‹ Une mission en Vendée 1793 [i.e. dix-sept cent quatre-vingt-treize]Chapitre 19 sur 27 · Qrdre de Carrier · texte numérisé non relu

Qrdre de Carrier

Copie de la lettre du citoyen Perreaux, caporal au 4« bataitton de la Charente-Inférieure f contingent de La Rochelle, en garnison à la Roche-sur-Yonj

Au bivouac de la Roche-sur- Yon, 25 pluTlose, l'an 2»» do la rép. fr: une et indivisible.

N'ayant d'aulre satisfaction que de m'entretenir avec vous, je profite de mes instans pour vous donner de mes nouvelles, quoique cepandant dans ce moment ci je sois de garde et en plein air. Jamais je n'ai été plus fatigué de service; le jour même que nous descendons la garde, jpous sommes obligés de la remonter. Gela vient du défaut d'ordre que les généraux font régner dans leurs colonnes; ils les diminuent à leur gré. Pour nous, nous avons un pauvre chef; je crois qu'on ne lui a pas rendu justice, car après avoir été dénoncé plusieurs fois, je ne sais pourquoi» on le laisse tranquille, toute l'armée se plaint de lui, c'est Dufour. L'autre jour il nous donna une fausse alerte, il nous écrivit des fables, que l'ennemi était à nos trousses. Voilà ses mots : a Sauvez-vous s'il en est encore temps. Tâchez de vous rendre à. la Motte-Achard. » Ce que nous fîmes. Nous partîmes sur les minuit ayant la pluie sur le. dos, et entrant dans la boue jusqu'aux genoux, épuisés de fatigue, et après huit heures de marche sans rien voir. Arrivés à notre destination, nous ne trouvâmes que les rue pour nous recevoir, parce que tout a été brûlé. Le lendemain, nous reçûmes de nouveaux ordres pour retourner à la Roche-sur- Yon, apprenant que B 000 hommes.de l'armée du Nord y étaient déjà rendus, ce qui en effet* était vrai. Nous les vîmes défiler sur la route. Ils allaient à Palluan, ou est, dit-on, Tarmée de Charette, mais malgré toutes leurs forces et leur nombre, cela n'empêche pas qu'ils n'aient été battus aux Essarts, il y a peu de jours. Il parait que cette armée hrigandine est est encore très nombreuse, et que, pour la détruire, il faudrait que les généraux en répondissent sur iQur tête.

Malheureusement dans les villes on ^'aveugle, on s'avise de porter les lauriers,, on pyJt/Jto que la guerre de Vendée

u'est rien, que tout est terminé; mais qu'ils viennent, on leur en montrera encore plus qu'ils n'en pourront combattre. Tous les jours nous pouvons crier à la trahison. Il y a encore plusieurs bourgs qui viennent de tomber dans le pouvoir des brigandSyCe qui ne fait que les enhardir. Là ils nous ont pris beaucoup de munitions parce que nos chefs ne savent pas fortifier les garnisons et donner des soldats en raison du nombre des brigands. En un mot, j'ignore quand je pourrai vivre tranquille. Voilà trois jours que nous n'avons eu ni pain ni viande. Ce que nous mangeons, nous le cherchons partout, ce qui est bien ennuyeux. Nous couchons en plein air. J'ai très grand froid toutes les nuits, d'autant plus que mon habit est tout déchiré, parce que l'autre jour nous fumes obligés de nous embusquer dans un buisson pour attendre l'ennemi, une partie de mes bardes y restèrent.

Je suis toujours enrhumé, j'ai même de la fièvre. Donnezmoi, je vous prie, de vos nouvelles, voilà ma seule récréation lorsque j'en reçois. Je vous embrasse de tout mon cœur et suis avec respect, v

Votre soumis fils. Signé : Perreau.

L'autre jour ici nous remportâmes, notre bataillon seul, une victoire complète sur les brigands. Notre commandant Reboui en tua trois pour sa part et prit deux chevaux. Nous venons de faire une adresse à Lequinio pour entrer en garnison.

J'étais prêt à fermer ma lettre «lorsque des ordres nous sont venus pour aller chasser les brigands à Bel le ville, ce qui en a retardé l'envoi d'un jour. En effet rendus à lendroit désigné nous avons aperçu l'ennemi, et, la bayonnetle au bout du fusil, nous les avons chassés et poursuivis; nous avons perdu neuf hommes et un capitaine de cavalerie. Notre bataillon était seiil avec vingt cavaliers seulement. Les balles m'ont siffié autour des oreilles, mais du fond de ma misère : vive la République, nous en viendront à bout I Rabin se porte bien; il ne s'est pas trouvé à l'affaire.

