V. - - MKTÉOROrOCIE
Les conditions lopograpiiii|ues de la Kabilie l'ont dotée d'an dimat exceptionnel en Algérie. Le Jurjura l'cnceint au sud, élevant à plus de deux millc^ mètres sa eîmc rocheuse. Au nord une chaîne moins élevée court parallèlement à la mer. Le massif iniermédiaire atteint souvent une hauteur de mille
mcircft. Ajoutons à cela dés cmcrgcments rocheui trcs^ fréquents, des pentes ràides et coiiYertes d'une Tégéiatfoti ligneùsd abondante, et nous concevrons que la Kabilic doit avoir des iiivers fiOids et liumides.
L'automne de 1837 fut heureusement très doux. Lesforles pluies ne couimcncèrent que vers la mi-novembre; se continuant trois ou quatre jours, puis récidi^-ant après quelques jours dlntervalle. Au lieu de pluie, c*éiait parfois des brouillards épais. La neige commença vers la mi-janvier et se maintînt pendant une quinzaine de jours à la hauteur extrême d*ehviron six décimètres. Quelques jours encore, la neige tomba, dans le courant de février. Gel hiver nous fut donné coinme très doux par lesUaten.
La cime du Jurjura se couronne ordinairement de neige d'ans le commencement de novembre. H est rare que celle-ci ne fonde complètement pendant le cours du mois de mai. C'est en automne que commencent les brouillards, pour s6 prolonger pendant Thiver et le printemps. La pctiic chaîne qui longe la Méditerranée en est le plus fréquemment couterio.
Leur masse va rejoindre les nuages qui couronnent le.<% cimes du Jurjura, tandis que, des hauteurs voisines dé Ti/i- Ouzzou, s*en détache une colonne qui envahit plus ou moins rapidement le niassif des Raten.
Les brouillards sont froids et épais et se résolvent en une pluie Hne et serrée. On sait que les brouillards sont un accident comniun dans tous les massifs mont deux de l'Algérie, et que souvent la marche de nos troupes en a été arrêtée.
Les pluies sont également en Kabilie ce qu'elles sont par toute l'Algérie, c^est-à-dire qu'elles sont torrentielles, qu'el • les durent trois ou quatre jours lors de leur saison, et qu'elles sont séparées par dé plus longs intervalles de beau temps. Des ravinements en sont la suite ordinaire. Leur régime a dû nécessairement dicter certaines conditions de culture et d'habitation. Les semis aventurés sur des pentes par trop raides en sont fréquemment les victimes. Si die n'était
plaQiée au pied d*un. arbre, la vigne eu seraii fréquemiueni déracinée. C*csi encore pour se proléger contre les pluies tout aussi bien que contre les surprises de renneuii que les villages sont percbés sur les crctes : abondâmes en auionme, .moindres en hiver cl au printemps, les pluies sont 1res rares en clé.
l.a lempérnlure n*alleint pas, dans la saison chaude» la hauteur habituelle dans la plaine. Nous avons vu rarement le ibermomètre mouler à 35 degrés. Il y a près d*un mois de différence enire la plaine et la moniagne pour Tépoque des récoltes: les pentes moyennes oscillent entre ces deux extrêmes.
L'air est toujours rafraîchi par la brise do mer, et le. sol n*csi jamais dénudé. En somme, la chaleur estivale, en Habille, est tempérée.
Notons cependant une grande différence entre la montagne et les petites plaines, comme celle du Scbaou, deDrà-el- Mizâu.
Tizi-Ouzzou, bien qu'enclavé dans la Kabilie, jouit d'une température qui rappelle celle des pays à tentes.
Le sirocco se fait peu sentir. Parfois les vents, qui ont un accès à Touesi, sont très violents. Nous nous rappelons encore la nuit qui précéda Taudacieuse ascension chez les Mâtka, sons le commandement du général Pélissier, le l^'Miovembre 18ot. Nombre de tentes furent renversées ou déchirées^ puis les nuages amoncejés se crevèrent et transformèrent soudain en un torrent infranchissable le ravin* à sec de la veilla. Celle lempéte fut à peu près générale par toute TAIgérie.
Une lempéte pareille se déclara dans la nuit du 17 au :\S novembre 1858. Plusieurs constructions eurent leur toit enlevé. Déjà dans le courant de Tannée, le même fait s*était présenté mais avec moins dlniensité.
. Si nos souvenirs ne nous trompent pas, réclair brille fréquemnienten Kabilic, mais il tonne beaucoup plus rarement.
Le nombre des orages nous parait être de quinze à vingt dans l'année. Nous avons éprouvé deux sei^ousses de ircnibicment de terre, la plus forte le i**' octobre 1858.
C'était entre une heure et demie et deux heures de Tâiprèsmidi ; nous nous sentîmes d'abord assez fortement balaitcé sur notre chaise, puis après un instant de calme, se mauifest(',rent dcu^ nouvelles secousses moins intenses.
En Kabilie, comme du reste dans toute l'Algérie, Tair a beaucoup plus de transparence qu*cn Europe. Quand du haut d'Aboudid on jette un regard sur le Jurjura, on pourrait en compter tous les ravins.
Notons encore une diflorcncc, c'est que la transition entre le jour et la nuit est beaucoup plus brusque qu'eu France, cl ce fait n^est peut-être pas sans influence dans Tétiologie dès opbtbaluiies. Les n)arais n'existent pas à proprement parler dans la Kabilie du Jurjura, et c*est une condition que nous rappelljrons en pariant de l'étiologie de la fièvre intermittente. Les terrains bas de Sikh ou Meddoûr ne sont qu'une minime exception à la n'gle générale.
V). — PRODl'ITS Ul' SOL.
