‹ Une mission médicale en KabylieChapitre 20 sur 44 · III. ~ Ophthalmopathibs · texte numérisé non relu

III. ~ Ophthalmopathibs

Sous le rapport de la fréquence, les ophihalmopaihies viennent après les fièvres intermittentes. Nous avons reçu i,0i6 ophlhahniques, dont 773 hommes et 273 femmes.

La plupart des alTections de Tœil y sont représentées, comme on le voit par le tableau suivant.

Palpébrite 184

Entropion 42

Tumeur palpébrale 1

Tumeurs et ûstules lacrymales 23

Conjonctivite 149

Adhérences palpébrales 1

Pannus et ptérygion 11

Kératite 4C6

Slaphylôme 3

Kyste intraoculaire 5

Alrésie pupillaire 4

A reporter.... 889

Report.... S89

Déchirure de Tiris i

Amaurose 21

Photophobie 2

Hëméralopie 9

Cataracte 6G

Ophihalinie complexe 52

Cécité (pour mémoire) 6

Total 1.046

Tel est le coulingent de chacune des principales tribus :

Tribas. Ophibalmies. Population.

Raten 377 16.802

Menguelat 66 4.144

Fraoucen 50 4.938

Aïssi 47 14.465

Yahya 46 5.329

Ouacif 46 2.722

Chennacha Sedka, Oua«

dya 44 6.212

Itsourar 42 5.171

Yenni 33 2.378

Ouagnoun.....,...,., 29 . 10.206

Amraoua....... ...... 24 . 11.875

moula, Slilten...... .. 23 »

Bou-Akkach.. 23 1.518

Bouchaïb 20 2.900

Flissa 19 22. 473

Djennad 15 1.436

Boudrar 15 2.400

Bouyoucef. 13 . 3. 392

Hidjer.... 11 »

Aliaf..., ............ 11 1.017

Akbil........ 9 1.584

Mislaïm... 9 (Akbil)

Noi|s devons faire quelques observations sur ces chiffres qui soQt loio de représenter la densité relative des ophihal* mies p^riBÎ ees diverses tribas.

Cerlaines tribus étaient de beaucoup plus rapprochées de Dellys ou de Tizi^Oqzou que de Fi^-Napoléoo, ainsi les Aîssi, les Fiiisa-MeUil et Flissa-el-Bahar, les Amraoua, les Ouagnoûn. Nous n'avions donc qu'une partie de leurs malades.

Quant aux autres tribus, qui se trouvaient narurcllemcnt dans notre sphère d'action, il faut tenir comptede Téloigne^ ment. I^a iribu des Balen nous donne le chiffre de 377 ophthabniques, chiffre considérable, tout en tenant compte de la population. Nous ne pensons pas que lesRaten soient plus affectés d'ophtàalmie que leurs voisins. Comme nous Tavons déjà fait observer à propos de la fièvre et do la syphilis, cela tient à la proximité. Si donc nous avions pu séjourner dans chacune des tribus, nous serions arrivé à un chiitre beaucoup plus considérable.

La conclusion de ce qui* précède, c'est que les ophthalmies sont encore plus communes en Kabille que ne pourrait le prouver notre chiffre de i .046, déjà si élevé.

Nous avons ^ssi pratiqué longtemps la médecioe en pays arabe, et nous avons également été frappé de la fréquence et de la gravité des ophthaUnles. Chez les Kabiles et chez les Arabes, les mêmes &its s'expliquent en grande partie par deux conditions qui leur sont communes : la saleté et Tincurie. Toutefois chez les Kabiles nous trouvons des eoudi* tiens spéciales.

Nous ne pouvions pas, di^s tous les cas, remonter à Torl* ginedu mal. Combien de fois ne nous a-t-on pas répondu: cela me vient de Dieu, menand retibbii Assez souvent néanmmns une cause nous était accusée.

C'étaient la variole, des lotions pratiquées avec de l'eau

froide ou sale, un coup de bâton, iin éckt de pierre 4M1 dé

bois, un coup de corne, la chaleur, un coup de soleil, la

sueur, la poussière, une branche d'arbre, la syphilif« etc. Bien rarement on songeait à nous accuser une cause à laquelle cependant nous croyons devoir accorder une certaine imporlanee, tant au début que dans le cours de l'affection : c'est Tactî jn de la fumée, qui ne peut s'échapper que par la porte ou par des lucarnes étroites, action qui se révèle partout par les dépôts noirâtres qu'elle laisse à la face intérieure de la toiture.

