‹ Une mission en Vendée 1793 [i.e. dix-sept cent quatre-vingt-treize]Chapitre 6 sur 27 · DISCOURS A LA SOCIÉTÉ POPULAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS A LA SOCIÉTÉ POPULAIRE

Je me rends à la séance du Club dont j'avais hier provoqué la convocation. Car avant mon arrivée il n'y avait que deux séances par semaine, et j'en ai fait délibérer une chaque jour, afin que le bienfait de la lumière que répand la société patriotique soit journalier, comme le bienfait de la lumière du soleil. Je parle aux républicains de Cherbourg de l'état de la ville 'de Caen oti l'air de la liberté souillé par le souffle impur du fédératisme n'est pas encore purifié ; où le Club royaliste des Cai^abots n'est pas encore remplacé par un Club républicain, où le peuple n'a aucun centre de réunion, aucun foyer d'instruction et de patriotisme, où les riches irrités de -leur défaite conservent encore une morgue insolente, et paraissent méditer en silence des conspirations nouvelles, où la contre-révolution semWe n'être point anéantie. Je montre quelle est l'importance de ramener le peuple du Calvados enraciné dans de longues erreurs, et que la force seule a, jusqu'à présent, arraché à l'égarement dont il avait été la proie. Je fais délibérer par la société républicaine de Cherbourg, que, jalouse d'étendre au loin la salutaire influence de ses exemples et de ses principes, elle enverra dçs commissaires à Caen, pour y réveiller l'énergie républicaine, relever les patriotes abattus, rétablir la société populaire, pour offrir une masse imposante aux commerçants, aux muscadins, aux aristocrates et aux riches, et seconder les députés en mission dans le travail important et difficile de Tépurement de l'esprit public. J'allume dans tous les cœurs

le feu d'une indignation généreuse par la nouvelle de l'assassinat de Bayle, immolé dans Toulon. C'est le troisième député montagnard qu'a frappé le fer contrerévolutionnaire* — L'ordonnateur de la marine, Ëustache, dont on m'avait dit presque autant de mal que de Blepchamps et d*Herriez, nominativement dénoncés par moi dans ma lettre au Comité de Salut public de la Convention est destitué dans l'après-midi par le conseil des députés et remplacé par Fourdec, employé dans les bureaux du ministère de la marine. — Je reçois^ la copie d'une lettre adressée par la société du Havre au Comité de Salut public de la Con^ vention qu'elle remercie de m'avoir envoyé dans ses murs. L'estime et l'amitié de ces patriotes est la récompense la plus douce et la preuve la plus certaine du succès de mes efforts pour le bien.

Le 28 Septembre.

Je pars de Cherbourg, et passe à Valognes, dont la société s'est distinguée dans le département de la Manche par son attachement invariable, au milieu même des crises qui ont agité ces contrées, à la République une et indivisible. Je vais le soir à la Société populaire de Coutances, chef-lieu du département de la Manche, j'y trouve un excellent esprit.

Le 29 Septembre.

Je vais de Coutances^ à Granville, où je passe la journée d'après l'invitation que m'en avait faite Garnier. Je prends des renseignements sur l'état de la ville, de Regniet commandant de place, et de Bouley envoyé du Comité de Sâlut public dans la Manche et le

Calvados. Ils sont Tun et Tautre bons et chauds républicains. J'écris le soir à Le Garpentier et Garnier pour leur transmettre* ce que j*ai recueilli. Les autorités constituées et la société populaire ont besoin d'être épurées. Le comité de surveillance est absolument nul; quelques demi-riches, qui sont les gros du pays, dominent même dans le club où il n'y a qu'un petit nombre de sans-culottes. Il y a près du port un excellent faubourg qui est le petit Saint-Antoine de Granville. Là sont des pauvres, de braves gens, riches en patriotisme. Je m'occupe d'y faire placer la Société populaire qui sera alors ce qu'elle doit être, l'assemblée du peuple et non pas la réunion des Messieurs. — Je visite le port, les batteries, les redoutes, les forts, les casernes. Granville est assez fortifié, et a besoin de l'être davantage. Car c'est un point important dont la prise entraînerait l'invasion de presque tout le département de la Manche. La garnison actuelle est de onze cents hommes. — Je vais à la Société populaire où je reproche avec force une démarche coupable faite par elle dans le moment <le la crise du fédéralisme. La société me témoigne le plus touchant repentir et m'invite à être moi-même l'interprète de ses sentiments dans une déclaration solennelle qu'elle désire faire parvenir au Comité de Salut public de la Convention auquel elle a déjà exprimé ses regrets sur une erreur momentanée dont elle est bien revenue. Je rédige sur-le-champ, et la société adopte et couvre de signatures la déclaration suivante : « Les Républicains de Granville réunis en Société populaire,

« Reconnaissant l'erreur momentanée dans laquelle la distance des lieux, l'ignorance des faits et des menées de quelques intrigants, ont pu les entraîner; pénétrés de cette vérité qu'une rétractation franche et

un noble repentir appartiennent à ceux qui ont pu être trompés, mais qui Tont été de bonne foi,

(( Déclarent bau tement qu'ils ré tractent le ur adresse au département de la Manche et la démarche inconsidérée qu'ils ont consentie un instant, et renouvellent le serment sacré d'être invariablement attachés à la République une et indivisible, de s'occuper constamment de l'instruction du peuple, de la propagation des bons principes, de la surveillance des ennemis du peuple. Us se déclarent responsables envers la République française de leur port, de leurs côtes, et promettent de mourir, plutôt que de voir le sol de la Liberté, dont la nature les a rendus gardiens, sur les limites de la France, souillé par un odieux ennemi. — La Convention nationale, les autres sociétés populaires, le peuple français tout entier sont les dépositaires de cette rétractation solennelle et de la promesse des républicains de Granville. »

Le 30 et dernier Septembre.

J'assiste le soir à la séance de la société républicaine de Dol où je fais entendre les mômes principes que je n'ai cessé d'exprimer dans le cours de ma tournée à toutes les Sociétés populaires.

La société de Dol est peu nombreuse et peu révolutionnaire; je l'invite à s'enrichir de beaucoup de sansculottes, afin que, la masse des membres étant plus considérable, ils puissent plus facilement s'électriser et s'élever à la hauteur des circonstances. Les patriotes reçoivent avec plaisir mes avis et s'engagent à ne point les négliger. Ils ont de bonnes intentions, et n'ont besoin que d'être un peu poussés pour bien aller. Ils mé promettent d'envoyer des commissaires pour établir des clubs dans tous les chefs-lieux de canton et dans les principales communes du district.

Le !«' Octobre.

J'écris à Robespierre la lettre suivante :

« J'attends avec impatience, mon bon atni, votre réponse à la lettre que je vous ai écrite et dans laquelle je vous fais quelques demandes générales, que m'a dictées le désir de rendre ma mission plus utile encore.

— Je me félicite que le Comité de Salut public m'ait chargé d'une tournée patriotique qui me fait juger chaque jour, plus que je n'aurais cru le faire, de Texcellence de l'esprit public, pour peu qu'il soit éclairé et électrisé, de l'unanimité des vœux des Français et du triomphe de la République une et indivisible.

« Partout jevois mes discours accueillis avec transport, le patriotisme s'électriser et prendre une nouvelle énergie, le peuple s'élever à sa dignité, les hommes suspects mis en état d'arrestation et les mesures révolutionnaires autorisées par la Convention nationale s'exécuter.

«Les Sociétés populaires se multiplient, les campagnes reçoivent la lumière et se passionnent pour la Révolution, les républicains se pénètrent de l'étendue de leurs devoirs et s*engagent à repousser les ennemis, les Anglais surtout, dont le nom seul est en horreur dans ces contrées, et contre lesquels la trahison qu'ils ont appelée à leur secours, pour se rendre maîtres de Toulon, réveille l'indignation publique. Partout l'engagement est pris devant moi par les patriotes de répondre à la République française du territoire qu'ils occupent et dont l'invasion les livrerait aux plus affreux malheurs.

— J'ai dû rendre compte au Comité de Salut public des principes que j'exprime, et de l'accueil qu'ils reçoivent pour le faire juger si je remplis le but de la mission qu'il m'a confiée, et si le peuple est à la hauteur des cir-

constances, et partout également digne de la République.

« Je dois maintenant donner au Comité une idée succincte de ma tournée depuis le Havre d'où je lui ai fait passer les détails qui concernaient cette ville, jusqu'à Saint-Malo où je suis maintenant. — Ma dernière lettre fait part des dispositions dans lesquelles j'ai trouvé les républicains de Cherbourg, où la présence de vos collègues Le Carpéntier et Garnier a ranimé l'esprit public.

« Les républicains deCherbourg ont pris devant moi le même engagement que ceux du Havre de se reconnaître responsables envers la République de la partie de la frontière qu'ils occupent. Ces engagements solennels que je fais prendre ne sont rien par eux-mêmes, mais ils servent à réveiller l'enthousiasme dans une crise révolutionnaire, et l'enthousiasme dans une crise révolutionnaire est le plus puissant mobile des esprits, le plue sûr garant du succès. Gomme j'avais remarqué k mon passage à Gaen et que j'avais appris des députés Lindet et Oudot que l'esprit public avait grand besoin d'être remonté, j'ai déterminé les sociétés populaires de Cherbourg et de Goutances à envoyer chacune six commissaires dans cette ville pour y rallier les sansculottes, effacer jusqu'aux traces des Buzot et des Barbaroux, relever le peuple et fonder un b.on club populaire qui purge l'enceinte qu'avaient souillée les muscadins et les carabots. J'ai déterminé enfin ces deux sociétés, ainsi que celles de Granville et deDol, à disséminer des patriotes dans les campagnes pour établir de tous côtés des sociétés populaires, car l'égarement de l'esprit public est la première, presque la seule cause de nos maux.

« J'ai cru devoir vous transmettre les motifs qui ont

dirigé ma conduite. — La société de Coutances est composée de vrais Jacobins, et mérite une mention honorable ainsi que celle de Yalognes. A Coutances les corps constitués ont été épurés, comme ils auraient besoin de l'être partout.

« J'ai fait adopter par la société de Granville un scrutin épuratoire pour la purger de certains riches qui la composent et Tenrichir d'un bon nombre de sansculottes.

<( J'y ai demandé une salle qui convenait à la société et par ce moyen elle se trouvera entourée du peuple. Dans la même ville était un commissaire de classes, nommé Mauduit, royaliste connu contre lequel m'ont été faites des dénonciations extrêmement graves qui mériteront sa traduction au tribunal révolutionnaire. Il a dû être arrêté par ordre du Comité de surveillance le soir même de mon départ. Je n'ai [pu m'empêcher de témoigner au commissaire mon étonnement de ce qu'un pareil homme n'était pas encore en état d'arrestation, malgré la loi formelle contre les hommes suspects. Je ne dois pas oublier de rendre hommage au pur sans-culpttisme de Regniet, commandant de la place, et de Bouley, envoyé du Comité du Salut public, que j'ai eu le plaisir d'y voir. A Dol, où je me suis trouvé le soir de mon passage à la séance de la Société populaire, j'ai trouvé un bon esprit que j'ai réchauffé, par la manifestation des principes , énoncés déjà par moi dans les autres clubs où j'ai été, et que j'ai cru, dans cette lettre môme, devoir soumettre au Comité. Ici je vais m'efforcer de faire autant de bien que je crois en avoir fait ailleurs.

« Je vais un instant à la séance particulière de la Société de Saint-Malo qui s'occupe dans ce moment d'un scrutin épuratoire, et après l'avoir félicitée sur cette

opération salutaire, indispensable dans tous les clubs comme dans toutes les autorités constituées après la crise violente d'où nous sortons, j'annonce à la Société que, ne voulantpointinterrompresestravaux, et jaloux de parler en la présence du peuple pour réchauffer l'esprit public et remplir le but dç ma mission, je me rendrai demain à la séance publique pour y parler à tous les patriotes réunis. — Dés commissaires de la Société viennent le soir me communiquer des renseignements utiles. — Des femmes dé volontaires se plaignent à moi de l'inexécution du décret qui leur accorde des secours. Le sang de leurs époux et de leurs fils coule sur la frontière pour la défense de la patrie; et, quand la patrie juste et généreuse a voulu pourvoir à leur subsistance, au mépris de la loi, elles n'ont rien reçu encore, elles meurent de faim et n'ont pas même de quoi nourrir leurs enfants au berceau. — J'en écrirai au ministre de l'intérieur. — Je vois aussi des prisonniers français qui viennent d'être échangés, et qui réclament la liberté de rejoindre leurs pays respectifs. Je ne pourrai que prendre à cet égard des renseignements du comité de surveillance et de la municipalité. »

Le 2 Octobre.

Je fais le matin, avec le commissaire des guerres Gironot,la visite du port, de la forteresse de Saint-Malo et de la citadelle de Saint-Servant. — Ce faubourg, séparé de Saint-Malo par le port, est plus considérable que Saint-Malo lui-même, et on y compte une excellente Société populaire qui jamais n'a dérivé des principes dans les moments de crise où tant d'autres ont été égarées, qui n'a jamais fait scission avec les jacobins, malgré les calomnies répandues contre eux, et qui s'est conservée pure, incorruptible, au milieu de la séduction.

de Terreur et de la corruption générale. Je vais voir les bons sans-culottes qui composent ce club, et je leur exprime les mêmes principes que j'ai fait entendre dans le sein des autres clubs que j'ai parcourus; je leur fais adopter les mêmes mesures qui toutes ont pour objet l'amélioration de Tesprit public, la surveillance des ennemis du peuple et rétablissement de tous côtés de bonnes sociétés populaires. — Le commissaire ordonnateur de la marine, Najac, me remet un mémoire succinct sur l'administration du port de Saint-Malo. — Sur les ressources que ce port offre à la marine de la République. — Sur sa population maritime. — Sur l'avantage de sa position. — Sur les agrandissements et établissements dont il est susceptible. — Je vais le soir à la sé£^nce publique de la société populaire de Saint- Malo que j'avais déjà vue hier en séance particulière, et qui était prévenue de mon arrivée. Il y avait une réunion de citoyens et de citoyennes.

Le 4 Octobre.

Je fais le matin, avec le efapitaine de vaisseau Gornic, commandant d'armes dans le port et le commissaire de guerre Gironot, la visite des forts avancés sur la mer, de l'île Herbou et de la Couchée. Ce dernier, ouvrage de Vauban, construit sur un rocher escarpé au milieu des flots, paraît prendre sa racine dans le sein du rocher lui-même et présente à l'œil étonné le spectacle le plus frappant d'un chef-d'œuvre de l'art, identifié avec la nature. — L'ordonnateur de la marine me remet une notice de ses employés, avec mention honorable de ceux dont le zèle, le patriotisme et la capacité méritent d'être distingués. Je vois le commandant d'artillerie qui s'engage à me donner une notice détaillée de tous les forts, tant de ceux que j'ai parcourus, que de ceux qu'il

. m'a été impossible de voir. — Me trouvant assiégé d'un nombre infini de mères et d'épouses de volontaires qui réclament l'exécution de la loi, j'en écris à la municipalité pour qu'elle s'occupe de procurer à celles dont les besoins sont reconnus les plus pressants, des secours provisoires, à titre d'avance, sur ce qui pourra leur être dû lorsque l'exécution de la loi ne devra plus souffrir aucun retard. La municipalité vient elle-même chez moi pour conférer sur cet objet, et, sur mon invitation, elle arrête que, vu l'extrême besoin de quelques-unes des femmes qui ont des droits à jouir du bienfait de la loi, pour qu'elles aient moins à souffrir des retards que nécessite son exécution, elle indiquera aux riches une souscription volontaire à titre de prêt, dont le produit sera délivré à titre d'avance, en attendant les états ordonnancés du ministre de l'intérieur, à celles des femmes que regarde le décret, qui seront reconnues pour être les plus surchargées d'enfants et de misère. Pour qu'il n'y ait entre elles aucune jalousie et qu'elles ne puissent se plaindre d'aucune injustice dans la répartition des avances, j'invite la municipalité, qui adopte cette proposition, à charger ces femmes de faire elles-mêmes, entre elles, la liste de celles qui ont les besoins les plus pressants. — Le comité de surveillance m'envoie une députation pour me prier de me rendre dans son sein. Il m'apprend qu'à Paramey, village voisin de Saint-Malo, quelques aristocrates et hommes susr pects voulant prévenir l'installation que devait faire dans cet endroit la société de Saint-Malo d'une bonne société populaire, où sans doute ils n'eussent point été admis, se sont empressés de prendre les devants pour se constituer un club soi-disant patriotique, et empêcher rétablissement de celui des bons sans-culottes; ces messieurs clubistes, par un nouveau genre de fan-

taisie, ne sont encore qu'au nombre de dix. Je parle de cet objet en public, à la Société populaire, et je lui fais délibérer qu'eHe enverra, dès après-demain dimanche, des commissaires à Paramey, pour y fonder une bonne société de sans-culottes, bien nombreuse, bien puissante par sa masse populaire, et le petit noyau aristocratique sera bientôt dissous, sans qu'il ait pu même avoir le plaisir de causer aucun trouble. J'invite les patriotes de Saint-Malo à se joindre à ceux de Saint- Servant et se porter en foule à la fête civique de Tinstallation du nouveau club pour lui donner d'avance la force de l'opinion et l'estime du peuple. — Le commissaire de surveillance m'expose qu'il serait très urgent d'intercepter la correspondance des hommes arrêtés comme suspects et qu'il n'ose néanmoins prendre sur lui de décacheter leurs lettres, sans y avoir été formellement autorisé par le Comité de Salut public de la Convention. Je lui propose et lui fais arrêter qu'en attendant cette autorisation, pour ne point usnrper un droit qui ne lui est point attribué, pour ne pas violer le secret des lettres, pour ne pas laisser une liberté dangereuse aux correspondances secrètes, il y aura un commissaire du courrier à l'ouverture des paquets pour empêcher la remise des lettres aux hommes suspects, dresser procèsverbal du nombre de ces lettres, et en attendant qu'on puisse les décacheter, les laisser intactes entre les mains du directeur de la poste qui en demeurera responsable.

Le 6 Octobre.

Je vois à Rennes les députés Carrier et Pochette qui m'apprennent que l'esprit public commence à se relever un peu dans cette ville ci-devant parlementaire. Les liommes suspects y sont arrêtés, les corps constitués et

le club subissent le scrutin épuratoire. L'énergie des sans-culottes se ranime.

Le 7 Octobre.

Je passe à Saint-Brieuc, chef-lieu du département des Côtes-du-Nord,où Taristocratie et le fédéra tisme paraissent encore dominer. Le fanatisme désole les campagnes. Il est urgent dans ces lieux de renouveler les corps administratifs et municipaux, d'épurer la société populaire, de chasser les prêtres.

Le 8 Octobre.

Je passe à Morlaix où je provoque la brûlure du drapeau rouge qui y existait encore, malgré la loi qui abattit ce signe odieux de Tanti-populaire loi martiale.

Le commissaire des guerres^ Marc-Antoine Jullien^ commissaire du Comité de Salut Public de la Convention Nationale^ aux rédacteurs de /'Anti-fédéraliste.

Elle est bien digne, frères et amis, d'excellents républicains, la tâche que vous vous êtes imposée de consacrer vos veilles à l'instruction de vos concitoyens, à la propagation des bons principes, d'offrir un point commun de réunion à toutes les sociétés populaires, qui souvent par la distance des lieux, l'insuffisance de leurs moyens, l'infidélité des postes, ne pourraient correspondre entre elles, et qui, par l'intermédiaire de votre utile journal, pourront désormais s'éclairer et s'électriser mutuellement, se communiquer leurs sentiments, leurs idées, travailler de concert au bien commun, et arriver à cette union, à cet accord parfait qui nous promettent la victoire. Vous avez conçu le noble dessein de faire participer la société populaire à la res-

ponsabiliié glorieuse que tous les patriotes doivent appeler aujourd'hui sur leurs têtes par le serment solennel et sacré de sauver la patrie. Vous avez voulu, par le récit des traits héroïques, et souvent ignorés, de nos marins, de nos soldats, de nos concitoyens, allumer entre eux une émulation généreuse^ et les faire tous à Tenvi concourir au triomphe de la liberté. Heureux d'être associé à cette patriote entreprise, je vois, dans le succès de nos efforts, leur plus douce récompense. — Je vais vous transmettre aujourd'hui les détails d'une de ces fêtes touchantes où les élans du patriotisme, se développant avec énergie, annoncent que la liberté ne peut périr pour nous et que le bienfait de la régénération de la France doit s'étendre aux autres peuples du monde. Notre escadre languissait oisive dans la rade de Brest : la voix de la République l'appelle sur les mers. Elle allait apprendre à l'Océan à respecter le pavillon tricolore, quand tout à coup un mouvement-insurrectionnel, habilement ménagé parles anarchistes soudoyés de Brissot et de Pitt, la força de rentrer honteusement dans le port. Les braves marins frémirent d'indignation et résolurent de venger leur honte. La Convention Nationale leur envoya deux de ses membres pour les délivrer des traîtres qui s'étaient glissés dans leur sein et rendre plus brûlants en eux le sentiment de l'honneur et le désir d'affronter les périls pour expier une faute, qui n'était que l'efiet d'un fatal, mais excusable égarement. Prieur de la Marne et Jean-Bon-Saint-André se réunirent à leurs collègues Bréard etTréhouard pour aller à bord des différents bâtiments et visiter les équipages. Ils commencèrent par ceux qui s'étaient le plus mal conduits et auxquels ils devaient faire entendre la voix sévère de l'indignation nationale. C'était le jour de la justice et de la vengeance ; un sombre nuage cou-

vrait la surface de la mer qui semblait vouloir cacher la honte de Tescadre.Un silence lugubre régnait, le soleil avait caché sa lumière. Les représentants du peuple arrivent sur le pont : un canot les attendait, orné magnifiquement et couvert de sapins dorés : ils rejettent cette vaine pompe ; elle convient mal à la majesté du peuple, les colifichets des despotes sont indignes des hommes libres ; les représentants du! peuple font substituer à cette dorure royale un simple drap bleu, parsemé de bonnets rouges, emblèmes de la liberté. Le peuple qui les entoure dévore d'un œil avide ce spectacle nouveau qui Tétonne, et il apprend ainsi que la majesté n'est pas dans le luxe et dans For. Des exemples d'une rigueur nécessaire furent donnés, de grandes leçons furent offertes et la discipline et l'obéissance à la loi prirent une force nouvelle. Le brouillard enveloppa dans ses ombres cette journée de terreur, la nuit ramena les représentants dans le port, et l'escadre attendit avec une craintive impatience la journée suivante où devait avoir lieu la visite des autres bâtiments. Les représentants avaient eu soin de réserver pour la fin ceux qui 'n'avaient que légèrement ou nullement participé à l'insurrection et dont plusieurs ne méritaient que des éloges.

