‹ Une mission dans le Sud OranaisChapitre 4 sur 14 · PROGRAMME D*ÉTUDE, MARCHE DES ORÉRATIONS · texte numérisé non relu

PROGRAMME D*ÉTUDE, MARCHE DES ORÉRATIONS

Le travail que nous avions à poursuivre consistait dans la reconnaissance du tracé d'une tête de ligne transsaharienne préconisée par M. le général Golonieu. Des études très som-

maires avaient été produites par divers officiers d'Algérie, faites avec des moyens insuffisants ; elles étaient trop incomplètes pour qu'on pût faire sur elles un fondement réel. D'un autre côté, aucun renseignement n'avait été fourni sur la région qui s'étend deTiaret aux hauts plateaux, et l'aspect de certaines cartes justifiait pour cette partie du tracé, comme pour la traversée du Djebel-Amour, des appréhensions bien légitimes.

Comme nous le verrons, plusieurs passages permettent de franchir le Djebel- Amour avec des pentes faibles ; les régions traversées sont relativement très habitées^ les ressources en eaux, en matériaux de construction, n'y font pas défaut, la ligne parcourt toujours à peu près de bonnes terres labourables, elle n'exigera que des frais de construction peu élevés.

Indépendamment d'une étude géologique à grands traits et de quelques observations sur le commerce, les produits du sol, sur les eaux, sur la météorologie, le travail que nous présentons comporte un relevé complet au tachéomètre des pays traversés. Plus précise et plus détaillée qu'une simple reconnaissance, sans être toutefois un véritable avant-projet, notre étude sera complétée par quelques relevés de points importants à de notables distances à droite et à gauche de la ligne probable ; elle fournira donc d'utiles indications géographiques tout en donnant des éléments suffisants pour la saine appréciation de la valeur du tracé étudié.

De nombreuses et longues reconnaissances que nous avons exécutées personnellement dans toutes les directions nous ont permis de fixer continuellement en toute connaissance de cause la ligne d'opération qui s'écarte aussi peu que possible du meilleur tracé et de recueillir des renseignements de toute nature sur les pays étudiés.

Triangulation. — Le relief du sol est figuré dans ses lignes' importantes à l'aide d'une triangulation exécutée avec un ins-

trument assez puissant pouvant donner le 1/100 de grade. Entre deux groupes de signaux, deux stations étaient faites en visant de chacune d'elles les signaux arrière et les signaux avant placés sur les points saillants du terrain et autant que possible de part

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A y sin sin 6'

et d'autre de la ligne probable.

Soient A et B deux de ces signaux, la station, œ, y ses coordonnées par rapport à A ; A a?, Ay les différences entre les co- (Jrdonnées de A et B; 6, 6' les angles azimutaux^ A 6 = — 0'

On aura :

A œ CCS 0' sin sin A

sin AO y =zco cotg

Les angles azimutaux et 0' peuvent être entachés d'erreurs dues aux variations de déclinaison par suite du cheminement,

sous l'influence des masses de P fer magnétiques, en raison de

perturbations magnétiques ou pour toute autre raison. On élimine ces erreurs par des ob servations solaires aussi répétées que possible qui donnent la correction à faire subir aux angles azimutaux.

La formule que nous avons employée pourla détermination de l'azimut vrai est une transformation de celle qui est usitée en marine pour les calculs de longitude.

Soient P le pôle du monde, Z le zénith du lieu, A la position du soleil, l'angle azimutal n'est autre que l'angle dièdre en Z du triangle de position APZ.

Posons S = |(Z -4- H -I- D)

Z étant le complément de la latitude du lieu ;

H la hauteur du soleil au-dessus de l'horizon ;

D sa déclinaison ;

Z et D sont connus, H est déterminé par l'instrument.

La formule sin 1/2 angle azimutal = . /<^Qs S sin(S -D)

' ^ V cos H sin Z

donne l'azimut réel de l'astre, en le comparant à celui que vient de fournir l'instrument, on a la correction azimutale.

Notons en passant qu'avec un instrument bien réglé et placé toujours dans les mêmes conditions, l'étude des corrections azimutales peut en l'absence de perturbations magnétiques, révéler la présence des gîtes de fer magnétique.

Le calcul des hauteurs est très simple, connaissant la distance K qui sépare les divers points de la triangulation et lisant l'angle cp vertical qu'ils font entre eux deux à deux, leur difiFérence de niveau est donnée par la formule

D == K cotg T + ^

dans laquelle R est le rayon de la terre.

^—^ représente la correction due à la réfraction et à la sphéricité de la terre.

Ileût été illusoire de chercher à tenir compte des variations de température, elles eussent donné lieu à une correction qui est loin de cadrer avec les erreurs d'observation ou instrumentales.

Chaque point de la triangulation étant déterminé en altitude deux fois par une visée avant et une visée arrière, le calculateur a sous la main un moyen de contrôle excellent

A ^V»^^^" At

qu'il peut utiliser à chaque instant. Le chaînage de la base terminale constitue le dernier élément de vérification.

