HT. «. HABITATIONS
Gomme nous TavoQ^ déjà dît, les villages kabiles -occupent les crêtes de la montagne, ou les ressauts qui en accidentent les peu les. La première position est de beaucoup la plus commune. Un bon nombre de maisons reposent immédiatement sur la roche et c'est sur la roche que Ton marche quand on traverse un village. Si la roche apparaît moins sur les flancs du village, c*est qu'elle a été recouverte par des couches de détritus accumulés depuis des siècles et transformés en humus.
L'assiette et le pLiu des villages sont déterminés par la forme de ces soulèvements, c'est-à*dire que ces villages sont généralement longs et étroits. 11 n'y a le plus souvent qu'une rue à laquelle aboutissent quelques ruelles, à moins d'un centre de population important, comme les vi lages des Yeuni, fondés sur des croupes élargies.
Les abords des villages sont habituellement malpropres, entourés immédiatement par une ceinture de fumiers, de détritus et de déjections humaines. Notons une autre condition d'insalubrité intérieure. L'écurie est toujours | ercée d'une petite brèche qui permet au dehors l'écoulement des liquides. Ëh bien^ c'est ordinairement dans le mur qui donne sur la rue qu'est percé ce conduit.
Tous les villages ont une mosquée plus ou moins bien construite, suivant l'importance de la localité, mais toujours d'une construction plus soignée que celle des habitations privées. Chez les Yenni, quelques-unes de ces constructions avaient un certain cachet monumental. Assez souvent il y a un minaret attenant à la mosquée. Quand des bâtiments bien blanchis dominent le village, ils contribuent à donner au paysage beaucoup de pittoresque. Ainsi en est-il chez les Âk-
bil; ainsi au village de Taskenfout, chez les Menguelâ, etc.
La mosquée de Tâka, des Yahya, malgré ses humbhs proportions, n*cn est pas moins remarquable . Une ligne d'arcades la partage en deux ; le tout est moulé en plâtre, et le toit est parfaitement appareillé. C'est la plus coquette que nous ayons observée.
Il existe encore une autre sorte d'édifice public, un autre lieu de réunion, mais profane. C'est là que se réunissent les oisifs pendant les temps de pluie ou de chaleur. Ordinairement à l'entrée du village, cet édifice est percé sur ses deux pignons de larges ouvertures et son intérieur présente de chaque côté un massif de maçonnerie recouvert de larges dalles. C'est là que l'on s'assied ou même que Ton se couche. Les centres d'habitations qui approchent, atteignent ou dépassent un millier d'habitants, se trouvent .sous le rapport de Ja contiguïté des maisons dans les mêmes conditions q<ie nos villes. C'est ainsi que Aît-Lahsen, des Yenni, présente une agglomération compacte de maisons pouvant contenir environ quatre milliers d'habitants. Il en est autrement dans les centres de population au-dessous de cinq cents habitants. Du reste, comme nous l'avons dit, la nature du sol, la configuration de l'émergement rocheux, commande la distribution des habitations.
Telle est généralement la distribution des habitations kabiles d'une importance moyenne. Autant que possible, on ménage une cour. Cette cour donne directement sur la rue ou bien elle est précédée d'un porche ayant à droite et à gauche des bancs en pierre comme dans les lieux de réunions publiques. Sur un des côtés de la cour est le corps de logis* La pièce principale se compose d'un rez-de-chaussée divisé en deux moitiés ; l'une plus élevée est Thabitation proprement dite, l'autre, un peu plus déclive, est l'écurie.
L'habitation de la famille est un sol tassé et parfois bétonne ; les murs en sont blanchis à la chaux, parfois enjolivés d'arabesques en détrempe grossière, exécutées par les femmes.
Chez les pauvres seulement le loyer se trouve dans cette pièce.
Chez tous, des jarres de dimensions variables, sont appuyée s coDire les murs : les unes pouvant contenir plusieurs hectolitres, en terre scchée nu soleil et mêlée de men le paille, sont destinées à contenir Torge, les autres, moins volumineuses, cuites au feu, doivent contenir Fhuile.
Dans la vallc.e de TOued-Sahel, particulièrement chez les llimniel, un roin de Thabitaiion cantonné en quart de cercle et d*un ou deux décimètres au-dcâsus du sol. était la place réservée pour le lit du maître ou de la maîtresse de la maison. Assez souvent un berceau se balançait au-dessus, toujours à 1.1 disposition de la mère. Ce berceau n^éiait autre chose qu'un plateau en sparlcrie, duquel parlaient quelques cordes se réuhissant presque immédiatement et se continuant par une corde unique attachée au p'anchcr.
Quelquefois un bahut, un coffre est destiné à receler maintes provisions. D'autres fois le& meubles sont entassés sur des saillies q.ie forment les murs à rinlérieur. On voit aussi géniTaleinenl les murs percés de niches où sont déposés divers objets.
Entre cette moitié qu*liabile la famille et Tautrc moitié qu'habileut les animaux, s'élève un mur de séparation d'environ cinq décimètres de hauteur. Au-dessus di-s animaux est établi un phincher déterminant un nouveau compartiment qui sert tantôt de grenier, tantôt de dortoir, ou bien qui joue les deux rôles à la fois. Pour lit, on a des naites et des tapis plus ou moins épai«, plus ou moins durs.
. Le Français qui voyage en Kabilie et qui n'est pas encore iuitié aux coutumes locales, trouve étrange, après toutes les [irévcuauces dont il a été l'objet, celte hospitalité nocturne en commun avec les bœufs, et cependant c'est là la pièce du maître, c'est la plus chaude.
L'immense majorité des habitations sont recouvertes en tuiles, plus rarement elles le sont en Itége,
Vw et (a lumière rentrent à peu près exclusivement par la porte d'entrée ; c'est à peine si quelques petites lucarnes sont percées dans les murs.
Quand riiabiiation se résume dans cette pièce unique, et c'/est le cas le plus commun, quand la tamille est nombreuse et qu'un mariage vient ajouter une nouvelle famille à la famille première, on conçoit que cet amas d'hommes et d'animaux se trouvent en des conditions hygiéniques détestables. La lumière n'y pénètre pas suffisamment, l'air n'y circule pas, la fumée y séjourne ; enfin la litière et les déjections des animaux chargent l'atmosphère d'émanations putrides. L'babjiation doit être eertaioement considérée comme une des causes de la fréquence des ophtfaalmies. ,