DB LA FIBYRB INTER9IITTBNTB
Oif' 93Si ifàe r Algérie est en quelque sonê la teite ctascAàWeT de (4' flèVre iîi terni ttïebte et qu'elle sévit généralemèm du)t toutes les races qui Thabitent.
Farmi les Européens qui Font habitée» il en est peu qui n^aiîettt pilyé plus ou moins leur tribut à cette affection.
Dés tr'âvatix d'assainispement et de culture, une ÎDStaiiàtion lûeilleure, un régime plus modéré, une hygiène mieux eiit'endue ont diminué le nombre des victimes. Cependant, soûs rinfluence de certaines conditions, rendéaiié sévît encore avec son intensité première. Nous en citerons un exemple. En ffôB, sur la fin de Tautomne, nous fûnies déàiché^ d% Mascara pour foire le service d*un bataillon éé ïi ïègloU étràdgèi'e, campé près de St-Denis-du-Sig ér <^ii'^i^]é i piiûaré taf rouie de Mascara. Ce bauillon veniait àé travailler ait^ Bari^ge dé THabra . Tous avaient été frappés, sans exception ; le médecin avait dû être relevé. De cei^tâiûs jiiiiW' nou^ dlébiâôns quarante à cinquante grammes de sulfaté ië ^ofininè, et' les envois à l'hôpital étaient très nombreux.
Pendârnt un s^ouir d'une (Quinzaine d'années en' Algéî^ië, cHiir^é k pfuSîeùrs reprises ^un service médical auprès des indigènes, notamment à' Dréan, près de Bône, à partir de rabtiée ï$31, nous avons pu observer Textension de là fièvre intermittente parmi les populations arabes, et constater les altérations de l'économie qu'elle entraîne à sa suite, particulièrement le développement excessif de la rate et la perversion des fonctions nutritives. Il n'y avait là rien qui dût nous étonner. Les plaines de TAlgérie ou les pays à tente réunissent toutes les conditions favorables pour élever la fièvre interndtténte à son ihalimum d'intensité : pays découvert;
sol riche en terre végétale, semé d*eaax stagnantes ou baigné rhiver, desséché l'été, sous la double influence de la chaleur estivale et du sirocco^ installation et hygiène détestcsiables, etc.
Il nous restait à observer la fièvre intermittente chez les Kabiles ou dans la montagne, et c'est ce que nous avons pu faire amplement pendant un séjour de quinze mois à Fort- Napoléon.
Ici les conditions géographiques sont toutes différentes. Le pays est fermé au sirocco par la haute barrière du Djurjura; le sol est pauvre en humus, les eaux stagnantes sont très rares, Tinstallation est plus avantageuse. Nous devions nous attendre à une extension beaucoup plus restreinte de l'endémie iiévreuse. Eh bien, nos prévisions furent trompées.
La fièvre intermittente est très répandue en Kabilie; elle entraine les mêmes lésions que chez les Arabes.
On pourrait peut-être invoquer comme preuve de l'extension et de l'ancienneté des sévices de la fièvre en Kabilie, le nom kerbère qu'elle porte à l'exclusion d'un grand nombre de maladies connues sous une dénomination arabe.
La fièvre se dit en kabile : tsaoûla*
L'expression de fièvre quotidienne n'a pas précisément de synonyme, mais un équivalent : on dit une fièvre de chaque jour, koullès.
La fièvre tierce se dit bou es ou es, d'un jour à l'autre.
Notre fièvre quarte est celle que les Kabiles appellent tierce^ tsamtsellit; mais celte expression est d'origine arabe et ils en ont u&e autre toute berbère, celle de tsaoula tamocrant, la grande fièvre.
La fièvre double tierce est dite smâouga^ ou mieux, avec son cachet berbère, tasmâouit.
Les chiffres vont démontrer l'extension de la fièvre intermittente en Kabilie. Sur 5,394 malades inscrits^ nous comptons 2,026 fièvres intermittentes et 59 hypertrophies de la rate. Sur ce chiffre de 2,026 malades, nous estimons à trois
ou quatre cents le nombre de ceux que nous. avons visités à domicile : les autres se sont présentes à notre visite.