Pour copie conforme :

Signé : Barbedette.

Le 7* jour de la l'** décade du 6* mois de Tan second de la Répablique française une indivisible.

Le général de brigade DuvcU à Boumet, général de brigade

de la deuxième division.

En réponse à mes lettres concernant les incursions que les brigands font du côté de la Chapelle Saiut>Laurent, les représentants m'instruisent qu'en cas de besoin, tu me feras passer des secours. Par ta lettre tu me fais la même offre en m'observant qu'il faut entre nous la correspondemce la plus active. Je ne manquerai sûrement pas à t'iustruire de tout ce qui parviendra à ma connaissance, et je commence à rinstant.

Les autorités de Parthenay m'annoncent que les troupes envoyées à Bressuire pour en enlever les grains immenses qu'on y avait laissé en évacuant, ont été attaquées hier 6 ventôse par deux différentes forces et que la troupe a encore évacué une seconde fois, à cela près de 300 hommes, qu'on y a laissés pour garder, dit-on, le reste des grains. À. 4 heures du soir l'ennemi voyant le peu de force à Bressuire, y est entré, et a égorgé nos frères. Mon ami, je me perds dans toutes ces manœuvres, elles sont horribles. Qui les commande? Je n*en sais rien. Bressuire est sous le commandement d'un général divisionnaire.

Je vais encore une troisième fois faire une tentative. Fasse le dieu de la liberté que je réussisse aussi bien que les premières. Je joint 200 hommes de la garnison de Parthenay, composé de 300 hommes et 600 brèves habitants des communes limitrophes à celle de Larjasse pour fondre sur ces monstres. Voilà tout ce qui est en mon pouvoir. Voilà avec quelle force j'ai détruit en deux mois près de deux mille monstres. On ne vit jamais un plus grand courage que celui des habitants. Il y a trois jours la plus petite de ces communes armée seulement de fourches et de haches a eu la belle audace de tomber sur un parti de brigands armé de fusils et en a tué 60. Juge de ce qu'elles feroient par ce qu'elles ont fait, si elles étaient soutenues. Ainsi, mon ami, au nom du dieu qui nous anime tous deux de la liberté, fais-moi passer quelque peu de force, ne fusse qu'un demi bataillon,

si tu ne peux mieux faire, et pourvu qu'il soit bon. Je te promets de faire humainement tout ce qu'il est possible de faire pour empêcher la pointe qu'à coup sûr les brigands tenteM de faire. La Vendée ne leur offre plus les moyens d'exister. Plus d'habitations, plus de fours, plus de moulins, concluons donc qu'ils sont obligés de changer de climat. Alors la désolation et répouvante se mettront partout. Qui sait encore ce que de nouveaux monstres cachés attendent de l'exécrable Vendée? Je ne suis pas visionnaire, mais en bon républicain je dois tout peser dans une juste balance, et il est des faits si visible que les révoquer en doute seroit l'ouvrage d'un aveugle.

Dans la première évacuation de Bressuire, j'instruisis le général en chef, je lui dépeignis la situation du pays découvert que je voyais sous mes yeux, qu'il ne pouvoit voir; j'implorai sa sollicitude pour qu'il y fit passer des troupes. Ma lettre est demeurée sans réponse. J'attends la tienne.

Le général de brigade commandant la 12* division militaire.

Signé : Bodrnet,

Fontenay-le-Penple 7 veotose, Van 2 de la République une et indivisible.

Le commandant de la place au général Bournet commandant la

12° division de La Rochelle,

C'est avec plaisir, mon camarade, que je correspondrai avec toi. Je n'ai sous mes ordres que les jeunes gens de la réquisition de 18 à 26 ans. La troupe est en sabot et sans armes. Si les brigands se: présentaient devant Fontenay, je ne pourrais pas lui opposer de résistance* Salut et fraternité.

Signé : Lapierre.

Pontenay4e-Peuple, 8 ventôse, l'an 2 de la République une et indivisible.

Le commandant de la place au général Joba.