Nous sommes partis le matin à 10 heures pour notre promenade maritime. La journée était belle, et le soleil brillait de l'éclat le plus radieux comme pour célébrer une fête civique. A notre sortie du port les bâtiments et les simples bateaux au milieu desquels nous passons font entendre le cri unanime de : Vive la nation! Vive la liberté! pour signaler leur joie en voyant les représentants du peuple, et faire éclater hautement l'attachement qu'ils portent à la Convention Nationale et à la République française. Nous sillonnons les flots, nous

voyons l'escadre rangée dans la rade et ses nombreux vaisseaux qui tous, alignés en colonnes, offrent plusieurs allées de mâts et de pavillons tricolores dont la vue présage à la Liberté des triomphes pareils sur les eaux à ceux qui sur la terre ont couronné les efforts de ses défenseurs. Nous visitons d*abord la Bretagne^ puis V Impétueux où nous voyons le pavillon espagnol renversé, garant de nos prochaines victoires. Sur le pavillon sont une croix et une couronne, emblèmes de la superstition et de la tyrannie, toujours associés Tune àl'autre, leur trône fut commun, elles auront un commun tombeau. Nous voyons le Suffren, le Tigre, le Jean-Bart, le Trajanf^ons dansons la Cai^magnole au bord du Téméraire, avec de braves matelots et de bons sans-culottes parisiens, partout nous chantons Thymne marseillaise, chaque matelot chante avec nous; on les voit sur les cordages, sur les vergues les plus élevées faire au loin retentir le refrain dans les airs ; les bâtiments voisins le répètent, la mer le reporte jusqu'au rivage, et les canonniers marins qui font l'exercice sur terre nous accompagnent de leurs canons. Au dernier couplet : Amour sacré de la Patrie, les chapeaux se baissent, les têtes se découvrent, tous se mettent à genoux, même sur les plus hauts cordages, et les vents étonnés se taisent pour écouter ces accents nouveaux. La mer calme et tranquille semble avoir défendu à ses vagues de troubler par la moindre agitation cette fête unanime et touchante, la nature entière contemple dans un respectueux silence cet admirable spectacle. — Les matelots se réunissent en foule autour des représentants du peuple qui leur parlent des bienfaits de la Révolution, de la destruction de Todieuse noblesse, de Theureuse égalité qui permet à chacun d'eux d'aspirer au grade d'amiral, s'il a des talents et du patriotisme.

Une insurrection momentanée, qu'ont fait naître les agents de Saint-James en égarant nos braves marins, a forcé la rentrée de l'escadre. Qu'elle venge sa honte, qu^elle sorte de nouveau pour ne plus rentrer que chargée des dépoui^esdes ennemis (Que les troupes de mer rivalisent avec les soldats de terre et que le pavillon, comme le drapeau national, ait pour compagne la victoire ! Que la marine française n'ait point son égale dans l'Europe et que la République soit la reine des mers ! Que le commerce renaisse plus florissant qu'il ne fût jamais, et qu'il porte aux deux extrémités du globe le nom et la gloire de la France libre ! Que les Anglais soient poursuivis par nous jusqu'au jour où, délivrés de la tyrannie, Londres deviendra la capitale d'une république heureuse et puissante ! Qu'il en soit de Georges et de Pitt comme de Louis. Que partout la liberté soit triomphante! — Les matelots reçoivent avec enthousiasme de pareils discours; ils jurent de ne point le céder en courage à leurs frères qui combattent sur terre. Nous recevons leurs serments. Ils prennent sous leur responsabilité l'honneur du pavillon français. Les représentants du peuple les embrassent, fraternisent avec eux et crient : Vive les marins! Vive les bons sans^ culottes! ceux-ci répètent : Vive les sans-culottes! Vive les représentants du peuple^ mort à la royauté, au fanatisme, au fédéralisme! Vive la Convention nationale^ Vive à jamais la République une et indivisible ! Partout nous trouvons la même expression de patriotisme et la même énergie. La table des Droits de l'homme et de la constitution nouvelle s'offre à nous sur chaque bâtiment: le portrait de la jeune liberté a remplacé les vieilles images des amiraux qui n'avaient d'autre mérite quêteur parchemin; le bonnet de la liberté a succédé aux hideuses fleurs de lis ; la pique, l'arme de la

liberté paraît aussi sur les vais^seaux : les canons, les fusils, les pistolets, les sabres et les haches pour Tabordage sont dans toutes les chambres de conseil des vaisseaux. Tout retrace la liberté, la guerre; l'une doit se soutenir par l'autre. Le jour baisse, notre canot gagne le large et nous nous éloignons de Tescadre. Quel spectacle à notre départ î les hommes se pressent sur les cordages, grimpent aux vergues, s'élevant au-dessus les uns des autres comme les spectateurs d'un vaste amphithéâtre, faisant voler leurs chapeaux et leurs bonnets dans les airs et retentir au loin les accents de la liberté. Les pavillons agités paraissent vouloir s- associer à la commune allégresse, tous les bâtiments y participent par des cris qui se répètent et se prolongent. Dans ces forêts de voiles, de mâts, de cordages, comme autant d'oiseaux dans les branches des arbres, paraissent des matelots et des soldats. Leurs concerts patriotiques animent le paisible silence de la mer et promettent à la tyrannie des désastres nouveaux et sa chute prochaine. Un léger brouillard qui s'était élevé se dissipe, le soleil brille de tout son éclat, jaloux d'éclairer ce spectacle et l'œil découvre au faîte du mât le plus élevé un bras qui s'agite dans l'air pour oflrir un suprême hommage à la divinité des Français, qui bientôt sera celle du monde.

Nous rentrons dans le port aux cris de Vive la Montagne et la République /qui partent de tous les bâtiments qui nous entourent. Les galériens eux-mêmes sentent battre leur cœur et ils s'associent à nos cris. Les mêmes acclamations accompagnent les représentants du peuple dans la ville, dans tous les lieux oii ils passent et presque dans leur appartement. Le peuple leur témoigne son amour de la représentation nationale, et il y joint l'expression brûlante de son enthousiasme civi-

que, de sa sainte idolâtrie pour là Montagne, conservatrice de la liberté. Telle a été la fin d'un si beau jour qui doit trouver place dans les annales de notre Révolution : partout, dans les départements, dans les armées, dans les forces de terre, dans les forces navales, la République est chère à tous les cœurs, le peuple est mûr pour son indépendance.

i^ J'ai trouvé partout des comités de surveillance composés de bons sans-culottes, de pauvres ouvriers, qui, s'ils manquent d'instruction et de talents oratoires ne manquent point d'énergie et de fermeté républicaine. Les braves gens font le sacrifice de tous leurs instants à la patrie, et il me paraîtrait juste que la patrie leur accordât une indemnité proportionnée qui pût compenser pour eux l'abandon presque absolu de leurs affaires personnelles.

Je vous propose donc d'attribuer aux membres de ces comités une indemnité de trois livres par jour à prélever sur les riches suspects. Je ne fais que vous indiquer une mesure susceptible d'atténuations destinées à obvier aux inconvénients qu'elle semble présenter sous certains points de vue. Le moment est venu où pour achever la révolution il faut peser sur les riches et soulager les sans-culottes.

« 2° Un grand nombre de sociétés populaires m'ont témoigné qu'elles n'étaient pas assez riches pour faire venir beaucoup de journaux qui pussent être répandus dans les campagnes, instruire le peuple, propager les bons principes et organiser un bon esprit public. Elles ont cru que le Comité de Salut public pourrait les se-

couder dans le dessein qui les anime d'éclairer leurs concitoyens. On se plaint aussi de ne pas recevoir un nombre de bulletins proportionné à celui des communes ou à celui des corps de troupes et des cantonnements détachés. Dans le district de Dol il y a cinquante-deux municipalités, et Ton reçoit à peine vingt bulletins. Dans tous les forts qui bordent la côte voisine de Brest et de Saiut-Malo, les bulletins ne parviennent point ; vous sentez de quelle importance il est pour tous que le peuple du département et des armées connaissent la Convention nationale et ce qu'elle fait pour le bonheur de la République. En vous faisant connaître le mal, citoyens, je remplis le devoir que vous m'avez vous-même imposé, et j'ai la certitude que vous vous empresserez d'appliquer le remède. Je joins ici une des lettres fédéralistes qui n'a pas peu contribué à corrompre l'esprit public dans le département de la Manche et que les républicains de Granville m'ont adressée en me priant de vous la faire parvenir, pour vous prouver que leur rétractation, dont je vous ai aussi donné connaissance, n'était pas vaine. Vous croirez devoir livrer à la vengeance nationale les auteurs de cet écrit coupable. Je vous envoie aussi un arrêté des sans-culottes de Saint-Servant, écrit par eux dans un style simple et non recherché de vrais sans-culottes, qui vous prouvera le bon esprit qui les anime. A Saint-Malo j'ai provoqué aussi une déclaration solennelle, que je vous ai adressée, par laquelle les républicains de cette ville répondent à la République française de la partie de la frontière qu'ils occupent. L'esprit public à Saint- Malo est bon, et votre collègue doit l'épurer encore, par l'épuration des corps constitués. J'ai aussi provoqué, comme aux environs du Havre, la fondation de plusieurs sociétés populaires,et j'ai lieu d'augurer d'après ce que

j'ai vu que mes efforts n'auront pas été absolument inutiles à la chose publique. Au reste le comité peut en juger lui-même par le compte exact et détaillé que je lui rends de la manière dont je remplis la mission qu'il m'a confiée. J'ai vu à Rennes votre collègue Carrier,qui tue le fédéralisme dans TlUe-et-Vilaine et le tuera bientôt aussi dans le département des Côtes-du-Nord, où il parait encore diminuer. Je suis ici à Brest près de vos collègues Jean Bon et Prieur qui n'ont pas voulu que je les quittasse de quelque temps, car il y a beaucoup à faire. »

Le 14 Octobre.

Je pars de Brest avec une mission pour Quimper, Lorient et Belle-Isle. Je vais le soir à la Société populaire de Faon sur ma route, et j'y trouve de bons montagnards. Je m'entretiens quelque temps avec eux et je fortifie leur républicanisme. Je vois le général Rossignol,en qui je trouve un bon sans-culottes, et je reçois de lui des détails sur Nantes et la Vendée. Je prends des renseignements sur Quimper et sur les patriotes auxquels je pourrai m'adresser dans cette ville.

Le 1 5 Octobre.

J'arrive le matin à Quimper, où je vois Guermeur envoyé par le conseil exécutif, qui m'indique les patriotes et m'instruit de la conduite des difl'érentes autorités constituées que je dois purger ou détruire, et notamment de la municipalité qui a reçu et protégé les députés conspirateurs. A Quimper, les corps constitués, le club même sont mauvais, mais le peuple est bon et il suffit de l'éclairer pour qu'il aille bien.

J'écris aux députés qui sont à Brest la lettre suivante, qui contient le récit exact et détaillé de remploi de ma journée :

« Tout va le mieux du monde; la municipalité n'existe plus, et le peuple ne fait entendre que les cris de Vive la Montagne, Je n'arrivai ici que hier matin, n'ayant pu trouver de chevaux à Ghâteaulin où il m'avait fallu coucher. A mon arrivée, on tira le canon, on sonna la cloche, on me croyait député. La municipalité vint me voir et m'en donna le titre. « Je ne suis point député, «lui dis-je, mais envoyé du Comité de Salut public.Quant « à votre conduite que vous désirez me faire connaître, «je dois la connaître en effet: nous en parlerons ce soir «dans une assemblée du peuple que j'ai convoquée et à « laquelle je vous invite à vous rendre.» J'ai reçu la visite des autres autorités constituées et des corps militaires;, j'ai vu les braves canonniers, tous monta^ards, et la ville a retenti de cris patriotiques. On voyait l'espoir peint sur les visages des bons citoyens et la terreur sur le front de l'aristocratie. Guermeur et moi avons réuni un comité de quelques républicains sûrs qui nous ont tracé la conduite de la municipalité, donné tous les détails des faits, et adressé la demande formelle et par écrit de la destitution des niunicipaux, en nous indiquant ceux qui pourraient les remplacer et ceux dont il était bon de former un comité de surveillance. Après ce travail préparatoire,qui nous a tenu tout le jour, nous avons été à rassemblée,qui était nombreuse. J'ai parlé de la crise fédéraliste, des infâmes projets de la faction qu'a déjoués la Sainte Montagne et les cris de Vive la Montagne et la République indivisible ont été unanimes.

«Un objet important réclamé parla justice et l'humanité serait de faire décréter promptement par la Convention nationale que les enfants des personnes mises

40 UNE MISSION EN VENDÉE, n93.

en état d'arrestation seront reçus au moins provisoirement dans des maisons publiques où la nation leur tiendra lieu de parents, les fera élever et leur inculquera les principes de républicanisme. Souvent les autorités constituées ne peuvent exécuter la loi contre les suspects dont les enfants nombreux et en bas âge ne peuvent se passer de leurs parents. Il importe que la protection et le secours de la loi soient accordés à ces enfants que la loi rend orphelins. »

J'écris aux députés à Brest : « Les sans-culottes ont dansé hier la carmagnole jusqu'à minuit. La joie est unanime. J'ai ce matin, avec Guermeur, installé la municipalité nouvelle et le comité de surveillance, dont les membres ont prêté serment entre mes mains aux acclamations réitérées du peuple et aux cris de Vive la Montagne, la République et les sans^culottes / Le premier acte de la municipalité a été de consigner dans ses registres le changement de nom d'un citoyen qui s'appelait Le Roi et a pris le nom de Montagne, »

Procès-verbal des deux séances des i^ et iQ octobre ou des 25® et ^6"^ jours du premier mois de Van II de la Republique française, une et indivisible, — Assemblée générale des citoyens de la commune de Quimper, département du Finistère,

«Cejourd'hui,vingtcinquièmejour du premier moisde Van II de la République française une et indivisible, se sont réunis dans la ci-devant église du collège de la cité de Ouimper, convoqués en assemblée générale par les citoyens Jullien et Guermeur, commissaires, l'un du Comité de Salut public de la Convention nationale, l'autre du conseil exécutif, chargés de pouvoirs par les citoyens Prieur de la Marne, Jean-Bon Saint-André,

Bréard et Tréhouard, représentants du peuple près les côtes de Brest et de Lorient et près Tarmée navale de la République. — Le citoyen Guermeur a donné connaissance au peuple réuni de larrêté des représentants du peuple et des motifs qui avaient appelé le citoyen Jullien dans la ville de Quimper. — Celui-ci a pris la parole et a dit que la Convention nationale, ayant jeté un juste regard sur la situation de la République, avait cru devoir s'occuper en particulier du département du Finistère où Tétendard du fédéralisme avait paru devoir être arboré par quelques députés conspirateurs qui s*y étaient réunis à des administrateurs perfides pour tromper et trahir le peuple. Il a dit que les représentants du peuple envoyés dans le département du Finistère avaient cru devoir s'occuper en particulier de la ville de Quimper, dont les murs avaient ser^'i d'asile aux chefs des complots liberticides. Il a dit qu'envoyé par les représentants du peuple pour agir en leur nom et au nom du peuple souverain, il avait voulu s'entourer des citoyens, les prendre pour guides et les rendre témoins et juges [de sa conduite. Il a retracé les complots des fédéralistes, dont le nom n'était qu'un palliatif à celui de royaliste. Il a développé la conduite des deux partis qui ont existé xlans la Convention nationale, de la faction de Pitt, qui s'est opposée à la mort du tyran, à la création d'une constitution populaire appelée par tous les vœux des Français, quia constamment calomnié les patriotes pour égarer le peuple et diviser la République, qui en dernier lieu a livré Toulon, fait tomber la tête d'un des représentants du peuple, allumé dans quelques villes du Midi les feux de la guerre civile et dont les efforts constants ont eu pour but de donner un roi à des républicains, de donner aux Français libres un Anglais pour maître. Il

s'est étendu sur les services rendus à la patrie par la Sainte Montagne, qui a bravé les poignards, fait périr le tyran assassin des Français, purgé la Convention des scélérats qui s'étaient glissés dans son sein, créé un gouvernement populaire, affermi la liberté, combattu avec courage les ennemis du dedans et du dehors et resserré le faisceau de l'unité républicaine. Il a montré que ceux qui, chargés par le peuple de veiller à ses intérêts, avaient oublié leur devoir au point de méconnaître la Convention nationale, de violer ses lois, devaient être punis, vu que, si Terreur seule avait présidé à leur conduite^ cette erreur était criminelle par l'influence que leur place même leur donnait sur leurs concitoyens, ils devaient descendre de cette place, être déchus de leurs fonctions. Il a dit que, jaloux de s'entourer du vœu des patriotes, il s'était, de concert avec Guermeur, occupé à recueillir tous les renseignements propres à le mettre à même d'agir selon le vœu et pour l'intérêt du peuple, et il a invité Guermeur à offrir publiquement au peuple le résultat des renseignements recueillis. Guermeur a rappelé le séjour dans les murs de Quimper des députés conspirateurs proscrits par la loi ; il a montré que le séjour paisible d'hommes dont l'arrestation et la traduction au tribunal révolutionnaire étaient ordonnés par les décrets de la Convention nationale était de la part de la municipalité de Quimper un oubli criminel de la loi, ou l'effet d'une négligence coupable et peut-être d'une complicité secrète. Il a lu des lettres de Kervélégan et autres pièces authentiques d'oîi il résultait que le député et ses dignes collègues, décrétés comme lui d'accusation, avaient voulu livrer le port de Brest à l'Angleterre, et qu'ils avaient eu des amis et des correspondants dans la ville, dans la municipalité de Quimper. Il a tracé la conduite de cette municipalité

plus que suspecte, du comité de surveillance actuel, composé de contre-révolutionnaires ou de patriotes très douteux, de quelques autres autorités constituées entachées de fédéralisme. Il a montré la nécessité de renouveler et la municipalité et le comité de surveillance. Il a lu la demande formelle faite à ce sujet par un grand nombre de citoyens et de patriotes, et la désignation donnée par eux des républicains propres à remplacer les fonctionnaires suspendus. Cette demande a été sanctionnée par les applaudissements unanimes du peuple. — Le citoyen Jullien ajouta quelques faits à ceux développés par Guermeur, notamment Tembrassade donnée au traître Kervelegan par Tofficier municipal Perrin et avouée par lui en présence des représentants du peuple à Brest. Jullien montre que ce baiser donné par un officier public à un homme que son devoir était d'arrêter en exécution de la loi est un véritable crime. Il invoque Topinion publique sur la municipalité et le comité de surveillance. Un cri général s'élève contre eux. Jullien alors proclame leur suspension provisoire et donne lecture de l'arrêté ci-après, en faisant scruter un par un les noms de ceux désignés pour remplacer les fonctionnaires suspendus. Les deux arrêtés relatifs, l'un au nouveau comité de surveillance et l'autre à la municipalité, sont confirmés et sanctionnés par le peuple ainsi qu'ils sont rapportés ciaprès, et la séance souvent interrompue par les cris de Vive la Montagne, la Convention , les sans-culottes, la République une et indivisible! se termine au milieu de ces acclamations réitérées et le peuple en chœur chante l'hymne Marseillaise qui électrise les esprits, embrase les cœurs, réveille l'enthousiasme de la liberté, et tous les citoyens se livrant à la plus touchante allégresse se répandent dans la ville pour danser la carmagnole et

couronner par des chants républicains cette fête civique. Suivent les deux arrêtés : — Marc-Antoine Jullien, agent du Comité de Salut public de la Convention nationale, chargé de pouvoirs parles représentants du peuple près les côtes de Brest et de Lorient et de Tarmée navale de la République, — après avoir convoqué, le peuple de Quimper et pris son vœu, casse le comité de surveillance existant actuellement, lui interdit sous les peines portées par la loi d'exercer aucunes fonctions à dater de ce jour, et organise ainsi qu'il suit le nouveau comité de surveillance : Demos, Boutibonne, Girard père, Geclin fils aîné, Charruet père. Le Roi fils, actuellement Montagne, Huriez aîné père, Morvan, boucher, Lemoine, jardinier, Loth, capitaine de canonniers, Bécam cadet, tailleur, Roze, perruquier, Kroch père, Jean-Pierre Moreau, Poupenay, Carriou, canonnier. » « Marc-Antoine JuUien, agent du Comité de Salut public de la Convention nationale, chargé de pouvoirs par les représentants du peuple près les côtes de Brest et de Lorient et de Tarmée navale de la République, — après avoir convoqué le peuple de Quimper et pris son vœu, destitue Tancienne municipalité, et nomme la nouvelle municipalité ainsi qu'il suit : Les citoyens : Desbon, maire; Legendre cadet, président de la Commune. — Officiers municipaux : Pierre Morveau, Daniel, maître d'écritures, Johon, Gestin, Bonnemaison, Castellau, Compagnon fils, couvreur, Bornay, chapelier; — notables : Duval, Mougeat, Boutibonne, Ëlie, Bécam aîné, Bonnaire, Armenou, Bérard, médecin, — Porquier, Gason, Coic, Barbe, Laurent Olivier, Bejeunec, Gajan fils, Richecœur, Pierre Rabaud, tonnelier, Gestin père. Fait et arrêté susdit jour et an que dessus. »

Le 16 Octobre.