Études rapides. — Ce mode d'opération convient aussi bien aux opérations détaillées de l'avant -projet qu'à celles d'une étude rapide. Voici à cet égard l'organisation que nous avons adoptée.

Les signaux étaient formés d'un mât vertical sur lequel étaient montées deux traverses entre lesquelles était tendue une toile peinte en blanc et rouge. Pour la facilité des trans ports ces traverses pouvaient se rabattre le long du mât ; la toile étant pliée, le tout était assujetti par une courroie.

Les bourrasques continuelles que nous avons essuyées ne nous ont pas toujours permis d'utiliser la toile, auquel cas il fallait se contenter d'une traverse peinte de largeur notable.

L'expérience démontre que l'opération la plus longue est celle qui consiste à aller chercher les signaux arrière pour les reporter en avant, et cela se conçoit, car en supposant par exemple que la portée des coups de tachéomètre soit de 2 kilomètres, les signaux AAi devant être reportés en A" A'[, il faudra pendant que le tachéomètre et son cortège parcourent BB', c'est-à-dire 4 kilomètres, que les signaux parcourent A A", c'està-dire une distance double. Nous donnions alors à deux Arabes la consigne de rester derrière les signaux A Ai tant qu'on ne leur ferait pas de signes.

Ils constituaient avec leurs burnous une masse très visible à de grandes distances qui permettait de ne pas perdre de vue les signaux qui, souvent fort peu discernables à l'œil nu, eussent dû être cherchés longtemps, parfois en vain avec

rinstrument, lorsque les nuées, le brouillard, la grêle ou la disparition du soleil venaient obscurcir l'horizon, phénomènes auxquels nous n'avons assisté que trop souvent pendant cette campagne.

Lorsque les opérateurs BB^ avaient fini l'observation de AAi, un signe, un coup de fusil à blanc, qui, s'il ne s'entendait pas, produisait une fumée très visible, avertissait les Arabes, lesquels déplantaient immédiatement les signaux et les reportaient au galop en avant.

Ils rencontraient alors deux autres cavaliers porteurs de pelles et pioches, avec leur aide, et conformément aux indications qui leur étaient fournies on reflchait les signaux en terre en les coinçant avec les premières pierres plates venues dans des trous de peu de profondeur, ce qui est beaucoup plus pratique que de les entourer d'un monceau de pierres fort long à installer.

Pendant ce temps les opérateurs proprement dits cheminaient d'un groupe de station à l'autre, tout en ne perdant pas de vue les nouveaux signaux.

Ils se mettaient en station après avoir pris les instructions du chef qui doit retourner en arrière pour communiquer avec eux. Pour peu que ce dernier supporte le cheval et ne redoute pas de circuler partout avec sa monture, et qu'il soit très secondé par les quatre cavaliers des signaux et les deux cavaliers porteurs de pelles et pioches, si d'un autre côté aucun retard anormal ne se produit dans les opérations au tachéomètre, il pourra être triangulé dans une journée une quinzaine de kilomètres.

Fuyant le mauvais temps sur la lisière nord des hauts plateaux, nous avons réussi, en conduisant à la fois la caravane et l'opération, à faire parcourir à cette dernière 14 kilomètres au milieu de rafales de vent et de grêle.

Les ressources en argent dont disposait la mission ne nous

permettaient pas de solder les Arabes employés aux études ; ils étaient pris parmi les goumiers qui nous avaient été donnés comme escorte. La perspective de recevoir de temps à autre un morceau de pain et quelques sous à leur départ n'était pas, on le conçoit, un stimulant bien énergique.

Leur service consistant plutôt dans la protection pure et simple de la caravane, ils n'exécutaient ce travail fatiguant qu'à contre-cœur et se relâchaient dès que le chef n'était plus à portée de les surveiller.

Souvent fatigués de rester comme des statues, le long des signaux, les Arabes du même couple ne trouvaient rien de plus commode que de se réunir pour deviser de choses et d'autres; d'autrefois, pris d'une subite ardeur, ils enlevaient les signaux avant l'ordre, interrompant ainsi l'opération.

Tous ces inconvénients, qu'il ne faut pas d'ailleurs s'exa gérer, disparaîtraient avec des cavaliers européens; pour nous, nous n'hésiterions pas à l'avenir à consacrer aux mouvements des signaux six hommes à cheval, intimement convaincu, nous sommes, que la rapidité des opérations permettrait malgré ce surcroît de dépense de réduire notablement le iudget d'une mission semblable. L'aide des Arabes nous a permis de nous en passer, mais l'expédient pourrait fort bien ne pas avoir toujours le même succès. Il faut des trésors de patience et de diplomatie pour obtenir d'un Arabe un service quelconque, surtout lorsqu'il sort de ses attributions et qu'il ne lui est pas payé. On le comprendra sans peine.

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