‹ Une mission en Vendée 1793 [i.e. dix-sept cent quatre-vingt-treize]Chapitre 20 sur 27 · ENTRÉE DES VENDÉENS A DOL · texte numérisé non relu

ENTRÉE DES VENDÉENS A DOL

Les officiers municipaux et notables de Dol assemblés pour répondre a la réquisition du citoyen Julien, commissaire du Comité de Salut public de la Convantion nationalle portant de lui donner tous les renseignements et avis nécessaires sur rentrée et la sortie des brigands en cette ville de Dol, les excès auxquels ils se sont portés, les atrocités qu'ils ont pu y comettre et Tétat de la ville en ce moment, ils répondent que Tavant-garde à cheval des brigands composée d'à peu près vingt hommes, arrivèrent le septième jour de la seconde décade du second mois de l'an second de l'ère française environ deux heures de l'après-midi. Cet avant garde abattit les deux arbres de la liberté à leur arrivée et volèrent les portefeuilles de plusieurs citoyens entr'autres tout ce que le citoyen Roquet enregistrateur national à Dol pouvoit avoir chez lui.

La grande armée suivit de près cet avant-garde, arriva viron quatre heures du même jour et défila continuellement

sans ordre, mais très serrés jusqu'à dix heures du soir. Il en arriva successivement le reste de la nuit le vendredi et le samedi. Cette armée peut être composée de cent à cent vingt mille hommes, à soixante à soixante-dix pièces de canon, deux de douze, trois de huit, le surplus de quatre ; le tout en fonte, et plus de caissons qu'il ne leur en faut.

La seconde armée composée de viron quarente à cinquante mille homme arriva dimanche dernier jour de seconde décade, comença a défiler depuis le matin. Il ne finit que le lundi au soir. Cette seconde armée est composée de cavaliers, canons, infanterie, hommes âgés, femmes et enfants.

La plus grande partie de cette armée de brigands est armée de fusils, pistolets, sabres, piques et faux. Il paroit qu'elle ne manque pas de munitions de guerre. Il y a beaucoup d'Allemands, Anglois, Prussiens, etc. qui disent avoir été faits prisonniers de guerre et s'être rendus parmi eux. Ils ne manquent pas de généraux. Stofflet, le premier qui les ait comandés, paroît avoir le plus leur confiance. A leur suite sont des comissaires chargés de s'emparer des caisses publiques; beaucoup de nobles, tant vieillards, femmes et enfants, suivent cette armée ainsi qu'environ quatre mille femmes avec leurs enfants. Il peut y avoir a peu près deux cents prêtres non assermantés- et surtout Guiîlot de Folleville de St-Malo, ci-devant curé de Dol et actuellement se disant éveque d'Agra et ayant des pouvoirs du pape en la province de Bordeaux.

Cette sainte armée vit à la grâce de Dieu, prend tout ce qu'elle croit lui être bon, après avoir volé des portefeuilles, des montres, pris les armes (les citoyens, brûlés les habits nationaux qu'ils ont pu trouver. Elle a pillé toutes les maisons sans distinction, pris le froment, le bled noir, l'avoine, le foin, le cidre, vin et eau de vie, tant dans les villes que dans les campagnes. Ils se sont étendus jusqu'à St-Benoit, Tressé, Meillac et autres paroisses éloignées de près de quatre lieux de cette ville. Ils ont enlevé toutes les chemises qu'ils ont pu trouver et même d'autres linges et beaucoup d'habits. Les comandants ont requis les ouvriers de travailler, ont obligés les marchands de vendre, les ont payés en billets dits royaux qu'ils fabriquent et en ont peut-être distribué pour plus de quarente mille livres. Les dix sommes

de farines destinées aax prestres du Grand-Mont ont été cuittes pour la troupe. Ils ont enfoncé des magasins de vin, bled et avoine; la maison comune, le district et generallement toute la maison du cidevant eveché a été dévastée et tout en a été enlevé et cassé. Différantes maisons de particuliers ont été dévastées et dans quelquunes il ne reste plus ûffio. Lftcl^gé de cette armée a officié et en partant a enlevé fouts les vases iwm é a eii«a omements de Téglise.

Le citoyen Roquet enregistrafenr à Dol a été forcé de leur compter la somme de seize cent cinquante trots livres. Ils lui ont pris sa montre d'or. Il ne peut savoir ce qui peut lui avoir été enlevé parce que tout a été fouillé chez lui.

Le citoyen Lefort, receveur des revenus du collège de Dol, a été également forcé de leur compter la somme de quinze cent cinquante livres dont il a un reçu des comisaires de cette armée.

Il est d'autres excès ou cette armée s'est portée qu'on ne peut détailler maintenant, dont on vat prendre des renseignements. Les officiers municipaux et notables que les circonstances critiques ou cette ville se trouve a requis le citoyen Didieu, porteur du réquisitoire auquel on repond, de rester en cette ville pour pouvoir aider la municipalité en ses opérations, prient le citoyen Julien de laisser cette brigade en cette ville et même d'y joindre un bataillon pour faire évacuer les campagnes voisines qui sont remplies de ces brigands. Les municipalités voisines demandent des secours et il est urgent de leur en procurer ainsi qu'à cette ville. Il peut y avoir des brigands qui, ne pouvant se soustraire au juste châtiment qu'ils méritent, pouvoient dans leur desespoir mètre le feu.

Fait à Dol, ce vingt troisième jour du second mois de la seconde année de la République françoise une et indivisible.

Signé : Lefort, Lemonnier, Duclos, M.-J. Delouche, Pierre Lauchare, Jouquau.

Observant qu'on n'a pu faire de copie du présent étant très pressé en ce moment. Les campagnes amènent des prisonniers.

Signé : Lefort.

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