Procès-verbal de la seconde séance,

« Aujourd'hui, sixième jour de la troisième décade du premier mois de Tan II de la République française une et indivisible, à six heures du soir, même heure qu'hier, se sont réunis dans le même lieu en assemblée générale les citoyens de la commune de Quimper. — Jullien a rappelé les opérations de la veille, a indiqué celles qui devafent remplir la séance d'aujourd'hui, et invité le peuple souverain à continuer l'exercice de ses droits et répurement de ses autorités constituées. — Guermeur a dit qu'ayant fait, de concert avec plusieurs patriotes, le travail préparatoire des nominations nouvelles, il allait les proposer au peuple, qui serait juge. Le peuple a sanctionné unanimement les arrêtés ci-après, pour le remplacement du directoire, des tribunaux criminels, de district et de commerce. — Jullien a proclamé l^s noms de ceux publiquement adoptés pour remplacer les fonctionnaires suspendus, et dans chacun des corps constitués ceux des membres qui n'avaient point démérité de la confiance du peuple ont été renommés. — Jullien a annoncé qu'ayant institué aujourd'hui la municipalité nouvelle et le nouveau comité de surveillance et reçu leur serment civique, il installerait demain les nouveaux magistrats que le peuple venait de nommer. — Le citoyen Darcillon, cultivateur, nommé membre du district, a observé que déjà son fils et son domestique étaient à la frontière et que s'il se consacrait lui-même au service de la patrie, ses champs resteraient sans personne pour les cultiver. Il a témoigné néanmoins qu'il était prêt à tout faire

pour répondre au vœu de ses concitoyens et que nul sacrifice ne pourrait lui coûter. Juilien alors a fait la proposition que le peuple s*élevant à la hauteur des vertus qui lui appartiennent et que la révolution a développées, imitant les républicains généreux qui labouraient les champs de ceux dont la main abandonnait la charrue pour tenir les rênes du gouvernement, entretînt lui-même celui qui devrait le suppléer dans les affaires domestiques. L'Assemblée arrête à l'unanimité qu'elle se charge de faire labourer à ses frais les champs du citoyen Darcillon, et plusieurs dons patriotiques sont offerts pour remplir cet impôt honorable et volontaire. — Les opérations du renouvellement des corps constitués étant terminées, le citoyen Juilien annonce qu'il s'agit de réorganiser la Société populaire, et il propose le moyen suivant, que l'Assemblée consacre par un arrêté : Demain le peuple se réunira pour signer les procès-verbaux des deux séances précédentes. Quand toutes les signatures seront apposées, un citoyen en fera lecture, et chacune subira l'épreuve de l'opinion publique. Celles qui exciteront le plus léger murmure des patriotes seront marquées d'une croix, signe de réprobation. Les autres seront conservées intactes et indiqueront les membres de la Société populaire, qui sera ainsi entièrement épurée, toute composée du peuple, et formée par le peuple. — La séance se ferme aux cris de Vive la Montagne et la République ! et le peuple chante l'hymne marseillaise. » — Suit l'arrêté : « Marc Antoine Juilien, agent du Gomité de Salut public de la Convention nationale, chargé de pouvoirs par les représentants du peuple près les côtes de Brest et de Lorient et de l'armée navale de la République, — après avoir convoqué le peuple de Quimper et pris son vœu, destitue le directoire et conseil

de district actuel, les tribunaux criminel, de district et de commerce, et les réorganise ainsi qu'il suit: — District de Quimper : directoire, Allain Kennasstau, Doradec aîné, Bormet cadet, Valentin ; Villebranche, procureur syndic; Duhaffon, secrétaire. — Hervé Darcillon, Hervé Silguy, Lebreton, curé, Pierre Briand, cultivateur, Barasère, orfèvre^ Lenoarch, hôte à Plog.ennec, Lagadec, curé, La Montagne. — Tribunal criminel : accusateur public, Gaillard aîné. — Tribunal de district : commissaire national, Desdesert, Dauguy père ; juges : Girard père, Charruel père, Kréon, Glémencin, Garadec; greffier, Geclin. — Tribunal de commerce conservé tel qu'il est, à Texception de Bormet, remplacé par Girard, Caradec par Derédec cadet. — Arrêté à Quimper, susdit jour, et an : Guermeur, Jullien. »

ProceS'Vei^bal de la troisième et dernière séance des citoyens de Quimper^ réunis en Assemblée géné7*ale.

« Aujourd'hui, septième jour de la troisième décade du premier mois de l'an H de la République française une et indivisible, à six heures du soir, se sont réunis, dans le même lieu qu'hier, en assemblée générale, les citoyens de Quimper. — Le citoyen Jullien a donné lecture des procès-verbaux des deux séances précédentes, et a invité les citoyens présents à les revêtir de leurs signatures, pour qu'en suite de l'arrêté de la veille, la Société populaire, dissoute par le fait, d'après le vœu du peuple, pût être régénérée et se réorganiser. — 11 a instruit le peuple qu'il avait ce matin installé les autorités constituées nommées dans la séance précédente et reçu leur serment. 11 a de même appris qu'ayant réuni Ja garde nationale et pris son vœu, il

avait proclamé deux nouveaux commandants du second bataillon à la place de ceux qui existaient, et dont Tun, sectateur outré du fédéralisme, est maintenant en état d'arrestation, dont l'autre, appelé à un poste public, ne peut conserver celui qu'il occupait. Il a donné lecture d'un projet d'adresse à la Convention nationale devant accompagner l'envoi des procès-verbaux du renouvellement des corps constitués de Quimper. Ce projet a été vivement adopté ainsi qu'il suit :

Les Citoyens de Quimper, à la Convention nationale:

Mandataires du peuple, le peuple de Quimper n'a pas voulu que l'exemple salutaire que vous avez donné à la France d'un scrutin épuratoire fait dans votre sein, lors des 31 mai et 2 juin, fût perdu pour lui. Ce scrutin épuratoire vient d'avoir lieu dans cette ville, et c'est le peuple souverain dont la volonté seule a présidé à ce grand œuvre. — Nous vous adressons les procès-verbaux dés séances oîi le peuple, réuni en assemblée générale, a lui-môme fait l'épurement de ses magistrats, et s'est régénéré en la sainte Montagne et la République une et indivisible. Vous y verrez que si la ville de Quimper a quelque temps paru méconnaître ses premiers serments, ce n'a été que par la faute de ceux que le peuple avait honorés de sa confiance et qui l'ont trahi et trompé, et que cette ville mérite d'être comptée au nombre des cités de la République vraiment montagnarde et républicaine.

On a lu ensuite les signatures apposées au bas des procès-verbaux. Sur chaque nom l'opinion publique s'est manifestée avec franchise, et ceux qui ont excité les niurmures d'improbation du peuple ont été effacés ; les autres sont demeurés intacts et ont formé la liste des membres de la Société populaire, qui s'est constituée

club de la Montagne. Les premières délibérations prises ont été d'abord que les séances se tiendraient tous les jours, le bienfait de Tinstruction que le peuple attend des sociétés populaires devant être journalier comme le bienfait de la lumière que le soleil donne au monde. On mande ensuite que des commissaires de la Société se répandraient dans les campagnes pour y établir des sociétés populaires et multiplier des clubs destinés à propager les bons principes et raviver Tesprit public. La Société s'est engagée à s'occuper surtout deTinstruction du peuple, de la surveillance des ennemis du peuple. — Un membre demande que l'accolade fraternelle soit donnée par deux citoyens, au nom de l'assemblée entière et en signe de sa gratitude, au citoyen Jullien, dont l'arrivée dans les murs de Quimper a élé l'époque de jours plus heureux pour le peuple longtemps opprimé et trahi. Cette demande est délibérée par acclamation et exécutée aux cris de Vive la Montagne 1 L'assemblée exprime le vœu que la Convention nationale veuille rendre promptement à la ville de Quimper l'administration de département qui siège maintenant à Landerneau. Elle prie le citoyen Jullien d'être à cet égard l'interprète de son vœu. — On affirme que les dons patriotiques se montent à près de mille livres. — Trois citoyennes, — appelées Chevalier, Baron et Louise, — voulant abjurerdes noms qui retracent des titres abolis de l'antique noblesse, ou qui rappellent le dernier de nos tyrans, prennent les noms de Victoire-Nationale, Liberté -Républicaine, Aimée -Liberté. La séance se termine par l'hymne Marseillaise et la chanson des Sans-Culottes. Dans l'ivresse de leur joie, les citoyens dansent la carmagnole, parcourent la ville en formant des farandoles civiques, et le cri de Vive la Montagne ! prolongé bien avant dans la nuit, retentit répété par

mille bouches dans cette ville où la Montagne avait été longtemps calomniée et méconnue. »

Suite du 18 Octobre.

Je vais de Quimper à Lorient et m*arréte sur la route àQuimperlé, où je vois le district et lés corps constitués qui m'exposent leur conduite et me communiquent leurs registres, je vois quelques arrêtés fédéralistes, qu'ils prétendent justifier, parce que, disent-ils, ils ont obéi sans 7'éflexion à l'administration du département. Je me rends le soir à la Société populaire de Lorient, où je trouve un bon esprit, que j'échaufl*e et j'encourage par l'expression fortement prononcée de principes républicains et montagnards qui reçoivent les plus vifs applaudissements. Je parle de la Vendée, qu'il faut enfin anéantir. Caton autrefois disait en entrant dans le Sénat de Rome : « Il faut détruire Garthage ! » Tout véritable ami de la patrie doit dire, en entrant dans une société patriotique : « Il faut détruire la Vendée ! » — Je reçois dans la nuit des nouvelles inquiétantes sur la marche des rebelles, qui refluent sur Vannes.

Lorient, 19 Octobre.

Le député Tréhouard arrive le matin à Lorient. Nous conférons avec le général Philibert sur les mesures à prendre; nous passons la journée à travailler et faire des réquisitions. — Je vais le soir au club, où je fais l'éloge de Marat et Lepelletier dont on installe les bustes. On dénonce devant moi le département du Morbihan et la municipalité de Lorient. Le président du département veut se justifier et ne craint pas, pour blanchir sa conduite et celle du corps auquel il appartient,

d'en rejeter la faute sur les administrés. Il prétend que sur quatre cent soixante mille hommes dans le département du Morbihan il y a tout au plus trente mille patriotes, et que, dans la. ville de Vannes, sur trente mille habitants il y en a tout au plus trois cents de bons. Je m'élève avec force contre cette calomnie absurde et autres pareilles avancées publiquement avec une atroce impudence par ce président contre-révolutionnaire. Je montre que la masse du peuple ne peut vouloir que le bien, puisque le bien est son intérêt et que l'égarement seul peut la conduire au mal. Je fais établir par la Société une commission de patriotes, destinée à traduire en bas-breton les lois, les bulletins et les écrits utiles, pour les répandre dans les campagnes, où ils devront aussi former des clubs, éclairer le peuple. Son défaut de patriotisme ne peut venir que de son ignorance ; une fois instruit, il chérira la Révolution et la patrie. — J'invite la Société à charger son comité de surveillance de faire demain sans plus tarder un rapport sur la conduite de l'administration du département et de la municipalité. Je retrace les projets hideux des fédéralistes et développe la nécessité que le peuple se montre sévère et inflexible envers ceux qui l'ont égaré ou trahi.

Le 20 Octobre.

Je vois ce matin les patriotes Raoul, commissairenational, et Hector Barère, je prends d'eux divers renseignements qui achèvent de me convaincre que le vaisseau VAunon, arrivé de Toulon et renvoyé par les Anglais est un présent non moins perfide que celui qu'ils nous ont fait de deux vaisseaux arrivés dans la rade de Brest. Ils apportaient des proclamations de l'amiral Hood, pour corrompre l'esprit public dans nos ports et

nous vaincre par la trahison sur TOcéan, comme ils ont fait sur la Méditerranée. — Je visite le port, les chantiers et prends des notes sur Tétat de la marine et sur le patriotisme des employés. — J'entends le soir au club la dénonciation franche et publique faite contre la municipalité. Tréhouard était avec moi. Je prends la parole après le rapport, et je déclare que ce n'est pas un député, un simple individu, mais la masse des individus, le peuple, la Convention qui le représente, la loi, fidèle expression delà volonté générale^ qui frappent de destitution une municipalité criminelle. Les municipaux avaient demandé vingt-quatre heures pour préparer leur réponse. Je m'oppose à ce délai, et je les somme de répondre sur-le-champ, s'ils ont à alléguer quelque chose pour leur justification. Us se taisent. — Tréhouard les destitue, et cet acte de justice est sanctionné par les applaudissements universels du peuple. Tréhouard indique pour après-demain les assemblées primaires qui devront s'occuper de la nomination d'une municipalité nouvelle. — Gomme ce mode de réélection laissait encore des ressources à l'intrigue toujours active et féconde en moyens pour égarer le peuple, je propose à la Société de discuter en public la liste des nouveaux magistrats, pour diriger le choix des bons sans-culottes et les soustraire à l'influence secrète et puissante de la cabale. Cette proposition est unanimement délibérée. Le soir, nous faisons mettre en état d'arrestation le président du département.

Vannes, 21 Octobre, 30« et dernier jour du !«' mois de Fan II de la République une et indivisible.

Je vais avec Hector Barère de Lorient à Vannes, dans le dessein d'y faire d'une administration de département

fédéraliste la môme justice qui vient d'être de la municipalité de Lorient. — Je reçois les corps constitués, la députation de la société populaire, de la garde nationale, et je ne vois pas dans le nombre un seul patriote.

Vannes, 22 Octobre ou !«' jour du 2® mois de l'an II de la République une et indivisible.

Le député Prieur de la Marne arrive le matin, croyant d'après les nouvelles envoyées à Brest que déjà les rebelles de la Vendée étaient aux portes de Vannes ; mais un courrier nous annonce au contraire que les rebelles sont entièrement vaincus et dispersés. — Prieur voit et harangue les différentes troupes de réquisition ; elles témoignent un brûlant républicanisme. Je vais avec Prieur au club, où nous ne trouvons qu'une froideur glacée et une insouciante indifférence.

Le 26 Octobre, le 3® jour du 2® mois de l'an II de la République française.

Je réunis chez moi un certain nombre de patriotes pour m*entourer de leurs renseignements, acquérir des notions positives sur Tétat de la ville de Vannes, la conduite des différentes autorités constituées, le caractère des individus sans-culottes qui sont dans le département, et préparer ainsi d*excellentes. administrations pour remplacer celles destituées. Vannes avait grand besoin d'une visite de montagnards. Le fanatisme et le fédéralisme y dominent encore ;les places ne sont que l'apanage des riches, des parents d'émigrés, des prêtres. Le peuple est opprimé, la monnaie nationale livrée au mépris, les lois méconnues et inexécutées, le club désert, la ville toute remplie de signes de superstition et les signes sacrés méprisés et abandonnés. Les

j54 UNE MISSION EN VENDÉE, 1793.

gardes nationales destinées à défendre la constitution ont pour chefs des hommes qui n'ont point accepté la constitution. Le comité de surveillance destiné à faire mettre en arrestation tous les hommes suspects est composé d'hommes suspects eux-mêmes. La société populaire, qui devrait avoir dans son sein et autour d'elle le peuple, a constamment rejeté le peuple pour s'isoler dans un cercle d'égoïstes contre-révolutionnaires. L'administration du département et la municipalité, peu contentes d'avoir, sans consulter le peuple, organisé une force départementale pour marcher sur Paris, et consacré une partie des deniers publics à l'organisation de cette force, ont maltraité les citoyens que leur patriotisme appelait contre les rebelles de la Vendée. Le jour de la justice est venu : nous allons venger le peuple, punir les magistrats coupables, relever le bon peuple abattu, révolutionner et sans-culottiser le pays. Nous nous hâtons lentement, mais notre marche n'en est que plus sûre.

Le 25 Octobre ou le 4^ jour du 2^ mois de Tan II de la République une et indivisible.

Je vais le matin à la rencontre des braves Quimperrois, dans lesquels je me plais à voir mes concitoyens, depuis que, par l'épurement de leur ville, j'ai mérité quelques droits à leur amitié et à leur estime. Le cri de : Vive la Montagne! se fait entendre de tous côtés du plus loin qu'ils m'aperçoivent. Ils entrent à Vannes en faisant entendre ces cris et l'hymne de la liberté. L'aristocratie tremble et croit voir des sans-culottes parisiens.

27 Octobre, vieux style.

Nous avons proclamé hier soir la nouvelle munici-

pâlité, dont le choix est sanctionné par les applaudissements unanimes de toute l'assemblée du peuple. Aujourd'hui je vais à Auray pour assister à une fête civique où doivent se brûler les titres féodaux et autres signes de Tancienne noblesse. Cette fête me fournit l'occasion d'électriser un peu le pays, et d'accélérer les progrès de l'esprit public.

28 Octobre. Vieux style.

Je reviens le matin d' Auray à Vannes, où je continue mes travaux et nomme douze commissaires pour épurer le club. Leur choix est sanctionné, le soir, dans l'assemblée du peuple. Je prépare le renouvellement de toutes les autorités constituées du district d'Auray, d'après tous les renseignements et notes exactes que j'ai eu soin de recueillir. Je nomme le comité de surveillance de Vannes, et je m'attache à n'y mettre que des hommes révolutionnaires.

Comme j'ai vu se manifester à Auray le plus brûlant républicanisme de la part de jeunes enfants de la patrie organisés en bataillons et que j'ai senti l'avantage d'exercer de bonne heure au mouvement des armes la génération naissante qui doit imiter un jour, si la patrie le réclame, les généreux exemples de la génération actuelle pour la défense de la liberté, je détermine Prieur à prendre un arrêté d'après lequel, tout républicain devant être soldat, toujours prêt à porter les armes contre la tyrannie, les officiers de Vannes devront veiller à ce que les jeunes enfants de leur commune, depuis neuf jusqu'à seize ans, soient organisés en bataillons et armés de fusils ou de piques proportionnés à leur taille et à la faiblesse de leur âge. Ces bataillons seront exercés par les citoyens sol-

dats de la garde nationale^ et ils auront un drapeau avec cette inscription : l'Espoir de la patrie; le tout conformément aux décrets de la Convention nationale. Je me trouvais à Brest avec deux de mes collègues, occupé du soin de notre escadre, quand tout à coup on nous apprend que les rebelles de la Vendée, après avoir passé la Loire, se répandent disons la ci-devant Bretagne, et que Vannes est menacé. Nous ne songeons qu'à nous porter là où le péril est le plus imminent; mais la flotte et la frontière réclament encore notre présence : mes deux collègues restent, et je brigue l'honneur de voler au milieu des troupes républicaines comBattre les ennemis de la liberté.

Extraits du rapport des opérations faites à Vannes par Prieur de la Marne, représentant du peuple avec Marc- Antoine Jullien, commissaire du Comité de Salut public de la Convention nationale.

J'arrive, après avoir réveillé sur ma route, à Landerneau, Léon, Ghâteaulin, Quimper, Quimperlay, Hennebont, le zèle des soldats citoyens ; et des cohortes nombreuses, levées à la voix de la patrie, doivent suivre mes traces. La crainte et l'éloignement avaient grossi les faits; je m'attendais à trouver tout en feu, je trouve tout tranquille. Je croyais n'avoir que des ennemis à combattre, je ne vois que des amis et des frères à embrasser. Je ne veux pas néanmoins que mon arrivée dans le pays soit inutile pour le peuple, et je regarde autour de moi ce qu'il importejde faire pour lui.

Le soir nous nous rendons à la Société populaire, le citoyen Jullien et moi. Le peuple ne s'offre point à nous. Quelques bourgeois admis à raison de six francs par mois, réunis aux membres des autorités consti-

tuées, composent le club : les sans-culottes, dont la richesse est dans le patriotisme, n'y trouvent point d'accès... Qu'y viendraient-ils faire? s'égarer, se corrompre... Le feuillantisme en est la preuve; on n'ose pas avouer une complicité manifeste avec les conspirateurs, mais on invoque pour eux la clémence et le pardon. On s'oppose à la destitution des magistrats, dont on veut justifier la conduite.

De bons sans-culottes m'entourent, ils m'apprennent qu'ils ont été rejetés des assemblées populaires, de la société même, qui devrait ouvrir son sein au peuple et n'exister que par lui; qu*ils ont été la proie de l'agiotage toléré parl'administration, que leurs magistrats ont été eux-mêmes des accapareurs d'argent; que des femmes de municipaux et de receveurs avaient pour une pièce de 24 sols au marché ce que ne pouvaient avoir pour neuf livres en assignats les femmes de la classe des pauvres.

Je prends des renseignements détaillés sur la conduite des autorités constituées en général, des informations exactes sur la conduite particulière des individus ; je confronte les opinions isolément recueillies, pour avoir dans leurs résultats une idée précise de l'opinion publique.

J'ai, dès le troisième jour,' la liste d'un assez grand nombre de patriotes sûrs pour former une bonne municipalité. Je convoque une assemblée du peuple, et je les proclame. Des applaudissements unanimes soutiennent mon choix qui n'était que celui des bons citoyens. La sanction du peuple, apposée aux élections que je lui propose, lui montre que ce n'est pas moi, que c'est lui seul qui nomme ses magistrats, et ils sont à ses yeux plus dignes de confiance.

