malade cette tisane malpropre. Comme chez les autres musulmans
5o LES RACES DU SENEGAL.
le baptême a lieu le septième jour après la naissance et la mère porte jusque-là un poignard destiné à écarter les mauvais esprits.
Circoncision. — Garçons. A lieu de dix à quinze ans, se fait à intervalles assez éloignés quand le village a suffisamment de jeunes gens à faire opérer, est l'occasion de grandes réjouissances; ce sont les forgerons ou les cordonniers qui pratiquent la circoncision. Plusieurs jours auparavant les enfants revêtus de leurs plus beaux vêtements parcourent les villages voisins en chantant et en dansant; à la date fixée on les rassemble sur une place en dehors du village et l'opération a lieu en présence d'une nombreuse assistance. Le patient se place à cheval sur un mortier à couscous renversé, de sorte que la verge repose naturellement sur le bois, le prépuce est tiré en avant et attaché avec une ficelle, la section est faite avec un couteau; la partie excisée est jetée dans la brousse, la plaie est lavée et pansée avec un cataplasme de feuilles de nèp-nèp et la verge entourée d'attelles en écorce du même arbre qui maintiennent le pansement et protègent la plaie. Pendant toute l'opération les jeunes gens doivent conserver l'impassibilité la plus grande; il y aurait déshonneur à se plaindre. Ils sont ensuite revêtus d'un long boubou bleu, jaune ou noir, muni dans le dos d'une grande poche, et coiffés d'un bonnet à forme de mitre de 35 à 40 centimètres de hauteur; le boubou est destiné à éviter les frottements qu'occasionnerait le pantalon et la poche qu'il présente en arrière à recevoir le produit des rapines, car pendant tout le temps de la cicatrisation les circoncis ont le droit de voler toutes les victuailles qui leur tombent sous la main. La guéri- ■ son a lieu après trois ou quatre semaines; pendant tout ce temps, les opérés logent dans une case spéciale du village
PEULS. 5i
OÙ ils sont placés sous la surveillance de vieux gardiens qui chaque jour renouvellent les pansements et veillent particulièrement à ce que la nuit ils dorment sur le dos et ne prennent aucune position susceptible de déranger la plaie. Tous leurs actes doivent s'exécuter en commun : la journée, ils se promènent avec accompagnement de tam-tam et de chants ; le soir, ils écoutent les légendes et les fables de leurs gardiens; des enfants non encore circoncis leur apportent à boire et à manger et leur servent de domestiques. Le jour de la sortie, ils quittent le boubou et le bonnet de circoncision, on donne une grande fête, on tue des bœufs en leur honneur ; ils peuvent voler tous les vivres qu'ils rencontrent, même des moutons.
L'opérateur ne reçoit aucune rémunération fixe, on lui fait seulement un petit cadeau en mil ou en poulets. Les captifs sont opérés les premiers, puis les fils d'artisans, en dernier lieu les fils de chefs.
Filles. La circoncision se fait de deux mois à quatre ans, dans la case des parents, sans aucune publicité. Ce sont de vieilles professionnelles qui sont chargées de ce soin; l'enfant est étendue sur le dos, les jambes fléchies sur les cuisses et les cuisses sur le bassin, un morceau de bois est placé sous le sacrum et fait saillir la région pubienne, le clitoris est soulevé et sectionné avec un petit couteau à lame mince et étroite; la cicatrisation se fait en une quinzaine de jours.