Les ^,026 malades se décomposent en 1850 hommes et 176 femmes.
Le tableau qui suit donne leur répartition par mois :
Hommes Femmes Total
A partir du 23 Septembre 1857.. 17 2 19
Octobre 238 35 273
Novembre 234 31 265
Décembre 216 7 223
Janvier 1858.. 98 7 .105
Février 80 4 84
Mars 62 62
Avril 48 4 52
Mai 50 2 52
Juin 76 7 83
Juillet 65 14 79
Août 89 6 95
Septembre 224 24 248
Octobre 230 24 251
jusqu'au 24 Novembre 123 9 132
On voit par ce tableau que les fièvres intermittentes, rares pendant le pirintemps et Télé, prennent en automne une grande extension et se maintiennent encore pendant Thiver, Pour avoir une idée vraie de leur marche progressive, il ne faut pas prendre tout à fait à la lettre notre tableau, mais il faut se rappeler aussi que bon nombre de nos malades ne venaient qu'après avoir subi plusieurs accès : Tépoque de développement se trouve ainsi reculée.
Bon nombre de malades avaient à faire pour arriver à nous une journée de marche et plus . Avant de se mettre en route, ils attendaient la guérison du temps ou de la Providence. De là une cure plus difficile et des rechutes qui se prolongeaient
péirdaift rhhrei^, alors que les agents pathogéniqoes agissailnt^ avec moins d'intensité.
Si nons devons nous en rapporter à nos clients, queR|ues fièvres étaieni d'une ténacité rare et se prolongeaient pendant des années.
Nous devons faire une remarque à propos du mois de novembre 1857, rnn des plus chargés. Pendant ce mois nous fîmes m voyage que nous poussâmes jusqu'aiMIslà dv Jut^ jura, et nous vîmes sur i^ce,. particulièrement aux marchés du Djemà des Mbaguelai, et du Sebt- ûttA Yahya, plus de ma* lades que nous A'en aurions reçus 'à Foi^l^Nai|^léon.
Nous allons donner aoitôi, pai^ tribus, lès* diîffres de fiévreux les plus considérables
Tribas FléYrea» Population
Raten., i.136 16.802
Chennàcba-Sediui et .
Onadya 122 . 6.212
Menguelat 110 lAU
Fràoucen 94 1.938
Yahya... 86^ 5.329
Yenni 71 2 378
Ouacif 50^ i.itt
Bou-Youcef. 48 3 .392
^isouràV «.^ 36* ^'^'^f
Aisst 35 14.465
Atlil*...... 3^ i.(A1
Àkbîl :. i» 1.584
Bouctîaîb 25 Î^Ob
Alîkâch tà i.m
Boudr'âr 21 ^'r^^ ,
Ce tableau veut quelques explications, tes clîîlfiArës né sauraient' représenter la densité relative des fiévreux dans chaque tribu, et cela pour plusfeurs' raisons* Les triWs eloigiiées fdtirnlssâiènt lin contidgenC moindre Aie Us plus^ rapp^ùdîéési cdinine On le voit en comparant le clufte des na-
ten à celui des autres tribus. Quelques chiffres, ceux des Menguelat, des Frâoucen et des fahya sont relativement élevés parce que nous vîmes des malades surplace. Le chiffre des Âïssi est très-faible relativement à la population, par la raison que celte tribu est plus à proximité de Tizi-Ouzou que de Fort-Napoléon.