Il est une cause, mire toutes, que nous devons relater et qui nous fut accusée une dixaine de fols : ce sont les pleurs survenues à la suite de pertes d'enfants ou de parents Généralement il s'agissait de femmes de 4^0 à 50 ans. J'ai perdu un enfant que j'aimais, me disaient-elles, et j'ai tant pleuré que mes yeux en sont devenus malades. Ces pleurs ue nous

furent accusés que par deux hommes, Amara bel Hadj d'Âltfrah, et Mohammed ou Sald, des Bou Âkkâch .

Par ce que nous avons observé, nous croyons devoir mettre en tête de toutes ces causes, la variole, tant pour le nombre des victimes que pour la gravité fies altérations qu'elle entraîne.

Gomme on le voit par le tableau des ophthalmies, les kératites figurent pour environ la moitié dans le total de nos malades. Ges kératites étaient bien souvent graves, de longue date, et voilant plus ou moins le champ visuel. Un grand nombre de sujets avaient perdu l'un des deux yeux. Les cataractes ne figurent que pour le chiffre de 66 dans ce ta bleau, mais si nous tenons compte de ceux qui, porteurs d'une cataracte venaient pour une affection de l'autre œil ou pour toute autre maladie, nous en trouvons consignées HO. •

L'ophthalmie sévit à tel point sur le^ Kabiles qu'on ne

saurait se mêler aux. populations sans en rencontrer des victimes à chaque pas. Il nous est néanmoins impossible de traduire eu chiffres la quotité de p<ipuktion qui en est affectée.

Nous lermineroDS ces généralités en donnant la répartition des malades suivant les époques de Tannée.

Du 23 septembre 1857 G

Octobre.'. 39

Novembre 92

Décembre : 1?6

Janvier 1858 5i

Février 55

Mars 94

Avril 119

Mai 123

Juin 80

Juillet..... 00

Août 40

Septembre. 69

Octobre 62

Novembre 24

Total 1.043

Nous allons passer successivement en revue chacune des catégories d*ophthaluties, en signalant ce qu*eiie$ peuvent offrir d'intéressant à un point de vue quelconque.

Palpébrite, Le cbilTre des palpébrites s'élève à 184 ( dont 47 femmes).

Rarement cette affection nous était présentée à Tétat aigu ; généralement elle était ancienne et très souvent compliquée d'autres altérations oculaires, qu'elle avait engendrées ou non.

L'immense majorité de nos palpébrites étaient ciliaires. Parfois les cils avaient complètement disparu, soit par le fait de la maladie, soit par le fait du malade.

Nous avons généralement fait un heureux emploi du crayon de nitrate d'argent.

Entropion. Le chiffre total s'élève à 42 malades, dont 7 femmes. Sous ce titre sont compris plusieurs cas de trichia-

sis et de disiichiasis. Un plus grand nombre te sont encore sous le titre kératite» soit que la déviation des cils ait été primitive, soit qu'elle ait été consécutive à la kératite.

Les Kabiles traitent souvent eux-mêmes Tentropion et la déviation des cils, et cela par deux procédés.

Le premier est Texiraction des cils. Un certain nombre de Kabiles soignés dans leur tenue, ainsi les jeunes gens, les mkazni du bureau, sont porteurs d'une petite pince en cuivre, fabriquée dans le pays. Elle est employée généralement à Textraciion des poils de la face, mais souvent aussi à Textraction des cils. Nous ajouterons, et ceci complétera ce que nous avons dit des palpcbrites, que Ton en fait un usage abusif. Nous avons observé bien des yeux, privés ainsi de cils, que la lumière irritait, irritation qui pouvait aboutir à diverses lésions plus ou moins graves. Maintes fois, nous nous sommes servi de cette petite pince, en cas pareils et en d'autres encore. Nous croyons qu'il y aurait avantage à l'introduire dans nos trousses. Sa longueur est de 5 centimètres et la largeur de ses brancbes de 5 millimètres. Elle se compose d'une seufe lame an lieu de deux lames soudées comme dans nos pinces à dissection. La partie supérieure est disposée en croix ou en trèfle, et dans l'anse supérieure est engagé un anneau qui sert à la suspendre Au-dessous de la branche transversale, quelques tours de fil de fer maintiennent les branches rapprochées. Les branches, au lieu d'être rectllignes, font près de leur extrcmitc un angle saillant à l'extérieur, et les deux bouts se rapprochent par une surface taillée en biseau, au dépens de la face interne. Ce petit instrument trouva son em^^loi dans bien des cas où les pinces ordinaires des trousses seraient non-seulement d'un usage incommode, mais nuisible en raison des dentelures de leurs extrémités.

