XIII. — DU COmiBMCB BT DB L'INDOSTBIB
Nous ne saurions ici traiter in extenso du commerce et de rindustrie kabiles; cela nous entraînerait trop loin ; d'un autre côté, nous ne saurions passer sous slleuce un trait essentiel des populations qui nous occupent.
Cette matière a été longuement traitée, dans Touvrage de M. Carette sur laKabilie, ouvrage qui étonne par la richesse et généralement la sûreté des détails, non moins que par la rare sagacité qui préside à leur mise en lumière. Les expositions algériennes comprennent aussi un certain nombre de produits de Tindustrie kabile.
En parlant des produits du sol nous avons fait connaître une bonne part de Tindustrie.
Les deux arbres les plus précieux de la Kabilie sont le figuier et l'olivier. C*est par eux, par le dernier surtout, que les Kabiles peuvent aller se procurer le blé qui leur manque
sur les marchés arabes, en môme temps que le premier leur assure une pariie de leur alîmcotaiion.
Nous avons parlé des procédés d*exlraction de Thuile : nous n'y reviendrons plus.
Le blé se complaît dans certains cantons privilégiés de la Kabllie, comme la vallée de TO. Saliel, celle du Sébaou, celle de Bofni, etc , mais les trois quaris environ du pays en sont dépourvus.
Un peu d'orge est semé dans la montagne et sur les collines.
Le becbna est commun dans les environs de Dellys, dans la vallée du SJIinon, dans celle de Tisser.
Les Kabiles n'ont pas seulement le moulin portatif des Arabes : ils ont encore des moulins à eau. Les moulins sont d'une construction très simple, et d'après nos informations, les frais d'établissement ne se monleraîont qu'à une cinquantaine de francs .
Telle est cette construction. Une saignée est faite à un cours d'eau et sa conduite prolongée le long de la rive, suivant une étendue suffîsanie pour avoir une chute. Là où doit s'effectuer la chute, l'eau est recueillie et emprisonnée dans un conduit cylindrique fait d'écorces reliées par des lianes ou des cordes, conduit de quelques mètres de longueur et disposé suivant une inclinaison d'environ soixante degrés. Il aboutit au r< z-de -chaussée, à une petite maisonnette coupée dans le sens horizontal par une sorte de plancher. Le plancher est traversé par un axe vertical. A sa partie inférieure, ou rezde-chaussée, cet axe supporte une turbine ; supérieurement, au premier étage, il entraîne une meule, tournant sur une autre meule immobile. Cette turbine est une pièce de bois, une sorte de grand plat creusé, partagée en cavités rayonnantes par des cloisons allant du centre à la périphérie; son diamètre n'atteint pas un mètre : le> conduit en écorce déverse l'eau sur l'un de ses côtés. Les dimensions de la meule sont en rapport avec celles de la turbine*
Les moulins ne sont pas rares. Nous en avons observé plusieurs inoccupes ou en ruines, à la liauleur de Tablabail, sur le petii ruisseau dii Ir'zer hou Aïmeur, qui descend d'Aboudid. Du peu en amonl, près du four à chaui, deux colons viennent d*établir un moulin à la française, que des diflicuUés diverses n'avaient pas encore permis de mener abonne fin lors de mon départ de Fort -Napoléon. Nous avons vu plusieurs autres moulins en exercice sur TO. Ëddjemâ, aux abords du marché de ce nom, chez les Menguelât.
D'autres végétaux féculents soiit cultivés par les Kabiles» soit en pteln champ, soit dans les j:irdins : ainsi le maïs, les fèves, les haricots, les pois, les leniilies, tous objets consommés sur place ou exportés.
Les fèves sont l'objet d'une culture étendue. Il nous souvient encore de la quantité prodigieuse que nous en vîmes brûler, au mois de juillet 1851, chez les Ouzeldja.
A côté des céréales, il faut placer le gland-doux, fruit modeste mais précieux, qui entre dans la composition du pain chez les pauvres et qui est même un objet d'exportation. Quand le chêne et le figuier donnent, les pauvres kabyles sont à l'abri de la disette.
Quant aux autres fruits, toutes les tribus à peu près peuvent en exporter plus ou moins.
Ce sont, dans l'ordre d'importance, d'abord le raisin, puis les abricots, les poires, les pèches, les pommes, les grenades, les prunes, les noix, les nèfles, les coings, les amandes, les carroubes, les figues de Barbarie .
Les jardins fournissent aussi leur contingent au commerce, ainsi, des ognons, des navels, du poivron, des courges, du kibac.
Nous avons rencontré des choux à Tamocra, village de marabouts, chez les AïJt 1.
Nous avons déjà parlé de l'emploi fait en teinturerie de la garance qui croit spontanément en Kabillc. Peut-être existiit-il jadis des plantation;» de pastel. Nous en avons trouvé
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une tige magninque à Tâgiicmniount<-n-haddâdcn. L'isatis croît spontanément dans le Jurjura.
L*écorce de grenadier est exploitée comme matière tinctoriale.