; Les brigands sont entrés le 6 ventôse à Bressuire où ils ont égorgé trois cents des nôtres. Cette prise rend la Cha-

taigneraie exposée à leur incursion. Duval m'écrit qu'il ne ne sait ou est le brave Joba, pour l'instruire de tous les mouvements et dispositions, il m'en charge ; c'est un devoir et un plaisir pour moi. Le commandant de la Châtaigneraie m'apprend les mêmes nouvelles. Une bande de brigands, il est vrai très peu nombreuse, s'est portée sur S'-Pierre du Chemin où elle s'est contentée de couper Tarbre de la liberté. Inutilement a-t-on envoyé'contre ces scélérats; ils [n'étoient déjà plus dans cet endroit. Je te fais passer une lettre du com-^ miandant de la Châtaigneraie qui te demande ; ta présence rassurera les esprits et sauvera ce poste essentiel.

Salut et fralernité.

Signé : Lapierre.

Eq détachement à S'-Pair en Ray près Painbœbf le IS"» yentose l'an S*** de lu République une et indivisible.

Mon cher oncle.

Vous maccuserez peut-être de négligence davoir tant tardé a écrire mais sachant que les travaux de la Vandée ne mont pas laissé un instant, jose croire que vous m'excuserez. Ce n'est pas san peine que nous sommes venu about de détruire le brigandage. Il nous en a coûté bien des braves mais cent qui ont échapée a la fureur de ces monstres, ont bien vangé la mort de leur frères. La Vandée nous coutte vingt mille hommes et plus, et nous en avons détruit cent dix a cent vingt mille. Cela na pu se faire comme oh voit sans avoir eu de la misère. Il faloit voir les soldats de la République et la bataille d'Anceny en venir aux mains avec les brigans et en laisser sur la place plus de quinze mille mort, Iç même soir de cette journée de l'autre coûté de la Loire cinq mille cinq cent. Jamais je n'ai vu pareille boucherie. Cette affaire est plus forte que ne la etté celle de Gémap, en ce que a Gémap le canon a presque tout fait eticy ce n'est qu'avec nos fusils, bayonnettes et sabres que nous avons gagné une victoire complette. De suite nous avons etté a Noirmoutier en passan dans les marais jusqua la sinture pandant qualre jours nous les faisions sauler cinq ou six a la foi. Je puis dirç aussi navoir jamais eu tant de mal demavi; on ne faisoit pa&

cent pas (il faloit .une demi eure pour les faire) qu'on ne voit des volontaires rester dans la vase jusque sous les bras et y périr, et nos quéssons ne pouvant nous suivre. Au sortir de la nous avons éttés obliges de rester quatre jours san pain et sans viande, nous ne pouvions point avoir de vivre des brigans qui avoient tant de bagages. Nous avons resté 22 jours devan Noirmoutier avan de l'attaquer. L'avan veille de la prise nous nous sommes batu toute la journée a coup de canon et aubusier parterre et par mer. La frégate la Nimphe qui s'étoit embaussée devant le fort. Le yen a manqué lors quelle a voulu ce retirer après le feu elle a restée échouée de sur un banc de sable et y est périe. On a tout sauvé léquipage et les munitions. Le landemin nous nous sommes batu toute la journée par terre. Le soir à dix heures nous sommes embarqué sur des gabarres a portée de canon de lille. Il ne se sont pas plutôt aperçus que nous étions enbarqués qu'il nous ont canonné vivement. Nos chalouppe cannonnière ont répondu avec humeur san pouvoir démonter auqune de leur batrie. C'étoit un coup deuil superbe de voir ce feu roullant, mais cést que tout en prenant plaisir a le voir nous en santions leffet. Notre gabarre qui se nomet Marie Térése, non qui porte malheur, se sanlit de deux boulets de vingt quatre; un la traversa de part en part, cassa trois fusils dont Tun cassa les reins et lépâulle d'un grenadier. Le secon boulet qui vint de suitte emporta la têtte d'un grenadier qui me touchoit. Jeu le visage tout barbouiiU de sa servelle. A 4 h^ure du matin nous mettons voille au ven pour faire la déssante. Il se trouve que la Marie Térése est échouée. La mer était hante. Il ne fut pas possible de la faire partir. C'est du coup que je jurais après Marie Térése, s'il ne fut venu des chalouppes bien vitte nous prandre, nous pandions le capitaine de la gabarre. Sur quinze gabarre qui dévoient arriver dans le même endroit, il en arriva sept, ce qui fit que nous fume plus criblé que nous ne l'aurions éttés si tout le monde fut arrivé a la foi. Nous fîmes la fusillade jusqua huit heures. En. mettant pied a terre nos gens tomboient comme des capucins de carte. Une foi que nous avons éttés cinq a six cent dans Lille, nous avons fait carnage sur tout. De notre cauté ou nous avons fait la décente, nous avons enpli un marais salan de morts ; il pouvoit bien en avoir 900; plus des notre que des leur. Le même jour nous avons