Au milieu de mes travaux, une citoyenne s'adresse

à moi : elle me prie d'être le parrain d'un jeune enfant né dans la misère, mais dans une famille de sans-culottes dont le père est au nombre des soldats de la patrie. Je ne puis refuser. Les représentants du peuple vraiment dignes de la confiance populaire ne sont-ils pas les pères des pauvres ? Je donne au républicain nouveau-né le nom de Marat-Montagne, pour consacrer dans le calendrier des hommes libres et la Montagne sainte conservatrice de la République et de la liberté et le membre le plus calomnié de cette Montagne qui périt martyr de son attachement à la cause du peuple. Au sortir du baptême civique, nous allons chez la mère de Tenfant, citoyenne malheureuse plongée dans la dernière indigence. Une chambre obscure, un lit à moitié renversé que couvraient des haillons, une femme en proie à la douleur, et incertaine, au moment où son enfant voit le jour, si son mari ne reçoit pas la mort. Tel est le spectacle qui frappe nos yeux. Je lui remets son fils. Qu'il imite son père et soit digne du nom qu'il vient de recevoir! Instruisez-le aux vertus républicaines, il sera toujours assez riche. Je la console, je l'encourage. La cabane du pauvre est aussi le poste du représentant du peuple. Je sors après avoir porté quelques adoucissements dans la retraite de Tinfortune.

Le mot de patrie n'est plus inintelligible pour le peuple. Il croit s'enrichir en se dépouillant pour elle. Des dons patriotiques sont offerts: les uns déposent des sabres, des fusils, des pistolets, pour armer les braves soldats de la liberté. Les autres apportent à l'envi des couronnes, des fleurs de lys, des croix, des signes odieux du royalisme, de la féodalité, de la superstition et du fanatisme, conservés par ceux qui toujours espèrent le retour du régime détruit. — Une statue d'un saint

espagnol, de rex-dominicain Vincent, était placée sur une des portes de la ville et le charlatanisme sacerdotal avait persuadé à la crédulité populaire que cette statue avait la vertu d'empêcher les inondations de la rivière du Morbilian. Quelques soldats ont voulu faire Tessai de cette assertion monacale et la statue a été renversée. La rivière n*a point débordé, le peuple a ri du mensonge des imposteurs qui l'avaient abusé, et par délibération prise en assemblée publique, on doit substituer au benêt saint Vincent un bon sans-culottes, couvert du bonnet rouge, tenant d'une main une pique et de l'autre une couronne avec ces mots : Le peuple la donne. Et la porte et la rue auxquelles Vincent avait donné son nom seront désormais appelées la porte et la rue des Sans-Culottes.

Une fête patriotique a été préparée à Auray pour la brûlure solennelle de tous les titres féodaux et parchemins nobiliaires qui subsistaient encore. La commune et la société populaire m'invitent à me rendre dans leur sein pour assister à cette fête. Je devais installer la municipalité nouvelle, et je ne puis m'éloigner. Je charge mon ami Jullien de me suppléer. Il se rend à Auray : c'est lui-même qui nous fait à son retour le récit de la fête dont il vient d'être témoin. — Il avait plu le matin; de noirs brouillards obscurcissaient l'horizon, et la journée s'annonçait sous les plus tristes auspices ; mais sur le milieu du jour le ciel s'éclaircit, le soleil longtemps éclipsé sort du sein des nuages, brille de tout l'éclat de ses rayons. La nature elle-même indique l'heure de la fête. On se réunit, femmes, enfants, vieillards, gardes nationales, corps constitués, dans une vaste esplanade. Au milieu paraît un bûcher oti sont entassées de vieilles paperasses qui servirent autrefois de pâture à Torgueil de quelques imbéciles et vont

aujourd'hui, réduites en cendres, servir de pâture à la flamme. On se forme en cercle: le commissaire du Comité de Salut Public parle au peuple, trace rapidement le tableau de la Révolution, s'étend sur les bienfaits de Tégalité qui rapproche tous les rangs, nivelle tous les hommes et venge la classe longtemps méprisée, la classe la plus pauvre et la plus respectable. Il fait ensuite une courte oraison funèbre de la défunte noblesse, qui s'était liguée avec la royauté, et, pour se relever, avait en dernier lieu pris le masque du fédéralisme. Il déchire le voile et fait paraître au grand jour les projets des fédéralistes dont le but était de rétablir le trône. Il montre la Montagne défendant les droits du peuple et sauvant la République. Les cris de : « Vive la Montagne I » retentissent. Jullien et Barère, commissaire de la Marine, qui l'accompagne, reçoivent chacun un cierge allumé et mettent les premiers le feu aux bûches. Le maire et les membres du district et des tribunaux concourent avec eux à la destruction de l'amas féodal dont les flammes impures s'exhalent dans les airs en noire fumée, image fidèle de la vanité qui s'en nourrît si longtemps. Le peuple alors se confond, les gardes nationales déposent leurs armes, qu'elles réunissent en faisceaux, et l'on chante l'hymne de la liberté. On forme des farandoles civiques, on danse la carmagnole. Les cris de : « Vive la Montagne et les sans-culottes! » animent la cérémonie. Au bruit du tambour chacun court à son rang: les vétérans, qui se sont dépouillés de la plume blanche pour arborer le plumet tricolore, marchent les premiers ; la garde nationale, composée des jeunes gens et des hommes faits marche ensuite; après vient le bataillon appelé V Espoir de la Patrie où sont tous les enfants, dont les voix encore claires font entendre les cris multipliés qui peignent leur brûlant amour

pour la république et la liberté. Sur Tesplanade était une croix : ou arrête qu'elle sera renversée, et qu'à la place on élèvera un arbre de la liberté surmonté d'un bonnet rouge. Au sortir de la fête, on se rend à une assemblée du peuple, où le patriote Jullien développe de nouveau les sentiments qui doivent être communs à tous les républicains français et électrise les citoyens.

Après rassemblée, bal civique où toutes les citoyennes prêtent entre les mains de Jullien le serment de fidélité à la patrie ; danses prolongées dans la nuit; la danse éveille la joie, et la joie donne plus d'autorité au patriotisme. Cette fête n'est point inutile à la formation de l'esprit public, et c'est à dater de ce jour que les habitants d'Auray se sont rendus garants qu'on pouvait regarder leur ville comme vraiment montagnarde et républicaine.

Les jeunes enfants ont prêté serment entre mes mains, avec le ton simple et naïf de la touchante vertu, d'imiter leurs pères et de servir la patrie; ils m'ont témoigné leur joie de se voir formés en bataillons et désormais comptés pour quelque chose dans la classe des gardes nationales défenseurs de la République. Un enfant est venu me supplier de le faire partir pour Rennes : « Tu seras ici, lui ai-je dit, dans le même bataillon que tes camarades; tu porteras aussi les armes. — Oui,m'a-t-il répondu, mais Tennemi vient à Rennes, et c'est à Rennes que je voudrais marcher! » génération future, que ne promets-tu à la patrie? Tels ont été les événements dont Vannes vient d'être témoin ; ils ont étendu leur influence jusque dans les communes du département les plus éloignées, et des clubs populaires formés à l'imitation de ceux de cette ville nous font espérer la prompte extinction du fanatisme dans les campagnes.

Le représentant du peuple Prieur, ayant invité le ci-

toyen JuUien de rédiger le procès-verbal des opérations auxquelles il avait concouru avec lui, arrête que le procès-verbal rédigé par Jullien sera imprimé au nombre de trois mille exemplaires, envoyé au Comité de Salut public de la Convention nationale, et répandu dans les départements du Morbihan, du Finistère, d'Ille-et-Vilaine et de Loire-Inférieure.

Suite du 10e jour du 2« mois.

Dîner patriotique avec les canonniers de Lorient, pour les électriser, les montagnardiser. Le soir, assemblée du club où nous réunissons tout ce que nous croyons le plus propre à instruire le peuple.

Le 11® jour du 2® mois.

. Il était nécessaire d'imprimer à Vannes un mouvement révolutionnaire pour Tarracher à la léthargie dans laquelle il est plongé. Nous avons cru devoir faire succéder au renouvellement de toutes les administrations une journée qui pût imprimer un effroi long et durable aux ennemis de la chose publique. Nous mettons la terreur à Tordre du jour contre les aristocrates.

Le 12e jour du 2^ mois.

J'écris de Lorient la lettre suivante à Prieur de la Marne:

« Je t'envoie, mon bon ami, tout le travail d'Auray que je n'ai pas eu peu de peine à faire. J'ai recueilli tous les renseignements dont j'ai pu m'entourer, et je crois en général avoir fait de bons choix. Tu jugeras pautôtre à propos de proclamer toutes ces nominations à

ton passage à Auray. Quant aux arrestations, Barré te désignera trois mauvais citoyens qu'il est bon de détenir s'ils rie sont pas détenus encore, et le reste sera à la disposition du comité de surveillance, qui est aussi bon et révolutionnaire que possible en cet endroit. Je dois te faire connaître une bonne action de quelques citoyens de cette ville. Leurs noms sont : Fougère, maire actuel, Philippe, médecin, Barré, marchand, Martin père et Humphri fils. — Un père de famille nommé Moulinier se trouvait en état d'arrestation, et réclamait la liberté, qu'il n'était pas prudent de lui rendre, parce que c'est un homme turbulent et suspect. Mais comme il est chef d'une famille absolument dénuée de ressources, il eût été cruel et injuste que des enfants fussent victimes de la faute paternelle. J'ai appelé l'humanité au secoufs du malheur, et j'ai rnontré que sans humanité le patriotisme ne pourrait exister. Les patriotes que je t'ai nommés se sont chargés de pourvoir au logement, à la subsistance et éducation des enfants de Moulinier, qui trouveront ainsi de quoi remplacer leur père, et j'ai concilié par ce moyen ce que réclamait l'intérêt d'uQe famille malheureuse et l'intérêt de la société. Je réserve pour le moment de ton arrivée ici les détails de meâ opérations en route et de notre fête de Lo rient qui a été charmante. Je te prie de m'envoyer pour la Société) pour les sans-culottes, cent exemplaires dç notre carmagnole et huit cents d\i rapport de nos travaux civiques.

« Je viens d'organiser le bataillon de l'Espoir de la Patrie. La première réquisition va grand train : j'aurai sous trois jours un résultat. Je t'embrasse et t'attends. »

J'écris à Barère la lettre suivante :

« Je suis resté longtemps sans vous écrire, mon bon

ami, craignant de vous distraire ; je n'en travaille pas avec moins de zèle, et j'enverrai au Comité des détails sur ma conduite. J'attends sa réponse àTégard des mesures que je lui ai proposées. Il en est une sur laquelle j'insisterai, l'envoi dans ce dét)artement d'une section de l'armée révolutionnaire, deux cents hommes seulement, pour purger les campagnes, et chasser les réfractaires et les nobles. Si vous faisiez cela tout de suite, cela irait bien, et le reste de la Vendée, qui semble menacer Rennes, ne serait nullement à craindre. »

Suite du 13* jour, 14e, 150, 16e, 17«, 18», 19» et 20e jour (ju 2» mois.

J'écris dePontivy,le dimanche 20* du 2® mois,à Prieur de la Marne, à Lorient :

« J'ai couru toute la nuit et je suis arrivé ce matin à six heures à Pontivy, où j'ai vu le district, la municipalité, notre ami Guermeur, et pris tous les renseignements relatifs à la marche de nos ennemis et à celle de nos troupes. Une lettre de Guermeur à laquelle était joint un arrêté du district te fera connaître à cet égard tout ce qui m'a été communiqué. Il importe beaucoup d'empêcher aux brigands l'entrée du Morbihan, parce que les campagnes fanatisées grossiraient leurs forces et leur offriraient de puissants secours. Sous ce premier point de vue, la présence d'un député à Pontivy ou à Vannes et son séjour dans l'une de ces villes pendant le moment du danger est indispensable pour contenir le département et en garantir l'entrée. D'un autre côté, Saint-Malo est le but où tendent les rebelles, et s'ils étaient une fois maîtres de ce port, pouvant recevoir des secours par mer, et communiquer avec les ennemis de Jersey et Guernesey, ils pourraient étendre au loin

leurs ravages dans ces contrées et s*y soutenir longtemps. Je vais donc droit à Saint-Malo, sans passer par Saint-Brieuc, ce qui allongerait inutilement ma route, puisque j'apprends qu'à Saint-Brieuc il y a un député. Je serai demain de bon matin à Saînt-Malo, et dès lors je suis tranquille. Le peuple de Saint-Malo est électrisé, et bien dirigé il ira bien.

« Je t'embrasse, ainsi que Blavier, Parmentier, Quesnel, Barbier, Lacroix, Renaud, et tous nos montagnards. Les paysans de réquisition dansent la carmagnole, et leur esprit paraU excellent. Écris-moi de temps en temps droit à Sain t-Malo. Tu ne pourras, je crois, qu'approuver les motifs qui me font quitter Saint-Brieuc. On dit que le port de Granville pourrait être menacé; en cas de besoin, j'irai. C'est la côte surtout qu'il faut garantir. »

20 Brumaire.

A Prieur de la Marne,

Plus j'approche, et plus je vois que le danger de Sainl- Malo est pressant, aussi je vais m'y jeter sans passer à Saint-Brieuc où je n'ai rien à faire. J'écris au général Tribout, qui doit être à Saint-Brieuc demain ou ce soir, et je pars de suite pour être moi-même demain de bonne heure à Saint-Malo. Pocholle est à Rennes avec Francastel, Carrier et Garnier. Je crois qu'il sera bien utile qu'avant de gagner Vannes ou Pontivy, tu purges bien vite le port la Liberté, et achève de révolutionner Lorient par le comité révolutionnaire et la terreur à l'ordre du jour. Après quoi tu seras bien désiré pour garder l'entrée du Morbihan dont tu auras préparé la défense. Car le plus grand mal nous vient des autorités constituées qui trahissent et du peuple qu'on égare. Les villes ne sont pas prises, mais livrées, et plusieurs

m UNE MISSION EN VENDÉE, 1793.

campâmes paraissent ouvertement triompher à rapproche des rebelles. J'ai fait le plus affreux des voyages: plui€, hache renversée, voiture hrisée, soupente cassée; avec cela mes yeux, ma poitrine et ma tête aussi malades que possible. Tout ira bien si je gagne une fois -Saint-Malo. La route par terre est très peu sûre. Je prends à Dinard le passage de Mo. Si nous pouvons sauver Dinan, Saint-Malo sera couvert. Mais Dinan est sans défense et Tennemi à ses portes. Il nous faut des canons, des armes, des subsistances, dé 1^ cavalerie; nos paysans sont désarmés et sans vivres. Je vais courir toute cette nuit comme la précédente; je dormirai quand je serai à mon poste. L'ennemi s'avance de Dol à Minau, à moitié chemin de Dinan; on craint fort pour cette dernière ville .

Çe lundi 11 novembre 1793, vieux style; et, suivant Tére républicaine, ce primidi, premier jour de la troisième décade du mois de brumaire, deuxième de l'An second de la République une et indivisible.

J'arrive à Saint-Malo sur les quatre heures de l'aprèsmidi ; je vais à la Société populaire.

J'écris la lettre suivante à Pocholleet Carrier, députés en mission à Rennes:

«Je m'empresse, citoyens, de vous prévenir de mon arrivée à Saint-Malo, où votre collègue Prieur de la Marne, avec qui j'étais à Lorient, m'a engagé à me rendre, dès qu'il a connu la marche des rebelles. Je suis autorisé par la mission qui m'est confiée à prendre toutes les mesures nécessaires d'utilité et de sécurité publiques que les circonstances me feront juger convenables. Mais ces mesures ne pouvant être bonnes qu'autant qu'elles seront combinées avec les vôtres, et l'ensemble des opérations pouvant seul en assurer le succès, je

VOUS prierai de correspondre avec moi et me transmettre lés plans que vous avez arrêtés, afin que je puisse concourir à leur exécution. Je vous transmettrai de mon côté tous les renseignements que je pourrai recueillir, et je ne négligerai rien pour justifier la confiance qui m'appelle ici dans un moment de crise. Je n'ai encore que des notions très vagues sur la marche et les desseins des ennemis, sur leur position et celle de nos troupes • mais il me semble qu'il serait d'abord bien important de couvrir Dinan, qui est en quelque sorte la porte d'entrée du côté du département des Côtes-du-Nord. Espérons que les rebelles seront tellement cernés par nous qu'ils trouveront ici leur tombeau. Et surtout gardons bien nos forts, afin qu'ils n'aient de communication ni avec l'Angleterre, ni avec les émigrés de Jersey et Guernesey.

« Saint-Malo paraît ne point manquer d'hommes, mais il est à craindre qu'il vienne à manquer de vivres, si on ne nous en envoie tous les jours. L'esprit du peuple est très bon, et le courage et l'espoir semblent croître en proportion du danger. On soupçonne que les rebelles pourraient bien avoir ici quelque intelligence. Je vais prendre les mesures les plus actives pour les découvrir ; je vous ferai part du résultat de mes recherches.

«P.-iS. — Le citoyen Gadenne vient de me communiquer un plan qui tendrait à cerner Farmée catholique, et me paraît avoir plusieurs avantages. 11 faut en finir avec la Vendée. Je vous prie de m'écrire et me transmettre les renseignements d'après lesquels je pourrai diriger ma conduite. »

22 Brumaire.

J'écris la lettre suivante à Prieur de la Marne :

« Me voici dans Saint-Malo, mon bon ami. Mon pre-

mier soin est de t'écrire, et la première occasion qui s'offrira sera saisie par moi pour te faire parvenir cette lettre, que je prierai le district de Lamballe de t'envoyer aussi promptement que possible à Pontivy ou à Lorient. Mon arrivée ici n'a pas été inutile pour électriser le peuple qu'on cherchait à décourager et intimider, l'aristocratie levait une tête audacieuse à l'approche des brigands. Déjà quelques personnes avaient quitté la cocarde tricolore, et bientôt sans doute elles auraient pris la cocarde blanche. La municipalité semble voir tout cela d'un œil indifférent. Comme elle est très mauvaise, entachée de fédéralisme, et que les sans-culottes s'en plaignent, je crois qu'une mesure de sûreté publique très urgente est sa destitution, et je vais m'en occuper; caria complicité des autorités constituées avec les brigands leur a ouvert plus de villes que leurs armes. Nous allons couvrir la côte, pour ôter a l'armée catholique toute communication avec l'Angleterre et les émigrés de Jersey et Guernesey qui pourraient leur faire passer des secours. La côte étant bien couverte, nous avons des forces à Avranches qui garantiront Granville et empêcheront les rebelles de gagner la Manche et le Calvados du côté de Fougères, dans la partie qui avoisinele ci-devant Maine. Nous avons à Crue la garnison de Mayence, qui peut empêcher l'ennemi d'entrer dans les départements de l'intérieur. Le fort de Château-Neuf est, d'après les rapports qui me sont faits, imprenable. Rennes est très bien gardée et défend l'entrée d'une grande partie de la ci-devant Bretagne ; il ne s'agira que de garnir les points de Lamballe et de Brieux pour couvrir le Finistère, les Côtes-du-Nord et le Morbihan; Pontivy et Vannes seront aussi bons à renforcer, pour que, dans le cas d'une trouée, les campagnes du Morbihan qui

voudraient se joindre aux rebelles fussent contenues. Il serait infiniment dangereux, vu leur mauvais esprit et le grand nombre de bois et forêts qui offriraient des retraites favorables aux brigands de ne pas prendre les mesures les plus actives pour prévenir sinon leur approche, puisqu'ils ne sont déjà que trop près de nous, du moins letir dispersion dans ces contrées ; au moyen d'une dispersion de nos forces telle à peu près que je viens de l'indiquer, l'armée chrétienne, qui ne compte guère, à ce qu'il paraît du moins^ que dix ou douze mille soldats, sera bientôt détruite, et les catholiques brigands auront ici leur tombeau. Je viens d'écrire à Carrier et à Pocholle. Écris^moi, je t'en prie. Si j'avais ici une compagnie de cent volontaires montagnards de Lorient, avec un pareil nombre de Spartiates déterminés, il y aurait plus d'une bonne expédition à faire. Les brigands ont abandonné Dol et sont à Pontorson. « Nos prisonniers de Dinan sont ici à bord d'un bâtiment. Je veillerai à ce qu'il n'en échappe aucun, et jrendrai les capitaines des vaisseaux qui les gardent responsables. Ils demandaient des souliers au conseil de la commune, qui délibérait sur leur demande; j'y ai été : j'ai dit que nos frères, les soldats de la liberté, manquaient de souliers, et j'ai fait passer à l'ordre du jour. Je vais désigner une maison sûre et bien gardée pour les prisonniers malades. Demain je fais la visite de tous les postes et passe la revue des corps. Leur esprit est bon; il y a un brave commandant dans la place. Je rappelai hier au club l'engagement qui lie quinze cents citoyennes et neuf cents citoyens de Saint-Malo de répondre à la République française de leur port et de leur ville. Je leur ai dit que, l'ayant pris avec eux, je venais avec eux le remplir. Ils le renouvelèrent. Us m'ont demandé à changer le nom de leur ville, et je leur ai

donné le nom de Gommune-la-Victoire, en les invitaÇnt à profiter de la circonstance pour justifier une aussi belle dénomination ; ils doivent écrire à la Convention nationale pour la prier de la confirmer. J'ai donné les Boms de port des Sans-Culottes et port de la Montagne xax ports de Saint-Thomas et de Saint- Vincent. L*arinée chrétienne, ne voyant plus de noms de saints, n'osera plus entrer. Sur la façade des portes sera cette inscription : La Victoire, Ville Montagnarde. On ne crie ici que : « Vive là Montagne » et je travaille à électriser le peuple et les soldats. L'enthousiasme chez le Français est le garant assuré de la victoire.