Ce que nous tenons à faire remarquer dans ce tableau, c'e-t le chiffre assez considérable de fiévreux donnés par une série' de petites tribus qui habitent les pentes du Jurjura, à une hauteur de 1,000 à 1,500 mètres, et qui sont en même temps parmi les plus éloignées du fort. Ces (ribus sont les Itsourâr', les Bouyoucef, les Akbil, les \ttâf, les Boudr'âr, les Akkâch, les Ghennâcha. Malgré leur situation, qui semblerait les assurer contre la fièvre intermittente, d'après Tétioiogie généralement admise, maigre leur éloignement, ces tribus nous ont fourni un contingent assez considérable ; mais ces tribus ne nous ont envoyé qu'une portion de leurs fiévreux : un nombre beaucoup plus considérable est resté sur place. La fièvre intermittente sévit donc avec une certaine intensité chez des populations montagnardes que leur position semblerait préserver contre Fendémie.
Ce que nous disons de ces tribus, nous devons le dire pour toutes en générai, et rappeler l'apathie des Kabiles, leur lépugnance à se déplacer, surtout à laisser déplacer leurs femmes. En tenant compte de ces faits et des chiffres que nous avons donnes, on conclura qu3 la fièvre intermittente est beaucoup plus répandue en Kabilie qu'on ne l'aurait cru de prime abord.
La tribu des Raten, au centre de laquelle nous habitions, et dont les limites s'étendent en moyenne à deux ou trois lieues de distance de Fort-Napoléon, nous donne à elle seule un chiffre de 1.136 fiévreux, Nous croyons que l'élévation de ce chiffre a son explication dans la proximité des populations et dans les visites fréquentes que nous fesions dans les villages voisins du fort, quand notre service nous le permet*
— isolait. Le voisinage de la plaine du Sébaou, pour quelques villages, ne nous paraîi pas devoir élre pris en 1res grande considération. Si toutes les tribus eussent clé à noire portée comme les Ratcn, nous serions certainement arrivé à un cliiflre de malades extrêmement élevé.
En présence d*un nombre de fiévreux aus<i considérable, on est naturellement conduit à se demander quelle peut être la cause de cette fréquence des fièvres intermittentes en Kabilic.
On admet g'''néralemcnt en Algérie que les émanations paludéennes sont la cause habiiucllc, pour ne pas dire unique, exclusive, des fièvres intermiilentcs.
En Kabilie, nous croyons que celle cause n*a qu'une aclion très-restreinte, et qu'il faut en cbercber d'autres.
Tout en repoussant les émanations paludéennes comme cause générale et exclusive des fièvres iniermittenies en Kabilie, nous devons dire cependant que nous avons constaté celte action d'une manière positive en certains poinls.
I^'espace compris dans Tangle de confluence de TO.-Aïssi et de l'O.-Sebaou, est assurément un foyer d'émanations paludéennes ; mais ces émanations, après tout, ne peuvent guère sévir d'une façon notable que sur les villages d'Asikbou-Meddour, des Amraoua, dont le sol est inondé pendant rhiver. Nous ignorons jusqu'à quel point les lièvres ont sévi dans ce village qui, en raison de sa proximité et des facilités de communication, devait envoyer la plupart de ses malades à Tizl-Ouzzou Pendant notre séjour à Fort-Napoléon, les Amraoua nous fournirent une quarantaine de malades, parmi lesquels cinq fiévreux seulement.
Parmi les villages des Raten exposés aux ém mations d'Asikh-oa-Meddoiir, on ne peut guère compter que Tala- Amara; et encore, ce village est-il un peu abrité, Asikb-ou- Meddour est à 1^0 mètres d'altitude, et Tala-Amara à 340. Les autres villages qui regardent la plaine sont à une bautour qui n'est généralement pas moindre de 500 mètres, cl qui atteint souvent 7 à 800.
Nous pûmes observer chez des Français rinsalubrité de ce. coin de la plaine du Scbaou.
Au commencement de 1858, un détachement d'artilleurs fut détaché de Fort- Napoléon pour aller camper entre Âsikhou-Mcddour et le Soukclhad, non loin de Tancien camp. Le sol était bas et humide, dominé au Couchant par la chaussée delà route, et au Levant avoisiné par un sol légèrement marécageux envahi par des fourrés de plantes palustres, de lianes et d^arbres amis de Fhumidité Prosquc tous ces artilleurs furent envoyés à Thôpitai de Fort-Napoléon, dont nous fimes le service, par surcroît, pendant Tété de I808 ; et pour dernier remède nous dûmes leur donner à presque tous des congés de convalescence pour les guérir de leurs fièvres, tant elles étaient tenaces.