Mariage, — Le mariage est réglementé par les lois du Coran. Le Peul peut avoir quatre femmes légitimes et un nombre illimité de captives ; ces captives deviennent libres du jour où elles ont donné un enfant à leur maître. La femme est achetée aux parents comme chez les diverses peuplades nègres ; si elle a déjà été mariée, c'est avec elle que l'on discute
la dot ; si elle est encore jeune fille, c'est avec les parents ; quand un Peul désire une jeune fille, il fait des ouvertures à la famille au moyen de quelques cadeaux ; si on les accepte, il est agre'é; si on les retourne, il est refusé. La dot est proportionnelle à la fortune du mari et l'honore d'autant qu'elle est plus élevée : pour une jeune fille, elle peut aller jusqu'à quinze vaches, à dix pour une femme déjà mariée; cette dot est toujours exprimée en vaches. Quand on paie leur valeur (argent, moutons, pagnes, etc.), on doit la verser intégralement; quand on paie en nature, on bénéficie d'une réduction. Quand tout est réglé, les parents des fiancés se rendent devant un marabout et lui disent les conditions du mariage; il récite quelques prières et l'union est consacrée. On bat le tam-tam pendant tout le jour, on tire des coups de fusil et on tue des moutons. La jeune femme n'appartient pas encore à son mari; la véritable noce n'a lieu que quelques jours après et dure toute une semaine; les mariés sont installés dans leur case et la femme ne peut en sortir avant le septième jour, le troisième si elle a déjà contracté d'autres unions.
La femme peule est beaucoup plus considérée que chez les autres peuplades du Sénégal, elle exerce souvent un grand ascendant sur son mari et, malgré la latitude que donne à celui-ci le Coran, il est rare qu'elle laisse pénétrer une seconde femme dans sa case; elle est respectée et très écoutée de ses enfants, un Peul n'accomplit jamais une action importante sans consulter sa mère.
Le divorce est facile et se fait par consentement réciproque, le mari abandonnant la dot si c'est lui qui désire la séparation, la femme la restituant si le désir vient de son côté. Une divorcée ne peut être demandée en mariage
PEULS. ' 53
que trois mois après sa dernière séparation (Coran).
Funérailles, — Ss font comme chez les autres Musulmans avec des ablutions et des prières; le corps, porté en dehors du village, est lave' et enveloppé d'un pagne; il est déposé au fond d'une fosse tapissée de sable blanc et la face tournée vers l'est; des moutons sont égorgés et donnés aux pauvres, pendant trois jours les parents pleurent et poussent des gémissements, les femmes du défunt ont les cheveux en désordre et la figure barbouillée de terre ; le septième jour, un mouton est encore distribué aux pauvres et le Coran est récité en commun.
Les Peuls ont, comme tous les Musulmans, beaucoup de respect pour les morts ; profaner une tombe est un sacrilège et chaque fois que des Peuls en voyage rencontrent une tombe ou un cimetière, ils jettent en passant une poignée d'herbes ou de feuilles vertes, sorte de salut qu'ils adressent aux trépassés.
Organisation sociale. — Les grandes agglomérations de Peuls sont organisées, comme au Fouta-Djallon, en républiques théocratiques ayant à leur tête un almamy qui exerce le pouvoir temporel et religieux en prenant l'opinion des anciens et des notables ; chaque district a un chef politique et militaire, ardo, et un chef religieux, tamsii% nommés par l'almamy. Le chef des Peuls du Fouta-Toro portait autrefois le titre de satigui, bien avant El Had) Odmar, sa fonction a été supprimée; chaque tribu a conservé son ardo et son tamsir, les chefs de village sont sous leurs ordres; ces fonctions sont devenues héréditaires et ne peuvent sortir de la première caste. Jusqu'à ces dernières années au Fouta-Djallon, le pouvoir était entre les mains de deux grandes familles, les Alfaya et les Somya,
qui nommaient l'almam}^ alternativement pour deux années.
La première caste est la caste royale qui fournit les chefs, puis viennent les hommes libres, ne s'occupant guère que de leurs troupeaux et de leurs cultures. Les esclaves se divisent, comme chez les Maures, en captifs de case et captifs ordinaires.
Commerce. — Les Peuls sont peu commerçants et quittent rarement leur tribu pour aller faire des e'changes. Leur principal revenu est dans les troupeaux ; ils ont dés bœufs et des moutons en grand nombre, les vendent à des Sarracolès, des Toucouleurs ou des Ouolofs qui spéculent sur ce commerce, mais ils vont rarement traiter eux-mêmes avec les Européens. Dans leurs marchés ils ne se défont que des bœufs, jamais des veaux ni des vaches, autant d'ailleurs par affection que par intérêt, car ils sont très attachés à leurs animaux, s'en occupent eux-mêmes, d'autant mieux considérés qu'ils en ont davantage et sont plus habiles à les soigner. Ils vendent aussi du lait et du beurre que les femmes peules portent dans des outres en cuir ou de grandes calebasses; pour leur consommation particulière ils n'usent comme les Maures que de petit lait. Ils ont un assez grand nombre de bœufs porteurs bien dressés et qu'ils conduisent par un anneau passé dans la cloison nasale; ces animaux constituent leur monture la plus fréquente, ils vont assez vite et ont un trot bien soutenu, les Peuls s'en défont rarement.