« Si tu n'es plus à Lorient, fais-moi le plaisir de m'envoyer copie de ma lettre à nos frères de la Société de la Montagne. Réponds-moi hien vite. Adresse-moi des exemplaires du rapport de Vannes. Nous avons pris des chevaux et fait quelques prisonniers. On doit m'amener demain un de ces chrétiens; je te dirai quelle mine ils ont. L'armée catholique paraît se diriger vers Granville ; il y a beaucoup de forces, d'après le rapport qui m'a été fait. Écris-moi vite, mon bon ami. Envoie, je te prie, copie de ma lettre à tes collègues à Brest; je n'ai pas le temps de leur écrire, et cependant, il est très utile qu'ils sachent tout ce qui se passe ici. Le général Tribout entre aujourd'hui dans Dinan avec bon nombre dé républicains.

«11 y a ici des intelligences avec les brigands : je suis à la piste, et j'espère les découvrir. »

23 Brumaire.

Je donne Tautorisation suivante ;

«Vu la demande à nous faite par M. le C. Najac, chef principal des bureaux civils de la marine, de faire pré-

UNE MISSION EN VENDÉE, 1793. Tl

parer dans Thôpitaldu Rozay un local propre à recevoir les prisonniers anglais malades,

« Le Commissaire du Comité de Salut public de la Convention nationale, en vertu des pouvoirs qui loi sont confiés,

a Considérant que Thumanité réclame un asile poui ceux des prisonniers qui, étant à bord des bâtiments de la République, pourraient tomber çialades, — autorise le chef principal des bureaux civils de la marine à faire préparer pour cette destination Thôpital du Rozay, en y joignant la maison nationale adjacente qu'occuperont les officiers de santé; lui recommande express sèment d'avoir à prendre les mesures* les plus actives, de concert avec le chef de brigade Cadenne, pour qu'aucun des prisonniers ne puisse s'échapper, ceux auxquels sera confiée leur garde étant responsables de leurs personnes. » .

Je fais la visite des postes et passe la revue des trou-pes.

Hier on m'avait apt)ris que les brigands avaient abandonné Dol ; aujourd'hui, j'apprends qu'ils sont maîtres d'Avranches.

Je prends l'arrêté suivant i

i< Le Commissaire du Comité de Salut public de la Cofivention nationale chargé de prendre toutes les mesun» de sûreté publique réclamées par les circonstances,

« Considérant que la première de ces mesures est l'interception des correspondances des personnes suspectes, pour découvrir les intelligences qui pourraient exister entre elles et les ennemis ; considérant que le salut public ne permet pas de négliger cette mesure, et que devant le salut public doivent disparaître toutes

les considérations particulières, arrête que le Comité de surveillance établi à Saint-Malo devra dès ce jour saisir à la poste toutes les correspondances des personnes notoirement suspectes, sauf à leur faire tenir celles qui ne traiteraient que d'affaires particulières; le présent arrêté devant servir d'ordre auprès du directeur de la poste, qui est requis ^ d'en seconder l'exécution. »

24 Brumaire.

« Vu la demande à nous faite par le commandant Najac, chef principal des bureaux civils de la marine,

« Le commissaire du Comité de Salut public de la Convention nationale investi de pouvoirs par les députés en mission dans les départements maritimes, arrête que les officiers commandant les bâtiments sur lesquels sont détenus les prisonniers de guerre demeurant personnellement responsables de ces prisonniers confiés à leur garde, doivent en conséquence prendre toutes les mesures et requérir les forces suffisantes pour qu'aucune évasion ne puisse avoir lieu. »

J'écfis à la municipalité de Granville la lettre suivante :

« Je suis instruit en ce moment, citoyens, que les brigands sont thaîtres d'Avranches; il paraît probable qu^ils dirigeront leur marche sur Granville. Le général Peyre doit avoir pris des mesures pour défendre cette place. Je vous invite à me transmettre de suite l'état où elle es^t, afin que je puisse calculer les moyens de défense qui vous sont nécessaires. Rappelez à vos concitoyens rengagement solennel qu'ils ont prêté entre mes mains, et. que j*ai transmis à la Convention natio-

nale, de répondre de leur ville, de leur port, et de leur territoire. Si, dans votre commune, il se trouve seulement cent républicains déterminés, cet engagement peut être rempli sans peine. Les brigands dont nous avons vu Tarmée à Dol sont sans ordre, sans armes, et, pour peu qu'on leur oppose résistance, seront repoussés. Montrez-vous donc ce que vous avez promis d'être, et songez à vos serments : vaincre ou mourir. Je vous rends responsable de votre ville ; prenez sur vous toutes les mesures de défense; vous serez secondés. Que les brigands ne souillent point vos murs, et que les citoyens de votre ville, encouragés par vous, se montrent les dignes enfants de la République. »

24 Brumaire.

Au général Peyre : « Je dois vous faire connaître une action digne d'être connue de toute la France, et que la Convention nationale s'empressera sans doute de récompenser dans la famille de celui qui en est l'auteur. C'est le chef de brigade Cadenne^ commandant dans la place, qui m'en a transmis le récit. Le brave Corbinet, aubergiste au vieux bourg de Minéal entre Dol et Dinan, a vu sa maison envahie par les brigands. Ces scélérats, après avoir tout dévasté chez lui, ont voulu le forcer à crier : Vive le roil menaçant de l'égorger, s'il refusait. «Vous pouvez me tuer », leur a-t-il dit, « mais je ne mourrai que républicain : <( Vive la République ! » Les monstres l'ont immolé. »

24 Brumaire.

Je reçois dans l'après-midi des lettres de Cancale qui m'annoncent qu'on entend le canon de Granville et

que des frégates anglaises ont été vues et signalées. J'écris à PochoUe la lettre suivante :

24 Brumaire.

« Je vous envoie, citoyen, trois extraits de lettres, que j*ai successivement reçues et que j'ai cru devoir vous transmettre. Si Le Carpentier n'était pas à Granville, j'y serais déjà, et j'électriserais le courage de nos soldats républicains. Mais votre collègue était au milieu d'eux et ma présence y devenant inutile, je me suis déterminé à rester au poste où Prieur m'avait appelé pour concerter les mesures que pourraient exiger les circonstances. Je désirerais beaucoup, si le siège de Granville continue et si les brigands ne sont pas repoussés aussi promptement qu'on doit l'espérer, que nous pussions les prendre par la queue et par le flanc, les mettre entre deux feux et finir une bonne fois avec ces scélérats. Ne pourrait-on pas faire marcher des forces sur Avranches pour les obliger à se diviser et seconder ainsi nos frères de Granville? Je vous prie de me faire savoir de suite par un courrier ce que vous jugez convenable. Je m'empresserai de vous communiquer toutes les nouvelles que je recevrai. Voici ma quatrième lettre. J'attends avec impatience la certitude que mes trois lettres précédentes vous sont parvenues et que Prieur a reçu celle qui lui était adressée.

« Je reçois en ce moment, citoyen, votre lettre ou ta lettre, pour nous conformer à l'invitation (qui est pour les patriotes une loi), que la Convention nationale a faite aux républicains de se tutoyer mutuellement. La

marche des ennemis annonce qu'ils veulent se jeter dans la Manche et le Calvados. Jignore si de ce côté nous avons des forces, mais dans le cas où ils seraient même repoussés, il se pourrait ou qa'itts refluassent ou qu'ils gagnassent Gancale, qui est un point important et il faut prendre des mesures en conséquence. Si nous avions ici seulement deux mille hommes de plus, nous irions à Pontorson, Avranches, et nous leur livrerions un double combat. Demain matin j'aurai des nouvelles. »

24 Brumaire.

J'écris au général Tribout. Je l'invite, à son arrivée à Dol, à placer un fort poste au pont de Vivier pour arrêter ceux qui voudraient passer par la digue de Cïheruex. Je lui demande communication prompte du mouvement et de la disposition de ses forces et du nombre des républicains qui l'accompagnent. Je me plains de n'avoir eu aucune réponse à deux lettres que je lui ai successivement écrites à Saint-Brieuc et à Lamballe, et je lui montre que de l'ensemble des opérations dépend leur succès, et que je ne puis combiner les mesures que je dois prendre qu'autant que je les accorde avec celles qui sont prises autour de moi.

24 Brumaire.

J'écris aux députés à Brest la lettre suivante :

« J'ai plusieurs fois écrit, citoyens, à votre collègue Prieur, en l'invitant à vous faire passer, comme plus voisin de vous, la copie de mes lettres que je ne pouvais vous faire faire moi-même, étant accablé d'occupations. Je profite aujourd'hui du courrier que Labrouche vous adresse pour vous dire en peu de mots quelle est

notre situation actuelle. Nous avons craint un instant que Tarmée catholique ne s'adressât à Saint-Malo, où les intelligences qu'elle pQUvait avoir et qu'elle avait sûrement, ainsi que la terreur qu'elle avait eu soin de répandre parmi le peuple en faisant sonner bien haut la rapidité de sa marche et la prise de plusieurs villes, ne laissaient pas de donner quelques inquiétudes.

« Déjà quelques aristocrates dans le délire de leurs . espérances, croyant la ville prise, avaient quitté la cocarde tricolore, insultaient les patriotes et faisaient hautement l'éloge des brigands. J'invitai le commandant de surveillance à prendre des mesures plus actives et plus sévères que jamais pour faire saisir tous ceux qui n'auraienl point la cocarde et qui tiendraient des propos séditieux. Depuis, sur la demande qui m'en a été faite par plusieurs patriotes et d'après les avis qui m'ont été donnés, j'ai autorisé le commandant de surveillance à intercepter les correspondances extérieures des personnes notoirement suspectes.

(( Les rebelles ont quitté Dol et pris Avranches, qui paraît n'avoir pas résisté, et dont la garnison, composée de onze cents paysans a, dit-on, bravement pris la fuite. Je n'ai pas encore les détails officiels de cette dernière affaire. Les rebelles se sont portés sur Granville et nous avions lieu de nous y attendre. Nous y avons de quatre à cinq mille hommes. J'ai cru devoir suspendre dans ces circonstances le départ des bâti* ments anglais parlementaires qui sont ici pour l'échange des prisonniers. »

25 Brumaire.

Je reçois, ce matin, un courrier de Granville qui m'annonce que dix mille républicains défendent cette place, mais qu'ils manquent de munitions.

J'écris au moment même la lettre suivante au comité militaire établi à Saint-Malo :

(( Je reçois, citoyens, la demande très instante des habitants de Granville de leur envoyer sur-le-champ des munitions. Vous sentez de quelle importance il est que nos braves frères d*armes, qui défendent avec courage une place importante, soient secondés de tous nos moyens. Votre zèle m'est un garant de l'activité que vous donnerez à l'exécution de l'arrêté que je vous envoie; il s'agit de faire parvenir sans retard des cartouches, des munitions, tout ce qu'il est possible de réunir, soit dans les forts qui avoisinent cette place, soit dans les navires de la République, soit même au camp retranché de Châteauricheux et ailleurs, pour tout embarquer sur une canonnière dont le départ ne doit pas être différé d'un seul instant. Je vous prie de me rendre compte dans la matinée des mesures prises pour faire partir sans retard les munitions qu'on réclame. Vous vous occuperez aussitôt de les faire remplacer et de faire aussi remplacer celles que la municipalité de Cancale a fait passer à Granville. »

25 Brumaire.

J'écris aux députés en mission à Brest :

(c On se défend vigoureusement à Granville. Le feu a commencé hier à dix heures de l'après-midi. Labrouche est à Cancale oîi il concerte ses mesures avec les miennes. Je viens de faire partir des munitions, cartouches et boulets de 24 pour Granville par le cotre le Hardi, Il nous faudra ici des munitions et des vivres; Granville en aura besoin et ne peut rien maintenant recevoir que par mer. — Je viens d'interroger plusieurs prisonniers. L'armée des brigands parait sans ressource.

m UNE MISSION EN VENDÉE, 1793.

La plupart se repentent de leur erreur, et n'attendent, disent-ils, qu'une amnistie pour abandonner leurs chefs qui ne cherchent eux-mêmes qu'à abandonner leur armée pour se sauver. Tel est le résultat de tous les interr rogatoires. On évalue à deux mille le nombre des brigands tués devant Granville. Nous avons perdu peu de monde. »

24 Brumaire.

A la municipalité de Dol : « Je reçois votre lettre, citoyens, et je vous annonce que j'ai prévenu vos désirs en écrivant hier au général Tribout de se porter dans votre ville avec le plus de forces possible pour fermer d'un côté la route de Gancale, protéger de l'autre votre commune et maintenir les campagnes d'alentour, oh pourront aussi être pris plusieurs des ennemis fuyards. Quant à ce qui concerne la justification de votre garde nationale, je me plairai à recueillir tous les détails qui pourront me prouver que votre commune n'est nullement coupable de l'invasion des brigands. »

ARRÊTÉ

« Le commissaire du Comité de Salut, etc., envoyé par les représentants du peuple près les côtes de Saint- Malo;

(( Considérant que le moyen le plus puissant d'alfermir la liberté est de préparer la génération naissante à la défendre, que tout enfant d'une République doit être soldat, prêt à porter les armes pour repousser les ennemis de sa patrie, que le courage, compagnon et garant de la victoire, est l'essence du républicanisme et que le courage naît de l'habitude des exercices militaires et du mépris des dangers ;

« Considérant que ces motifs ont déjà dicté plusieurs arrêtés des députés en mission dans les différents départements pour faire organiser les jeunes enfants en bataillons et les faire exercer de bonne heure au maniement des armes, afin qu'ils puissent un jour, si la patrie les réclame, imiter les généreux exemples de leurs pères et voler dans les combats contre la tyrannie ;

« Considérant que les citoyennes de cette commune qui rient d'adopter le nom de la Victoire et qui ont prié la Convention nationale de confirmer par un décret cette dénomination nouvelle, ont contracté rengagement solennel et sacré, les mères de famille d'élever leurs enfants dans l'amour de la patrie, de leur apprendre que tout homme librç doit préférer la mort à l'esclavage; les jeunes citoyennes de n'unir leurs mains qu'à des mains républicaines, de n'épouser que des citoyens qui auront bien servi leur pays : qu'il importe de seconder un aussi noble engagement dont le but est de donner plus d'énergie à l'enthousiasme républicain et dé rendre les habitants de la Victoire plus dignes enfants de la Victoire et de la République ;

« Considérant que si le moment actuel ne permet de donner aux jeunes enfants organisés en bataillons ni des fusils, ni des piques pour s'exercer, ni des instructeurs pris dans la garde nationale, parce que les armes et les soldats sont en réquisition pour la défense de la patrie, on pourra d un côté les mettre sous la surveillance et la direction des vieillards vétérans pour associer les deux âges qui naturellement semblent se rapprocher, et préparer de bonne heure l'enfance au respect qu'elle doit porter à la vieillesse ; de l'autre, en armant leurs mains de simples bâtons au lieu de fusils et de piques, leur apprendre que toute arme est bonne pour combattre la tyrannie, et que l'audace et

la valeur sont les seules armes qu'accompagne le succès ;

« Considérant qu'à ces deux premiers avantages d'exercer et d'aguerrir l'enfance, de l'attacher de bonne heure à la patrie, se joint celui d'une bonne éducation morale et physique, par l'habitude de l'obéissance et du respect envers la vieillesse, et par le développement des forces du corps ; que cette réunion des enfants en petits corps militaires, leur rapprochement mutuel formera d'avance entre eux les liens de la vie sociale, leur fera mettre en pratique les principes de la liberté, de l'égalité et de la fraternité dans lesquels on aura soin de les élever.

« Arrête ce qui suit :

« Article premier. — Les enfants de la commune de Saint-Malo, depuis neuf jusqu'à seize ans, seront organisés en bataillon appelé l'Espoir de la Patrie, et ces mots serviront d'inscription au drapeau tricolore qui sera donné à ce bataillon.

« Art. 2. — L'organisation du bataillon de l'Espoir de la Patrie et le soin de l'instruire seront confiés à six braves vétérans que désignera la municipalité de concert avec le comité de surveillance, les vétérans qui seront chargés de cette commission devant être des républicains prononcés.

« Art. 3. — Gomme tous les enfants sans distinction compris dans l'âge ci-dessus indiqué, ceux des riches comme ceux des pauvres, devront entrer dans le bataillon qui sera formé, et que les uns pouvant avoir un uniforme, tandis que les autres ne pourraient en faire la dépense, il résulterait de cette différence de costume un commencement d'inégalité qui serait d'un mauvais exemple et contraire au but de l'institution même, il n'y aura dans le bataillon de l'Espoir de la Patrie d'au-

tre uniforme que le bonnet rouge, signe de la liberté, et les cheveux plats, signe de la simplicité, sa compagne ordinaire.

« Art. 4. — Les jeunes républicains composant le bataillon seront armés de bâtons pointus en attendant qu'ils puissent avoir des piques ou des fusils proportionnés à la faiblesse de leur âge.

« Art. 5. — Ils seront exercés deux fois chaque décade par les vétérans chargés de ce soin.

«Art. 6. — Le bataillon sera organisé conformément aux dispositions des décrets de la Convention nationale relatifs à cette opération.

« Art. 7. — L'exécution du présent arrêté est confiée au zèle et au patriotisme des pères et mères de famille, des jeunes républicains, des vieillards vétérans, du co^ mité de surveillance et de la municipalité.

'< A Saint-Malo, le... etc.

25 Brumaire. , ARRÊTÉ

« Le commissaire, etc.

« Vu la lettre de Prieur, député e» mission, qui lui annonce que les soldats républicains actuellement à Dinan sont prêts â se porter sur Dol et à la poursuite des brigands, mais qu'ils manquent absolument de souliers ; vu Turgente nécessité de leur en fournir pour que leur marche ne soit point retardée et le devoir imposé à tout bon citoyen de faire tous les sacrifices que la patrie réclame, en vertu des pouvoirs à lui confiés, arrête ce quji suit :

« Article PREMIER. — Tous les cordonniers sont mis en état de réquisition permanente et dispensés momentanément du service. Ils devront rendre compte de l'emploi de chacune de leurs journées à la municipalité, qui

nommera deux membres pour surveiller leurs travaux.

« Art. 2. — Tous les cuirs sont en réquisition et les cordonniers autorisés à requérir les autorités constituées pour s'en procurer partout où ils en pourront avoir.

« Art. 3. — Tout citoyen ayant deux paires de souliers devra en céder une à la République.

« Art. 4. — Le présent arrêté devant avoir d'abord son exécution dans les deux communes de Saint-Servan et de Saint-Malo, les sociétés populaires de ces deux communes nommeront chacune trois de leurs membres pour recevoir, avec un membre de la municipalité, les paires de souliers qui seront cédées par les citoyens.

^< Art. 5. — Les paires de souliers ainsi cédées à la République seront de suite estimées et le prix en sera payé par la municipalité.

« Art. 6. — Tout citoyen qui serait reconnu pour n'avoir pas rempli les dispositions du présent arrêté, sera nommé publiquement comme ayant refusé à ses frères d'armes les secours que réclamait la patrie.

« Art. 7. — La municipalité et société populaire de Saint-Servan et de Saint-Malo sont chargées de l'exécution du présent arrêté qui sera proclamé et publié dans les deux communes.

<' Art. 8. — Son exécution est aussi confiée au patriotisme des bons citoyens. »

25 Brumaire.

J'écris à Prieur de la Marne :

« Me voilà content, je vais où tu es, nous allons nous rejoindre. Je vais t'envoyer force souliers. Faites-moi venir des munitions et des provisions de bouche. Granville tient bon, mais il lui faut des aliments pour les

canons, les fusils et les hommes. J'aimerais mieux l'envoyer les souliers à Dol qu'à Dinan. Nos camarades les prendraient en route. Qu'en dis-tu? Je puis encore avoir réponse demain grand matin. Je t'embrasse. »

25 Brumaire.

J'écris au comité militaire :

« Je vous requiers, citoyens, de préparer sans délai le départ pour Granville d'une compagnie de canonniers républicains, braves et bien exercés. Voici ce qu'écrit le député Carpentier, et en vous transmettant sa lettre, je vous Indique ce que vous devez faire : « Oui, citoyen, « Granville est assiégé : l'attaque est vive et la défense « opiniâtre. Cependant lorsqu'il ne s'agit pas seule- « ment de soi, mais du salut de la République entière, « la prudence, d'accord avec le patriotisme, exige que <( de nouveaux moyens de résistance soient ajoutés à <( ceux que nous opposons depuis hier deux heures de « l'après-midi sans aucune interruption. En effet, nos « munitions se consument dans des postes nombreux « et nos subsistances s'épuisent pour une garnison où « il y a beaucoup de contingents non armés, ce qui « augmente le nombre des bouches inutiles. Dans ces « conjonctures je regarde comme indispensable que « vous fassiez parvenir sans délai à Granville tout ce « qu'il y a de disponible en munitions de guerre et « de bouche tant à Saint-Malo que dans les lieux en- « vironnants. J'attends ces secours avec impatience, « et le salut public les réclame. Le canon et la mousque- « terie roulent sans cesse. Nous résisterons tous seuls « jusqu'à l'épuisement de notre poudre et de notre « sang, mais pour vaincre il nous faut des canonniers « surtout. Nous ignorons encore le nombre de nos en- « nemis; tout ce que nous savons c'est que leurs colon-

« nés sont très étendues, et très acharnées. Des ca- « nonniers, surtout des munitions, des subsistances et « des fusils. » Pour préparer l'envoi de tous les objets demandés, ne négligeons rien. »

25 Brumaire.

Le procureur de la commune la Goisnière est autorisé à requérir dix hommes de la troupe qui s'y trouve pour arrêter les chefs de sédition et livrer à la justice ceux qui ont arboré la cocarde blanche et parlent de recevoir les brigands. Il sera fait aussi une perquisition exacte des meubles du citoyen Alexis Le Monier, le surplus de TafFaire, en tant qu'elle le concerne, étant renvoyé au juge de paix de Châteauneuf.

