INTERROGATOIRE
Le vingt-quatrième jour du deuxième mois de l'an deux de la République française une et indivisible, environ les
neuf heures et demie du soir a été amené devant nous, membres composant la commission, le nommé Philippe Thoreau ci-devant noble demeurant à Saumur, lequel nou§ a déclaré ce qui suit :
Interrogé s'il y a longtemps qu'il est dans l'armée des rebelles, a répondu n'en avoir jamais fait partie, ce qu'il oflfre de prouver.
Interrogé pourquoi il s'est trouvé à Dol au nombre de ceux qui ont été arrêtés, a répondu que son intention était d'y demeurer, qu'il y avait loué une chambre garnie et fait des provisions.
Interrogé s'il est venu volontairement à la suite de l'armée, répond que oui ; que son intention était de fuir et de se mettre à l'abri, ainsi que son épouse, son fils et sa belle-sœur.
Interrogé s'il a des connaissances sur les projets de l'armée et s'il en connaît les chefs, a répondu n'avoir aucune connaissance sur cet objet, qu'il connaît pour chefs les nommés cidevant prince de Talmon, Larochejacquelin, Dautichamp et Stoflet.
Interrogé s'il a précédemment [émigré, répond que non.
Interrogé s'il a des parents dans l'armée des rebelles, répond que non.
Interrogé s'il connaît la force de l'armée, réponc? qu'il estime le nombre des gens en état de se battre de trente-cinq à quarante mille hommes.
Interrogé s'il connaît les autres personnes conduites avec lui, répond qu'il ne les connaît pas.
Interrogé s'il était à Saumur et ce qu'il y faisait lorsque l'armée des brigands y est entrée, a répondu que oui, qu'étant armé il se retira avec la garnison et une partie des habitants dans le château, que le lendemain le château fut reudu, les habitants renvoyés chez eux, la garnison faite prisonnière de guerre, et ensuite envoyée sur passeport.
Interrogé pourquoi il a quitté Saumur et pourquoi en le quittant il ne s'est pas retiré' sur le territoire de la République non occupé par les brigands, répond que lui ayant été proposé d'entrer dans le conseil provisoire établi par l'armée des brigands et craignant l'effet des lettres de jussion délivrées contre ceux qui refusaient, il se retira avec sa femme, sa belle-sœur et son fils, avec ses effets les plus précieux montant à près de cent mille livret, à la Tourlanderie chez sa
belle-sœur, où il resta cinq jours et retourna à Cholet, et qu'il a inutilement sollicité des passeports pour rentrer sur le territoire de la République.
Interrogé en quoi consistait la somme d'environ cent mille livres qu'il déclare avoir emportée de Saumur, répond que cette somme consistait en environ soixante-quinze mille livres en billets sur des particuliers de Saumur, le surplus en assignats, bijoux et diamants et dentelles.
Interrogé s'il est porteur de tous les effets ci-dessus annoncés, répond que le tout lui a été ôté hier au soir dans la maison d'arrêt de Dol par le brigadier de la gendarmerie.
Ouverture faite d'un portefeuille de soie cramoisie que l'interrogé a déclaré ne pas être le sien, s'y est trouvé en différents billets souscrits à son profit, et un contrat de huit mille livres au profit de son beau-père, la somme de soixantequinze mille six cent quarante trois livres dix sols. S'est pareillement trouvé dans le même portefeuille, un assignat de livres no 613, signé Daunissan et sur l'une des bordures écrit : « armée catholique », et cent billets de quinze sols de la commune d'Angers avec trois cœurs enflammés, peints sur toile, et différents autres papiers, tout quoi ledit interrogé a dit ne pas lui appartenir et ne savoir à qui ils sont. Lesquels objets ont été renfermés dans le même portefeuille, ainsi que des titres, l'extrait de baptême de sa belle-sœur, et un contrat de trois cents livres de rente viagère consenti à son profit, le tout scellé du cachet de la commission.
A comparu Magdeleine Victoire Vanmine, épouse de Philippe Thoreau, originaire de Saumur.
Interrogée si son mari a été employé dans l'armée des rebelles, répond que non, que quelques jours après qu'ils se lurent rendus maîtres de cette ville, y ayant étsili un conseil provisoire, le mari de l'interrogée auquel on avait voulu y placer, quitta Saumur dans la crainte d'y être forcé. Il se rendit chez sa belle-sœur à La Giraudière, maison de campagne distante de Saumur d'environ neuf lieues, où ils restèrent cinq jours et de là se rendirent à Vesins y solliciter un passeport pour retourner à Saumur, ce qu'ils ne purent obtenir et ce qui les détermina, après dix-sept jours de résidence, à se rendre à Cholet, alors occupé par l'armée des brigands pour solliciter encore un passeport afln de se rendre
à Saumur, ce qu'ils ne purent obtenir pendant deux mois et demi qu'ils y ont demeuré.
Interrogée si lors du départ de Tarmée dite catholique de la ville de Gholet , son mari et sa famille ont suivi cette armée, répond que oui, dans la crainte d'être fusillés par l'armée patriote et n'ayant d'ailleurs aucune ressource pour y subsister, le pays ayant été dévasté par les incendies.
