INTERROGATOIRES DE PRISONNIERS
INTERROGATOIRE DU 23® BRUMAIRE DE l'an II" DE LA RÉPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE
A été conduit à la commission executive le nommé Pierre Grimaud, de la paroisse de St-Pierre-de-Cholet, domestique d'Evran Meteiller, demeurant même paroisse dans une ferme d'un s' Rangot.
Interrogé s'il n'a jamais navigué, répond que non, qu'il n'a jamais quitté son pays pour s'embarquer.
Interrogé s'il a pris parti volontairement dans l'armée des rebelles, répond que les brigands ont demeuré 3 mois dans son pays avant qu'il eut pris parti avec eux; que ces brigands divisoient les paroisses par brigade, que lors de cette division les brigands faisaient sonner les cloches et forçaient l'habitant des campagnes de se réunir à leur armée; qu'avant cette époque l'habitant était maître de prendre part ou de rester chez lui tranquille.
Interrogé si quelqu'un de ses parents avaient suivi l'armée des rebelles, répond que son père a suivi l'armée des rebelles jusqu'à Laval, où il est resté, et que son frère, femme et enfants sont à l'armée et qu'ils ont été forcés les uns et les autres de les suivre sous peine d'être punis de mort.
Interrogé qui sont ceux qui l'ont engagé de prendre parti dans l'armée des rebelles, répond que Stofflet, Douisson, le prince Talmon et Marigny ont forcé les habitants des campagnes; que les prêtres mêmes leur disaient de s'enrôler pour combattre tant pour le rétablissement de la royauté que pour la religion ; que partie de ces prêtres étaient membres du conseil jiour désigner et travaillera l'enrôlement des habitants des campagnes, et que d'autres prêtres tant aux prônes de leurs messes qu'aux portes des églises les portaient à cet enrôlement ou les menaçaient de punition, et les faisaient crier : « Vive le Roi! »
Interrogé si les rebelles passant dans les différentes villes de Laval, de Fougères, etc., n'ont pas forcé les habitants des
villes ou des campagnes à les suivre, répond qu'il n-a pas connaissance que les rebelles aient forcé les habitants des villes ou des campagnes à les suivre, mais que les chefs faisaient battre la caisse pour que les habitants se fussent réunis à leur corps d'armée et qu'il s'en est réuni plusieurs dans ces différentes villes et campagnes.
Interrogé si les rebelles, surtout des parties campagnes étaient engagés à livrer leurs chefs et les prêtres, moyennant pardon, ils les livreraient, répond que moitié et plus de l'armée des rebelles abandonneraient, livreraient les prêtres et chefs y étant, s'ils étaient sûrs de leur pardon, qu'il a même connaissance que beaucoup de ses camarades ont dit différentes fois qu'on les livrait à la boucherie et qu'ils désiraient trouver le moyen de s'échapper sans crainte.
Interrogé s'il connaît Larochejaquelin, qui commandait l'armée des rebelles à Fougères, répond qu'il le connaît, que réellement il y commandait.
Interrogé si dans l'armée des rebelles il n'y a pas des drapeaux et guidons blancs, répond que le fait est vrai, que cependant quelques-uns de ces drapeaux ont des figures qu'il n'a pas pu distinguer.
Interrogé quel est le chef qui a le plus de confiance de l'armée, répond qu'il paraît que c'était Stofflet, puisque le drapeau l'accompagnait et que la majeure partie de l'armée le suivait.
Interrogé si les soldats de cette armée étaient payés, s'ils ont de l'argent et qui leur en donne, répond qu'ils n'avaient aucune paye et qu'ils avaient apporté de chez eux l'argent qu'ils avaient ; qu'un commis allsdt en avant de l'armée ordonner aux habitants des villes et campagnes de préparer des vivres pour les recevoir, mais qu'ils n'emportaient aucun blé ni farines avec eux et qu'il leur est défendu de piller sous peine de punition, même qu'à Dol il y a eu trois de punis de mort.
Interrogé s'il y a beaucoup de femmes et d'enfants à l'armée, répond qu'il y a autant de femmes et d'enfants à l'armée que de soldats, et que l'on fait suivre les femmes pour engager les hommes et les garçons à suivre, qui sans celte raison ne l'eussent pas fait.
Interrogé s'il y a beaucoup de gens de campagne dans l'armée, répond qu'il y en la moitié ou plus.
Interrogé s'il a connaissance d'un grenadier de Saint-lffalo qu'ils ont pris, répond qu'ils l'ont emmené avec eux.
Interrogé si pendant le séjour des rebelles à Dol, il y a eu beaucoup d'hommes et femmes à entendre la messe des prêtres qui font partie de l'armée, répond qu'il y avait beau coup d'hommes et femmes à entendre la messe de ces prêtres.
Interrogé à quelle fin était la bannière que les rebelles ont fait faire à Dol, répond qu'elle portait injonction aux habitants d'aller parler à l'état-major.
Interrogé s'il sait sur quelle ville les rebelles comptaient se porter en allant à Dol, répond qu'il circulait dans l'armée que leur intention était de se porter sur Sain t-Malo ou Rennes, et qu'il était mention de ce projet dès Fougères.
Interrogé s'il a connaissance qu'il existait dans l'armée des Anglais en petite ou grande quantité, répond qu'il n'en existe pas, à moins que c'est ceux qui se disent Allemands et Suisses.
Interrogé si ces Allemands ou Suisses avaient quelques uniformes particuliers, répond que non, que leur costume le plus commun était bleu, mais qu'ils étaient néanmoins bien mieux vêtus que les autres.
Interrogé s'il a servi à Noirmoutier, répond que non, qu'il ne connaît pas même ce local.
Interrogé s'il était parvenu à sa connaissance que l'Anglais eût voulu débarquer des troupes ou envoyer des bateaux pour recevoir celles des brigands, répond que non, mais que cependant le bruit commun dans leurs armées étaient que les Anglais s'étaient déjà rendus maîtres de différents lieux et que Saint-Malo était au pouvoir de l'armée de Charette.
Interrogé s'ils songeaient à se faire un quartier d'hiver dans quelqu'une de nos cités, répond qu'il n'en a pas entendu parler.
Interrogé s'il y avait eu de la mésintelligence dans l'armée catholique à Laval, répond que oui, parce que les soldats refusaient de se porter sur Rennes, et demandaient à retourner dans leurs foyers.
Interrogé si à cette occasion on avait délivré des congés soit dans le moment soit après, répond que non.