Cultures. — Gros et petit mil, maïs, patates, oignons; les graines sont conservées dans des greniers en paillotte surélevés de 5o centimètres environ et placés ainsi à l'abri des insectes et de l'humidité.
PEULS. 55
Industrie. — Les Peuls font d'habiles artisans, malheu-
Ph. Noal et Forticr.
Griot peul.
reusement un homme libre croirait de'roger en s'occupant d'autre chose que de ses troupeaux ou de ses cultures ;
aussi les ouvriers qu'ils possèdent sont-ils le plus souvent des étrangers, Toucouleurs en majorité, et jouissent-ils de peu de considération.
Forgerons. Deux catégories :
i"* Les forgerons rouges, abharbéy sont des Peuls, et ne travaillent que l'or ou l'argent, ils réparent aussi les fusils; leurs femmes et leurs filles sont cordonnières et font les travaux délicats en cuir ;
2" Les forgerons noirs, bahilo baledio, sont des étrangers et travaillent le fer; ils ne savent pas l'extraire du minerai et vont Tacheter aux Toucouleurs; leur matériel n'est pas compliqué, une paire de pinces grossières, une masse de fer pour marteau, un soufflet fait avec deux peaux de mouton, et c'est tout; ils fabriquent des instruments de culture, des couteaux, des armes, des sabres; ils font des lances en fer à manches sertis de cuivre assez jolies et des lances de parade parfois très compliquées.
Leurs femmes font \di poterie, gargoulettes, plats, canaris, etc.; cesobjets, quoique faits à la main, sont assez réguliers; ils pèchent surtout par la cuisson, on les rassemble au milieu d'un grand feu de paille que l'on alimente pendant deux heures environ et on laisse refroidir.
Les cordonniers travaillent assez finement le cuir; avec les peaux de mouton teintes de différentes façons ils confectionnent des sacs, des fourreaux de sabre, des gaines de couteau, etc.. ; avec les peaux de bœuf ils font des sandales, des brides, des garnitures de selles, etc..
Les tisserands font avec le coton du pays des tissus d'une grande solidité; ce sont les femmes qui récoltent, cardent et filent le coton, les hommes le tissent sur un métier à bandes analogues à celui des Ouolofs.
PEULS. 57
Les griots sont peu nombreux chez les Peuls, ils forment une catégorie absolument à part et ne sont pas de même race; on les appelle des Bambados; ils ressemblent beaucoup aux Laobès et ont probablement avec eux une origine commune; ils ont suivi les Peuls dans toutes leurs migrations.
Instruments de musique : o'rdou [khalam ouolot), espèce de violon dont la caisse, de forme ovalaire, est creusée dans le bois et traversée par un long manche généralement en ébène et qui porte le chevalet, elle est recouverte d'une peau de mouton; les cordes sont au nombre de quatre faites de crins de cheval, à l'extrémité du manche est une petite plaque métallique avec anneaux vibrant en même temps que les cordes et servant d'accompagnement ; tam-tam de danses s'appelle oiiondou ; il a la forme d'un- mortier à couscous dont l'ouverture serait recouverte d'une peau de mouton ; tam-tam de guerre s'appelle tabala, il se compose d'une énorme calebasse creusée dans le bois (bagane) et recouverte d'une peau de bœuf; il est toujours accroché dans la case du chef et considéré comme l'insigne du commandement ; on le bat quand une expédition est décidée et pour partir en guerre.
