INTERROGATOIRE
Du 25® brumaire l'an second de l'ère française, à la commission executive établie à Saînt-Malo. S'est présenté le citoyen Marc Lauguy, âgé de 18 ans, originaire de Saint-Servan, tisserand de profession, et demeurant chez son père audit Saint-Servan.
Interrogé s'il n'a point servi la République en qualité de volontaire,
Répond qu'il a servi dans le 4® bataillon de Seine-et-Marne pendant 5 mois, qu'au bout de ce temps, en se repliant avec un détachement de son bataillon sur Saint-Georges, il a été pris par les rebelles de la Vendée.
Interrogé s'il y a longtemps qu'il était prisonnier des rebelles et depuis quelle époque il s'est échappé de leurs mains.
Répond qu'il a été prisonnier pendant un mois, qu'ils l'ont tondu, qu'ils ont brûlé son habit uniforme, qu'ils l'ont pillé et qu'il s'est évadé à Dol lundi dernier.
Interrogé pourquoi il n'a pas fui cette armée plus tôt que lundi dernier.
Répond qu'il n'en a pas trouvé les moyens.
Interrogé s'il sait où est actuellement son bataillon.
Répond qu'il l'ignore et que, s'il savait où il est, il le rejoindrait de suite.
Interrogé s'il n'a pas été sollicité de rester en Tarmée des rebelles, et à quelles conditions,
Répond qu'il a été sollicité de rester avec les rebelles, sous promesse de récompense après la guerre.
Interrogé s'il n'a point porté les armes pendant le temps qu'il était avec eux.
Répond qu'ils l'ont forcé de porter une pique à la lôte de la colonne.
Interrogé si les rebelles manquent de fusils puisqu'on porte des piques à leur armée,
Répond que tous les prisonniers qu'ils font, ils les armes de piques et de fourches, faute de fusils, et que le nombre de ces arme monte environ à trois mille dans cette armée.
Interrogé de quel nombre est composé cette armée.
Répond qu'il croit que le nombre d'hommes dans le cas de porter les armes et de faire le coup de feu, se monte à cinquante mille hommes ou environ, dont la majeure partie est armée de fusils de chasse, dont trois mille de cavalerie, suivant les rapports qui lui ont été faits.
Interrogé à combien monte en cette armée le nombre des femmes, enfants et prêtres.
Répond que le nombre des femmes et enfants peut se monter à huit cents et les prêtres aux environs de trois cents, du nombre desquels est Guyot, ancien curé de Dol, actuellement évêque à la suite de l'armée.
Interrogé si cette armée est composée de différentes colonnes et par qui elles sont commandées.
Répond que Tarmée marche en masse dont son chef Marigny et Stoufflet, et en second le ci-devant prince de Talmond, le ci-devant marquis de la Roche-Jacquelin et La Trimouille.
Interrogé si on fournit des vivres et habillements aux soldats de cette armée,
Répond qu'on ne leur fournit ni vivres ni habillements, mais qu'ils pillent, même les généraux à leur exemple.
Interrogé si ces rebelles n'ont point la liste des patriotes des difiFérentes villes qu'ils parcourent,
Répond qull l'ignore, se ressouvenir seulement qu'ils ont pris la liste des habitants de Fougères indistinctement.
Interrogé si cette armée a beaucoup de blessés à sa suite.
Répond qu'il croit qu'il y en a environ trois mille.
Interrogé s'ils fusillent des volontaires de la République,
Répond qu'il n'a connaissance; qu'ils en ont fusillé deux» mais qu'il n'en connaît pas le motif.
Interrogé s'il a entendu dire que cette armée voulait se porter sur Samt-Malo,
Répond qu'ils en avaient envie, mais qu'ils n'osaient s'y présenter que quand Charette pourrait leur aider.
Interrogé si ces rebelles se battent avec courage,
Répond que les chefs sont obligés de battre la grande quantité des soldats pour les faire avancer au combat.
Interrogé s'il y a des canonniers formés en cette armée,
Répond que la majeure partie sont des paysans assez maladroits.
Interrogé si le soldat aime ses chefs et leur obéit,
Répond qu'il les aime sans leur obéir.
Interrogé si la majeure partie des soldats sont contents de mener une vie aussi vagabonde,
Répond que non, et que la majeure partie, surtout ceux du Poitou, ont voulu déserter à Laval, ce qui a pensé causer une révolte.
Interrogé s'il sait pourquoi cette armée s'est portée sur Granville,
Répond que non.
Interrogé comment il a pu s'échapper de l'armée.
Répond qu'il dit qu'il allait boire, et par ce moyen se cacha chez un maréchal dausi un faubourg de Dol, d'où il s'est échappé après avoir été vingt-quatre heures sans manger, qu'il a été faire sa déclaration à une municipalité de Chesrié près Dol, où il a fait sa déclaration, attendu qu'il n'y avait plus d'officiers municipaux à Dol.
Interrogé si les chefs payent leurs dépenses aux auberges,
Répond qu'ils payent en bons sur le trésor royal, la guerre finie.
Interrogé si les rebelles enlèvent des voitures de grains,
Répond qu'ils enlèvent très peu et qu'ils n'ont de charriots que pour porter les femmes et qu'ils volent les voitures de campagne pour porter les blessés.
Sommé de signer .son interrogatoire après lecture, a déclaré ne savoir signer.