De la description topographique de la Kabilie ou peut pressentir quels sont actuellement les produits de ce sol ingrat, habité depuis des milliers d'années.
A part les vallées de Drâ-el-Mizàn et du Sébaou, touie celte contrée est cou|tée par des soulèvements aux pentes abruptes, aux croies rocheuses. Sur un tel sol, la végétation ligneuse, solidement fixée au sol, pouvait seule avoir des chances de prospérité. Depuis longiem|)s aussi on à dit que la Kabilie n'était qu'une immense forci, ci qu'on pouvait la traverser constamment à Tombre. La pari faite de l'exagération, cela est encore vrai de nos jours. Peu de pays sont aussi boisés que la Kabilie. Les habitants onl compris que cY'-
tail par la culture des arbres qu'un sol pareil pouvail élre exploité.
Nous allons onumérer d*abord les produits sponiancs avant de parler de ceux qui doivent an travail de riioninie leur existence et leur prospérité.
!• VÉGÉTATION LiGNEDSR SPONTANÉE. — Le cliéne esi dans la catégorie en question, l'essence la plus répandue. Il en est de plusieurs espèces.
Lo chêne verl, kerroûcht ainsi qu'en d'aulrcs cantons de l'Algérie, revêt un grand nombre de croupes des inonlagiles.
Le chêne liège, iggui, pousse par tous les longs ravina envahis par la broussaiile. Les pentes qui de Gherrita descendent vers les Yenni en contiennent qui sont exploités déjà depuis roccupâiion du Fort-Napoléon.
Le cliêne à gland doux, belloûih, est plus répandu ; on le rencontre dans tous les sols rocailleux où l'on ne pourrait le remplacer avantageusement. Son abondance^ qui a dû 'décroître progressivement à mesure que le travail séculaire de l'honinie transformait la surface du sol, son abondance est l'iiidicc de la pauvreté de la tribu Le gland doux est la ressource des tribus pauvres : il entre pour un tiers dans leur consommation alimentaire. On le fait sécher, on le moud et on en mêle la farine à celle de l'orge pour faire un couscous d'une qualité très inférieure que les consommateurs accusent d'être lourd et indigeste.
Le cèdre, iguenguen, tapisse les pentes rocheuses qui de la (ime du Jurjura, descendent aux Zouaoua, mais il ne paraît pas aussi abondant ni d'une aussi belle venue que ceux qui revêtent les montagnes moins arides de Teniet clHad et de Batna.
\/orme, dont le nom kabile, oulmoUt rappelle do bien près Vulmus des Latins, Forme croît partout, mais surtout dans les ravins. Ou en renccntrc de beaux échantillons, c'est l'un des (supports de la vigne.
Vaulne, âcercîf, est aussi commun que l'orme ; il habile de préférence les ravins humides.
Le mUocpulier, ibiqtih, n'est pas |dii8 rare que lea deux essences précédentes. Il atteint souvent de fortes proportions et n*a pas non plus d^autre usage que de supporter la
vigne.
Telle est encore Tunique fonclion du cerisier ^ arJ} tm, que Ton rencontre assez abondamment, mais rarement avec de fortes proportions, et dont les fruits sont abandonnés aux oiseaux.
Le tremble n'est pas très répandu.
Le peuplier se renconirc en assez grande quantité dans le lit de rOucd-Aïssi, au-dessous des Irdjen. Il en est deux variétés.
Le piiiy azûumbey., rare dans lu Kabilic du Jurjura, Test beaucoup moins dans la vallée du Sahel.
Je n'ai rencontré qu*un seul érable, mkhpnch, en avant de Tablabali.
Le lentisqne, tidckt, est beaucoup moins commun en kubilie que dans le pays arabe. On y rencontre encore plus rarement le phtachier, lismélelL
â» \>MiMSSE\vx,-'LesvreaHykhihuàn en certaines localités et arouoûri dans d'autres, croit abondamment dans les haies de clôtures, qu'il peut constituer cxclusiv«Miieni. Il atteint d'assez fortes dimensions.
L'aubépine, idkfnimt au lieu de former des haies comme en France, pousse isolément et atteint parfois les proportions d'un arbre. Sur beaucoup de sujets, on rencontre au printemps les fleurs de l'année avec les fruits d'autan.
Le prunellier, berqoûq bouôucficken, c'est-à-dire prunier de chacal, ne se rencontre guère que dans les haies, et peu fréquemment.
C'est encore dans les haies qu'on rencontre X églantier, idfarti le chèvre^ feuille, amref, la salsepareille, isKivchi, les clématites, touzzint et azenzoa, la ronce, anejjiL La salsepareille est particulièrement abondante chez Icâ Itdjen, non loin du Sook-eMlad, le long de la roule. On nous a atllrmé
qireHc étail parfois cxploKce La lyciet^ aotaUjeêt garnit aussi les baies.
Ciions encore parmi les arbrisseaux : le lainier^rose, ilili; le pexïi jujubier, azouggar\ que Ton nerenconlre guère qu'à une aUiiuxlc iuférîeurc à scpi ceuls mètres el daiis un sol rocbeux ; le tamarisc, àmemmay, qui aime les posHiOns basses el humides; la bruyère, akhlehdj, qui se plaliparliculièremeni sur los coteaux graveleux; le genêl épineux, ouzzou; le lierre, adâfdi ; le cytise, ilonggui; le ju^tnin ; Vanagym^ o{'/9ii, commune chez les Jrdjen cl aux environs de Ta la- Amara, etc. Nous terminerons par Varbomier, simott, qui repose agréablement la vue par le mélange de ses fleurs et de ses TruUs ; et par le garmi qui porte le même nom que clie^ les Arabes» lezzâz,
30 Essences cultivées. -~ Le /?^î(/^r, lanqoiets, nous a paru Tarbre le plus répandu, Tolivier seul pourrait lui disputer le pas. Ccsi la providence de la Kabitie, tous les teirains lui conviQnnenl à peu près ; 1! ne redoute aucune altitude babilée, sa pousse est rapide et la main qui Ta planté recueille bientôl ses tVu&is. Pendant rexpcdiiion de 1857, on muiiia bon nombre de figuiers à Cberrita, c*cst à peine si l'on s'en aperçoit aujourd'hui. Des rejetons abondants et bien nourris ont dtfjà remplacé les troncs démolis. Toutes les tribus, même les plus pauvres^ ont des (Igoiers.