Les Kabiles, outre ce procédé palliatif, emploient la suture de la paupière. Un Kabyle d'Itil Hahsen, des Yenni, nous a

assuré Tavoir pratiquée plusieurs fois, cl la tenir d'un pèlerin qui Tavait rapporté de Syrie.

Nous avons pratiqué la suture chez des sujets de toulége, que notis soumettions à la cliloroformisation. Deux fois nous avons dû réitérer Topéraiion, n'ayant pas enlevé un lambeau de peau suffisamment large. Concurremment à rescision du lambeau, nous pratiquions une incision transversale à la face interne de la paupière, et quelquefois une incision sur la paupière dans le sens vertical, à partir de son bord libre.

Chez plusieurs sujets ce n'était là que le commencement du traitement, en raison des lésions concomittanies de la cornée.

Tumeur palpébrale. Tel est ce cas unique. Le iâ août 1858, se présentait El lladj Ahmed, des Sedka, de Tâge de Ab ans. Il y a 40 ans, travaillant à la cueillette des olives, une brancbe lui frappa la paupière supérieure gauche, dans, laquelle resta, dit-il, un éclat de bois. Survint une petite tumeur qui ne dépassa pas le volume d'un pois pendant cinq ou six ans. Depuis, à la suite d'applications de chaux et de savon, puis de clématite, la tumeur grandit. Actuellement elle est du volume du poing et de la forme d'une poire, à la base appuyée sur le sourcil et la pointe reposant sur la moustache. Cette pointe est libre dans l'étendue d'environ deux doigts, à la hauteur de Touvenure palpébrale qu'elle recouvre, et que Ton découvre en soulevant cette pointe. L'ouverture palpébrale, toutefois, ne laisse pas découvrir l'œil. Le muscle orbicùlaire distendu conserve et accuse sa contraciililé dans les parties inférieures; à chaque cligne < ment de l'œil droit, on observe une coniraclion tout autour de cette fente. Les parties supérieures de la tumeur offrent des traces de cicatrices consécutives si l'application des caustiques. La tumeur est molle et parait contenir des solides mêlés à des liquides. £1 Hadj Ahmed dut être renvoyé, ne pouvant se soumettre à un séjour et à l'opération par rinstrument tranchant.

Conjonctivite. Le chiffre des malades s'élève à U9, parmi parmi lesquels 18 femmes. Il ne compreod que les malades chez lesquels la conjoDClivite était à peu près exclusivement affectée Des autres ophthalmies, la grande majorité avaient débuté par une conjonctivite.

Environ la moitié nous ont été présentées à Tétat aigu, accompagnées de chaleur, d'injection vasculaire, de tuméfaction, de céphalalgie et quelquefois de photophobie. Tantôt la conjonctivite passait à l'étal chronique et se continuait sous les formes purulente, séreuse ou granuleuse ; tantôt le travail inflammatoire envahissait les diverses parties de l'appareil oculaire et entraînait des lésions diverses.

Les Kabiles ont, pour exprimer la conjonctivite, une expression indigène^ celle de tiiidaou, qui répond au remad des Arabes. La plupart des. ophthalmiques nous répondaient, quand nous voulions remonter à l'origine de la maladie, qu'elle avait commencé par le tindaou.

Chez une femme des Menguelat, Sakouf bent Taradets, âgée de 50 ans, nous rencontrâmes une tumeur fongueuse à la face interne de la paupière supérieure droite, du volume d'une amande, qui fut excisée et ne reparut point.

Kératite. Le chiffre des malades atteints de kératite s'élève à 466, dont 149 femmes.

Nous ne rappellerons pas ce que nous avons dit à propos des ophihalmies en général : les causes des kératites sont toutes celles des ophthalmies. Nous ajouterons seulement qu'un très grand . nombre de nos malades nous accusaient l'existence préalable de la conjonctivite ou tindaau.