voulu conquir toute i'Ue ; les armées se sont rassemblée a la fausse; nous avons marché sur Noirmoutier, nous avions trois lieux a faire nous arrivons a bonnheure a portée de canon. On nous envoya un parlemantaire. Gétoit un husard alleman qui aportait au représentant du peuple une capitulation dans les formes. Nos généraux n'an vouloient point, mais les représentans du peuple laccéptère a condition qu'il déposeroient leur armes en fessau et qu'on les ferait prisonnier. Les voila bien contant. Ils étoient environ onze cent. Nous les prenons et les faisons tous entrer dans l'église, bien gardé. Nous découvrime Délbec leur générallissime, qui avoit étté près Cholet, et n'étoit point encore guéri. Le général Guilmet et moy lui demandâmes ce qu'il pansoit. Il nous répondit en ces termes : « Je suis soldat comme vous pourez lé Ire, jay embrassé un party, il est malheureux pour moy qu'il se soit trouvé mauvais. Si je n'étois mourant je aurait taillé peut-être plus douvrage que vous n'an auriez pu faire. Si jeusse eu 10000 soldats des troupes que vous commandez, avec la mienne, je vous aurais détruit, je vous auroit détruit encore 200000, et vous nauriez pas eu la Vandée. Je vous ais battu a Montaigu, c'est que je vous ais surpris, et que jaitois daccord avec des chefs des armées. Vous m'avez battu a Mortagne, jay été trompé par mes soldats. Jay pris Noirmoutier; il métoit vandu trois mois davance. Vous venez de le reprandre, c'est que mes soldats nont plus voulu mobeir ; en croyant se sauver, ont vandu leur chef, sans cela vous noriez pas eu lille a si bon compte. Gharette et Gatilinière sucomberont comme moy pas que ses soldats cesseront de lui obéir. Je sais que tout ce que vous prenez dans lille périra, moy a la tétte; ne cherchez point a me sonder pour maracher quelque secret : il nan sortira auqun de mou cœur. Faite moy périr quand vous voudrez. » — Son affaire fut bientôt faite et de suitte nous expédiâme les brigans et les chefs que nous tenions dans l'église. Nous en eume pour deux jours. Nous somme sorti de la pour faire une sortie dans la Vandée don nous ne sommes pas encore quitte. Il y a huit jour, en ramassan le blés dans la campagne, un volontaire voit une poulie. Il lui prand envie de courir après. Cette misérable poulie entre dans un sellier se cacher sous un pressoir. Le volontaire qui navoit rien pour souper, ne voulait pas revenir sans lavoir attrappée et en lassant trouve un homme.

Il obliô la poulie, praod son homme par une gembe et le tréne jasqua la porte en lui disant : « Tu est cause que ma poulie est echapée, tu vas la peyer de ta vie. » Ce brigand, a longue barbe et aussi sec qun morceau de bois, lui répartit : u Ne me tuç pas, je suis Gatilinière. » Pour lors il rejoint le détachement avec son homme qu'il faisoit marcher à coup de pieds, et nous dit : « Je vien de prandre Gatilinière. » Nous avons voulu le couper par morceau; le commaudant nous en a empêché disant qu'il falait le conduire a Nantes ausitot. On la embarqué avec six grenadier. On la conduit a Nante, ou on la bien connu pour Gatilinière. Il a étté guillottiné le landemain. Il ne nous reste plus que Gharette avec 400 hommes, et nous en prenons tous les jours 30 ou 40. Je puis vous assurer que dans peu la guerre de la Vandée sera flnie^ Encore deux décade et nous serons tranquilles.

Je vous demande, mon cher oncle de mécrire ycy à Painbœuf. Tous les jours nous y venons. Nos lettres y sont sure. Donnez moy, je vous prie, de toute la famille, ca,T il y a bien longtemps que j'en ais eu. Je prie dassurer mes respects a maman, mon oncle Dominique et ma tante. Mes amitiez a mes frères, soeurs, cousins et cousines.

Je suis avec un profon respect

Mon cher oncle Votre très somis neveu que les biigans nont pu tuer.

Signé : Augoste Dalicel, brigadier au 3™« bataillon de Lot et Garonne a Painbœuf, dép* de la Loire Inférieure.