Rappelons que la salsepareille est commune en Kabitie, et que, d*après nos renseignements, celle qui pousse en épais massifs, aux environs dti Souk-el-had des Raten, est quelquefois exploitée.
Parmi les transformations que les Kabiles font subir aux matières premières, il faut citer la fabrication du savon. Telle est, sur une assez grand« échelle, Tindustrie du village d*AH Ailielli, distant de quelques kilomètres de Fort- Napoléon. Les gens d'Aït Aihelli vont porter leur savon sur les marchés arabes^ d*où ils rapporteiit du blé qu'ils revendent sur les marchés kabiles.
Les forêts fournissent des matériaux à de nombreuscF industries.
Sans parler du charbon et du goudron qui se font presque partout, les forêts sont exploitées pour les bois de charpente, les instruments aratoires, les pressoirs, etc., et fournissent k Texporiaiion surtout des objets de boisseUerre et des ustensiles de ménage. On voit des plats d*uue seule pièce de très fortes dimensions. Les plats sont une industrie spéciale à certaines tribus.
La menuiserie est également pratiquée en Kabyliect toutes les provisions ue sont pas renfermées dans des vases, des niches, des sacs. Nous avons plusieurs fois rencoRtrc des coffres ou des bahuts. Jamais nous n*oublierous celui que nous avons vu à AU Mimoun, chez les Yenni. Ce bahut, de grande dimension, par la richesse de ses sculptures entremêlées de têtes de clous en cuivre, mériterait, à côlé des bahuts du moyeu âge, une place dans nosmasées, tout au moins à l'exposition des produits algériens.
On sait que les Kabiles excellent dans la confection des tissus de laine et particulièrement des buroo^us Les plus re-
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nommés sont ceux des Béni Âbbès. La laine 8*achète aux Arabes.
Parmi les indusiries relatives aux tissus, il en est une, spéciale à un \iliage des Benî Rateo, Taourirt Tamocrani. Là seulement se confectionne VachouaoUt pièce de toile brodée qui sert de coiffure aux femmes dans une bonne partie de la Kabylie . Il est à noter que cette industrie est le fait exclusif des hommes, que les travaux seuls de la campagne enlèvent à leurs broderies. Taourirt possède un millier d'habitants. Ses achouaou sont transportés jusque dans la vallée de rO. Sahel, sur les marchés des Ourl'is et des Feoaya, où ils sont échangés contre des couffins, des chapeaux et autres objets en feuille de palmier nain.
La fabrication de la poterie, asssez répandue, est portée chez les Aîssi au plus haut point de perfection. Ce sont les femmes qni travaillent à la main : le tour est inconnu. Malgré rimperfection des procédés, quelques-uns de ces vases ont un très beau galbe. On s*étonne aussi de la complication de quelques autres, tels que vases accouplés, lampes à becs muUiplbS, etc. : ce qui leur manque c'est l'émail.
Les tuiles sont travaillées par les hommes, à peu près partout. Elles sont soumises à la cuisson de la même manière que les poteries. Une fois séchées, on les empile sur deux ou trois rangs superposés, on les couvre de bois sec et on y met le feu. Avec de tels moyens, il ne faut pas s'étonner que beauco*ip d'échantillons, ceux de la superficie, soient gâté:".
La chaux et le plâtre sont exploités par les Kabyles. Entre Imalouken et Taourirt Tamocrant, nous avons vu les restes d'un four, aujourd'hui délabré. Le plâtre est moins commun toutefois au nord qu'au sud du Jurjura.
Les deux plus beaux édifices montes en plà're que nous ayons observés sont la mosquée do Taka et celle de Sidi Yahyâ des Âïdel. Celle-ci était ornée de belles arabesques. Sa destruction fut décidée par mesure politique, et l'on dut y employer le canon.
Dans le bassin de i'O. Sahcl, les Barbacha et les SUmaa exploitent ou ont exploité les minerais de fer du Kandirou.
Dans la vallée duSebaou les minerais de fer n'ont jamais été signalés que nous sachions. En revanebe, le fer y est ira- Taillé dans presque toutes les localités d'une certaine importance. Il n'est pas de fort village qui n'ait un ou plusieurs forgerons. Il en est qui doivent leur nom à cette industrie, ainsi le village de Taguemmount Haddâden, situé à quelques centaines de pas du Fort-Napoléon, dont le nom signifie la colUne des forgerons. Une chose nous étonne, c'est que nous nous n'ayons pas ici une dénomination indigène, car haddad est arabe, et le fer se dit en kabyle ouzzaL Les forgerons fabriquent généralement tous les objets de première nécessité, comme socs de charrue, fers à cheval, serrures, clous, couteaux et tranchants de toute sorte, haches, hachettes, houes, mors, étriers, éperons, peignes à laine, etc.
Quelques-uns, tels que les Flissa et les Yenni, excellent dans la confection des armes blanches. Les derniers fabriquent des armes à feu de toutes pièces, à part les canons de fusils qu'ils achètent.
