AFFAIRE DAVAUX
Aubon le 21 frimaire. Van 2''« de la République française une et indivisible.
Citoyen inspecteur.
Hier dans l'après-midy, le nommé Davaux, préposé de la brigade de Redon, fut enlevé du cantonnement par des cavaliers de l'armée révolutionnaire. 11 fut conduit à Muzillac, et
aussitôt rendu, il y fut fusiDé. Je n'en sais pas davantage à cet égard. Je vous prié, citoyen inspecteur, d'en rendre compte au directeur. Hier au soir, en lui envoyant le rôle de supplément du mois courant, je lui fit part de Tenlevement de Davaux, mais je ne pus lui anoncer la mort, qui ne vient que de m'etre certifiée. Comme ce préposé est compris dans le. rôle de supplément pour le mois entier, je pense que vous serez d'avis que sa pauvre femme touche également la totalité dei appointements. Au «reste j'attends votre décision à ce sujet, et à l'égard du citoyen Michel.
Signé à V original, le cap^^ g^^ des douanes,
Fresselin.
p. s. — Le citoyen Verville, inspecteur à Vannes. Gomme je marquois au directeur que je lui auroit rendu compte de l'enlèvement de Davaux, ayez la bonté, citoyen, de lui faire connoître que je vous ai prié de vous en charger, comme ayant plus d^occasions que moi.
Signé à Voriginal :
Fresselin.
Nous soussignés, maires et officiers municipaux de Vannes, certifient cette copie conforme et véritable. — Le 21 nivos l'an deux de la Républ. f"« une et indivisible.
Signé : Galle aîné, Kerviche aîné,
Off. iwpK agent national.
Vous avez de plus ici le signalement du citoyen Davau, que j'ai pris sur son tableau de tous les employés et matelots qui composent la capitainerie .générale de la Roche-Bernard, dépendant du contrôle général de Vannes.
Première colone, savoir : commy, Alexandre Davau, né à Coquery le 27 août 1750, sa femme, née à Goquery ayant deux enfants, en commission depuis le 29 août 1785, instalé dans son employ actuel le 19 mai 1786, ayant 5 pieds ^ pouces, fort, figure ordinaire, militaire avant sa commission; et aux deux colones d'observation sur les bonnes et
mauvaises qualités de chaque sujet, il est dit bon employé, ex noble, mais borné,, et exacte mais sans intelligence.
Nous certifions cette copie conforme et véritable. Les municipaux comme de l'autre part.
Signé : Vincent Gallo, Kerviche aîné, Galle aîné,
Off. mpL proc^ agent national Off. mpL
Les citoyens soussignés ayant donné à Le Batteux, agent du représentant du peuple Carrier, un certificat de sa bonne conduite, signée d'eux, comme formant un comité militaire, dont la loi reprouvé Texistence.
Déclarent retirer au citoyen Le Batteux le certificat qu'ils lui avoient donné, vu Tillégalité de la réunion collective de leur signature, comme membres d'un comité qui ne pouvoit ni ne devoit exister, ni faire aucun acte public, la présente déclaration devant reparer les effets de l'ignorance d'une loi qui n'étoit pas officiellement connue; vu aussi qu'il n'avoit point été pris de renseignemens ultérieurs pour motiver le certificat réclamé.
Vannes, le 27 frimaire l*an 2« de la République française une et indivisible.
Signé : J.-J. Dubois, J. Mancel, L^ R. Arnous, Mestié, Desrouelles, Çaumart, Bonnefin.
Copie du procès verbal de la 'commune de Muzillac du 27 /Wmaire de Van 2"* de la République française une et indivisible.
Le Conseil général assemblé extraordinairement, les citoyens Le Toquin et Rigou, membre du département ont démandé l'entrée et à l'endroit ont dépozé sur le bureau une commission à eux donné par le directoire du dit département , et ont requis l'enregistrement ce qui a été effectué et dont la copie suit :
LIBERTÉ ÉGALITÉ
Vannes, le 26 frimaire l'an 2 de la République française,, l'administration du département suivant la réquisition du
eîtoyen Julien, commissaire du Comité du Salut public à nommé et nomme les citoyens Le Foquin et Rtgou, deux de ses membres à l'eifet de se transporter à Muziiiac et à Noyai Muzillac et autres lieux, pour y prendre tous les renseignements sur les exécutions qui ont eu lieu en ces deux communes par les ordres de l'armée révolutionnaire et de sfss commissaires ou cbefs civils ou militaires, les autorise en conséquence à sommer les dites municipalités de leur procurer sur ces objets tous les éclaircissements qui sont en leur pouvoir. Fait en directoire de département du Morbihan à Vannes le 26 frimaire de Tan 2 de la République française une et indivisible.