La caprificalion scrupuleusement pratiquée par les Kabiles, assure l'abondance el la qualité du fruit. Nous décrirons la manière dont elle est pratiquée en Kabilie.
Parmi les llguiers, il en existe une espèce à laquelle on a donné le nom de mâles, dohkâr, en raison de ses fonctions el à l'instar des palmiers.
Le dokkdr a souvent un port tout particulier qui permet de le reconnaître à première vue. Ses feuilles sont plus finement découpées que celles du ûguier femelle, ses rameaux SQui plus déliés. C'est à tort que l'on a donné au dokkâr le nom de figmer sauvage. Il se trouve (fan§ les plantations su^
-soie mcine pied, que le ilguier remcllc, objei des mêmes soins, seulement en plus petit nombre. 1/un et l'autre se propa> geni de la même manière. Une longue expérience a dû faire connaître depuis bien longtemps aux Kubiies, le nombre nécessaire de figuiers mâles pour féconder un nombre donné de figuiers fqmclles. l>*aprùs mes observations, sur une centaine de figuiers femelles on ne compterait guère qit*un figuier mâle
Le liguier mule produit une quantité prodigieuse de fruits; il est rare qu'ils soient tous employés, à moins que la qualité supérieure de Tarbre, constante ou accidentelle, n'ait été reconnue par rcxpérience. On m'a fait voir de ces lîgoiers, sur lesquels on avait de la peine à glaner quelques fruits. S'il en est de bons, il en est aussi de mauvais, et nous dirons tout à rheure pourquoi; c*esi là^ sans aucun doute, une des raisons pour lesquelles certains propriétaires de figuiers doivent acbcter des dokMrs. Le mercredi 30 juin, j'en vis pour la première fois en vente sur le .marché indigène dj Fort-Napoléon ; la douzaine valait deux sous. Au marché suivant, 7 juillet, ils étaient un peu moins chers; on en donnait huit pour un .sou. Nous citerons encore une autre raison pour laquelle on peut être dans l'obligation d'acheter des dokkârSy bien que Ton en ail sur pied. En raison. de leur exposition, les figuiers mâles ou femelles peuvent avancer ou reculer Tépoque de leur maturité; pour que l'un féconde l'autre, il faut à chacun d'eux de certaines conditions. A une hauteur de mille mètres, avec des pentes aussi abruptes que celles de la Kabllie, il n'est pas indilTcrent qu'un figuier soit piaulé sur les versants nord ou sur les versants sud. Chez un même propriétaire, tel figuier femelle peut être nubile, et ses figuiers mâles irêtre pas encore aptes à la fécondation.
Ajoutons enfin que beaucoup de viiliigcs perchés sur les crêtes, ont des propriétés dans la plaine.
C'est généralement au mois de juin que les figues mâles ' ont atteint le développement que comporte leur emploi. Leur
volume csl celui d'\in petit œuf de p ule, cV8l-à-dircqu*eiles luesurcni environ 45 inilliinèires en largeur ei 55 en hauteur. Le développcinenl esi plus précoce dins la plaine (]uc dans la montagne, de telle sorte que la locondaiion, commcucce dans la plaine au commencement de juin, ne s*aclicve dans la montagne qu*^ ta mi-juillet. (']n môme temps, les figues se ramollissent et leur ombilic devieiit perméable, il en sort des moucherons. On en fait donc la cueillette au fur cl à mesure des besoins et de ta maturité, et on procède à la fécondation delà manière suivante. On les réunit par groupes de quatre ou cinq, et même de dix en les enfilant au moyen d'un brin d'herbe que t*on fixe par un nœud. Dans cette anse, on passe un fit qui scri à suspendre le groupe de dokkars à un pétiole, à une branche, à nne figue même, en diflërents endroits du figuier femelle, et en nombre tel, que sur un arbre de belle taille il s*«.'n trouve environ une cinquantaine. Les dokkars restent ainsi suspendus indéHniment; au bout do quelques jours, ils se flétrissent, puis se dessèchent. Après la cueillette des figues femelles, quand Tarbre est dépouillé de ses feuilles, on retrouve tonjours les dokkàrs, tous ratatinés, an grand ctonnement de quiconque les voit sans connaître leur fonction;
Quel est le but de cette suspension, quels en sont les avantages elles résultats? Voici ce que les Habiles ont appris par une longue (expérience. Les figuiers femelles qui ne sont paA fécondés, portent bien des fruits, mais en petite quantité, niais d'un moindre volume, mais moins susceptibles de conservation. Beaucoup de ces fruits, dès qu'ils ayiprochcnt du volume d'une noix, jaunissent, se flétrissent et tombent. La suspension des dokkars sur un figuier femelle, on, ce qui revient au même, la présence d*un figuier maie au iiNlieu d'une plantation, a pour résultat d'empêcher celte chute et ce dépérissement.