Histoire. — Les Laobès, disséminés par groupes de deux ou trois familles un peu dans tout le Sénégal, se rapprochent intimement des Peuls tout en présentant des caractères qui paraissent fort différents. Ils parlent la même langue, ont à peu près le même costume, la m.ême coiffure et beaucoup de coutumes semblables; nomades comme les Peuls, ils doivent être originaires du même pays, se sont attachés à leur fortune et les ont suivis dans leurs migrations; mais n'a3^ant qu'une industrie, le travail du bois, ils ont toujours été obligés de se disséminer pour écouler leurs produits et faire les échanges dont ils avaient besoin. Ils ressemblent beaucoup aux Bambados, les griots des Peuls, noirs comme eux, présentant les mêmes caractères physiques, ne différant guère que par le genre d'occupation. Voici ce qu'ils racontent de leur origine : leur ancêtre habitait un pays du nord-est, il eut trois fils, un Peul, un Laobé et un Bambado; à sa mort le Peul, qui était le plus malin, s'empara du troupeau, mais le soir il Se trouva fort embarrassé n'ayant aucun ustensile pour recueillir le lait; le Laobé, sans lui garder rancune, se rendit dans la forêt, fit une bagane (grande calebasse en bois) et la lui donna ; puis, comme les frères s'ennuyaient, le Bambado
6o LES RACES DU SENEGAL.
imagina la guitare avec une calebasse et quelques poils de vache et fit de la musique ; le Peul félicita vivement ses deux frères et leur dit : « Vous êtes trop habiles, toi, Laobé, pour travailler le bois et toi, Bambado, pour faire de la musique, désormais ces occupations seront vôtres et vous ne ferez pas autre chose. » C'est ainsi, d'après la légende, que Laobès et Bambados acquirent le monopole du bois et celui de la musique; les Bambados restèrent avec les Peuls et devinrent leurs griots, les Laobès les suivirent également, mais se disséminèrent davantage suivant les besoins de leur industrie, allant jusque chez des étrangers comme les Ouolofs ou les Sérères. Quoi qu'il en soit de cette communauté d'origine, les Peuls ont assez de dédain pour leurs prétendus frères et n'accepteraient jamais une alliance avec eux (peut-être parce qu'ils sont artisans) ; les Laobès, de leur côté, ont pour les Bambados le mépris que l'on a pour les griots; ces sentiments sont partagés par les autres races et jamais un musulman ne consentirait à épouser la fille d'un Laobé.
Au contact des Peuls, les Laobès sont devenus musulmans , en pays ouolof et sérère beaucoup sont encore fétichistes, leur nombre diminue chaque jour davantage. Pas de dialecte spécial, les Laobès parlent le Peul.
Caractères physiques. — Complètement différents des Peuls, les Laobès sont aussi noirs que les Ouolofs, mais leur teint est plus mat; de grande taille, élancés, la ceinture et le bassin étroits, les jambes grêles, le mollet peu saillant, franchement dolichocéphales, ils semblent appartenir aux races nigritiennes; d'autre part, ils présentent bien des caractères qui les rapprochent des Abyssins et les feraient rattacher au rameau libyen : nez peu épaté, souvent
LAOBKS.
droit et saillant, quelquefois recourbé, pommettes peu accentuées, prognathisme faible, lèvres moins développées
Ph. Xoal et Fortier.
Laobès.
que chez les autres noirs, dents droites et non défor mées, barbe rare, mais cheveux laineux et crépus.
Cri LES RACES DU SÉNÉGAL.
Pas de tatouages, les femmes ont les lèvres et les gencives colorées en bleu comme les Peules.
Costume. — Pour les hommes, c'est le pantalon court et bouffant, toiiba, avec le pagne sur les épaules; pour les femm.es, c'est le pindal et également le pagne en guise de boubou.
Comme les Peuls, les hommes ont les cheveux nattés jusqu'au mariage; quelques-uns les gardent ensuite, la plupart les rasent. Les jeunes filles portent des nattes, les femmes ont la coiffure en cimier si compliquée des Peules.