Pour copie conforme.
Signé : Rio, Lt-Hâumont, Mangel.
Le Conseil général délibérant sur l'objet de la commission ci-dessus a arrêté qu'aussitôt il sera donné aux commissaires tous les renseignements qui seront en son pouvoir sur les questions que les dits commissaires lui ont verballement donné.
Arrêté en la maison commune les dits jours et ans.
Signé : Fricot, P' de la C^^, Maddiat, maire.
Le Conseil déclare que le vingt courant, l'armée révolutionnaire se transporta en cette commune, y arriva environ midi. Vers les deux heures le logement étant complet, le citoyen Le Batteux commissaire, accompagné du chef de bataillon (dont on ignore le nom), commandant la dite armée se transportèrent en la maison commune. Le premier y apparut de sa commission, signé : Carier. Après les premiers pourparlers le citoyen Le Batteux débuta par engager la municipalité à lui donner tous les renseignements possibles sur le compte des gens suspects, prêtres, cy devant nobles et religieuses, à quoi la municipalité répondit que cet objet étoit rempli et qu'un des membres du département étoit saisi de la liste y relative, à l'exception des ex-religieuses dont on lui donna les noms et qu'il donna ordre de mettre sur le champ en arrestation.
Quelque temps après le dit commissaire sassit près les membres de la municipalité ainsi que le dit commandant et
leur annonça qu'il Tenait d'envoyer des gendarmes et chasseurs chercher le nommé Davaux, qu'il désigna comme cy devant noble et comme très mauvais sujet et que c'étoit lui qui par ses manœuvres contrerévolutionnaîres étoit cause qu'il y avait beaucoup de pauvres gens à Redon de compromis dans les soulevemens qui y ont eu lieu au mois de mars dernier. Gela dit, les difs commissaire et commandant sortirent sur le pas de la porte. Le premier requis la municipalité de faire faire une fosse assez profonde pour deux, parce qu'outre le dit Davaux il avoit un autre homme qu'il comptait faire empoigner, mais qu'il la prioit indépendament de se donner les soins nécessaires pour faire enlever le cadavre du dit Davaux en annonçant qu'il allait le faire fusillier sur la Place de la Liberté, que ce ne fut que sur les représentations du procureur de la commune qu'il se détermina pour éviter au désagrément d'un pareil transport à faire conduire cet homme au cimetière de cette commune distant du chef lieu d'environ cinq cent pas ou il fut fusillé.
Dans l'intervale plusieurs membres de la municipalité virent arriver un détachement de gendarmes et chasseurs conduisant un cheval rouge en laise qu'on leur à dit provenir et avoir été pris chez le nommé Brohan du Cisquer commune d'Ambon et que ce détachement selon tous les rapports à été conduit le lendemain à Vannes, qu'environ un quart d'heure après il passa devant la maison commune un grand nombre de soldats, dont partie armée, qui se rendirent au corps de garde de la place ou étoit consigné le dit Davaux, un officier en unifoj?me vert, épauletttes blanche, avec un citoyen en uniforme de gendarme tenant chaqu'un d'une main un cordon blanc dont se servaient cy devant les prêtres, dirent à quelqu'uns dans la rue en montrant ce cordon : « En voilà un qui va descendre la garde. » Aussitôt la municipalité fut instruite qu'une multitude de soldats conduisoit le détenu au lieu du supplice en chantant la Carmagnole. Peu de temps après on vint lui annnoncer que l'expédition étoit faite.
Telles sont les faits et circonstances dont la municipalité a été instruite par elle-même et pour se procurer de plus ample connoissance, elle à crCl devoir faire appeller devant elle les témoins ci après.