Les figues femelles se maimienneni beaucoup plus sûrement, en beaucoup plus grand nombre, jusqu'à la maturité ;
elles prennent. plus de développement, sont d^une qualiié meiUeirre, et sont plusâuseepiibles d*être conservées.
Maintenant, comincnu cela s*ppère-t'il? Voici Te^iplication donnée par les Kâbilcs.
La figue inàle,. parvenue aii degré de développemenl que comporte son emploi pour la féconJatioy, renferme des insecies ailés qui sont les agents de cette fécondation. Ces volatiles portent le nom de lizitt ce qui en langage berbère 6ij§[nine moucheron ou petite mouche, et n'est, en définitive» que le diminutif du mol ht, mouche. On le désigne encore par Tcxpression arabe de nâtnoûSi qui signifie moucheron, cousin, moustique. Les dokkùrs suspendus, les moucherons en sortent par leur ouverture ombilicale, se répandent sur les figues femelles, y entrent par leur ombilique, s*y enfoncent plus ou moins profondément, y séjournent un temps plus ou moins long, jusqu'à ce qu'ils y périssent; et c'est leur séjour dans lesftgnes femelles, c'est le travail intime qu'ils opèrent, l'influence mystérieuse qu*ils apportent, qiii déterminent la différence entre une figue fécondée et une qui ne l'est pas.
' Mais, de ces moucherons, il y a deux sortes : l'un est noir et petit, l'autre jaune et à longue queue. Le moucheron noir jcst le principal, sinon ruuique agent du travail fécondant ; le moucheron jaune ne fait rien ou peu de chose, disent les indigènes : il ne peut pénétrer assez profondcuient dans la figue pour y cacher sa longue queue, de sorte que les fourmis qui rôdent sur les figuiers^ rencontrant cctt^ queue, en profitent pour tirer au dehors ces moucherons, qui deviennent leur butin. Le travail des moucherons jatinjcs est tout au moins incomplet .
Les noirs et les jaunes se trouvant et) proportion variables, la prédominance des Jaunis, dans certains dokkàrs, en fait lejeier l'emploi. Près du village de Taguemmount-nliaddàden est un dokkâr que je; visitai au mois de juillet; la )erre était jonchée de figues mâles et le llguier se trouvait
encore couvert de fruits déjà fléiris. Je demandai poQPijuoi cedokkâr était ainsi négligé. On me répondit que ses fruits ne Taraient rien, qu'il ne conicnateut que des moudreroDS jaunes. Non loin de là, oîi m*en fit voir un autre sur lequel je pus à peine rencontrer encore quelques figues ^ Teipérit nce avait appris qifelbes étaient excellentes, on les avilit toutes utilisées.
Pour les figues femelles, il est un moment où elles subis^ sent le plus avantageusement rinflnencc salutaire des dokkàis, c*est le memcMit où elles ont acquis ou dépassé le vo • lume d'un gland. Cette époque, tout comme chez les dokkàrs, est subordonnée à des conditions d*alii(udc et d'exposition.
Il est enfin des signes auxquels on reconnaît que. les figues femelles ont subi rinflucnce dés maies : les écailles, jusqu'alors aplatie», se relèvent, on aperçoii au milieu d'elles des taches noires dues à la présence des moucherons, dont on voit déborder les ailes ; un bourrelet se dessine tout autour de Tombilic, en même temps la figue semble ssii^ie d'une surexcitation nulriiivc ; les figues n. arquées à ce cachet ne toniberoat plus.
La caprification fut connue des les temps anciens et nous ' la irouvons mentionnée par les naturalistes de tous les ùgcs.
Voici ce qu'en dit Aristole dans son livre V de l'histoire des animaux :
c Le caprifiguier engendre des moucherons. D'abord, un vermisseau s'engendre dans les figues; puis, l'enveloope rompue, il s'en échappe un moucheron qwi, changeant d'habilalion, se porte sur les figues pon milrcs, i>énètre dons leur cavité et les empêche de tomber. C'est pour cela queles cultivateurs ont l'habitude de suspendre les fruits du cnprtfigufiet* sur le figuier, et de planter celui-ci près de celui-là, »
— :iO ~
Pliftc esl beaucoup plus explicite. Nous lisons au livre \V:
c Qiiolidc plus merveilleux que la précocilé i\<^ ce fruit qui, seul eutio tous les autres, esl porté rapidemenlà lai|iaturité sans autre pecour^ que celui de la nature? On nomme caprtfiguier un figuier sauvage qui n'arrive jamais à maturité, mais qui donne aux autres ce qu* il n*a pas lui-même, car la i>ature transforme à son gré la force productive i et la putréfaction mémo engeniirc quelquefois des cires.
< AiQsi, le figuier sauv.igc produit des moucherons qui, n*ayai>i point de nourriture dans Turbre natal lorsqu'il se poiH'ril, se jetlcni sur le figuier domestique, et, par d'avides et fréquentes morsures, ouvrent le fruit, pénètrent dans son intérieur cl introduisent avec eux la chaleur du soleil et Tair qui fait mârir la figue. C*esl pourquoi, dans les plantations de figuiers, on pUce un figuier sauvage devant les autres dans là direction du vent, afin que son haleine porte sur les plantations le vol des insectes. On a même découvert u:i procédé consistant à apporter et. à jeter sur le figuier do> mestique des moucherons groupés ensemble. »
L'Orient a pratiqué et pratique encore h capriiicalion. Nous trouvons celte coutume relatée par un auteur de matière médicale, Dàoud el Antaki, qui vivait il y a trois siècles environ, auteur qui ne le cède pas au classique Ebn ^ Reilhâr, et qui a sa place dans la Bibliothèque orientale de dUerbelot. Nous lisons à l'article tin, figuier :
a II en esl une espèce mule qui donne de gros fruits que Ton suspend avi^c des (ils el qu'on attache sur sa femelle. Il en sort des volatiles pareils à des inoiichcions qui enva-^ hissent la feiiielle, se fixent dans ses fruits et y exercent une influence salutaire, analogue à celle de la fleur mâle du palmier. Ces fruitsn'ont pas d'autre emploi que celui dont nous venons de parler. >>
Tournefort a parlé de la caprification dans son voyage; en Orient : il dit qu'un figuier caprifié donne 180 livres de figues contre 2o que donnent les autres.