A la même époque, nous reçûmes aussi à l'hôpital un grand nombre de fiévreux appartenant à la garnison . Mais ces fièvres peuvent s'expliquer, tant par le grand remuement de terres que nécessita la consiruciion de Fort-Napo* léon, que par une certaine aptitude pathogénique de la plu* part des bataillons.
Ce sont là des faits où les indigènes sont hors de cause, et nous revenons à notre thèse.
A part ce petit coin d'Asikh-ou-Mcddour,.nous ne voyons pas de foyers notables d'émanations paludéennes dans la vallée du Scbaou.
Nous considérons comme insignifiantes les petites pièces d'eau qui se trouvent en bas d'Akbou.
Il est, dans la plaine du Sébaou, une localité qui donne des fièvres^ mais que l'on ne saurait considérer comme un foyer d'émanations s'irradiant dans un cercle étendu. Cette localité, c'est Djemâat Essahridj, de la tribu des Frâoucen, assise sur les ruines d'une colonie romaine, dont les bassins encore en usage lui donnèrent son nom . Djemâat Essahridj est à un myriamètre du Sebaou, et à une altitude de trois à quatre cents mètres. Le massif des Frâoucen, d'une élévation
double et aux pentes abruptes, la domine au Midi. Son sol est d*une excellente nature et arrosé par des eaux abondantes dont les Romains emprisonnèrent les sources dans des bassins qui leur ont survécu. Les eaux» mal aménagées, s'écoulent à travers des chemins fangeux où Ton se donne peu la peine de leur construire des rigoles. Djemâat Essahridj compte i,586 habitants, logés dans des maisons mal construites, le plus souvent des gourbis perdus au milieu d'tin massif ininterrompu d'arbres fruitiers, de la plus luxuriante végétation. Le ^7 octobre 4857 nous visitions DJemôai Essahridj et nous donnions du sulfate de quinine à uie douzaine de fiévreux. Djemâat Essahridj développe plutôt les scrofules et particulièrement les goitres, ainsi que nous le verrons plus tard.
Deux tribus, dont la population représente douze mille individus, habitent la rive droite du Sebaou : ce sont les Djennàd et les Ouagnoûn. Ces deux tribus nous donnèrent ensemble une centaine de malades, parmi lesquels seulement treize fiévreux. Si d'Âsikh-ou-Meddour nous remontons l'Oued Aïssi, nous ne trouverons plus qu'un sol tourmenté, que des ravins étroits, rien qui puisse engendrer des émanations paludéennes.
Si Ton ne saurait montrer en Kabilie de foyers notables d'émanations paludéennes, ces émanations ne pourraientelles pas être amenées de Textérieur par l'intermédiaire des vents? Nous ne le croyons pas.
La Mitidja peut certainement envoyer ses miasmes aux Habiles du voisinage ; mais le théâtre de nos observaiions en est éloigné ei même séparé par des soulèvements d'une altitude supérieure à celle de ceux compris entre le Sebaou et le Jurjura.
Nous ne croyons pas non plus que l'on puisse invoquer l'action de la plaine de Drâ el-Mizan à Borni, plaine qui n'est pas marécageuse, mais une bonne terre de céréales.
Rappelons ici que la grande majorité des villages qui nous
oui envoyé des fiévreux sout construits à une hauteur qui o.s(iUe généralement entre 600 et 800 mètres, et que les villages situés sur les hautes pentes du Jurjura ont une altîlude supérieure.
Irons-nous chercher la cause des fièvres dans l'action de la chaleur exchisivement, ou dans celle de l'électricité soit lellurique, soit atmosphérique? Non plus.
