‹ Une mission en Vendée 1793 [i.e. dix-sept cent quatre-vingt-treize]Chapitre 17 sur 27 · AFFAIRES MILITAIRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES MILITAIRES

Pontorson, 28 brumaire.

^Au général Vergnes,

Je reçois, général, votre lettre qui, je vous l'avouerai, m'a ex traordin ai rement surpris. J'avois écrit au général en chef lors de mon arrivée à Dinan que l'ennemi avoit évacué Dol et étoit entré dans Pontorson, où il n'est resté que très peu de tems, étant informé que j'étois à sa poursuite. Je suis à Pontorson et n'y ai pas trouvé l'ennemi, qui avant sa retraite précipitée avoit coupé les ponts, que j'ai fait reparer. J'ai avec moi 4 000 hommes, tous excellents, braves lurons et bons sans culotes, et ne demandant qu'à se battre. Vous penserez comme moi qu'il est intéressant que nous attaquions ensemble. J'ai beaucoup de peine à contenir les bons sans culote que j'ai l'avantage de commander. Ils veulent tous marcher sur Avranches. Quelles sont le? intentions du général en chef? Le représentant PochoUe m'a parlé d'un plan de campagne concerté à Rennes. Si de toute part on avoit marché avec la même célérité que mes braves camarades, il y a longtems que les brigands ne seroient plus dans ce département. J'attends votre réponse avec impatience. A une lieue et demi d'ici les brigands pillent et massacrent de tous les côtés. Il est tems qu'il nous arrive des forces.

Le Républicain chef de V état-major, Clumpeaux.

Dinan, 29 brumaire.

Au général Vergnes,

Je reçois, Général, vos deux lettres. Elles me surprennent extraordinairement. Je vous ai déjà marqué, et je vous le répète encore, l'ennemi est à Avranches et moi j'étois hier à Pontorson. Je vous attendois depuis le moment où je vous

avois marqué moQ arrivée en cette ville. Jugez donc quel a été mon étonnement lorsque je n'ai pas entendu parler de vous et que j'apprends encore aujourd'hui que vous n'avez pas voulu bouger d'An train. J'ai été attaqué hier vers les 3 heures, comme je vous l'ai marqué, et je suis singulièrement étonné que vous ne m'en parliez nullement. J'ai avec mes 2 700 hommes soutenu le feu de l'ennemi pendant quatre heures. Je lui ai tué environ 3000 hommes, dont 50 cavaliers. Leur armée étoit de 30000 hommes. 1 500 de mes braves républicains ont seul pu donner dans cette occasion. Je me suis reployé sur Dinan. Voilà ma position. L'ennemi est vers Avranches. Marchez sur lui : voilà votre devoir. Mon armée comptoit sur vous. Jugez de son étonnement quand elle s'est vue abandonnée. Faites rejoindre ici la brave colonne qui s'est hier reployée sur Antrain, car je suis toujours décidé a exterminer l'ennemi. Les braves républicains que je commande n'ont jamais été lâches. Ilà n'attendent pas qu'on les attaque ; ils vont droit à l'ennemi quand ils savent où il est, et ne regardent pas le nombre. Ils ne considèrent que leur courage et leur civisme pour combattre les brigands qui souillent le territoire de la liberté. C'est donc à tort qu'on leur reproche la lâcheté.

Pour copie certifié conforme :

Le républicain chef de Vétat-major^ A. Cluhpeaux.

Copie de l'arrêté du conseil de guerre tenu à Antrain

le 27 brumaire.

Aujourd'hui vingt-sept brumaire, l'an deuxième de la République une et indivisible, les officiers généraux des armées réunies de l'Ouest et de Brest assemblés en conseil de guerre, après avoir pris lecture de la lettre des représentants du peuple, en date de ce jour, et de la lettre du général Tribout, en date du vingt-six, après avoir aussi pris connaissance du rapport d'une patrouille envoyée jusqu'à Pontorson et qui a confirmé l'arrivée aujourd'hui dans cette ville- des troupes aux ojdres du général Tribout, de même que d'un rapport fait par un témoin oculaire des différens mouvemens des rébelles à Avranches depuis le vingt-quatre.

Ont arrêté :

jo Que les représentants du peuple seront invités à se rendre sur le champ à l'armée pour augmenter, s'il est pos. sible, le dévouement des soldats au service de la République.

2° Qu'il sera envoyé un officier pour reconnaître si le pontau-ban est coupé ainsi que celui de Ducey et les moyens de défendre ces deux passages en deçà de la rivierre.

3° Qu'il sera envoyé un officier pour reconnoître si le chemin d'Antrain à Saint-James est impraticable à l'artillerie, comme l'annoncent les ingénieurs des ponts et chaussées, ainsi que le chemin de Saint-James à Saint-Hilaire. '

4<* Que Tarmée de Brest prendra dès demain le chemin de Fougères après avoir pris son pain.

Pour copie conforme :

Le chef de V état-major y

Signé : Vergnes.

Vannes, 1*' nivos, et".

Copie de la lettre des administrateurs de la Loire-Inférieure aux administrateurs du Morbihan, du 28 frimaire, et^°-.

Les brigands après avoir perdu au moins dix à douze mille hommes, autant de fusils, quinze pièces de canons, autant de caissons et les deux tiers de leurs princesses, comtesses et marquises, se sont replié du côté de Poincé et se sont jettes du côté d'Ancenis pour tâcher de passer dans la Vendée. La force qui se trouvoit dans cette ville ne se trouvant pas en état de résister à évacué, mais nous avions heureusement de l'autre côté de la troupe à Ghanteanceau et à Saint-Florent qui s'est aussitôt transportée vis-à-vis d'Ancenis, a fusillé tous ceux qui avoient passés et ceux qui tentoient de le faire. Une chaloupe canonnière qui s'y étoit aussi portée en a coulé beaucoup et en a pris 20 et quelques qui ont été guillotinés hier au soir. L'armée catholique voyant qu'elle ne pouvoit passer dans la Vendée et étant pressée par le brave Westerman, qui les poursuit, s'est débandée. Près de trois cens sont venus se rendre à nos avant-postes à Move. Ils sont arrivés ici à six heures du soir. Ils crièrent comme des enra-

gés : vive la République ! Trois mille ou environs sont allés se rendre à Angers. Le reste de Tarmée, composé de sept à huit mille hommes, a passé par Nort et va sur Blain, ou plutôt va se ranger où elle peut. Ils ont laissé leurs pièces de douze à Ancenis et emmené six de quatre. Nous avons arrêté ce matin à Carquefour quatre brigands avec le chef de Luiues-des Vareux, et hier au soir vingt et quelques ont été pris sur la route de Nozai avec des femmes d'un nombre desquelles est une comtesse. Les scélérats sont donc aux abois. Enfln, frères et amis, nous pouvons espérer de voir bientôt finie une guerre aussi désastreuse. Donnez-nous de vos nouvelles. Nous serons exacts à vous instruire.

Pour copie conforme :

Signé : L* R. Arnous. J. Rio. J. B*« Siyron.

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