Nous les avons observées â tontes les périodes do leur développement, avec tous Les désordres qu'elles peuvent entraîner et les altérations diverses qui peuventles compliquer.

Chez un grand nombre, la kératite avait été causée ou entretenue par une déviation des cils qu'il fallait préalablement enlever.

Un de nos malades, El Housseiii, de Djemaat-Ëssahridj'

▼CDU le iO février 1858 avait, i'aanée précédente» conlraeié l'ûpbUialiRÎa en Egypte.

~ Comme pour les ophthalmies en général, rœil clait souvent aHecté de longue date, soit dans la forme actuelle, soit dans la forme primitive. Deux de nos malades nous ont donné pour date d'invasion la prise d'Alger.

Telles sont les principales formes sous lesquelles nous avons observé la kératite.

Quand elle nous arrivait à Télat aigu, tout Tapparcil oculaire participait généralement au travail inflammatoire; les paupières étaient tuméûées, des larmes chaudes et acres s'écoulaient de l'œil qui avait horreur de la lumière, au point que son inspection devenait difficile; la conjonctive était hyperhémiée, des arborisations vasculaires apparaissaient sur le champ de la cornée, la vision se trouvait plus ou moins entravée. Les vascularisations^ que nous avons observées très fréquemment, persistaient aussi après l'acuité. Souvent une ligne de démarcation limitait la cornée entourée d'un bourrelet coojonctival. Fréquemment l'irritation inflammatoire de la cornée s'entretenait par des cils déviés.

Nous allons donner sommairement quelques observations où l'on verra des causes, des dates et des accidents divers, et généralement des arborisations vasculaires de la cornée.

â& décembre 1857. El Houssein ben Mamar, des Mislaïm, âgé de 10 ans, fut frappé d'un coup de soleil il y a deux ans; l'œil se mit à larmoyer, puis la cornée se prit. Aujourd'hui, elle est toute couverte de vascularisations, la traversant d'un côté à l'autre et s'anastomosant entre elles. La cornée est épaissie et pulpeuse, et la vision presque abolie.

8 mars 1858. Kelhouma, des Raten, âgée de 18 ans. Il y a deux ans, elle eut des chagrins et pleura beaucoup ; puis s'étant lavé la face dans une fontaine, les yeux s'enflamme • rent. Des arborisations vasculaires couvrent la cornée, à l'état pulpeux. La vi>ionesi presque abolie dans Tœil gauche, sensiblement rétracte.

iO mars 1858. Arab ou El Housseio, des Aissi, âgé de âô ans. li y a une dîxaine d*année8 ii eut le tindcum, pui« les paupières se prirent, se renversèrent et les cils blessèrent l'œil. Attjourd*bui la cornée est pulpeuse et vascalarlsée. La vision csl presque abolie.

21 avril. Ilobammed ou Saîd, des Raten, âgé de 30 ans. il y a 5 ans, il eut la variole. Aujourd'hui les deux cornées sont vasrularisées. De chaque côté une diiaine de cils blessent lœil.

!«' octobre. Bel Aïd, des Mellikeucb, âgé de U ans. U y a 8 ans, en jouant, de la poussière lui entra dans les yeux, qui s'enflammèrent. Les paupières sont tuméfiées, rouges et purulentes. Des arborisations apparaissent sur les deux cornées épaissies.

Les vascularisatioBs persistent encore alors que la kératite passe à l'état chronique et que les dépéts plastiques tendent à se fixer.'Oii en voit aussi alors que l'albugo s'est formée et que les traces d'inflammation ont totiilement disparu.

19 mai 1858. Ramdhan ou Stiman des Bou Youeef, âgé de iO ans. Il eut la variole l'an dernier. L'oeil droit est à peu près perdu, La moitié de la cornée est envaliie par une masse blanchâtre opaque et vascularisée.

Idem. Mohammed ou Amar, des Menguelat, âgé de 60 ans. Atteint depuis 6 ans. La moitié inférieure de la cornée droite est couverte par un réseau vasculaire épais . A gauche elle est couverte par un tissu panniforme. Le malade perçoit encore la lumière sans distinguer les objets.

6 décembre 1857. Ilohammed bon Del Aid, des Fraoucen, ùgé de âO ans. L'an dernier il eut le tindaouAj'œW gauche est couvert d'un voile épais au milieu duquel se détache un gros vaisseau.