Pour nous, la cause générairice des fièvres est une altératJoii matérielle, une infection de Tair atmosphérique, mais celte infection diffère de celle qui provient des miasmes paludéens et dans sa nature et dans ses conditions. A celte altération, nous devons ajouter les influences du régime et de riiabitation. Cette infection de Tair est également suscitée, entretenue et aggravée par la chaleur, mais les matières qui fournissent les émanations sont d*un ordre dilTérent.
La Kabilie, pays de montagnes tourmentées et abruptes dont les pieds tout lavés par des torrents plutôt que par des rivières, la Kabilie n'a pas de marais ni d'eaux stagnantes ; mais chacun de ses villages tout perches qu'ils sont sur des crêtes ou sur les versants des contreforts, est un foyer d'émanations infeciieuses dont Taclion pathogénique est secondée pur un ensemble de conditions hygiéniques détestables.
C'est à la chaleur et à l'hygiène locale plutôt qu'aux vents qu'il faut, suivant nous, demauder la cause des fièvres intermittentes en Kabilie i Nous allons exposer quels sont ces foyers d'infection dont la chaleur et le régime accroissent la puissance pathogénique.
Du tableau que nous avons donné de la répartition des fièvres dans les différents mois de l'année, il résulte que les fièvres, rares au printemps, s'accroissent en été et prennent subitement en automne un développement remarquable. Eh bien, c'est en automne, c'est vers la fin de l'été que les influences morbides ont le plus de puissance. En tenant compte de la date des invasions, ce serait au mois d'août que commencerait cette recrudescence. C'est à celte époque aussi
que se développent les foyers d'iorectionet que leur înQuence est particulièrement secondée par la chaleur et le régime.
A toutes les époques de l'année^ les villages kabiies laissent à désirer sous le rapport de Thygiène. Avec une température basse ou modérée, ce défaut d*liygicue entraine peu d'inconvénients ; il en est autrement à l'époque delà chaleur.
Et d*abord, les habitations sont étroites, mal aérées, mal éclairées ; Tair y est vicié par une accumulation considérable d*hommes et d*animaux. La partie de Thabiiation réservée au bétail laisse écouler généralement dans la rue les produits excrémentiiiels liquides. Quant aux produits de provenance humaine, ils font autour de chaque village une large ceinture, une sorte de barrière qui en rend Fabord dégoûtant. La déclivité du sol environnant est la cause naturelle de cette accumulation d'excréments qui sont déposés le plus près possible. Il s'y «ijoute des détritus de toutes sortes, et c'est là l'origine de cette terre végétale qui acquiert souvent une grande profondeur autour des villages, installés cependant sur la roche.
En automne, ce sont de nouveaux produits excrémenlitiels, de nouveaux dotritus, qui séjournent dans les habitations, dans les rues, ou bien sont rejetcs n l'arrière des maisons.
Les Kabiies ont quelque peu de bétail : bœufs, chèvres et moutons. Si peu qu'ils en aient, les pâturages sont insudlsants. Pendant la première moitié de l'année, Je bctr.il broute à l'extérieur et se repose la nuit à la maison. Quand vient rété etia sécheresse, le pAiurage fait complètement défaut, et c'est à l'élable que le bétail doit se nourrir. Or, voici comme on y procède :
A défaut d'herbe, on s'adresse aux feuilles des arbrrs. C'est le frêne et quelque peu le figuier qui fournissent au bétail son alimentation iicnd.mi la sécheresse. Telle est surtout la cause de la culture du frcno, culture si répandue en Knbilie, où il acquiert de très fortes proportions. On enlève donc les feuilles, ou plutôt on coupe les jeuues pousses ; et
telle est la raison pour laquelle ces arbres si bcnux, quand rien ne gêne leur développement, se présentent presque toujours mutilés, sous forme de tronçons d'un aspect disgracieux. Les jeunes pousses sont livrées nu béiail qui s*cn fait ensuite une litière. Leurs débris sont ensuite rejetés, soit dcins les cours, soit dans les rues, soit au dehors des maisons. Voilà donc une masse considérable d'excréments et de détritus que Teau ne vient pas diluer, qui fermentent au contraire et remplissent i'atmosplière locale d'émanations putrides sous l'influence de la chaleur. G*cst alors précisément réj'Oque où le Kabile est le plus sédentaire et fait usage du régime alimentaire le plus mauvais.