L'uiiliic de la capiification semblcrail assez bien établie par une expérience de plus de viogi siècles : on Ta cepen • dant contestée. Ponr notre part, noos la croyons aussi utile, aussi rationnelle et plus nécessaire que celle des palmiers. Nous allons dire pourquoi.
Les figuiers^ comme les palmiers, ont les sexes séparés. Il faut donc que le i>ollen soit transporté d*un arbre à Tautre; mais ce transport est bcànroup plus difBcile chez les figuiers que cbez les palmiers. Les fleurs màlcs sont enfermées dans une cavité; cette cavité est divisée en deux portions d'inégale capacité. En baut, dans le tiers ou le quart supérieur, sont les étamincs ; plus bas sont des orgailes floraux dont les coques, au lieu de graines, portent les insectes dont nous avons parlé. Ces insectes acquièrent leur développement complet à l'époque de la maturité du. pollen. Mais ce pollen est enfermé : les vents ne peuvent remporter, comme ils le font pour le palmier. Eh bien, ce sont les moucherons qtii vont s'en charger, ce n*est qu*en traversant les éiîvmines, ce n*est que tout chargés de pollen qu'ils peuvent s*écliapper de la figue mâle, et, une fois sortis, leur instinct les emporte sur les figues femelles où ils déposent la poussière fécondante. Pour féconder les palmiers, on secoue un régime de fleurs mules sur les feinèlles ; pour féconder les figuiers, on cueille des fleurs mâles et on If s sus|)end sur les femelles : fa présence d*un figuier mâle au milieu de figuiers femelles dispense de la suspcns^oa dés dokkârs; la caprification se fait toute seule*
— Dm fntUs du caprifiguicr cl de lem'S moue fierons. — Comment ces derniers se perpétuent. — C'est au orois de mars, alois que les branches sont encore dénuées de feuilles, qu'apparaissent les fruits du dokkar qui doivent servir à la caprification. Pendant tes mois d'avril et de mai, ils continuent à se développer jusqu'à ce qiiUs atteignent le volume d'une noix ou même un volume supérieur. Si on les ouvre au commencement de cette périodi?,
on trouve une grande caviié doui les parois sont tapissées de villosjtés pressées les unes contre les autres et qui ne sonj. autre chose que. des fleurs à Tûtal ru limentalre. Peu à peu cette cafité se rétrécit. Les fleurs prennent do raccroisse* nient, leurs pédicules s'allongent, et l'on distinguo à leur sommet un globule rempli d*un liquide transparent. Ce globule tient 1,1 place d*un ovaire ou plutôt c*cst un ovaire ap- •télé à remplir d*auii'cs rouciions. Quant aux organes mâles» logés supérieurement, ils sont encore tellement rudiroenlaites que nous ne ferons nciuellemcnt que les mentionner. Tetil à I ciil, le liquide contenu dans les globules s*épviissit et perd sa transparence. Quelques jours eucorc et foi peut y disiiuguer une pulpe or^^anisce qui ne tarde pas à se présenter sous la forme d*un ver. De petits poiuts noirs apparaissent de chaque coté de r<jnc de ses extrémités, puis des stries noires et transversales, puis cnfln se dessine un moucheron. Des lors la cavité de la figue est entièrement remplie. Pédicules et coques ont grandi et sont pressés les uns contre les autres. En même temps la flgae prend extérieur remenl une teinte jaunâtre et se ramollit. Elle louche ;i sa maturité, mais au lieu de graines, les ovaires enfanteroal un cynips.
Le fruit du dokkar est donc en réalité hermaphrodite ; les deux sexes sont représentés dans sa cavité : supérieurement sont les éiamines, iurérieuremenl les ovaires. Ceux*ci, ejitourés à leur base de cinq languettes calicinales, sont surmontes d*un style Mais le |>oilen des éidmincs n'est \\S(S à leur destination. L'n insecte y a déposé son œuf; un insecte au lieu dune graine doit en sortir; rovairc est devenu matrice.
Si Ton ouvre alors une figue, on voit toutes les coqu€S ac* cuser par leur teinte noirâtre la présence d*un niouelieron prêt à les percer et à s'envoler. Sur Tuno des faces une ouverlure se tAi par laquelle s*engage le cynips pour sortir de
sa prison^ parcourir la cavité de la figue et s'échapper -j^r son ouverture ombilicale (i).
Mais comment, dans quelles conditions, pour quelle destination va-t*il abandonner le dokkar ?