Très amateurs d'ornements, ils sont couverts de gris-gris et d'amulettes de toutes sortes, les unes achetées à des marabouts, les autres de pure fantaisie; trop pauvres pour avoir de riches bijoux, ils les remplacent par des coquillages, des perles et de la verroterie, les femmes portent toujours autour du cou plusieurs rangs de colliers, leurs seuls bijoux sont quelques bracelets très simples en argent ou en cuivre aux poignets et aux cous-de-pied.
Habitations. — Les cases sont des paillottes analogues à celles des Peuls ou des Ouolofs au milieu desquels vivent les Laobès; elles sont généralement très malpropres, mal entretenues, groupées ensemble dans un coin du village, mais ne formant pas d'agglomération distincte ; elles ne présentent aucune défense.
MœuRS. Coutumes. — Les Laobès sont de mœurs tranquilles, ne s'occupant que de leur travail, faisant un peu de commerce et vivant paisibles avec leurs bourricots et leurs chiens au milieu des autres populations. Ils n'ont aucune arme et ne font jamais la guerre, se tiennent à l'écart ou vont plus loin quand la paix est troublée dans la région
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qu'ils occupent. Ils ont toujours avec eux un grand nombre de chiens, 5o ou 60 par case ; ces chiens les aident à
Ph. Hostalier.
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chasser et à prendre à la course les lièvres ou les biches qu'ils tuent avec des lances. Leurs bourricots sont également nombreux, ils servent au transport des bois et des
marchandises; les Laobès y sont très attache's et ne s'en défont qu'en cas de nécessité absolue.
Essentiellement nomades, ils n'ont jamais d'installation fixe, sont par groupes de trois ou quatre familles dans des villages étrangers et se déplacent suivant les besoins de leur industrie, se rendant là où ils peuvent trouver du bois et écouler leurs marchandises. Quelques-uns se livrent au petit commerce, parcourent les villages avec une pacotille, vendent à crédit et au moment des récoltes se font payer en mil ou arachides qu'ils' échangent aux escales; tous les autres travaillent le bois.
Devenus musulmans par le contact prolongé avec des populations pratiquantes, ils ne sont aucunement fanatiques, aussi fétichistes que musulmans et usant des gris-gris les plus divers. Méprisés des autres populations, ils ne font guère d'alliance en dehors de leur race et se sont conservés à peu près exempts de tout métissage.
Accouchement. — Comme chez les Peuls, dans la position accroupie avec l'aide d'une matrone qui recueille et lave l'enfant. Aucune intervention que du massage sur le ventre et les cuisses. Baptême le septième jour, jusque-là la mère ne peut quitter sa case.
Circoncision. — Garçons. Ne se pratique qu'entre Laobès ; par suite, la fête ne peut avoir l'éclat et l'importance qu'elle présente chez les autres populations, Peuls ou Ouolofs par exemple; les Bambados sont circoncis avec les Peuls. On opère rarement plus de quatre ou cinq jeunes gens chaque fois; la verge repose sur un mortier à couscous, le prépuce est attaché avec une ficelle et coupé avec une hachette sur laquelle on donne un coup sec*, la partie excisée est remise à son propriétaire et reste dans la poche de son
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boubou jusqu'à la guérison; elle est ensuite enveloppée dans un sachet de toile et fait un excellent gri-gri; en cas de maladie, on la fait tremper dans un peu d'eau et on administre celle-ci en guise de tisane; certaines familles se contentent d'enterrer le pre'puce, deux jours après l'excision ; les opérés vont en grand secret le cacher dans quelque trou éloigné que personne ne connaît. La plaie est pansée avec de la poudre de nèp-nèp et la verge soutenue par des attelles ou un étui d'écorce. Les circoncis sont logés dans une case que l'on brûle ensuite; les sept premiers jours la famille les nourrit, puis ils vivent de larcins commis chez les Laobès ou les Peuls, quelquefois chez les Ouolofs quand ils sont depuis longtemps avec eux et en bonne cordialité; ils ont le costume des circoncis peuls, mais sans le bonnet phrygien.
Filles. La circoncision n'est pratiquée que chez les Laobès vivant au milieu des Peuls et dans les mêmes conditions.