Après avoir battu le peu de céréales qu'il a récoltées, il procède à la cueillette des fruits, particulièrement des raisins et des figues. Mais en attendant qu'ils arrivent à leur pleine et entière maturité, il eu fait un abus à l'état frais; il s'ingère à l'excès (les aliments qu'il trouve en abondance et qu'il n'a que la peine de cueillir. Alors les fonctions digcstives languissent, et apparaît cette affection répandue par toute la Kâbilie et connue sous le nom de lâguya ou tamaguirt, qui n'est autre chose qu'une faiblesse, qu'une atonie de l'estomac distendu et fatigué par une nourriture aussi insuffisante que surabondante. L'organisme, sous l'iiifluence de ces causes énervantes, avec celle alimentation si peu réparatrice, tombe dans une atonie générale qui le rend incapable de réagir contre les influences morbides devenues précisément plus no.Tibreuses et plus intenses. Gorgé de fruits, le Kabile se couche et prend la fièvre.
Tels sont les faiis que nous avons observés et interprétés comme les interprètent les indigènes. Gomment veux- lu, me disait l'un d'eux, que les Kabilcs ne tombent pas malades ! Ils s'emplissent de fruits jusqu'à ne pouvoir plus souffler; puis ils vont se coucher contre un mur. Nous n'avons pas, me disait un autre, ce qui chez vous stimule la digestion. Le vin nous est défendu et le café n'est pas commun chez nous. Nou& n'avons que l'eau.
Nous croyons devoir aussi accorder une influence aux brouillards, et nous rappellerons ce que nous en avons dit précédemment. C'est en automne qu'ils commencent pour se prolonger pendant l'hiver et le printemps. Ils sont épais, froids, et se résolvent en une petite pluie très serrée. La froidure qu*ils amènent, à laquelle succède la chaleur d'un soleil, dont les rayons sont toujours chauds quand ils ne sont pas interceptés, tout cela est assurément de nature à provoquer des fièvres d'accès.
Pendant l'automne, quand notre service nous le permettait, nous visitions l'après-midi les villages voisins. H n'en est pas d'une distance d'une à deux lieues que nous n'ayons fréquemment visité. Constamment nous trouvions de nom> brcux fébricitanis couches soit dans les rues, soit dans les maisons : fréquemment nous en trouvions de quinze à vingt dans la même localité.
Il est un village que nous visitions le plus fréquemment et où nous trouvions toujours beaucoup de fiévreux, nonobs- / laat ceux qui nous arrivaient au Fort, dont il n*esl distant que de cinq à six kilomètres, c'est Taourirt Tamocrant.
Le 1"^ octobre 1857 nous y donnions du sulfate de qui> nine à 15 (iévreuX) le 5 à un pareil nombre, et nous devions en renvoyer plusieurs au lendemain faute de pilules. Le 20 septembre 1858 nous en donnions à dix malades, et le 29 à 20, obligé encore d'en renvoyer plusieurs au Fort.