Au moment où le cynips atteint les dernières limites de sa vie intrà-utérine et qu'il est prêt à s'échapper, les anthères sont chargées d'une poussière séminale abondante : le pollen est en pleine maturité. En même temps les écailles qui bordent Touverture de la figue se sont écartées, un large pertuis s'est fait par où les moucherons peuvent s'échapper. Mais ils ne peuvent le faire qu'en traversant la poussière abondante du pollen, qu'en s'en chargeant le corps et les ailes. C'est, tout chargés de pollen, que l'instinct dirige leur vol vers un autre figuier dont autrement les fruits en seraient privés. Cette entrée n*est pas aussi facile que la sortie, elle se fait cependant et si Ton ouvre alprs les figues, on rencontre dans leur intérieur une dîiaine de moucherons : quelques-uns se trouvent aussi empêtrés dans les écailles ombilicales qui bordent rentrée du fruit.
 rheure où le pollen a pénétré dans la figue avec le cynips, elle subit un surcroît de nutrition ; un bourrelet en circonscrit l'ouverture , qpi est en quelque sorte le sceau de la caprification. L'influence salutaire exercée par le cynips sur. la figue comestible, influence qui s'abrite derrière une expérience de vingt siècles, ne saurait s'expliquer que par la présence du pollen dont le cynips est le véhicule. -
Que devient le dokkar suspendu en chapelets une fols que ses habitants l'ont abandonné? Il se flétrit, se dessèche et pendant Thiver, plus tard même, on le rencontre sur les arbres au grand étoonement de qui méconnaît ses fonctions.
Mais comment se perpétue d'année en année la race des
(1) Nous ayons dit aiUeurs qa*U y avait deux cynips, un noir et un jaune. Le dernier nous ayant paru complètement étranger à la propagation de Tespèce, nous s'ayons pas à nous en occuper ici.
— Simoucherons? Tel est le résultat de nos observations faites peitUant Tautomne de 1858 en Kabylie.
Une fois les dokkars d*é(é parvenus à maturité, c*est à dire vers le mois de juillet, il en pousse d'autres, non plus au-dessous, mais dans l'aisselle des feuilles. Quand ces nouveaux dokkars, ou dokkars d'automne, ont acquis le volume d'une aveline, ou y trouve une cavité dont les parois sont tapissées de fleurs à l'état rudimcntaire. A mesure que les fleurs se développent, la cavité se rétrécît d'autant. Alors on rencontre dans cette cavité une demi -douzaine environ de petits vers. Les moucherons des anciens dokkars ne sont pas tous pariisjvers les autres figuiers, qnelques-uns ont pénétré dans les|fruiis nouvellement poussés à leur côté et y ont déposé leurs œufs. Peu à peu la nouvelle figue grossit, et au lieu de vers elle contient des moucherons. Tant que ces moucherons se renconteni dans la figue, sa cavité se maintient. Un moment vient où les moucherons ne se rencontrent plus dans la cavité, mais aux abords du pcriuis ombilical, où bien engagés dans ses écailles, comme s'ils voulaient en sortir. Les moucherons ont pondu. Les fleurs grandissent et bientôt on rencontre dans leurs ovaires des embryons tout comme au printemps. Ces embryons peuvent quelquefois, si la saison le permet, arriver à l'état de moucherons susceptibles d'être dégagés de leurs coques et de prendre leur vol. Mais ces cas sont rares : ce sont seulement les fruits hâtifs et favorisés par une heureuse température qui sont témoins de ces évolutions complètes : l'immense majorité reste à l'état d'imprégnation pendant toute la durée de l'hiver. Les évolutions de leurs habitants subissent un temps d'arrêt.
Là s'arrêtaient nos observations premières. Nous les avons reprises dès le commencement de cette année et voici ce qu'elles nous ont appris.
Avec le mois de mars, la vie se réveille dans les dokkars d*automne que nous avons laissés imprégnés, et l'on peut
dès- lors obsenrer chez leurs embryons les développements ultérieurs que nous avons observés chez les dokkars d'été.
Pendant ce mois les dokkars mûrissent, et les larves deviennent moucherons. Si Ton ouvre une figue, les coques noires et gonflées accusent la présence d'un insecte prêt à rompre son enveloppe. Chose curieuse, le complément de développement de l'insecte peut se faire alors même que le fruit est enlevé de l'arbre et privé de vie. Des dokkars que nous avons laissés ouverts sur notre table ne donnaient rien dès les premiers jours, puis se couvraient de moucherons noirs et jaunes, dont la sortie se prolongeait pendant une huitaine de jours.
Aux approches d'avril, les moucherons sont prêts à sortir, les dokkars ayant atteint leur maturité. Cette maturité se trahit encore par la mollesse et une teinte jaune. Comme en clé, l'ombilic s'entr*ouvre pour laisser passer les prisonnier;*, avec cette différence toutefois qu'il n'y a pas de pollen , les anthères restant avortées. A quoi du reste eut servi le pollen ?
C'est au commencement d'avril que les moucherons prennent leur vol. Une fois envolés, le dokkar qui les portait depuis l'automne, réduit à l'état de cité déserte, ne tarde pas à se flétrir et à tomber.
Que deviennent les cynips? Cette fois ils ne quittent plus le caprifiguier. De nouveaux dokkars ont poussé vers le commencement du mois de mars. Vers la fin du mois ils ont acquis le volume d'une noix ou plus encore. Si on les ouvre, alors dans leur cavité se voit une demi -douzaine environ de cynips. D'où viennent ces cynips? Assurément des dokkars d*automne. Que font-ils î Ils parcourent les fleurs inférieures et dans chacun de leurs ovaires déposent un œuf et cet œuf deviendra le cynips agent de la caprification, par le transport du pollen, dans le courant de juin.
Ajoutons encore un fait curieux. Les nouTcaux dokkars, au moment où les anciens se dépeuplent, ont généralement Tombilic enir*ouvert pour faciliter leur entrée aux volatiles émigrés qui viennent les imprégner.
En résumé, le caprifiguier donne deux portées par an. L'une commence en mars et mûrit en juin, l'autre commence rn automne et mûrit au printemps de Tannée suivante. A chaque époque de maturité correspond une éruption de cynips. De ces deux éruptions Tune sert à la caprificaiion et à la propagation de la race, Tauire n'a que le dernier de ces deux rôle^.