Fontenay-le-Peuple, ce 17 ventôse l'an 2 de la Réjpublique une et indivisible.

Cher Papa, hier soir, ma femme a reçu ta lettre, tu n'avois sûrement pas encore reçu la miene du 13, par laquelle je t'annonçois que Ghantonai de voit être brûlé. Il la été efifectivement et le poste de St-Herman abandonné le même jour. Lapiere qui avoit été prendre le commendement des troupes qui etoint a La Ghataigneraye écrivit qu'il' se formoit des rassemblements a St-Memies et qu'il devoit être attaqué le 15. ËfTectivement, il le fut le jour indiqué a 11 heures. Les bri-

gands recurent le prix du a leurs témérité, et furent battu et mis en déroute. Ils auroint été extermiué. si 300 hommes nayoint abandonné quelques braves qui battirent cette horde de celerats. Parmi ceux de la réquisition qui ont tenu bou, on compte deux compagnies de jeunes gens de notre district qui se sont battus en héros. He bien, après cette victoire nous devions être un peu dans la sécurité. Nous y etion aussy, mais le destin fatal qui nous suit dans celte funeste guerre, ne nous a pas abandonné. Apres cette victoire nos troupes manquent de munitions ; le commandant écrit icy pour en avoir : on lui envoyé tout ce qui reste icy. Enfin y en avoit il fort peu. Les 12 hussards qui portoint les cartouches, a moitié chemin rencontrèrent la troupe qui se replioit sur Fontenay. Tu scaura appretier notre position. Hé bien, plus le péril est grand, plus le courage des vrais republiquains eit énergique. On forma la resolution de senevlir sous les murs de notre cité plustot que lâcher pied devant ces f. gens.

Hier matin on battit la générale; on distribua quelques armes que le commandant de la place avoit enlevé aux jeunes citoyens de la i^ réquisition que l'agent secondaire du pouvoir executif a fait partir dans la crainte d'une invasion ; il en est parti le 14 de 3 a 4000. Les habitant rassemblés et le peu de troupes qu'il y ayoil on les fit sortir la velle. On choisit des portions pour se battre en cas d'attacque. Vinet se mit dans la cavalerie. Une patrouille d'hussard fut envoiêe hier à La Ghataigneraye. Les brigands >ny avoint pas encore été. Ils furent dans quelques communes voisines et retournèrent par Vouvant. Les habitant de cette commune et quelquautres sont venus demander que Ion reprenne le poste de La Ghataigneraye. Tous veulent marcher et terminer cette guerre. Par malheur on les a desarmés, c'est un malheur, car il ny a que les patriotes qui l'ont été. Hier soir Bard et Guilleaume sont venu icy et ont assisté a la Société populaire. Ges braves généraux, nous pouvons le dire (car ils le sont), sont décidé a tout faire pour sauver notre pay ; ils ont arretté que le poste de La Ghataigneraye seroit repris et celui de St-Herman qui est occupé depuis deux jours, renforcé. Ge matin le tambour fait rassembler les républicains et leurs départ va seffectuer. Malgré le dénuement de troupes ou nous sommes» rassuré toy cher Papa sur notre sort. Notre courage et notre fermeté nous promet la victoire. Les communes voisines.

aussitôt qu'elles ont appris notre position, ont été inquiètes. Celle de Veluire est venu nous demander, si nous avions besoin de leurs bras; tous veulent venir nous deffendre, et tiendront paroUe; il scavent appretier notre position, ils scavent que leurs sort tient au notre. Le 4/4 des meubles de Fontenay est parti, ainsy qu'une partie des femmes. Ta fille Yinet est partie le 15 pour Maillié avec sa famille; elle y a loué une maison. Ma pauvre Rozete est restée, ella bien eu de la peine. Elle a emballé toute ma marchandise et la fait partir pour Villeneuve. La sécurité ou je suis ma déterminé à la guarder auprès de moy et elle ne partira qu'en cas dattacque., mais nous ne le seron pas. Nous vous ambrasson tous de tout notre cœur.

Signé : Ranon aine.

La troupe part,, il est 10 heures.

Fontenay -ie-PeupIe le 21 ventôse de l'an 2o de la Républiqî^e française une et indivisible.