25 Brumaire.

J'écris au comité militaire établi à Saint-Malo la lettre suivante :

« J'ai reçu votre lettre, citoyens, et la note des objets envoyés par vous. Je n'attendais rien moins de votre zèle et de votre patriotisme ; je vous remercie au nom de la République de l'activité que vous avez mise à secourir nos frères. Le patriote Blaire me fait offrir ce matin de joindre de l'eau-de-vie aux différents envois qui sont faits à Granville. Je vous invite à faire partir l'eau-de-vie qui nous est offerte avec les tonneaux de vin qui déjà sont embarqués. Je vous envoie copie de mon arrêté d'hier en vous priant d'accélérer l'envoi pour Dinan des souliers qui ce matin vont être remis. Occupons-nous aussi de remplacer les provisions de bouche et munitions de guerre dont nous sommes obligés de nous dégarnir. »

26 Brumaire.

« Marc-Antoine JuUien, commissaire du Comité de Salut public de la Convention nationale,

« Sur les plaintes multipliées qui lui ont été faites contre la municipalité de Saint-Coulomb qui paraît s'acharner contre les patriotes et protéger les fanatiques et les contre-révolutionnaires,

« La prévient fraternellement que si de pareilles plaintes qui déjà sont appuyées de faits se renouvellent encore et que si elle continue d'opprimer les bons citoyens, il sera pris des mesures sévères et placé une garnison dans la commune aux frais de sa municipalité pour mettre à la raison les agents du fanatisme et de l'aristocratie. »

26 Brumaire.

« M.-A. Jullien à Labrouche, secrétaire des députés en mission près les côtes de Brest et de Lorient.

« Point d'inquiétude, mon bon ami, je ne dormais pas ici et tout est fait. Des munitions, des vivres, des canonniers ont été envoyés à Granville, des provisions de bouche sont parties pour nos frères de Cancale, et les munitions dont Cancale s'est dégarnie doivent maintenant être remplacées. Le Comité militaire chargé de l'exécution des différents arrêtés que j'ai pris à cet égard, s'en occupe avec activité. J'ai aussi fourni des souliers pour nos frères de Dinan qui marchent sur Dol et sur Granville. Jean-Bon arrive, tout ira bien.»

26 Brumaire.

Différentes décisions données au chef principal des bureaux civils de la mairie de Saint-Malo :

« 1° Je pense qu'il n'y a dans ce moment aucun inconvénient à nous conformer aux ordres du ministre relativement à l'échange des prisonniers. Outre l'avantage de rappeler dans leur patrie plusieurs de nos concitoyens, nous nous débarrassons de bouches inutiles et d'individus dont la garde occupe et des bâtiments et des soldats qui pourraient être plus avantageusement employés. Je vous engage donc à laisser libre la sortie des parlementaires, — Du 24 brumaire.

a 2° Je suis d'avis de ne point perdre de temps pour exécuter les ordres du ministre et de faire disposer à prendre la mer tous les bâtiments au-dessus de 200 tonneaux. — Du 24 brumaire.

« 3** Je suis d'avis de n'expédier pour le port de Brest que les ouvriers qui ne sont pas indispensablement nécessaires au port de Saint-Malo^ tant pour les constructions que pour les armements qui viennent d'être ordonnés. — 24 brumaire.

« 4° Sur l'observation qui est faite qu'un des cutters delà République a établi sa croisière avec une chaloupe canonnière, dans les parages entre Gancale et Granville, en exécution des ordres du député Carrier, et que le ministre ordonne Tenvoi de ces cutters à Brest, vu qu'il serait dangereux d'interrompre la croisière du cutter entre Granville et Gancale, comme aussi de faire suivre la destination indiquée pour Brest à l'autre cutter auquel la garde des prisonniers est confiée, je crois utile dans ces circonstances de suivre les ordres de Carrier plutôt que ceux du ministre et de différer l'envoi des cutters jusqu'au moment où les brigands seront éloignés de ces parages. Si le ministre pouvait connaître notre position actuelle, il serait le premier à donner une pareille décision. — 24 brumaire.

« 5*" Les marins destinés à la garde des prisonniers de

guerre à bord des bâtiments où ils doivent être placés répondront personnellement de ces prisonniers, et, s'ils quittent les bâtiments sans permission par écrit des capitaines, ils seront punis suivant toute la rigueur des lois. Cet ordre sera lu chaque jour à bord des bâtiments et il sera affiché auprès du grand mât. — 25 brumaire. »

26 Brumaire.

ARRÊTÉ

« Le commissaire, etc.

<( Vu la demande à lui faite par la société populaire montagnarde et républicaine de Saint-Malo pour l'élargissement des citoyens de Paramé mis en état d'arrestation par le commandant du bataillon de Seine- Inférieure, comme aussi pour la levée des scellés apposés sur les archives de cette commune, et pour la réorganisation de la société populaire, dont les séances ont été fermées depuis cette époque,

«Considérant que ceux dont une Société populaire et un comité de surveillance composés de patriotes connus garantissent le civisme, que ceux en faveur desquels ils. s'offrent pour caution, sont par là même lavés de la tache du soupçon qui paraissait les couvrir; considérant que les scellés apposés sur les archives de la commune entravent l'exécution des lois relatives aux actes civils de naissance et décès que l'interruption des séances d'un« société populaire reconnue pour patriote est une calamité publique, « Arrête ;

« Article premier. — Les citoyens de Paramé mis en état d'arrestation par le commandant du bataillon de Seine-Inférieure et cautionnés par la société populaire de Saint-Malo seront mis en liberté.

« Art. 2. -î- La citoyenne Nicole également cautionnée par la société populaire de Saint-Malo sera de même mise en liberté.

« Art. 3. — Les scellés apposés sur les archives de la commune de Paramé seront levés.

« Art. 4. — La société populaire de Paramé sera réorganisée, et cette réorganisation, à laquelle sont invités de concourir tous les citoyens et citoyennes de Saint-Malo, Saint-Servan et Paramé, aura lieu solennellement dans la journé du 27 brumaire présent mois.

« Art. 5. — Les citoyens Durville et Renoul, présidents des sociétés populaires de Saint-Malo et de Saint- Servan sont chargés de l'exécution du présent arrêté, qu'ils feront connaître à leurs sociétés respectives, et dont il remettront copie officielle au comité de surveillance de Saint-Malo pour Télargissement des détenus.

« Le commissaire, etc.

« A Saint-Malo, le... etc. »

28 Brumaire.

Je pars de Saint-Malo.

29 Brumaire.

De Dinan au chef de brigade Gadenne à Saint-Malo :

« Hâtez-vous de m'écrire à Dinan. Exécutez ce que je vous ai demandé. Sachez me dire s'il ne s'est point replié de nos troupes sur Ghâteauricheux et veillez à couvrir ce poste et celui de Cancale. J'écris à l'armée de Mayence qui va probablement nous seconder; il faut en finir avec l'armée chrétienne. — Il est indispensable que nous ayons le plus tôt possible deux cents outils, tant pioches, que masses, bêches et haches. Ayez soin de faire prévenir l'ordonnateur de la marine Najac qu'il m'envoie pour

ici les prisonniers jusqu'à nouvel ordre. Faites parvenir de suite la lettre ci-jointe pour Granville. Rassure tous nos frères que j'embrasse. Envoie-moi les lettres qui auront pu arriver pour moi que tu demanderas à Moulin. Qu'une correspondance fréquente s'établisse entre nous et qu'il. y ait désormais un peu de concert et d'ensemble dans toutes les opérations. »

29 Brumaire.

De Dinan aux députés Le Carpentier et Jean-Bon Saint- André à Granville :

« Je me rendis hier à Dol, citoyens, où je n'appris pas sans étonnement que l'action s'était engagée à Pontorson, et que notre armée toujours inférieure en nombre avait été mise en déroute. Je voulus me porter moi-même au lieu du combat pour y rallier les troupes ; mais je les trouvai sur le chemin tellement en déroute que rien ne fut capable de retenir les fuyards. Je fis donner aux portes de la ville les ordres les plus sévères pour qu'on pût les contenir. La cavalerie ellemême donnait l'exemple de la fuite la plus honteuse, et c'est à elle en partie qu'est dû notre mauvais succès. Bientôt Tribout lui-même arriva désespéré d'avoir été si mal secondé.

« La terreur était grande aussi dans la ville et la garnison à moitié vaincue. Je demandai aux généraux s'ils croyaient pouvoir tenir la place, et, sur leur réponse très négative, n'ayant plus aucun espoir d'être secondés par les autres troupes de la République qui devaient être à Antrain et à Saint-James, nous arrêtâmes, pour sauver les restes de notre armée, que nous leur ferions faire halte à Dol pour les rallier et que de suite ils se replieraient en ordre sur Dinan, pro-

tégés par de la cavalerie et deux pièces de canon qui formeraient Tarrière-garde. Nous crûmes devoir par là empêcher la dispersion totale des troupes dans la campagne voisine en leur assignant un point commun de réunion et couvrir une place importante qui est la clef de la ci-devant Bretagne. La retraite a eu lieu et j*ai fait refluer sur Dinan tout ce qu'il a été possible de trouver encore.de voitures de grains et de poudre. Ici nous allons prendre tous les moyens de défense et réparer un échec qui n'aurait pas eu lieu s'il y avait eu cette activité de correspondance et ce concert d'opération qui seul assure le succès.

« Nous ignorons absolument la marche de l'ennemi. — Écrivez-moi.

« P, S. — Le patriote Gouverneur, commissaire du Comité de Salut public, que j'ai trouvé àDol revenant de Pontorson où il avait vu de près le feu et les brigands, m'a transmis en partie les détails que je viens de vous faire connaître. »

30 Brumaire.

Le député Tréhouard est prié de s'occuper à son arrivée à Saint-Malo des objets suivants :

1** Faire revenir de suite à Dinan les soldats de l'armée de Brest qui se sont dispersés après l'affaire de Pontorson ;

2» Nous envoyer le plus de souliers possible, car il nous en manque trois mille paires environ;

3** Nous envoyer des tentes pour trois mille hommes, des manteaux et faisceaux d'armes^ des gamelles, des marmites, des bidons, des pelles, des masses, des pioches, des sabres, des pistolets; mettre en réquisition et nous envoyer trois cents pantalons et trois cents

gilets qui sont chez le citoyen Rétif; le comité de surveillance donnera des renseignements ;

^° Recommander au chef de brigade Cadenne qu'il écrive ici journellement pour concourir à Tactivité de la correspondance qui doit exister entre tous les points.

30 Brumaire.

L'administration du district de Dinan est requise de prendre, pour avoir des nouvelles fréquentes et journalières, les mômes mesures qu'elle avait prises antérieurement, lors de la première alarme et me rendre compte des mesures prises et de leur résultat. — A Dinan

PROCLAHATION

«Les citoyens de Dinan sont prévenus que le bruit répandu de l'approche des brigands est absolument faux, qu'ils sont à peine à Dol et que du reste toutes Ires mesures sont prises pour les bien recevoir. 11 y a dans la place cinq mille républicains. On a pris tous les moyens de défense, et la garnison répond de la commune. Ceux qui répandent la terreur sont des malintentionnés, que tous les bons citoyens sont invités à arrêter. Espoir et courage, la crainte est pour nos ennemis seuls. Les patriotes et les républicains ne savent point craindre, mais prévenir les dangers, et les dangers sont prévenus. »

30 Brumaire.

Je forme un comité militaire, il se compose ainsi qu'il suit :

Chauvet, rue des Merciers; Roquelin, porte de Dinan ; Bellay, Gautier et Roulan, rue de la Chaux.

30 Brumaire.

J'écris au département des Côtes-du-Nord la lettre suivante :

«Je vous préviens,citoyens,que plusieursdes hommes qui se trouvaient dans Tarmée ont, après la déroute de Pontorson, pris la fuite et, ne se croyant pas même en sûreté à Dinan, ont reflué jusque dans le département des Côtes-du-Nord. Je vous prie de prendre les mesures les plus actives pour que tous les lâches fuyards soient arrêtés et reconduits à Dinan, où, s'ils ne sont pas dignes d*être soldats, on les emploiera comme pionniers. Tout va bien ici. Nous sommes en bon état de défense et bientôt ça ira mieux encore. Envoyez-nous des souliers, des gibernes, des pistolets et des sabres. Que tous vos concitoyens concourent avec vous à la défense d'une ville qui couvre votre contrée. Faites-moi part de ce que vous pourrez m'envoyer tant en munitions et en vivres qu'en effets d'armement, d'habillement et d'équipement et des mesures prises par vous pour remplir le premier objet de ma lettre. »

30 Brumaire.

Je passe la revue générale de toutes les troupes réunies à Dinan. Je charge l'adjudant général Robinet de prendre et de me transmettre tous les renseignements relatifs à la force effective de l'armée, à l'état de ses besoins, à la quantité de munitions, de vivres et d'effets d'armement, d'équipement et de campement nécessaires dans la circonstance, ainsi que les outils pour les pionniers.

!«' Frimaire.

Au Comité de Salut public de la Convention nationale :

« Nous ne vous écrivons que deux mots aujourd'hui, citoyens, mais nous vous devons la vérité, nous vous la dirons tout entière ; et, sans doute, il est facile encore de réparer les maux dont la cause est connue. Vous n'ignorez pas la longue inaction de Tarmée de Rennes qui laissait paisiblement dévaster par l'armée chrétienne les contrées d'alentour. On croyait voir sortir du cabinet de Rennes un plan bien concerté qui devait, par le concert des troupes républicaines réunies,assurer la déroute complète des brigands. Et, en effet, tant que nous ne leur opposerons qu'une portion peu nombreuse de nos forces, la trop grande infériorité du nombre sera toujours à leur avantage ; quand, par une réunion combinée de toutes les forces ensemble, nous les attaquerons de tous côtés en même temps, nous serons sûrs de les vaincre, un jour nous suffira pour les détruire. Le plan tant attendu de Rennes est encore à paraître, et cependant on nous en parle dans plusieurs lettres venues de Rennes, comme si nous en avions une parfaite connaissance. Maintenant voici deux faits qui prouvent le peu d'ensemble des opérations, et sans le concert de tous nos mouvements, sans l'activité de la correspondance nous* ne pouvons rien faire. La division de l'armée de Brest commandée par Tribout était partie de Dinan composée d'environ quatre mille quatre cents hommes, et le 28, sur les trois heures de l'après-midi, elle fut attaquée par Parmée chrétienne. On se battait à Ppntorson ; et dès la première nouvelle de l'approche de l'ennemi, sur les midi à peu près, on avait envoyé des ordonnances à Antrain,à trois lieues delà,pour pré-

venir de l'attaque Tarmée d'Antrain composée d'environ trente mille hommes. Quatre ordonnances envoyées successivement du champ de bataille à Pontorson avaient annoncé aux généraux à Antrain les mouvements de Tennemi avec qui Tarmée de Tribout était aux mains, les pressant en même temps de venir la seconder. S'ils l'eussent fait, les brigands pris entre deux feux étaient battus ; mais les généraux de l'armée d'Antrain ont trouvé plus convenable de ne point bouger, et notre armée trop inférieure en nombre, dépourvue de munitions, lassée après quatre heures d'un combat opiniâtre de ne point se voir seconder comme elle avait droit de s'y attendre, a été repoussée sur les sept heures du soir. Si l'armée d'Antrain, même sans faire diligence, eût seulement marché sur Pontorson une heure après la nouvelle qu'elle avait reçue de l'attaque, elle arrivait au moins sur les cinq heures, deux heures avant la déroute. Depuis, obligés de nous replier sur Dinan, où nous avons rallié les débris de l'armée, nous avons écrit trois fois à Antrain sans en avoir la moindre ré^ ponse . Les cavaliers envoyés à la découverte nous annoncent qu'un feu très vif a été entendu cette nuit, licous n'avons eu aucune nouvelle de l'armée d'Antrain,, qui cependant paraît avoir fait un grand mouvement. Comment voulez-vous que nous ayons des succès tant qu'on ne s'entendra pas mieux. Le général Vergne paraît, dans ces dernières affaires, s'être mal conduit.

<( Nous joignons à cette lettre un rapport sur l'afTaire dç Pontorson qui vous en donnera une idée juste. Nous joignons aussi notre opinion sur le général Tribout, qu'il est bon que vous connaissiez dans un moment où les uns pourraient chercher à exagérer son mérite, tandis que les autres lanceraient contre lui les traits de la calomnie. Tribout est un excellent patriote, un brave

soldat, un républicain courageux ; il a les intentions les plus droites et les plus pures, il est docile aux conseils qu'on lui donne; mais il n'a pas cette activité ni cette réunion de connaissances militaires, ni ce talent de gagner les esprits et les cœurs, si nécessaires à un général qui doit faire agir une grande masse d'hommes, qui doit tout surveiller, tout connaître par lui-même, diriger des mouvements de la plus haute importance, auquel est confié le salut de plusieurs villes et la vie d'un grand nombre d'individus. Tribout est mou de caractère, bon, mais sans fermeté, sans activité, et il n'a point la confiance du soldat, qui ne voit en lui aucune des qualités ni aucun des talents qu'un général doit avoir. Mais Tribout est essentiellement patriote, et quoique le patriotisme soit loin de suffire dans la place qu'il occupe, nous avons tant de scélérats, imbéciles ou instruits, qui commandent nos armées et nous trahissent ou nous perdent par leur stupide ignorance ou par leur intelligence criminelle, qu'un vrai sansculotte avide de conseils et docile à les suivre, quoique sans moyens par lui-même, est précieux à conserver. Aussi ne pourrai -je me résoudre à provoquer la destitution de Tribout^ quoique je sente, et sqn incapacité et le peu de confiance qu'il inspire ; mais je tâcherai d'y suppléer en le dirigeant et l'entourant de bons officiers... »

1er Frimaire.

Au général en chef de V armée d'Antrain,

« Nous sommes, citoyen, dans les plus vives inquiétudes sur votre compte; point de nouvelles, point de correspondance, aucune connaissance du plan arrêté. Nous vous avons écrit, vous n'avez point répondu. Si

VOUS nous aviez secondé à Pontorson, le^ brigands étaient repoussés. Nous avons entendu des canonnades cette nuit, et nous ne savons ni où vous êtes, ni où sont les ennemis. Écrivez-nous, au nom; du salut public, et que désormais nous sachions, les uns et les autres, tous nos mouvements, et qu'il y ait de l'ensemble et du concert dans nos opérations. Une de nos colonnes a dû se replier sur Antrain. Donnez-nous-en des nouvelles et renvoyez-la. Nous vous enverrons, aussitôt la réception de votre réponse, Tétat effectif de notre armée. »

!«' Frimaire.

« Nous sommes, mon bon ami, dans une vive inquiétude. Pourquoi ne nous donnes-tu pas de tes nouvelles? D*où viennent les canonnades entendues cette nuit? Est-ce de Tarmée où tu es? Nous ne savons ni le plan arrêté, ni la disposition, ni les mouvements des armées combinées. Instruis-nous, écris-nous, qu'il y ait de l'ensemble dans nos opérations, et ça ira. Nous écrivons une lettre un peu sèche au général, parce que nous sommes fâchés, et nous avons raison. Réponds-nous de suite. »

1er Frimaire.

Je requiers le citoyen Bataille, sous-chef des bureaux de la marine, d'envoyer de suite des ordres sur toute la côte, depuis Dinan jusqu'au port Saint-Hubert, afin que toutes les barques et bateaux qui se trouvent sur la rive droite de la rivière soient conduits à mesure qu'ils flotteront, du côté opposé, et ce pour éviter que les brigands ne puissent s'en emparer et s'en servir pour passer la rivière.

1er Frimaire.

J'écris au Comité de Salut public en lui envoyant Farrôté portant nomination du citoyen Robinet au grade d'adjudant général :

« Vu les besoins multipliés des soldats réunis à Dinan, et Turgente nécessité d'y pourvoir,' comme aussi d'établir Tordre et de resserrer les liens de la discipline;

« Vu l'utilité pour le bien du service d'un bon adjudant général, intelligent, actif, qui puisse s'occuper des détails et concourir avec les autres officiers de l'état-major, dont le zèle devra suppléer au petit nombre, à mettre l'armée sur un pied respectable,

« Arrête que le citoyen Robinet, capitaine de la troisième compagnie des grenadiers et chasseurs en réquisition du département des Côtes-du-Nord, remplira provisoirement les fonctions d'adjudant général, dont le grade lui est confié. Le présent arrêté devra être envoyé de suite aux députés près l'armée des côtes de Brest avec invitation de le confirmer et de le faire confirmer par le conseil exécutif. »

« Je vous envoie, citoyens, l'arrêté ci-dessus que j'ai pris en vertu des pouvoirs qui m'avaient été confiés par vos collègues Jean -Bon et Prieur. Il était urgent, comme vous le verrez par ma lettre même et par le considérant de mon arrêté, d'avoir ici un bon officier général. J'ai nommé un brave sans-culotte, intelligent, actif, qjii se bat depuis longtemps et qui a l'entière confiance des soldats, Guermeur vous l'attestera comme moi. Je vous prie, citoyens, de faire de suite confirmer sa nomination. »

ARRÊTÉ

« Le Commissaire, etc., envoyé près la division de Tarmée de Brest, commandée par Tribout,

« Yu Turgente nécessité de hâter les travaux de la redoute qui doit couvrir Dinan, vu la nécessité d'encourager le zèle des ouvriers employés à ces travaux.

« Arrête : que les chefs. des ouvriers tiendront une note exacte de la conduite des hommes qui travaillent sous leurs ordres, que d'après ces notes qui sont remises à ringénieur en chef, ceux des ouvriers qui seront reconnus n'avoir pas bien rempli leur devoir seront mis en prison et privés du quart de leur solde ordinaire ; que ceux, au contraire, qui seront reconnus avoir travaillé avec activité et avec zèle, recevront tous les cinq jours un supplément de paie qui leur sera accordé à raison de cinq sous en surplus de leur solde habituelle de la journée de travail. »

ARRÊTÉ

' « Le Commissaire, etc.