Taourirt-Taniocrant est un des villages les plus pittoresquenient situés que nous ayons vus en Kabilic. Ses maisons se développent le long d*une arôtc dont une mosquée avec son minaret couronne le sommet. Il réunit loulcs les conditions que nous avons ronsidcrées comme favorables au dévcloppemenl de la fièvre iniermiilente. Il a d*abord ce qu'ont tous les autres villages, Tinsalubrité des habitations et les foyers d'infeciion, puis il a quelque chose de spécial. On y fabrique les ichouaouen, coirTurc de femmes adopiée dans une bonne portion de la Kabilie. Quand on parcourt les
rues de Taourirt-Tamocrant, od reaconlre partout des hommes, — car ce sont les hommes qui travaillent, — on ea rencontre partout des groupes occupés à broder Vachouaou, Mais aussi on en rencontre toujours de couches eu proie à la fièvre, ou d'autres qui, par leur teinte ictérique ou leur pâleur, accusent des accès antérieurs. La situation de Taouriri esi encore défavorable. Malgré son élévation d'environ 700 mètres, ce village est relativement peu élevé. Au sud il est dominé^ d'un peu loin il est vrai^ par le massif des Yenni qui s'élève à 900 mètres. Au nord il est dominé de I rcs par le massif de Fori-Napoléon et d'Aboudid qui dépasse 1,000 mètres. Le massif des Aïssi le domine également à une certaine dislance. Au milieu de ces massifs est creusé le lit tortueux de Foued Aïssi. L'air doit être plus stagnantà Taourirt, situé sur un conjrefort, et dominé de toutes parts, que dans les villages perchés sur les crêtes.
Ainsi nous trouvons à Taourirt une atmosphère à toute époque peu renouvelée, infectée pendant les chaleurs, une alimentation excessive cl insuOTisaule, une industrie qui condamne au repos et à l'insolation ; toutes conditions qui expliquent encore la fréquence des fièvres intermittentes.
Notons encore quelques visites faites dans les villages voisins.
Le 16 octobre 1857 nous nous rendions àlril Tazert, petit village de 120 habitants et nous donnions du sulfate de qui* niue à 10 malades.
Le 19 nous en donnions à là, à Tirlltel Hadj Ali, village de 120 habitants.
Le 22 nous eu donnions à 10, à Irilguéfri, village de 350 habitants.
Le 31 nous en donnions à 15, a Iril Tigmounln, peuplé de 240 habitants.
A Tirili cl Hadj Ali, parmi nos fiévreux se trouvaient trois enfants à la mamelle.
Le 17 novembre 1858, de passage chez les Yenni nous donnions du sulfate de quinine à 15 fiévreuii.
Le nombre des malades venus à noire visite est certes considérable. 2,026 eu 15 mois : mais pour se faire uue juste idée de l'extension de la ficvrc, il faut songer aussi à ceux que nous rencontrions dans nos tournées. LMntensiic des accès et Téloignement en retenaient un nombre incalculable à domicile. Des demandes auxquelles nous ne pouvions faire droit, vu la modicité trop restreinte de nos allocations, nous étaient continuellement adressées pour des absents, par un des membres de la famille. Tanlôt c'était pour un vieillard, tantôt pour une femme, tanlôt pour un enfant à la mamelle, qui ne pouvait se séparer de la famille. Parfois on amenait sur une mule un malade que la fièvre prenait eu route ou à son arrivée. Nous rappellerons ici un des faits les plus curieux de ce genre.
Le 2 juillet 1858 nous arrivait une jeune femme de Tâge de i^ ans, nouvellement mariée, du village deTnguemmount Guadefel, distant de huit kilomètres do Fort-Napoléon. Depuis un mois elle avait des accès de fièvre quotidiens. Deux femmes, sa sœur et sa mère Tavaient apportée à dos, se relayant à tour de rôle, car le pauvre ménage n'avait pas de monture. La fièvre fut coupée, mais récidiva, et le 19 du même mois, Smiua bent Ahmed nous était une seconde fois apportée à dos par sa mère et sa sœur.
Toutes les fièvres cependant ne sont pas contractées en Kabilie : un certain nombre le sont en pays arabe. On sait qu'à répoque des moissons, bon nombre de Kabiles s'en vont chez les Arabes, avec le tablier de cuir et la faucille, et s'engagent pour toute la durée des travaux, ainsi qu'il arrive en France dans certaines provinces. Plusieurs en rapportent la fièvre ou quelque autre maladie. Quand le Ramadhan^ mois du jeûne, tombe à l'époque de la moisson, l'abstinence et un travail excessif à l'époque des chaleurs doivent avoir les plus fâcheux résultats chez les Kabiles moissonneurs. Nous avons recueilli un certain nombre de faits de ce genre.