C'est chez les fenni que l'on rencontre aussi le plus de ces ateliers où se travaille l'argent pour fourreaux d'armes, ornements de fusils et de pistolets, bijoux, bracelets, lamzinl (ornements de tête pour les femmes), agrafes, bagues, étuis, etc.
Ce sont les mêmes Yenni qui avaient autrefois la spécialité de la fausse monnaie. L'un d'eux^ en noire présence, a gravé sur un chaton de bague, une légende arabe avec promptitude et habileté.
L'argent employé n'est pas pur. On lait parfois le mélange sur place au creuset. Le plus souvent on le fait venir d'.41ger, sous forme de lames minces.
Citons encore parmi les produits de ce genre, les poires à poudre et les laqquâth, en cuivre. Le laqquâth est une petite pince à épiler que possèdent tous les Kabilcs un peu soigneux de leur toilette.
Les cordonniers ne sont pas communs en Kabilie, mais les savetiers y abondent et il s*en installe sur tous les marchés . Du reste, les Kabiles usent peu de chaussures, et s*cn font souvent d*un simple lambeau de peau, froncé avec une ficelle. Une chaussure en bois leur est spéciale, c*est le Kabkab, qui ne diffère de celui des bains maures que par Télévaiion de ses supports,
Parmi les produits de la Kabilie, citons encore le miel et It cire. La cire était depuis longtemps en Kabilie un objet important d'exportation, doRt le gouvernement turc se réservait le monopole, là où s'étendait sa domination. Nous possédons un acte revêtu du sceau du bey de Conslaniiuc, Abdallah, qui nous fut rapporté de Collo en li 43. Cet acte enjoint aux habitants de Collo de ne vendre les peaux et la cire qu*à leur caïd exclusirement. Abdallah Bey gouvernait à CoKSianiine au commencement de ce siècle. On sait que la bougie de cire passe pour avoir pris son nom de la ville de Bougie.
Le commerce des Kabiles porte non-seulement sur des produits du crû mais encore sur des produits exotiques. Les tribus, connues sous le nom collectif de Zouaoua, sont celles qui fournissent le plus de colporteurs.
Le commerce de colportage se fait sur les marchés kabiles et sur les marchés arabes. 11 met en circulation principalement des tissus^ de la mercerie, de la quincaillerie, des épices et des drogues.
Outre les tissus indigènes et leurs simiiaircs fabriqués en Europe, les colporteurs s'approvisionnent dans nos villes de colonnades, calicots, mouchoirs, soieries, etc., de miroirs, peignes, (ils, collieis, bagues^ verroteries, ciseaux, souliers, de l'acier, du fer, etc.
Leurs épices sont la musciide, le poivre, la c;mnelle, le gingembre, le clou de girofle, le nigclle, l'anis, le fenouil, le carvi, le safran, le piment, la quemVia (amandes de cerises), etc.
Les drogues sont surtout des matières tinctoriales et des médicaments.
Dans la première catégorie sont le henné, Talun qui sedii en kabile dzârif, le kohol, le sulfale de fer, la noix de galle, récorce de grenadier, la garance, l'indigo, nîla, etc.
Les niédicamenls sont généralement Taloës et la myrrhe, le sel ammoniac, le benjoin, la slaphysaigre, le fenu-grec, Tasafsetida, la gomme, le galanga, Tencens, le cardamome, la I yrèthrc, Tacéiate et le sulfale de cuivre , la lavande aspic^ le harmel, la salsepareille, le henné, etc.
Toutes ces drogues sont généralement connues par leurs noms arabes : aussi nous abstiendrons-nous de les reproduire.
Gomme en pays arabe, les marchés sont hebdomadaires en Kabilie, et sont connus parle nom du jour où ils se tiennent.
Les marchés sont multipliés. Leur fréquence assure nonseulement le commerce d'exportation, mais encore la circulation intérieure. Chacun y apporte ses produits, et comme nous l'avons vu, des Kabiles y étalent également le blé acheté sur les marchés arabes. C'est la vie dos populations, aussi sont-ils très fréquentés. Au premier rang, dans in Kabilie du Jurjura, il faut citer celui du Djéma des Mcnguelai, puis le Tléta di^s Raton, le Sebt des Yahya, le Djemà des Frâouccn qui se tient sur les ruines de Djemâat es Sahridj, etc.
Les marchés sont particulièrement fréquentés pour rapprovislouQcmeni de la viande. Les plus pauvres s'ingénient pour ne pas rentrer au logislcs mains nettes, dussentils ne rapporter que des issues.
Citons enfin comme dernière ressource des Kabiles, Témigralion ou le séjour dans nos villes. Plusieurs tribus ont leur spécialité. Ainsi les habitants de Mansourah s'emploient à la halle au blé : on rencontre des Raten au marché aux huiles, les Djennâd sont boulangers. D'autres^ s'emploient comme maçons, d'autres comme jardiniers. Plusieurs des herboristes, mâles et femelles de la place de Chartres^ à Alger, sont originaires de la Kabilie.