« Considérant qu'il importe de réunir toutes les connaissances locales aux connaissances militaires, pour prendre toutes les mesures utiles à la défense de la place ; vu la nécessité de donner la plus grande activité possible à l'exécution des mesures qui devront être prises, vu l'utilité d'entourer les officiers de l'armée de toutes les lumières propres à la diriger dans leur§ plans pour la conservation d'un pays qui leur est inconnu, et qu'ils ont à peine le temps d'étudier pour le d^fepdre, « Arrête:

« i" Il sera établi dans la ville de Dinanun comité militaire composé de cinq des citoyens de la commune les

mieux instruits des localités et les plus connus par leur zèle, leur patriotisme et leur intelligence.

« 2** Tous les officiers de l'armée sont invités à concourir aux travaux du comité en joignantlesconnaissances militaires qu'ils pourront avoir aux connaissances locales des membres du comité, cette réunion ne pouvant produire que les plus heureux résultats.

« 3** Le comité militaire est chargé de délibérer sur l'adoption des moyens de défense qu'il jugera les plus utiles, d'indiquer les points importants et menacés à couvrir, de concourir à procurer tous les objets d'armement, d'équipement et campement, en chariots pour le transport des grains, chevaux pour l'artillerie, vivres, fourrages et munitions, etc. ; de recevoir les interrogatoires des prisonniers, de rechercher et recueillir tous les renseignements les plus fréquents et les plus positifs sur les mouvements, la marche et la position de l'ennemi, de ménager dans la horde des brigands des intelligences secrètes et sûres pour connaître et prévenir leurs desseins, de réveiller par tous les moyens possibles le zèle, la confiance et le courage des citoyens et des soldats, de les rassurer contre les faux bruits que les malveillants pourraient répandre, d'activer la correspondance entre les différentes armées combinées contre les rebelles et d'avoir l'œil de la surveillance la plus prévoyante et la plus inquiète sur les besoins des troupes réunies à Dinan, et sur les moyens d'empêcher la division, l'indiscipline et le désordre que les agents de l'armée catholique et royale voudraient jeter dans l'armée républicaine, en un mot de provoquer l'adoption et de faciliter l'exécution de toutes les mesures utiles dans la circonstance.

« 4° Le comité militaire ne peut prendre parlui-môme aucune mesure, mais seulement faire exécuter celles

qui sont prises et lui sontconfîées,et de réclamer celles qu'il croit utile de prendre.

(c 5** Les membres composant le comité militaire sont Beslay, Boutan, Gautier, Roquelin et Ghauvel.

« 6** Deux des membres du comité seront successivement en permanence ; ils transmettront au commissaire du Comité de Salut public de la Convention nationale envoyé près la division qui est dans leurs murs les propositions qu'ils croiront avantageux de faire, et lui rendront compte des moyens pris par eux pour Texécution des mesures qu'il leur aura envoyées.

(( T" Le présent arrêté sera remis aux cinq citoyens composant le comité militaire pour leur servir de commission et leur indiquer la nature des objets dont ils devront s'occuper et le genre de fonctions qu'ils sont appelés à remplir. »

2 Frimaire.

Le comité militaire établi à Dinan devant surtout s'occuper à seconder l'exécution des mesures prises est requis de faire préparer de suite pour sept heures et demie du matin les bateaux disponibles propres au transport dans Saintr-Malo de quatre à cinq cents hommes qui devront partir au plus tard à 8 heures du matin.

Le comité militaire me fera part des moyens qu'il aura pris pour hâter les préparatifs qui lui sont confiés.

2 Frimaire.

Je reçois dans la nuit des dépêches de Tréhouard qui m'annonce une déroute complète des brigands dont partie paraît vouloir se replier sur Châteauneuf et Châteauricheux, et partie refluer sur Dinan. Le chef de brigade Gadenne commandant à Saint-Malo me demande quelques hommes pour renforcer ses postes avancés, et

UNE MISSION m VENÛÉE, n9S. lûî

je fais partir de suite par la j-jyiHi^ 4o „ Uitian aa première compagnie de Lorient, le bataillon de Loir-et- Cher en garnison dans cette place. Nous renforçons aussi nos postes pour prévenir toute surprise et nous envoyons en avant, à la découverte, des patrouilles nombreuses et quelques pelotons de cavalerie. J'ai indiqué pour le matin à 8 heures une revue générale, afin d'achever l'organisation définitive des divisions de Tarmée, et ranimer le courage et la confiance du soldat.

Hier au club je m'étais attaché à raffermir le courage et la confiance des habitants. La seule terreur dont les brigands ont soin de se faire précéder étant déjà pour eux une demi-victoire, et la peur était le premier mal auquel il fût instant de porter remède. Hier dans la matinée j'ai fait avec Gouverneur et Tribout la visite des environs de Dinan, des remparts, des principales portes, des endroits propres à recevoir les batteries, des redoutes, des chemins par où l'ennemi pourrait venir et traîner son artillerie, des ponts à couper en cas de besoin pour intercepter toute communication, etc. Nous combinons sur les lieux notre plan de défense. Je parle aux ouvriers que j'encourage et auxquels je fais connaître les dispositions de l'arrêté ci-dessus pour récompenser les travailleurs et punir les paresseux.

2 Frimaire.

Au député Tréhouard.

« H est 4 heures du matin et je reçois seulement ta lettre.

« Nous ne savons rien encore. Quelques-uns de nos gendarmes ont été pris à Dol et fusillés. Trois hommes successivement arrêtés nous en ont instruit. Quant

102 USrÊ MISSIOÏ^ 'É-N VENDÉE, 1793.

aux fayâtfds JÏ0Ri't\i:ia^.i[}^e3, je les attends à une revue générale que je dois passer ce matin pour connaître enfin.par moi-môme la force effective de l'armée, organiser les différentes divisions et resserrer entre les chefs et les soldats les liens de la discipline et de la confiance. J'y ferai justice en présence de l'armée aux braves en question. Je te ferai passer les détails de tout cela. J'ai écrit à Rennes pour faire venir des canonniers; nous envoyons 300 républicains de renfort qu'a demandés Saint-Malo. Ils y vont par mer, arriveront avant midi, et comme ils seront frais encore, ils pourront partir de suite pour les postes qu'on leur destine. Je me suis rendu certain de la sûreté de leur trajet. Donne-moi des nouvelles si tu en as. J'ai pris ici force pionniers dans les bataillons composés de gros et robustes paysans, plus propres à manier la pioche et la pelle qu'à tenir le fusil.

« Nos ponts sont prêts à couper en cas de besoin. Nous sommes en assez bon état de défense et nous attendons. Écris-moi vite. »

2 Frimaire.

« Le commissaire, etc.,

« Vu la lettre du député Tréhouard contenant les détails de la conduite d'une patrouille de gendarmerie envoyée à la découverte aux environs du chemin croisé de Dol à Saint-Malo ;

« Considérant que ceux qui ont été assez lâches pour s'enfuir et se débander au premier bruit qu'ils ont entendu, lors môme qu'une terreur panique leur faisait prendre pour ennemis des soldats de leur armée, que ceux qui, envoyés à la découverte pour apporter des renseignements certains sur ce qui se passe autour de la ville dont la garnison doit ôtre avertie par eux,

au lieu de chercher 'à découvrir et reconnaître ce qui s'offre de loin à leurs yeux, ne cherchent qu'à se déroberpar la fuite àrombremème d'un danger imaginaire, qui dans leur retraite précipitée ont renversé un officier d'un des corps de leur propre garnison envoyé en détachement, que ceux enfin qui se sont montrés accessibles à la peur la plus chimérique et la plus pusillanime sont indignes d'être républicains et soldats ; que déjà plusieurs plaintes ont été portées contre la cavalerie; et qu'il importe pour l'honneur même de nos frères les cavaliers que par la punition de ceux reconnus coupables les braves gens ne puissent plus être confondus avec les lâches, que tel est le vœu de la cavalerie elle-même, qui ne veut dans son sein que des républicains intrépides et courageux, qu'il faut satisfaire à ce vœu digne d'elle et faire une justice publique des êtres susceptibles de la peur, incapables de porter les armes, que la brave garnison républicaine deDinan sera la première à applaudir à cet acte de justice qu'elle aurait elle-même provoqué, si les coupables eussent été connus par ell«,

« Arrête ce qui suit :

« i^'Lecommandantdelagendarmerieà Dinanremettra ce matin au bureau de l'état-major, avant la revue générale qui doit être faite de l'armée, les noms des trois gendarmes et du brigadier qui commandait la patrouille partie de Dinan le soir du 30 brumaire avant le départ pour Ghâteauneuf du 2® bataillon de la 18® demi-brigade.

« 2° Les noms de ces gendarmes seront lus à la tête de l'armée, et ils seront démontés.

« 3® Ils seront conduits de suite en prison et traduits devant un conseil de guerre nommé pour examiner leur conduite et prononcer sur leur sort. »

2 Frimaire.

A Prieur {de la Marne) à Antrain.

a Je n'ai pas été peu étonné, mon bonami, d'entendre dire à Ulliac, qui vient d'arriver, que tu te plaignais de mon silence quand depuis quatre jours je t'ai envoyé quatre lettres sans obtenir moi-même une seule réponse. Nous sommes livrés à la plus cruelle anxiété , ne sachant au juste ni où sont les brigands, ni oii sont les troupes républicaines, et ignorant absolument le résultat de la dernière affaire dont les canonnades que nous avons entendues ont seules pu nous instruire. Différents avis m'annoncent, les uns que Dol est encore au pouvoir des ennemis et qu'ils marchent sur Dinan, les autres qu'une partie de la garnison de Mayence est détruite, ce qui paraît impossible puisque nous n'avons absolument aucune nouvelle. Pourquoi cette ignorance oii nous sommes plongés, le peu de concert et ce silence obstiné de l'armée de l'Ouest? J'en reviens toujours à l'affaire de Pontorson où nous étions vainqueurs si nous avions été secondés, où l'inaction de l'armée de l'Ouest, qui cependant était prévenue du combat, a nécessité notre retraite. Est-ce que M. Vergne aurait été jaloux d'avance du succès du sans-culotte Tribout ? Écris-moi donc une bonne fois. Nous avons ici quatre mille cinq cents hommes environ. Nous prenons tous les moyens de défense, »

3 Frimaire au matin.

J'apprends cette nuit, par un courrier qu'^envoie PochoUe, la déroute complète des brigands, mis en fuite par Rossignol. Pourquoi sommes-nous prévenus si tard et livrés depuis trois jours auxplus cruelles inquiétudes?

3 Frimaire.

A Pocholle^ à Rennes,

« Je reçois ta lettre cette nuit, mon bon ami Je te prie instamment de joindre aux soixante canonniers que tu nous envoie, deux cents canonniers de la nouvelle levée qu'il me serait très important d'avoir dans la circonstance actuelle. De nombreux débris de l'armée royale sont entre Dol et Dinan. Il nous importe d'envoyer souvent à la découverte et de faire éclairer de fortes patrouilles qui sont en avant de nos postes. La cavalerie d'ici est excédée et nous avons même eu souvent à nous en plaindre.

« Gomme nous avons beaucoup de nouvelles levées, on ne doit guère compter que deux mille hommes sûrs ; comme nous n'en avons pas plus qu'il ne nous en faut, nous ne pouvons formeraucun dessein d'attaque et nous nous tenons sur la défensive en attendant l'ennemi que nous sommes disposés à bien recevoir. On travaille aux redoutes et les travaux iraient bien mieux si nous avions des outils, car les ouvriers ne manquent pas et nos hommes, ceux surtout des Gôtes-du-Nord, valent mieux comme pionniers que comme soldats. Envoie-nous vite les cavaliers. »

Objets arrêtés le 2 frimaire au soir :

1° Envoyer un second détachement de vingt-cinq hommes de cavalerie; lui recommander de se porter le plus en avant possible et de nous faire prévenir à la première découverte.

2** Paire placer au pont de Léon des hommes intelligents prêts à le faire sauter en cas de besoin ; charger les fourneaux.

3** Veiller avec le plus grand soin à ce que les corps de garde placés hors la ville ou les postes avancés n'aient que des soldats sûrs et faits au service, bien armés ; les paysans mal armés et mal exercés devant être réservés pour le service intérieur de la place. Cette mesure ne pouvant avoir que demain son exécution, envoyer dès ce soir à chacun des postes importants des officiers instruits pour surveiller.

4® Former de suite les divisions et conduire les chefs aux différents postes qu'ils devront occuper, afin qu'ils les connaissent et qu'ils puissent s'y porter de suite à l'instant où il y aurait une alarme.

5* Envoyer chercher le commandant d'artillerie pour qu'il fasse tout de suite les dispositions nécessaires pour fournir aux différents postes les gargousses et munitions nécessaires et tenir les cartouches toutes prêtes à être délivrées à la troupe.

6'» Faire exercer deux fois par jour la troupe non habituée et une fois l'autre; prendre parmi les soldats instruits des instructeurs pour les autres ; enjoindre aux officiers de se trouver aux exercices.

?• Oter aux paysans non exercés les bonnes armes qu'ils peuvent avoir et les donner à ceux des soldats instruits qui sont mal armés.

8** Demander à Rennes huit cents cavaliers de la nouvelle levée pour éclairer nos patrouilles d'infanterie et aller à la découverte.

9* Réserver pour les bivouacs de nuit les meilleures troupes et les officiers les plus entendus au service.

10<» Veiller à ce que la visite des postes avancés soit exactement faite chaque soir par un officier de l'étatmajor.

11° Mettre en état de réquisition tous les outils pour les pionniers, tous les cuirs des environs et tous les cor-

donniers tant de la ville que de Tannée pour travailler sur-le-champ et sans relâche.

12** Requérir le comité de surveillance de la place d'avoir à tenir un de ses membres à chacune des six portes de la ville pour arrêter les espions ou gens suspects et ne laisser entrer ni sortir que ceux munis de permissions signées du commissaire du Comité de Salut public, du général et de la municipalité.

Le commissaire, etc.

Considérant que la ville de Dinan est sur le point de manquer de subsistance et qu'il importe de prendre le& mesures les plus actives pour assurer l'approvisionnement de cette place et y prévenir la disette ; que d'après l'état remis par le préposé aux vivres, les subsistances de l'armée sont dans le moment actuel plus que suffisantes pour elle et qu'il n'y a nul inconvénient à en distraire momentanément une partie qui sera incessamment remplacée,

Atrôte ce qui suit :

1* Il est défendu expressément à tous les boulangers de la commune de Dinan de vendre aucun pain aux soldats qui tirent leur subsistance des magasins de la République.

2*» La municipalité devra rechercher et punir tous ceux des boulangers qui auraient contrevenu au présent ordre qui leur sera par elle officiellement notifié. Quant à ce qui concerne les autres dispositions de cet arrêté, le district, la municipalité et le préposé aux subsistances de l'armée devront se concerter ensemble pour leur exécution.

A Tréhouard à Saint-Malo.

« On nous annonce l'approche de l'ennemi.

« Je t'envoie la copie d'une lettre du Morbihan que je

t'invite à faire passer de suite à ton collègue Garpentier à Goutances en prenant toi-même et Tinvitant à prendre toutes les mesures qu'il sera possible de mettre à exécution pour étouffer dans sa naissance une nouvelle Vendée. Brest doit en être prévenu. J'en préviens aussi par des courriers extraordinaires PochoUe à Rennes et Prieur à Antrain. Ne négligeons rien. Deux ingénieurs partent de sqite pour faire couper cette nuit les deux routes de Becherel et Saint-Jouan par où les rebelles pourraient, laissant de côté Dinan, gagner Rennes et Vannes ou les Côtes-du-Nord. Ils ont des intelligences dans le Morbihan et dès la nouvelle qu'ils vont avoir de l'insurrection qui se manifeste, il est certain qu'ils tenteront d'y parvenir; il faut les enfermer où ils sont et de suite envoyer des forces capables d'intimider ou de réduire les nouveaux brigands qui se lèvent. »

3 Frimaire.

Le commissaire, etc.

Vu les observations à lui présentées par le comité militaire établi à Dinan et la nécessité de le mettre à même de remplir les fonctions de surveillance qui lui sont attribuées et d'entretenir les agents propres à le seconder pour lui donner connaissance des desseins et des mouvements de l'ennemi,

Arrête qu'il sera mis à la disposition des septcitoyens formant le comité militaire une somme de trois mille livres qui seront prises dans la caisse du receveur du district ou à son défaut dans celle du payeur de l'armée et imputée sur les fonds accordés pour dépense extraordinaire; les membres du comité militaire qui toucheront cette somme étant responsables de l'emploi dont ils devront justifier au commissaire du Gomité de Salut public de la Gonvention nationale.

3 Frimaire.

Il sera envoyé demain un détachement de quinze dragons et dix gendarmes accompagnés de deux agents du comité militaire qui pousseront s'ils le peuvent jusqu'à Dol que les brigands viennent d'abandonner, prendront soit des habitants, soit des blessés de l'armée ennemie tous les renseignements relatifs à sa marche et à ses projets, iront en avant à trois quarts de lieue de Dol visiter par eux-mêmes le champ de bataille.

Aux administraieurs du département du Morbihan.

3 Frimaire.

Le commissaire, etc. •

J'ai reçu, citoyens, votre lettre par laquelle vous annoncez l'insurrection qui vient d'éclater dans plusieurs communes du département. Quant à moi, je suis dans l'impossibilité absolue de vous donner un seul homme. J'ai ici une garnison d'environ deux à trois mille paysans et deux mille soldats. Cette garnison ainsi composée est tout au plus suffisante pour conserver une place aussi importante que Dinan contre un ennemi par lequel elle a déjà été vivement repoussée à l'affaire de Pontorson et qui tient maintenant en échec l'armée venue de Rennes et l'armée de Mayence. Je crois ne pouvoir vous servir plus utilement qu'en assurant la conservation de la place où je suis, qui est la clef de la ci-devant Bretagne et vous sentirez vous-même que le système de diviser nos forces déjà si peu nombreuses aurait les plus grands dangers.

Quelle a été la marche des brigands? Ils n'ont quitté

la Vendée qui ne leur offrait plus aucun moyen de subsister et les chefs voyant leur armée se détruire ont voulu s'en créer une nouvelle par les mêmes moyens qui avaient créé Tautre. Us ont choisi la Bretagne pour succéder à la Vendée, ils ont profité de la prise de plusieurs villes pour y faire donner par les municipalités des passeports à tous leurs agents ; ils avaient soin de faire antidater les' passeports que leur accordait la faiblesse ou la complicité des magistrats nommés par le pays, et par ce moyen ils ont infecté les pays qu'ils destinaient à être leur proie, d'émissaires d'autant plus dangereux qu'ils circulaient librement avec la protection de la loi et à l'abri du soupçon; des émigrés, des ex-nobles et des prêtres se sont ainsi répandus dans les Gôtes-du-Nord, le Finistère et le Morbihan. Ils ont réveillé le fanatisme et le royalisme mal éteints, flatté la crédule ignorance des paysans de la même perspective de succès et d'avantages à recueillir qui entraîna les habitants de la Vendée: ils ont fait croire à ces paysans qu'ils avaient des forces innombrables,une vaste étendue de pays et la certitude de réduire la France de concert avec les ptdssances étrangères. Les paysans ont tout cru, tout espéré et dans plusieurs communes s'organise une nouvelle armée catholique et royale destinée à renforcer l'autre. Les campagnes ont été secondées dans ce projet de révolte et de guerre intestine parles riches et les négociants des villes qui sont pour la plupart autant d'agents des rebelles, parce qu'ils ne voient dans la révolution que les pertes momentanées qu'elle leur fait éprouver et qu'ils se flattent toujours de revenir à un état de choses plus favorable pour eux et plus conforme aux désirs de leur égoïsme et de leur avarice.

Aujourd'hui le3 brigands savent mieux que nous ce qui se passe dans les lieux où travaillent leurs émis-

saires, et ceux qui se battent en désespérés contre nos armées de Mayence et de Rennes n'aspirent qu'à pénétrer dans la ci-devant Bretagne, où ils comptent, au moyen de leurs intelligences et de Tabsence des patriotes enrôlés dans les armées de la République, se grossir d'une nouvelle armée et se rendre plus que jamais redoutables. Il importe donc d'empêcher à quelque prix que ce soit toute communication, car les campagnes des Côtes-du-Nord et celles des environs de Brest et de presque tout le Finistère ressemblent fort aux vôtres. Qii'avons-nous à faire ici? Ne point nous dégarnir, prévenir une trouée, couvrir toutes les portes de la ci-devant Bretagne, former une chaîne de séparation, épuiser les brigands en les livrant à leurs seules ressources qui deviendront nulles, s'ils restent quelque temps enfermés dans la même contrée. Vous, qu'avezvouh à faire en attendant que vous puissiez recevoir des forces? Vous devez faire lever en masse tout ce qui vous reste de bons citoyens, sonner le tocsin pour rallier les patriotes, déjouer l'aristocratie, être plus que jamais sévères envers les suspects, faire détenir ceux encore en liberté, être à la pisté de leur correspondance, tâcher de réduire sur-le-champ quelqu'une des communes insurgées et faire peser sur elle les plus onéreux impôts en soulageant les communes qui seront restées tranquilles. Ne négligez pas de répandre des écrits bas-bretons proportionnés à l'ignorance et aux préjugés des campagnes et propres à les ramener insensiblement. Les campagnes voyant d'un côté que l'armée chrétienne ne peut les joindre, qu'on leur a donné de vaines espérances, que la tranquillité et la soumission à la loi leur offrent plus d'avantages que la révolte et l'insubordination, seront réduites et ne bougeront plus. Il faut surtout les amener à livrer

elles-mêmes les auteurs des troubles et ne leur offrir la paix qu'à ce prix. Prenez des mesures extraordinaires, que la guillotine parcoure les campagnes, que les actes de la rigueur la plus inflexible frappent les yeux ; éclairez le peuple et punissez les chefs. N'oubliez, n'épargnez rien; il s'agit d'éviter des maux incalculables. Faitesmoi part des mesures prises par vous, de votre position, et soyez sûrs que nous tous nous vous seconderons de tous nos moyens réunis. Il faut de l'activité dans la correspondance, de l'ensemble et du concert dans les opérations; il faut se bien entendre, tout bien combiner et tout ira bien ; nous réussirons de nouveau à servir la République.