Est à l'endroit comparu le citoyen Maurice Le Geivés jour-^
nalîer en cette commune lequel à déclaré qu'il étoit de garde le dit jour vingt frimaire, qu'il est à sa connoissance que pendant l'espace de trois quarts d'heure le dit Davaux à été au corps de garde, qu'il a vu différents soldats venir le voir comme par curiosité et le traiter de brigand, mais qu'aucun ne lui a paru l'interroger, qu'au moment où on le tira du corps de garde pour le condaire au supplice, un homme en uniforme, le lia avec le cordon dont il est parlé cy dessus, qu'alors le dit Davaux lui dit : «Vous allez donc' me faire perdre de la vie, » cethomme lui répondit : «Nous verrons bientôt », et de suite on le fit sortir que lui déposant resta à son poste, n'examina pas où on le conduisoit.
Telle est sa déposition qu'il affirme véritable et a déclaré ne savoir signé.
Est encore comparu François Saludo journalier en cette commune, lequel interrogé à déclaré qu'il étoit également' de garde le dit jour vingt - frimaire, qu'il est à sa connoissance d'avoir vu, amener au corps de garde ledit Daveau, que l'escorte qui l'accompagnait le consigna au caporal, à lui déposant et a ceux de service en leur disant de prendre garde qu'il ne s'échappât et qu'ils en repondoient, que quelque temps après son entrée trois hommes en uniforme, sans marque distinctives, à lui inconnus, le fouillèrent prirent ses papiers parmi lesquels s'en trouva un plié qui lui a paru blanc, qu'après en avoir fait la visite ces mêmes hommes dirent audit Davaux : « Que voulez-vous faire de ce papier blanc? Vous êtes porteur de lettres? » A quoi le dit Davaux soutint que non, que ces hommes lui reprèrent d'être cy devant noble, et qu'il leur dit que c'étoit faux. Il lui demandèrent en outre ç'il n'étoit pas à Ambon lors de la dernière invasion des brigands, que pour leur prouver le contraire, il leur assura qu'il étoit lors au poste de Kervoyal Qu'après leurs avoir fait counoître qu'il avoit à Rédou sa femme et trois enfans, ces hommes lui dirent : « Ëh bien ! c^e sera bientôt plus que quatre »; qu'immédiatement après Ton lui lia les bras. 11 dit : « Je suis donc un homme mort », et de suite on le fit sortir; que lui déposant resta dans l'intérieur du corps de gardé n'examina pas ou le conduisoit la troupe qui l'étoit venu chercher.
Telle est sa déposition qu'il affirme véritable, et a déclaré ne savoir signer.
Ensuite, la mnnicipalilé sur Tavis lui donné que les veuves Gucho et Hervé, mère et fille, fossoyeuses, étaient malades et que leurs maladies provenaient de la frayeur que leur avoient occasionné l'expédition dont est cas, considérant néanmoins qu'elles pouvoient donner de grands éclaircissement sur les particularités de cette mort, elle a député vers elles les citoyens Bouno, l'un des officiers municipaux de cette commune et Mauduit fils, officier public pour recevoir leurs déclarations qu^ils ont rapporté ainsi qu'il suit.
Étant occupées à faire la fosse, elles virent arriver la troupe escortant le dit Davaux, qu'elle le mena près le mur de l'église. Deux hommes de cette troupe, l'un par derrière et l'autre par devant, lui bandèrent les yeux, le firent mettre à genoux, qu'au même instant la frayeur les fit détourner la vue de sur lui, et aussitôt elles entendirent plusieurs coups de fusil qu'incontinent cet homme fut dépouillé par la troupe même et qu'après tout consommé, elle s'en revient à Mazillac munie des dépouilles du supplicié, à l'exception de sa roclore qui resta sur la place, que ces femmes totalement déconcertées d'une pareille expédition, ne se sentant pas la force suffisante de mettre le cadavre en terre ni de continuer à creuser la fosse qui n'était pas achevé au moment de l'exécution, prièrent deux soldats de rester à leur aider, p y fut déposé muni de sa chemise, un soulier et le bandeau; que quant à la roclore personne ne s'en étoit saisie; elle est déposée chez elles teinte de sang, qu'elles ofi^rent de remettre à qui on exigera. Les dits commissaires députes les ont de plus interpellées de leur déclarer si elles n'ont pas vues enlever au supplicié une montre avec un portefeuille, dont suivant différents rapports il était muni, ont répondu n'en avoir aucune connaissance.
Telles sont les déclarations que les dits députés nous ont déclarées leur avoir été faites par les dénommés cy dessus et ont signé :
Mauduit fils. Roceno, off^ mup.
Pour copie conforme :
Mauduit, maire, Hervé.