Sous le rapport des types, il est un fait remarquable à noter, c'est que les deux tiers environ de nos fièvres éiaieut quartes, d'une invasion ancienne, ayant débuté par un autre type. Nous en étions parfois à nous demander si Ton nous disait toujours vrai, et voici comment. Les Kabiles avaient la plus grande conGance dans le sulfate de quinine. C'est vérilablemont un remède fait pour eux qu'un remède qui jouit à un aussi haut degré d'une cfticaciié prompte et sûre. Déjà, dans le courant de l'expédition de 1857, une certaine quantité de pilules avaient été distribuées par les médecins de l'ambulance. Dès notre arrivée nous trouvâmes la réputation du sulfate de quinine toute faite, et bon nombre de fiévreux, pour couper court à une interrogation difficile, nous abordaient en disant quina^ quina. Gomme nous l'avons déjà dii, des demandes incessantes nous étaient iaiies pour des absents et particulièrement pour des femmes. Dans la prévision malheureusement trop bien fondée que nous dépasserions nos allocations, sans parler de la crainte que nous avions de gaspiller un médicament précieux, nous refusâmes constamment. Alors on avait recours aux subterfuges. On nous envoyait des enfants qui accusaient niensongèremcnt la fièvre, et que nous forcions quelquefois à nous avouer qu'ils venaient pour leur mère ou leur sœur. Un de ces enfants eut recours à un curieux stratagème. Comme il nous semblait suspect, nous nous décidâmes » lui donner immédiatement une dose de sulfate de quinine liquide, au lieu de lui confier des pilules. Il huma la solution ; mais aussitôt, tournant le dos, il rendait dans un roseau caché sous son burnous tout ce qu'il venait d'absorber. Quelques-uns de ces enfants reculèrent devant un vomitif ou devant la solution. Le type quarte, en raison de l'éioignement des accès, était celui qui se prélait le mieux à ces supercheries, attendu que nous donnions toujours du remède à emporter.
Au début nous ne pouvions donner le sulfate de quinine qu'en pilules. Mieux installés, nous le donnâmes en solution
et nous noufi en trouvâmes bien. Les Habiles ne lardèrent pas à reporter sur la solution Tesiime qu'ils avaient eue pour les pilules. Nous admirions souvent avec quelle inirépidiié ravalaient les enfunis, alors que bien des adultes fesaientU grimace.
Chez les tout jeunes enfants nous avions employé d*abord le sulfate de quinine en pommade : nous adoptâmes bieniôt un autre mode d'administration, celui des injections alvines. Ceci parut étrange au commencement ; on n'avait pas connaissance de ce mode d'administration ; cep«ittdanl on Taccepta sans difllcuUé. Nous Tavions du reste déjà mis en usage pour des adultes auxquels nous injections ainsi de la solution de sublime contre les ascarides.
Nous fesions autant que possible précéder le sulfate de qui-nine par un vomitif. Quand Tépoque des accès ne s'y prétait guère, nous préférions donner une dose immédiatement. Nos doses étaient le plus souvent de cinq ou six décigrammes à prendre séance tenante, et nous en donnions une quantité quelque peu inférieure à prendre à la maison.
Outre le sulfate de quinine, surtout quand la lièvre datait de longtemps, nous administrions les ioniques ou les ferrugineux à la suite. Nous donnions fréquemment des pilules d'extrait de quinquina, à prendre après le sulfate de quinine.
Nous essayâmes aussi de répandre parmi les Kabiles la connaissance el l'usage de la petite centaurée, qui croit généralement par toute la Kabilie, et dont nous fîmes une récolte aussi abondante que possible. Cette plante qui se dit chez les Kabiles gltloii et chez les Arabes merarct el Ahnech^ ù-il de serpent, ne nous a paru nulle part employée ni par les uns ni par les autres*