Quelquefois des ulcères existent concurremment avec les vaisseaux sanguins.

i«r octobre 1858. Djolira, des tlidjer, âgée de 25 ans. Elle

eiii le tindaou Tan dernier. Les yeux sont émailiés <ie petits ulcères et traversés par des arborisations.

Le plus souvent, les uleères de la cornée ne sont pas aceorapagnés de vascularîsations.

15 juin 1858. Fathma, des Ouagnoun, âgée deâ5 ans. La eornée droite a perdu sa transparence, criblée de petits ulcères supérieurement et pulpeuse dans sa moitié inrérieure.

Chez quelques malades Taltération de ta cornée a diminué sa consistance et le liquide la distend : il existe ou non des arborisations.

14 juillet 1858. Âmar, des Ouadya, âgé de 15 ans. Il y a 6 ann, il eui la variole, qui intéressa les yeux. Aujourd'hui la cornée est saillante et distendue : sa partie centrale est couverte de dépôts pultacés ; le reste de son champ est vascularisé.

18 août. Saïd, des Flissa^ âgé de 17 ans. Il y a 3 ans, il eut le tindaou La cornée est opacifiée et injectée de nom-* breux vaisseaux sanguins. Le centre est saillant et couvert de dépèts plastiques blanchâtres.

Parfois rérosion de la cornée se traduit par une tumeur herniaire.

27 novembre 1857. Mohammed^ des Aïssi, âgé de 50 ans: II y a deux mois^ il fut pris de tindaou, La cornée est érodée et une tumeur herniaire s'est faite à droite.

lâ'id AlijdesSedka, 20 ans. Il eut le tindaou Tan dernier. La cornée est ulcérée et une tumeur herniaire existe à Toeil gauche.

Le liquide qui distend la cornée n'est pas toujours limpide : nous l'avons une fois trouvée trouble et rougeâire. La vue était abolie.

La cornée peut subir d'autres altérations. Ainsi nous l'avons observée ciiaroue ; d'autres fois envahie par de larges albugos.

21 mars 1858. Boudjernar, des Ksila, ^ ans. L'œil droit a la cornée de consistance charnue et la vision y est complète-

ineot abolie. A gauche, les deux tiers ÎDrërieurs sont recouverts d'ans épaisse albugo.

20 septembre. Aouicba, des Hidjeri 2o ans. Il y a un an, les deux yeux furent pris d'une violente inflammation . L'œil gauche guérit. Une large et épaisse tache blanche resta sur l'œil droit, occupant les deux tiers inférieurs de la cornée. D'en haut on aperçoit la pupille qui paraît rétrécie et remontée. La vision se fait encore un peu supérieurement.

Aouicha, des Fraoucen, 25 ans. L'œil se prit il y a 12 ans, heurté par une branche, lors de la cueillette des olives. L'œil droit est complètement perdu : la cornée est opacifiée dans presque toute son étendue : à sa partie moyenne s'élève une sorte d'arête verticale. A gauche les trois quarts inférieurs de la cornée sont épaissis. Le travail inflammatoire qui a sévi sur les parties voisines, les a diversement altérées : ainsi nous rencontrons des déformations de la pupille, son rétrécissement, sa déviation, son déplacement, sa disparition.

7 janvier 1858. Sdir, des Ouacif, âgé de 2 ans. Il y a deux mois, 11 eut le tindaou. Les deux yeux sont aujourd'hui perdus. A droite, la cornée est représentée par une plaque épaisse a travers laquelle on aperçoit une ellipse très allongée représentant la pupille. A gauche cette plaque coruéale se détache mieux des parties ambiantes.

14 février. Saîd, des Raten, 60 ans. Il y a six ans, il eut la variole et perdit l'œil gauche. A droite la pupille apparaît retrécîe et adhérente supérieurement.

27 mai. Mohammed, des Ouagnoun^ 50 ans. Eut les yeux alfectés il y a un an. L'œil droit est couvert par une albugo : la vision n'y existe plus. L'œil gauche a la prunelle allongée de haut en bas : une tache blanche couvre le milieu do sou champ.

22 août. Amar, des Bou Akkach, 35 ans. 11 y a un an, frappé par un morceau de bois, l'œil s'inflamma violemment. Un léger nuage panniforme occupe la partie inférieure de la

— lo5 —

cornée. L-iris apparaît retrécic, rapprochée de raogle interne et comme sur un plan recule.