L'olivier est la richesse de la Kabilie. L'olivier se comptait dans les bons terrains, cependant on le voit prospérer sur des pentes maigres, mais bien exposées, et ne dépassant pas une hauteur de sept à huit cents mètres.
Ses proportions égalent, sinon en iiauteur, du moins en étendue, celles des plus beaux arbres de nos forets. On est saisi d'admiration quaiid on considère ces troncs énormes couverts de rameaux toujours vigoureux. Il n'est pas rare de rencontrer des troncs ayant, à fleur de terre, deux o'i trois mètres de diamètre : ainsi au Tiéta des Raten, chez les Bou- Chaîb, etc., bon nombre de ces arbres doivent exister depuis un millier d'annces, L'olivier croit lentement et se conserve indéfiniment. Nous en avons trouvé d'évidés au point qu'un cavalier pouvait passer au travers et qui ne se couronnent pas moins de feuilles et de fruits.
Dans nos guerres en Kabilie, quand on était réduit aux voies de destruction, ce n'était qu'à la dernière extrémité qu'on s'attaquait aux oliviers : les Habiles ne tardaient guère à se rendre.
L'olivier est généralement grefl'é. 11 porte alors en Kabilie le nom (ïazemmoûr : à Téiat sauvage, on l'appelle zcbboûdj.
Parfois l'olivier se rencontre en massifs très étendus que l'on peut considérer comme de véritables forêts. La forêt des
Gueclithoûla mesure plus d'une lieue de long sur une moindre largeur. Les pentes occidentales des Yennî sont ombragées de beaux oliviers très compactes. Si, du Souk elHad des Raten on remontait TO. Âîssi et l'O.Djemâ jusqu'à la hauteur deCherrîta, pendant une marche de quatre heures on Ion gérait des massifs d'oliviers presque ininterrompus. Les pentes des Raien qui descendent à TO. Sébaou sont parsemées de beaux oliviers» plus serrés et plus grands autour du TIéia. La fraction des Oumalou n'est pas moins bien partagée.
Dans la partie moyenne de la vallée des Bou-Cliaïb on rencontre d'énormes et nombreux oliviers qui rappellent ceux du Tléla.
Les Meuguelât en possèdent une belle forêt au-dessus du Djemâa. Si nous franchissons le Jurjura, nous trouverons une égale richesse dans la vallée de TOuedSahel. Sur la rive gauche, en face des Beni-Mansoûr, s'allonge une forêt de beaux oliviers. Les Our'iis, les Fenaya, les Himmel, etc., sont à citer entre tous.
La cueillette des olives se fait à h fin de l'automne cl pendant l'hiver, on les entasse dans un enclos en branchage adossé à l'habiiation, par masses qui dépassent souvent un mètre cube. Quand viennent les beaux jours du printemps, on les expose au soleil sur un terrain sec pour compléter leur maturation .
Les procédés d'expression de l'huile sont variés. Nous commencerons par exposer les plus simples.
Chez les pauvres gens, on fait un trou au milieu de l'habitation, berkâj et la femme presse avec ses pieds comme le font nos vendangeurs.
Chez d'autres, on cherche une portion de roche excavée sur laquelle on dépose les olives, puis on y promène une grosse pierre d'une forme plus ou moins ovalaire.
Beaucoup d'huile reste encore après ces nianipurations grossières. Voici comme on procède à son extraction.
Près des fontaines sont creusés des trous d'environ huit
déclmèires de profondeur sur autant de largeur : les parois sont garnies de pierres. On y pratique une rigole qui y conduit Teau de la fontaine, puis on y jette les marcs. Alors on les agite avec un bâton jusqu'à ce que les noyaux soient complètement dépouillés et que les marcs aient donné toute rbuiie, qui, plus ou moins pure, plus ou moins liquide, est recueillie à la main et jelée dans des vases déposés au bord de la fosse. Les dernières portions extraites ne sont guèrcs qu*ùne écume grossière.
Les plus ricbes ont des pressoirs.
L'appareil se compose de deux pièces : outre le pressoir, il y a la meule .
Telle est la construction de la meule :
Deux fortes poutres profondément et solidement enfoncées en terre en soutiennent une transversale. Dans cette dernière est un trou dans lequel s'engage l'extrémité supérieure d'un arbre vertical auquel est annexée une meule également verticale. Cette meule, de près d'un mètre de bauteur sur une épaisseur de deux à trois décimètres, est fixée aune percbe horizontale qui traverse l'arbre vertical et à l'autre extrémité de laquelle on attache un bœuf. Elle tourne sur un massif de maçonnerie légèrement excavé sur lequel on dépose les olives. Une fois broyées, les olives sont soumises au pressoir dont telle est la forme .
Deux poutres solides sont également fichées en terre, comme dans l'appareil précédent, mais plus rapprochées. Elles sont reliées par une pièce horizontale lakhenzirL percée d'un écrou dans lequel s'engage la vis mor'zel. Une large pièce de bois creusée et armée d*une rigole repose entre les deux poutres verticales ; on y entasse une demi-douzaine de couffins remplis des olives broyées. La léle de la vis ne porte pas immédiatement sur les couffins, mais sur une planche cvidce à ses deux extrémités pour l'engager entre les deux poutres verticales.
La pressée sejaiicomme dans nos campagnes pour le rai-
sîn, au moyen d'une perche que Ton engage dans les trous dont la têie de la vis est percée crucialement.
Les olives sont de nouveau soumises à la presse, après avoir éic préalablement soumises à la cuisson.
Ces pressoirs, assez grossièrement exécutés, le sont néanmoins solidement.
Des cercles en fer consolident les pièces qui doivent supporter le plus de fatigue.