4 Frimaire.

J'écris dans la nuit à Bréard à Brest, pour le prévenir que la guerre avec les brigands prenant un caractère plus sérieux que d'abord on n'avait eu lieu de le croire, il importait de nous envoyer quelques officiers instruits, et je demande de la manière la plus pressante que l'adjudant général Maher soit appelé près l'armée de Tribout. J'écris à l'ingénieur de Morlaix qu'il se rende auprès de l'armée où la présence de bons ingénieurs est instamment nécessaire. Je fais la visite des postes de l'intérieur et vois successivement tous les corps de la garnison. Le soir, les gendarmes qui avaient été démontés dans la dernière revue en exécution de l'arrêté ci-dessus rapporté, sont traduits devant un conseil de guerre qui les renvoie par devant une commission militaire pour être jugés selon la loi. Après le conseil de guerre, conseil particulier des chefs de division, des commissaires du Comité de Salut public, des membres du comité militaire, des officiers de l'état-major pour délibérer sur les moyens de

défense de la place. D'après les nouvelles envoyées de Rennes par les députés Bourbotte, PochoUe et Prieur de la Marne et par le général Rossignol, la garnison de Mayence, les armées de Brest et de l'Ouest réunies ont été vivement repoussées et forcées de -se replier sur Rennes, oîi l'ennemi parait les poursuivre. La première question est de savoir si nous sommes résolus de conserver Dinan, ou si nous pouvons admettre la supposition de l'évacuer. Cette question est facilement résolue. Nous conserverons Dinan ou nous serons ensevelis sous les ruinés. Défendus par notre position du côté de Dol, nous pourrions encore appeler l'art au service de la nature et nous ne devons rien négliger de ce que féclame la sûreté d'une ville qui est la porte d'entrée de toute la ci-devant Bretagne. L'ingénieur en chef expose les moyens de défense qui sont adoptés. Il est arrêté qu'il y aura chaque soir conseil militaire pour rapprocher les chefs de division et officiers de l'armée et resserrer entre eux cette union, cet accord, cette confiance mutuelle qui sont les garants du succès.

5 Primaire.

J'écris à Tréhouard à Saint-Malo, la lettre suivante :

« Je n'ai rien de nouveau à t'apprendre. J'attends impatiemment des nouvelles de l'armée du Calvados. A une lieue d'ici on entend encore la canonnade ; je ne sais ce que cela veut dire, une partie de nos armées s'est repliée sur Rennes. On dit qu'une section de l'armée révolutionnaire paraît du côté de Laval et je m'y attendais, en ayant fait la demande il y a trois semaines au Comité de Salut public. Du côté du Morbihan les rebelles sont maîtres de plusieurs postes sur la côte, on demande des forces. Envoie-nous ici la compagnie de Lorient

que je ferai partir avec celle que nous avons ici. Nous envoyons à Dol affûts, chariots et autres objets laissés par les brigands. J'attends avec impatience les outils que tu m'as promis. »

5 Frimaire.

J'écris à Prieur et Pocholle, à Rennes :

« Vous verrez par les nouvelles du Morbihan qu'il importe d'y faire passer des secours. Gomme Rossignol charge Tribout de cette expédition, lui promettant de remplacer aussitôt les forces dont il pourra se dégarnir, nous allons faire partir cent pères de famille de Pontivy et deux compagnies de volontaires de Lorient Envoyez-nous en remplacement les troupes de Dinan que vous avez à Rennes, et le restant des compagnies ' de canonniers de Paris des sections de Beaurepaîre et de la Halle au Blé dont vous nous avez envoyé une partie. Nous ne savons rien de nouveau, sinon qu'à l'heure oîi je vous écris on se canonne encore, nous ne savons où ; nous avons envoyé un canonnier à Tarmée de Sephen qui ne doit pas être loin. Dès que nous en aurons des nouvelles nous vous en ferons part. Envoyeznous quelques cavaliers; il nous en faut absolument. »

5 Frimaire.

A V Administration du district de Pontivy,

« Je vous envoie, citoyens, les cent hommes, la plupart pères de famille, que vous réclamez dans la circonstance actuelle, et j'y ai joint un détachement de citoyens de Guéménée, commune voisine de la vôtre. J'espère que vous vous empresserez de remplacer par

les jeunes citoyens de réquisition ceux que je vous envoie et je vous invite à donner de bonnes armes à ceux qui viendront faire partie de notre armée, car nous avons encore moins besoin d'hommes que de fusils. »

5 Primaire.

A Prieur de la Marne à Rennes :

((Je reçois ta lettre, mon bon ami; je t'en ai fait parvenir une ce matin et je t'écris encore. Tu vois que l'inactivité de la correspondance ne sera pas de mon côté ni, j'espère, du tien; mais avant la lettre qui a précédé celle qu'on vient de m'apporter, je n'avais reçu de toi aucune nouvelle directe ni indirecte; et j'accusais ton silence qui me livrait à la plus vive inquiétude. Il est probable que les courriers dont tu me parles ont été interceptés. Je n'ai rien de positif sur la marche des brigands qui ont quitté Dol et qu'on prétend vouloir pénétrer dans le Morbihan ou se retirer par la route qu'ils ont suivie on venant jusqu'à Angers dont ils veulent faire leur quartier d'hiver. Je n'ai rien reçu non plus sur l'aiî-mée du Calvados où j'ai envoyé un courrier: cependant les canonnades entendues ce matin me font présumer que Sephen aurait bien pu saluer les brigands, à moins qu'il ne soit encore à se battre avec la dernière de nos armées. Tréhouard, qui est à Saint- Malo, m'écrit exactement; il n'y a rien de nouveau de ce côté, sinon qu'on a fait quelques prisonniers. On nous a envoyé ceux de nos soldats qui lors de leur déroute avaient cherché dans Saint-Malo un asile. Fais-nous aussi renvoyer ceux qui s'étaient repliés sur Antrain ; il nous manque une colonne presque entière dont nous attendons le retour avec impatience. — Je te dirai deux

mots de mes opérations. Nous avons eu de la peine h organiser notre petite armée. Elle va maintenant assez bien; mais il faut le dire, la confiance des soldats dans le général n'existe pas. Comme Tribout est un excellent sans-culottes, j'ai tout fait pour lui concilier l'esprit des troupes. Nous avons tous les soirs conseil militaire où les chefs de division et les principaux officiers de l'armée délibèrent, sur l'état de la place, les moyens de défense et les besoins du soldat. Cette réunion, en rapprochant les individus, produit une confiance réciproque, entoure le général de lumières dont il ne saurait se passer, assure sa marche, et lui fait connaître une infinité d'abus auxquels nous remédions sur-lechamp. Nous avons aussi un comité militaire composé de citoyens du pays qui ont les connaissances locales et nous servent utilement. C'est par les agents qu'ils ont employés que nous avons vu quelque chose de ce qui se passait et que nous avons évité bien des sottises. L'entretien de ces agents et autres dépenses pareilles ont exigé que le comité militaire eût quelques fonds à sa disposition et je lui ai fait toucher une somme provisoire de trois mille livres, sauf à l'imputer sur les dépenses extraordinaires, ou plutôt sur les fonds accordés au général en chef pour les dépenses secrètes. Cette mesure que j'adoptai à l'armée des Pyrénées pour connaître les desseins des Espagnols m'a paru nécessaire dans la circonstance.

« Demain je ferai une proclamation pour prévenir Tindiscipline et le pillage qui se glissent dans quelques corps, par l'aspect des peines sévères que la loi prononce et l'invitation énergique aux troupes républicaines de ne pointimiter les brigands qu'ils combattent : il importe que nous ayons ici un tribunal militaire établi suivant la loi et un règlement de discipline qtti,

d'après les décrets, doit être uniforme pour Tarmée et donné par le général en chef. Je te prie instamment de t'occuper de ces deux objets. Tous les pères de famille venus ici pour quelques jours seulement demandent pour leurs intérêts particuliers et môme pour Tintérôt public de retourner dans leur pays ou leur absence livre des villes entières aux hommes suspects. Le système de dégarnir absolument Tintérieur serait dangereux. Les demandes des pères de famille souvent réitérées sont justes et utiles à accorder. J'ai cru qu'il était essentiel de ménager la bonne intelligence entre les soldats de la garnison et les habitants de la commune et de les électriser les uns par les autres. Le club qui est un point de ralliement depuis notre arrivée ici, m*olfre les moyens d'opérer cette réunion. Je travaille de mon mieux et ça ira. La supposition au sujet de Vergue est maintenant pour moi une certitude. — Beaucoup de soldats et d'officiers ayant tout perdu à Pontorson réclament des indemnités. Comment devons-nous répondre à leurs demandes? Cet objet est pressant, vu que les réclamations sont nombreuses et réitérées. Des soldats qui ont pris des chevaux demandent s'ils sont autorisés à les vendre. En ont-ils le droit? Nous apprenons que Tordre est donné à Rennes de couper la route de Jugon, la seule par laquelle nous puissions recevoir des subsistances, et faire une retraite, si contre notre attente ou plutôt la certitude que nous avons de conserver cette place, l'ennemi venait à nous y forcer. D'ailleurs, la chaussée de Jugon serait bien vite rompue. Un étang d'un volume d'eau considérable remplirait les intervalles de cette rupture et il y a une excellente position militaire de l'autre côté qui pourrait empocher l'ennemi de réparer la chaussée. Cette mesure de couper la route de Jugon que

l'ennemi n'fe pourrait prendre qu'après s'être rendu maître de Dinan a paru détestable à nos ingénieurs et à ceux qui ont la connaissance des localités, et plus favorable aux brigands qu'à nous. Je t'envoie une copie du général Vergne qui te fera juger l'homme. Demande à Pocholle le rapport du gouverneur sur la journée du 28 brumaire : il te mettra au fait de tout. »

6 Frimaire.

J'écris à Tréhouard :

«Je t'ai écrit ce matin, hier, avant-hier. Je t'écris encore, tu dois être content de mon exactitude. Tu verras par la lettre de Bréard dont j'ai pris connaissance, ainsi que nous en sommes convenus, qu'il nous laisse le soin de pourvoir à la sûreté du Morbihan. Voici quelles sont les forces que tu peux envoyer, mais j*y ai fait partir les détachements de Pontivy et de Guéménée, et j'enverrai aussi, je crois, non sans regrets, les volontaires de Lorient, lorsque tu m'auras envoyé toimême la compagnie que tu as. Il n'est pas un moment à perdre. J'ai reçu deux courriers successifs de Vannes et je crains, je l'avoue, que cette ville ne soit au pouvoir des rebelles. Ils sont déjà maîtres de quelques postes sur la côte. Tout Lorient est en marche contre eux. Je reçois une lettre de ton collègue Laplanche qui est à Avranches avec l'armée de Sephen ; nous voilà en mesure et en force contre les rebelles. »

J'écris encore à Tréhouard pour avoir les 300 gilets et pantalons mis en réquisition à Saint-Malo.

6 Frimaire.

A Prieur de la Marne.

« Le maître de poste de Pontorson a perdu tous ses chevaux et réclame indemnité.

« Tout va mieux dans le Morbihan dont je reçois un courrier qui t'apporte aussi les lettres ci-jointes. Le comité de surveillance de Dinan réclame une indemnité pour ses frais de bureau et autres. La municipalité trop peu nombreuse demande à être complétée. Que dois-je faire ? Nous venons d'organiser un atelier de cordonniers que j'ai visité aujourd'hui et qui nous promet sous peu de cent cinquante à deux cents paires de souliers par jour. »

7 Frimaire

J'écris à l'administration du département du Morbihan :

« Votre courrier m'a remis vos lettres, citoyens, et j'ai pris une part vive à votre joie en apprenant le succès de nos troupes républicaines. Nous vous renvoyons tous vos pères de famille qui, dès qu'ils ont su que l'ennemi menace leurs foyers, ont demandé à voler pour les défendre. Que votre armée révolutionnaire continue ses glorieux exploits et vous aurez tous bien mérité de la patrie. Nos affaires ici prennent une tournure assez pacifique. Les brigands ont regagné Fougères et nous ignorons quels peuvent être leurs desseins. En attendant, nous tenons bien fermées les portes de la Bretagne, et nos armées, qui brûlent de combattre, n'auront peut-être pas Ja patience d'attendre que les royalistes viennent au pied de nos murs. A Bennes est

une grande masse de nos forces ; ici nous avons quatre mille hommes bien détermine's. Saint-Malo, Châteauneuf et les postes environnants sont garnis d'un nombre suffisant de défenseurs; Avranches, naguère le quartier général des rebelles, a vu avec joie arriver dans son sein Tarmée des côtes de Cherbourg. On ne veut plus de généraux qui, dans la crainte d'être obligés à la

, paix de mettre bas leurs épaulettes, éternisent la guerre et se font un métier et un commerce de conduire des hommes à la boucherie. Messieurs les généraux, traî-

, très ou temporiseurs, sont bien surveillés, et la guillotine est près'd*eux. Les généraux ineptes, mais patriotes, seront entourés d'utiles conseils et bien dirigés, et ça ira. Je vous prie de faire parvenir la lettre ci-jointe à la municipalité de Lorient par la gendarmerie ou toute autre voie prompte et sûre. »

1 Frimaire.

« J'ai entendu, citoyens, la voix du peuple dô votre commune qui se plaignait de la faiblesse de ses magistrats, et je ne crains pas ici de vous parler en son nom ; il ne me désavouera point. Le peuple, la classe respectable des sans-culottes et des pauvres, la Société populaire des montagnards de Lorient auxquels j'envoie copie de ma lettre, pourront vous attester si j'ai mal interprété leur sentiment. — Citoyens, vous êtes patriotes, je le sais; je rends justice au choix fait de vous et votre devoir est de le justifier par votre conduite. Vous êtes patriotes, mais vous avez été faibles, et la faiblesse est un crime dans un moment de révolution, quand le salut du peuple est à l'ordre du jour, quand la moindre transaction avec les ennemis du peuple peut exposer son salut, ce dépôt précieux mis entre

les mains de ceux qui ont été honorés de sa confiance. Vous haïssez les aristocrates, les feuillants, les fédéralistes ; loin d'eux, vous êtes fermes contre eux, mais quand ils viennent devant vous étaler des larmes feintes, simuler des grimaces patriotiques, protester de leur civisme et de leur repentir, vous vous laissez émouvoir, vous oubliez le peuple et votre main signe des certificats de civisme que votre conscience et votre cœur désavouent. Avez-vous donc perdu de vue les engagements pris par vous devant vos concitoyens; vous ont-ils confié leurs intérêts pour que vous les trahissiez? Être clément envers les ennemis du peuple, c est être barbare envers le peuple. A Dol aussi des aristocrates avaient pleuré pour obtenir des* certificats de civisme ; ils avaient dit que l'erreur seule avait présidé à leyr conduite, qu'ils chérissaient la République. Les magistrats ont été faibles : ils ont pu croire que les mêmes yeux qui ont pleuré la mort du tyran des Français versaient des larmes d*un repentir sincère. Leur main a signé des certificats de civisme pour de pareils hommes, et ces hommes qui, à Tappui de leurs certificats, étaient restés paisiblement dans leurs foyers, ont été les premiers, à l'approche des brigands, à désigner les maisons des patriotes dont les propriétés devaient être la proie de la cohorte catholique et royale. Mais le peuple vous reprochera cette clémence atroce par laquelle, en pardonnant à un individu, vous en aurez sacrifié plusieurs. Ne craignez-vous point cette responsabilité terrible que votre coupable faiblesse appelle sur vos têtes? — Citoyens, il est un principe : celui qui s'est une fois montré l'ennemi du peuple ne peut plus être cru l'ami du peuple. Ce ne sont pas des larmes» des discours, ce sont des faits qui prouvent le patriotisme. Tel aujourd'hui crie : Vive la Montagne! qui

naguère chantait publiquement les infâmes chansons de l'armée de Wimphen. Tel aujourd'hui se couvre du bonnet rouge qui naguère couvrait ouvertement de son mépris les signes sacrés de la liberté. Croyez-vous que de pareils hommes, royalistes ou fédéralistes hier, ne seraient pas royalistes ou fédéralistes demain, si leur parti maintenant abattu paraissait triompher? Il est un principe encore : le républicain est ferme et sévère ; il est farouche quelquefois, il paraît cruel parce que son âme ne s'ouvre à la pitié que pour le malheureux et le pauvre et qu'il rejette avec dédain les prières des ricKes astucieux et hypocrites. Si tel est le devoir du simple citoyen, dont la personne, dont la vie est la propriété de la République, à plus forte raison est-ce le devoir du magistrat, qui n'agit qu'au noiii et pour l'intérêt de ses concitoyens. Vous appartient-il de déclarer patriote celui que l'opinion publique réprouve; avezvous le droit d'agir contre le vœu de cette opinion publique fortement prononcée? Je m'arrête... Si je ne vous avais pas cru des républicains, j'aurais gardé le silence ; mais je crois à votre républicanisme et je vous ai parlé avec la franchise qui convient entre nous. Je vous embrasse et vous prie de voir toujours en moi votre frère. »

8 Frimaire.

A Tréhoimrdy à Saint-Malo,

« Prieur m'écrit et m'annonce qu'il te transmet les mêmes choses qu'à moi. Je ne connais rien au plan de Rennes. Pourquoi marcher sur Laval? Pourquoi laisser Dinan sans forces? Pourquoi partir avec la masse de l'armée sans artillerie? Pourquoi ne laisser personne pour la surveillance ni àSaint-MalO, ni à Dinan? Pour-

quoi?... Pourquoi?... Réponds-moi vite. A quoi pense donc le général en chef, qui nous donne de pareils ordres pour les mouvements des troupes? Jean-Bon Saint-André est à Pontorson et va joindre Prieur. Adieu. Vite écris-moi. Dis-moi ce que tu penses de ce projet de marche, et apprends-moi quelle marche tu suivras toi-même. J'attends ton courrier pour ce soir. Dépôche-toi. »

8 Frimaire.

. Aux députés Prieur de la Marne et Bouc hotte,

à Rennes,

« Votre lettre , citoyens, m*a singulièrement étonné ; cependant le général part à Tinstant. Il ira coucher ce soir à Jugon, et cpmme d*ici à demain matin qu'il en partira pour Lamballe, j'ai le temps de recevoir une réponse de vous, je m'empresse de vous adresser quelques observations qui ne sont pas seulement les miennes, mais celles de tous ceux à qui j'ai fait part de vos dispositions. On veut que le général parte de Dinan avec trois mille hommes, et qu'il en laisse douze cents dans la place ; mais ce calcul ne peut s'accorder avec le nombre des hommes que nous avons, car, ayant déjà envoyé en partie les pères de famille, d'après la lettre même de Rossignol, si nous ôtons trois mille hommes à Dinan, nous laissons Dinan absolument sans défense. On veut que nous laissions notre artillerie. N'est-ce pas vouloir que nous la laissions à la disposition de l'ennemi? A quoi servira d'un côté une artillerie que je suppose même formidable, dans une place qui n'aura point d'hommes pour se défendre? A quoi servira, de l'autre, une armée même forte et courageuse qui manquera d'artillerie, et qui sera exposée sans moyen de

124 UNE MISSION EN VENDÉE, i793.

résistance au canon des rebelles? N'est-ce pas sacrifier à la fois Dinan et Tarmée? S'il nous était permis de faire une réflexion sur la marche de l'armée de Rennes à Laval, nous pourrions dire qu'au lieu d'aller encore une fois chercher l'ennemi avec des forces peut-être inférieures, ce qui n'a pas toujours été à notre avantage nous ferions mieux de l'attendre sur une bonne défensive, et de le cerner dans un pays qui, déjà dévasté par lui, ne nous offre rien de précieux à conserver, et dans lequel il mourrait bientôt de faim, ou serait forcé de venir nous attaquer pour s'ouvrir une nouvelle carrière dans un nouveau pays, et se procurer des munitions et des vivres. Nous pourrions dire que si notre armée, déjà repoussée une fois, l'est encore à Laval, les brigands peuvent refluer de ces côtés, se jeter sur Dinan, s'emparer d'une place qu'on aura laissée sans force, et faire une trouée dans la ci-devant Bretagne, pour joindre cette armée du Morbihan qui deviendrait plus que jamais formidable. Quels reproches alors n'aurions-nous pas à nous faire, d'avoir éternisé la guerre, et nousmêmes ouvert à l'armée des rebelles la porte de la cidevant Bretagne. Nous eussions donc cru que, puisqu'il nous fallait partir pour le Morbihan, dont cependant il nous arrive des nouvelles très rassurantes que je vous ai fait parvenir hier, le nombre des hommes que nous ôterions à Dinan devrait être réduit à douze cents. Nous eussions cru que Tribout et la force armée qui doit le suivre ne devraient pas partir sans artillerie, mais vous avez parlé et nous avons agi en conséquence. Tribout, après avoir laissé au commandement de la place l'adjudant général Robinet et douze cents hommes, emmène avec lui le reste de l'armée formant un corps. Comme il n'était pas probable que votre intention eût été qu'ils fussent partis sans artillerie de campagne, il em-

mène avec lui six pièces de quatre^ ce qu'il en reste ici paraissant suffisant à la défense de la ville, et étant d'ailleurs proportionné au nombre d'hommes qui restent pour les servir et les. protéger. Si d'après les observations que nous vous faisons passer, vous vouliez changer vos premières dispositions, il en serait encore temps, parce que, à la réception de votre réponse, nous pourrions, en expédiant de suite un courrier à Tribout, faire refluer ici une partie de son armée, ou l'augmenter en faisant faiFe une double journée aux troupes laissées ici. »

Dinan, 8 Frimaire.

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