Mariage. — Il n'a lieu qu'entre Laobès et généralement de la même catégorie, commerçants ou bûcherons; la dot est d'ordinaire de i5o francs, le plus souvent payés en bourricots. Le mariage est consacré par un marabout même chez les fétichistes, la noce dure de quatre à sept jours suivant les moyens des époux, ce sont les Bambados qui viennent battre le tam-tam, car les Laobès n'ont pas de griots; la femme appartient à son mari dès le premier soir, mais le matin elle retourne chez ses parents tant que dure la fête. La polygamie est autorisée, il est rare que les Laobès aient plus de deux épouses.
Le divorce existe comme chez les Peuls avec ou sans restitution de dot, suivant le cas.
Funérailles. — Comme chez les Peuls : corps est lavé et enveloppé d'une pagne, placé dans la fosse la tête tournée vers l'est, couvert de branchages et d'herbes qui le protègent ^du contact direct avec la terre. Les Laobès n^ont pas de cimetière particulier et placent leurs morts avec ceux des populations au milieu desquelles ils sont installés.
Organisation politique. — Les Laobès, ne présentant aucune cohésion et vivant au milieu des étrangers, acceptent leur autorité et se soumettent à leurs règles. Entre eux, ils ont cependant des chefs, malo, dont la charge est héréditaire et auxquels on donne chaque année un jour de travail; les Bambados ont également des chefs qui s'appellent mabo.
Pas de différences de castes, les Laobès travaillent tous, mais forment cependant deux catégories distinctes : les uns s'occupant de commerce, les autres exclusivement bûcherons.
Commerce. Industrie. — Les Laobès ne font aucune culture et ne pratiquent qu'une industrie, celle du bois ; ils n'ont pas de troupeaux et possèdent seulement des bourricots qui servent au transport de leurs marchandises de village à village. Ils vendent leurs ustensiles et achètent tout ce qui leur est nécessaire soit comme vivres, soit comme vêtements.
Leur commerce est peu important, ils travaillent juste pour se procurer le nécessaire, l'argent qui leur reste est enterré et réservé pour acheter des bourricots ou payer la dot d'une femme; ils sont toujours pauvres, n'ont point de troupeaux, possèdent peu de captifs, sont mal vêtus, mais en somme très heureux et n'ont point de soucis.
Les instruments qui servent aux Laobès sont des plus
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primitifs : une hache droite (sénine o. (i), diembéré p.), une herminette pour creuser [saoteu o. et p.), et un ciseau à ïï o'ià [bounnou o., dioiidougal p.); ils ne connaissent ni la scie, ni le tour.
Principaux ustensiles de leur fabrication : mortiers à couscous [guène o,,ouoouroîi p.), pilons {koiir o., oundougal p.), cuillers [koiidou o., ouolfo p.), calebasses avec ou sans manche [kalamba o., diapo p.), grande calebasse [bagane o., gorogal p.), planchettes^ d'écolier [alloua o. ^allouai p.T, sandales [karbat o., padé-lédé p.), tabourets divers, bancs, massues, manches de couteau, de sabres; ils font en outre des repasseuses (taparka), sortes de tablettes basses et massives en bois de soiimpa (balanites œgyptiaca) sur lesquelles on frappe le linge avec un maillet allonge' et conique, domitaparka; des égréneuses à coton [derou], également en soumpa et qui ont aussi la forme de tablettes basses sur lesquelles on roule le coton avec une tige métallique [diélèné), les graines sortent par pression et les fibres restent seules ; ils fabriquent également les caisses des différents tamstams, des violons; ce sont les griots qui les achèvent et placent les peaux destinées à les recouvrir.
(i) o., ouolof. P., peul.
PI. iir.
A. Bournas, dessinateur.
I. 2. Pilons a couscous. — 3. 4. Mortiers à couscous. — 5. Massue. — 6. Fétiches sculptés. — 7. 8. Tablettes pour repasser. — g. 10. Planchettes d'écolier. — 11. Tabouret. — 12. i3. Maillets pour frapper le linge. — 14. i5. iG. 17. 18. Cuillers. — 19. 20. Calebasses en bois.
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