Parmi ces malades affectés de kénitite, une quarantaine avaient perdu complètement Tun des yeux et une dixaine avaient perdu les deux.

I>ans ces affections de la cornée, nous avons avantageusement employé la cautérisation par le nitrate d'argent solide ou liquide, et le sulfate de cuivre. Nous donnions ensuite un collyre au sulfate de zinc délayé dans une solution aqueuse d*opium, et toujours du linge propre.

Les tâches de la cornée portent, chez les Kabiles, le nom d'ilsri, qui signifie étoile, mais que nous avons parfois entendu appliquer à la cataracte.

. Kystes oculaires. Nous en avons observé cinq cas.

Le premier, seul, avait pour siège la chambre anlcrieure de rœii.

Le 9 décembre 1857, se présentait Saïil ou Cas'si, des Djennâd, âgé de 20 ans. Avant sa puberté, rœil droit se troubla, dit-il, pour avoir trop regardé les étoiles. Il finit parn*y plus voir, puis un corps étranger se développa dans rœii. D'abord petit comme un grain de moutarde, il grandit au point d'atteindre plus de la moitié de la superficie de la cornée. Il occupe la chambre antérieure, dont il envahit les deux tiers inférieurs.' Sa forme est celle d'un cercle tronqué, dont on de angles serait émoussé et l'antre terminé légèrement en pointe^ ce qui parfois lui donne Taspect d'une poire. Il est très mobile dans la chambre antérieure, distendue par un liquide abondant. Au-dessus du kyste apparaît un segment do la pupille. Le corps otranger ressemble assez bien à du tissu cellulaire fin, d'un bianc légèrement bleuâtre, ou bien à un kyste hydatique traversé çà et là par des filaments, ou bandes d'un blanc mat et opaque.

Le 9 mars 18$8, comparaissait une jeune fille de la tribu des Fraoucen, âgée de 9 ans. Il y a quatre ans^ elle eut le tindaou; puis il se forma dans tes deux yeux un corps ctrau-

ger ressemblanl à uq kyste et paraissant siéger dans la chambre postérieure. Les corps étrangers, blanchâtres ci opaques, représentent eniriron les trois quarts d'un cercle échancré du côté de Tangle interne dans l'un et l'autre oail. Do part et d'autre, la chambre antérieure est distendue par an liquide abondant dont chaque fluctuation soulève la cornée. Les yeux sont sensibles à la lumière, et la jeune iiile ne peut supporter le soleil : la vision se conserve, mais faible et restreinte.

Le iO du même mois, Mohammed ou Bakir, d*Ali-ou-Har-< zoun, âgé de 18 ans, nous apportait un pareil corps étranger développé depuis quatre ans et débordant la pupille dans l'œil droit. Sa surface était inégale et son aspect bleuâtre.

Le même jour se présentait Ali ben Mohammed, des Rateu, âgé de 30 ans. Il y a un mois et demi, en fesant du bois, un éclat lui enira dans l'œil ; puis une inflammation locale violente et de la fièvre se déclarèrent. Aujourd'hui, la pupille est dilatée, légèrement ovalaire, son grand axe dans le sens transversal. Derrière, on aperçoit un corps d'un blanc nacré, légèrement bleuâtre, translucide au coté interne et à peu près circulaire. La vision n'existe plus.

Le 27 du même mois, Mol»ammed ou Ahmed, des Menguelat, de l'âge de 40 ans, se présentait porteur d'un corps étranger analogue au précédent.

Affections de Vlris. Parmi les quelques cas où nous avons trouvé l'iris actuellement et exclusivement aflecté, nous en citerons deux.

LeiO mai i858, nous vint Saïd ou Amar, des Ouagnoun, âgé de âO ans. Il y a un an, une paille lui tomba dans l'œil, et il s'ensuivit un travail inflammatoire dont tels sont les résultats. La pupille gauche est contractée de manière à ce que son pertuls est oblitéré et qu'elle figure parfaitement une bourse dont le cordon serait serré et que l'on observerait du côté opposé à ce cordon. Son centre est comme ombiiiqué, rayonné et <în retrait. La chambre antérieure est forte-

ment distendue par da liquide, et la cornée tout-à-fdii iransparenie.