J'ai reçu ta chère lettre, tendre et bon père. Je l'ai lu ave<5 tout l'attendrissement que m'inspire le just retour de l'amitié que tu a pour moy, et dont tu ne cesse de me donner des preuves. J'y répondrai, tu dois le compter. Je ne peux rétourner avec ton exprès, parce que Loiseau l'apoticaire vient de me prévenir de l'arrivée de Benoist. Il doit être chez moi de ce matin. On s'occupe de me chercher des chevaux pour par-^ tir démain. Sois assuré, bon papa, que j'irai te joindre aus^ sitôt son départ. — Tout est tranquille ici maintenant. On renforce ce soir le poste de la Ghateigneraye de cent hommes d'infanterie et de quinze hommes de cavalerie. Les brigands y furent frottés d'importance hier. Ils vinrent jusqu'à la Tardiere, et se mirent en deroutte a l'apparition de republiquains. C'etoit une ruse pour entraîner nos braves frerés dans leur piège, parce que a quelques distance de la ils avoient un renfort pour nous mettre en deroutte a leur tour, mais le gênerai eut la précaution de ne pas s'engager a les suivre sans avoir des tirailleurs en avant pour éclairer le pays. En effet, il envoya cent hommes, et la cavalerie: les chargea d'une rude manière. Ils laissèrent bien vitte sabots, fourches, bâtons et quelques fusils (ils sont, il y a apareace,

fort mal armés). On les suivit jusqu'à St-Pierre du Chemin. Us ont perdu 30 h. Nous avons eu deux blessés. — Tant que ce poste tiendra, Fontenay est a couvert. Il y a 1 600 h. a St- Herman. — Le pays est tranquille. Tant qu'a présent il faut espérer qu'il tiendra bon si on luy faisait quelques secours en troupes et surtout a notre malheureuse cité il y en a très peu outre les habitants pour la défendre. Ces infortunés ne désirent rien moins que de se battre, lorsque l'occasion s'en présentera. Ils l'ont toujours fait quoi qu'en disent les calomniateurs. Tu sç^is le raport fidèle que je t'en ai fait. A l'affaire du 16 may, j'ai été témoin de leur valeur. Le feu de fille nouri qu'ils firent sur la horde brigande l'empêcha d'avancer. Certes, le succès de cette colonne n'a dépendu que de ieure bravoure. Tu sçais aussi que les brigands avoient trois pièces de canon qu'on leur prit; nous n'en avions point; nous étions aussi sans gênerai et aide de camp. Percebois prit le commandement et je lui servis d'adjoint. J'étoi s alors avec ma compagnie de mon canton. Ils ont été plus malheureux le 25. J'étois alors à St-Herman incorporé dans le bataillon de l'Union. Notre bat. reçut l'ordre de venir au secours de Fontenay a trois heures du matin, et a quatre heures prêt a partir, on nous donna contre-ordre. La marche qu'on a tenu m'a toujours donne fà croire que Beaufranchet étoit un traître.

Sa trahison ne rejaillit que trop sur des victimes dont 42 furent sacrifiées a cette terrible journée, et le reste éprouve les traitements les plus durs. Je ne prétends pas les disculper tous car il pouvoit y en avoir de très coupables, mais ils les ont suivis on ne peut que le présumer, et les citoyens purgés des aristocrates sont décidés a périr en combattant plutôt que de lâcher pied. Au reste un vrai républicain n'a d'autre parti a prendre et d'autres impressions que la liberté ou la mort. - Que j'éprouve de peine, bon papa, d'être forcé a l'inaction, tandis que mes frères versent leur sang pour la Republique. J'ai tout espoir de me mezurer encorre ; le mouvement de ma cuisse devient plus libre de jour en jour. Je compte sur les bains, le régime, les purgations Irequentes. Vive la République, ça va. Ton fils en état de réjoindre son poste a l'armée ! Vive la République ! Ça ira I Je te l'ai dit, je te le confirme encorre : je n'ai d'autre devise que celle de vaincre ou mourir.

Adieu, cher bon père, embrasse pour moi ma tendre meroi

Lamoriaiere et sa famille, dis mille choses amicales aux nouveaux époux, a nos parents et amis. Sois persuadé, cher bon papa, des sentiments de la plus respectueuse amitié de ton j fils très soumis.

I' Signe : D^ Robert.

\ Capt.

Mon compagnon vous embrasse tous et se plait fort a notre

I résidence. J'ay fait compter ce soir a la citoyenne Magniel

: Jes 2500 francs que son mari t'a donnés pour moy.

(Au dos delà lettre :) Ne faites point de recherches des An-

I guïlles ; elles sont encorre icy.

I Suscription : Au Républicain

I * Daniel Robert père. Grande

Rue St-Nicolas, N° 64

à La Rochelle.

Page 1