Interrogée pourquoi elle et sa famille ont constamment suivi l'armée, répond qu'elle et sa famille ne l'ont suivie que parce qu'ils ne trouvaient aucune municipalité sur les routes à pouvoir faire relever leur déclaration d'abandonner cette armée et de fixer leur résidence dans un lieu sous la domination de la république.
Interrogée si elle a connaissance des projets de l'armée des rebelles et sur quel point ils comptoient diriger leur marche, répond qu'elle n'en a aucune connaissance.
Représenté à l'interrogée un bon de cinq livres signé Douissan, portant intérêt à quatre et demi pour cent sur l'une des bordures duquel est écrit : « Armée catholique et royale >/ une tablette en toile sur laquelle sont peints trois cœurs enflammés. Interpellée de déclarer si ces objets lui appartiennent, répond que non. Représente pareillement un portefeuille en soie cramoisie dans lequel se sont trouvés les objets ci-dessus désignés; interpellée de déclarer s'il lui appartient ou à son mari, répond que non, mais qu'elle croit qu'il est à sa sœur.
Interrogée si elle sait en quoi consiste les forces de l'armée des rebelles, répond avoir entendu dire à son mari qu'il y avait de 36 à 40 mille hommes, dont environ six mille armés de piques et les autres de fusils; qu'il y a des troupes qu'elle présume allemandes et dont elle ne connaît pas la langue; et qu'elle ne connaît pas la cavalerie.
Interrogée si elle sait les noms des chefs de cette armée, repond qu'elle a entendu nommer le ci-devant prince deTalmont, Donissaii, Marigni, Larochejaquelin, Slouflet et avoir entendu dire que ce dernier avait été garde-chasse à la terre de Maulevrier, Daulichamp.
A comparu Jeanne Scolaslique Vaumin, originaire de Saumur, ci-devant religieuse de Fontevrault.
A déclaré que lors de sa sortie de la communauté, elle se rendit à Montreuil, où elle i^ésida quelque temps avec d'au-
ires religieuses; de là elle se rendit à Saumur chez son beaufrère Thoreau, d'où ils partirent pour se rendre à La Giraudière chez une belle-sœur de celui-ci, parce que les chefs de Tarmée catholique qui occupait alors Saumur voulaient le forcer de prendre une place dans le conseil provfsoire, ce qu'il n'avait pas voulu accepter. De là ils se rendirent à Vesin et à Cholet pour obtenir des passeports afin de se rendre à Saumur et qu'ils ne purent en obtenir; qu'ils ont suivi l'armée jusqu'à Dol, où ils comptaient se fixer, et avaient en conséquence fait des approvisionnements; qu'elle a entendu dire que les généraux de cette armée se nommaient Talmont, Dautichamp, Larochejaquelin, Stoflet, Donissau. — Représenté à l'interrogée le portefeuille ci-dessus mentionné, l'a reconnu pour lui appartenir, ainsi que les trois cœurs peints sur toile, et à l'égard du bon de cinq livres a déclaré qu'il ne lui appartient pas.
A comparu Philippe Auguste Thoreau, âgé neuf ans six mois, fils de Philippe Toreau. A déclaré qu'il est parti de Saumur avec son père lorsque les brigands s'en emparèrent et que son père quitta cette ville parce qu'ils voulaient lui faire prendre une place dans le comité établi par leurs chefs, que son père ne leur a point parlé depuis qu'ils sont à la suite de cette armée; qu'ils ont toujours suivi de loin; qu'à Vesin il avait demandé un passeport qui lui fut refusé sous prétexte qu'il était patriote et qu'il irait augmenter leur armée; qu'en suivant l'armée des brigands jusqu'à Dol, il comptait y demeurer jusqu'à ce que la municipalité fut rétablie et ensuite prendre un passeport pour retourner à Saumur. A déclaré qu'il connaît par leurs noms les chefs de cette armée pour les avoir vu passer et qu'ils se momment Talmont, Dautichamp, Stophlet, Florian, Biron, Larochejaquelin.
A comparu François Texier de la commune de Sellières près Angers, jardinier, domestique de Genouillac ex-chartreux. Interrogé depuis quand lui et sont maître sont dans l'armée des rebelles, répond qu'étant dans une ferme du Poitou, l'armée y ayant passé, ils l'ont suivie pour se sauver de l'armée des patriotes ; que son maître avait été relâché par l'armée catholique de la maison de détention, où il avait été mis à Angers; qu'il a compté vingt-cinq pièces de canon à Fougères sans parler de ceux de l'avant-garde ; qu'il ignore les projets de l'ennemi ; qu'il n'a pas de connaissance certaine
du nombre d'hommes qui composent c^tle armée tant infanterie que cavalerie.
A comparu René Adam, originaire de Saint-Ouen des Toits dans le Maine, âgé de 24 ans, boulanger de Tarmée des brigands, dans laquelle il a entré à Laval à la sollicitation de M. Chambrai de Laval, se disant général ; qu'il avait quitté cette armée à Fougères pour se rendre dans la paroisse de la Bpussac chez ses parents où il a été arrêté par un gendarme; que,. quand cette armée quitta Fougère, on y disait qu'elle allait venir vers Saint-Malo ; qu'il l'a croit composée d'environ trente mille hommes en état de porter les armes, que le surplus sont des femmes, des enfants, des infirmes et des vieillards; qu'on lui a dit qu'on donnait dans cette armée trois livres par jour; qu'ils ont environ trente canons de bronze dont deux de douze.