Le 24 juin, nous recevions la visiiBd'un Uialebde la (ribu des Âïssij en possession de quelques ouvrages de médeeine* notamment de Syoutlii. L'an dernier, un bout de bois lui frappa ToeU. De rinflammation survint, et pendant un mois il fut complèiement privé de la vision de ce côté. Actuellement riris n^existe plus que dans ses trois cinquièmes inférieurs^ la portion supérieure ayant dbparu suivant une section transversale. Cette portion restante est encore sensible et quelque peu contractile. La chambre antérieure est distendue par du liquide.

Amaurose. ^(ms en citerons seulement un cas qui compte pour environ la moitié dans notre chiffre en raison des retours fréquents du malade. Nous voulons particulièrement prouver que les Arabes ou Kabiles ne se bornent pas toujours^ comme on Ta dit bien des fois, à une visite unique, ne revenant plus s*ils ne voient pas une amélioration subite.

Amar ben Ali, âgé de 20 ans, appartenait au village d'Icheraoua, sur remplacement duquel on a construit le fort Napoléon. Les habitants en furent transportés à Tacherahit, après avoir été indemnisés. Amar se présenta la première fois le 1*1^ janvier 1858. Au mois de septembre 1857, il avait eu le tindaouy dont il guérit. 11 y a 20 jours, étant à la charrue, il sentit comme un aiguillon dans Tœil et, depuis, la vision s'est sensiblement amoindrie au 'point qu*acluellement il ne voit plus du tout.

Un bruit court panni les gens du canton que les ophihalmies, commnnes alors, tiennent au voisinage de la koubba du Cheikh cl Arab, père de Sidi Seddik, qui fut transporté en France, koubba qui doit porter malheur aux Kabiles établis sur le terrain jadis la propriété du saint homme dont elle protège les restes. Les habitants d'Iclieraoua sont voués aux ophthaimies, à la cécité.

Amar 6*est fait faire une amulette, et la porte encore.

Les papilles sont eitraordioairenieiil dilatées. Le rmiailin paraît un tjiit soit peu obscurci, très légèremeDt grisâtre. La. uuit, Amar souffre un peu et ses yeui larmoieut. Un purgatif lui est administré, puis un sétou appliqué.

14 janvier. Amar accuse avec plaisir qu'il commence à voir an peu. Les pupilles sont moins dilatées. Le séton Ta fait souffrir, mais il demande à le continuer. Calomel, 2 grammes pour huit doses.

30 janvier. Amar continue à voir un peu. Le séton est remplacé. Nouveau purgatif.

13 février. Amar accuse du mieux. Le séton est renouvelé- Nouvelles doses de calomel .

34 février. Le malade continue d'accuser de l'amélioration, surtout à gauche. Le séton et le calomel sont continués et des pédiluves prescrits .

8 mars. Le calomel a déterminé une violente stomatite, un peu de congestion et d'obscurcissement de la vue. Pansement du séton, cautérisation, gargarisme et sulfate de magnésie.

13 mars. La vue s'est éclaircie et la stomatite a diminué. Le malade se décide à passer quelques jours à Thôpital.

Pendant son séjour, la stomatite est d'abord co.nbattue, puis un vésicatoire appliqué à la nuque et saupoudré de strychnine. L'œil droit gagne un peu et l'œil gauche se maintient dans son progrès. Amar sort de l'hôpital le 13 avril, emportant de la pommade à la strychnine.

36 mai. L'œil droit continue à s'améliorer et l'œil gauche se maintient Avec l'œil gauche Amar distingue le nombre des doigts à la distance d'un demi-mètre. De la pommade lui est de nouveau confiée.

31 juin. Amar gagne encore un peu de l'œil gauche. Il emporte de la pommade.

36 septembre. Amar distingue aujourd'hui et compte les • doigts à la distance d*un mètre. La pupille assez mobile à

gauche, l'œil beaucoup moins à droite. 11 emporte encore de la pommade à la strychnine.

Depuis lors Amar n'est plus revenu.

Pour se rendre à Fort-Napoléon, il devait faire environ deux lieues.

Cataracte, Nous avons observé 110 cataractes, en tenant compte de celles rencontrées sur des malades réclamant nos soins pour d'autres affections.

La plupart étaient apportées par dès vieillards : un certain nombre cependant appartenaient à des jeunes gens ou même à des enfants, mais étaient généralement d'origine traumatiquc.

Telle est la répartition des cataractes dont nous avons conservé les âges :

AGBS

HOMMBS

Page 1