La grande difliculté est le transport de la meule qui exige le concours d*une foule considérable et s'exécute sur une sorie de traîneau. Ce transport est un événement et une occasion de réjouissances.
Une des huiles les plus renommées dans la Kabilie du Jurjura est celle d'Aït-Frah, de la tribu des Raten.
L'année 1857 fut une année d'abondance. L'huile obtenue dans le commencement de 1858 se vendait généralement quinze sous le litre.
L'année i858 dut être beaucoup moins bonne ou plutôt d'une production presque nulle.
Parmi les applications de T'huile nous eu citerons une, la fabrication du savon, qui se fait particulièrement dans un village des Raten, voisin de Fort Napoléon, AU-Atelli.
Un arbre d'une grande importance en Kabilie est le frêne,
aslen.
La Kabilie nourrit peu, mais nourrit du bétail, mulets,
bœufs, vaches, moutons et chèvres, et le fourrage lui manque ; c'est au frêne à combler celle lacune. Quand )a terre est séchée par la chaleur estivale et que les pâtures sont insuflisantes, on enlève les feuilles du frêne et on les donne au bétail rentré le soir à la maison.
Les feuilles du figuier même sont également récoltées pour cet usage. Les frênes sont très abondants et de la plus belle venue ; malheureusement cet émondage les enlaidit souvent. On ne conserve que certaines branches que l'on étête tous les deux ans, de telle sorte que le frêne dépouillé de ses
reuillet ne prëfteote qu*uii tronc di?i8é en quelques gh^sses branches, lesquelles se divisent également en quelques rameaux sans ramuscules.
Le bois du frêne est aussi exploité pour la fabrication des vases à manger le couscous, et vu les dimensions de cet arbre, on peut exécuter des plats d*une très grande largeur.
Les noyer$ sont abondants en Kabilie et y croissent parfaitement : on sait l'usage que Ton fait de leur écorce comme dentifrice et pour colorer les lèvres en brun. Les noix sont généralement fortes et dures*
Le carroulner est à peu près aussi répandu.
Les poiriers, tifirâs, sont assez communs et parfois atteignent de très fortes proportions, mais ce ne sont généralement que des poires d*été, dont les fruits ne peuvent se conserver.
Les poiriers sont communs sur la colline d*Habboûda et chez les Irdjen.
Les pommes sont d'une qualité très commune, ainsi que les prunes.
De tous les arbres fruitiers, le grenadier^ iaroummanti est le plus répandu et donne de beaux fruits.
Dans quelques cantons, on cultive le cognassier, dont nous croyons devoir rapprocher le nom kabile takloûnya, du nom latin cydonia.
Quelques pentes bien exposées donnent des pêches et surtout abondamment des abricots.
On cultive également les nèfles.
Les orangers sont rares ; seulement, il est une tribu privilégiée, les Toudja, qui les cultive avec succès. Dans le reste de la Kabilie^ quelques bonnes expositions permctlcni leur culture.
Nous terminerons par la vt^n^, que Ton rencontre partout.
Il est rare que la vigne soit plantée à la manière européenne : la raideur des pentes et le régime des eaux lui seraient funestes. On la plante au pied d'un arbre, chéne,'fréne,
orme, aulne, micocoulier, cerisier, etc. ; puis uuelfois grandie, on dirige son ascension sur son tuteur, qu'elle ne tarde pas à envahir et parer de ses pampres.
Généralement les ceps de la grosseur du bras s'élancent dhin plein jet aux premières branches, à une certaine distance du tronc : souvent les ceps sont plus volumineux. Â deux kilomètres du Fort-Napoléon se voit une vigne appuyée sur un chêne modeste, qui rachète en largeur les dimensions qu'elle n'a pu prendre en hauteur. Son tronc, aussi volumineui^ que celui d'un homme, se tord à la surface de la terre pendant une dizaine de mètres, puis décoche en se pari.ngeant un rameau gros comme la cuisse et long de trois mètres, d'où s'échappent des branches suspendues au chêne.
Les raisins, tizoûrîn, sont de plusieurs espèces. Les meilleurs sont les blancs, à reflets ambrés, et les noirs. Il en est de gros d'une qualité inférieure. Les grappes, surtout de la dernière espèce, atteignent un développement parfois considérable.
La vigne, tara, est abondante et produit beaucoup. Une quantité prodigieuse de raisins fut apportée au marché pendant l'automne de 1857. En 1858, plusieurs colons acheté* rcnt assez de raisins pour faire plusieurs hectolitres de bon vin. Quelques tribus sèchent le raisin que l'on mêle au cousi^ cous, etc.
40 VÉGÉTAUX HERBACÉS ALIMENTAIRES. — Le blé, trddn,
n'est cultivé en grand et avec succès que dans les riches vaU léesdu Sebaou moyen et de Borni.
L'orge, timzînt est cultivée partout, mais parfois à la pioche, en raison des difficultés du terrain.
Dans le canton deDellys et dans la vallée du Sebaou, de larges espaces sont consacrés à la culture du sorgho^ bechna.
Les fèves, ibiouy sont cultivées à peu près partout. On cultive également les pois, djilbdny et les lentilles, tilentU, l^ous ferons observer l'analogie de cette dernière eî^çifessiqn kskr bile avec l'expression latine correspondante.
Le mais et lo haricot sont plutôt dans les jardins qu*ea plein champ. C'est aussi dans les jardins que Ton cultive le poivron et la courge, partout où le voisinage des foniaines le comporte.
Deux légumes sont particulièrement cultives en grand au voisinage des villages, et souvent dans des petits coins de bonne terre qui semble rapportée ou produite par les détritus de toute sorte ; ce sont le navet et Tartichaut sauvage, târ'a dioûts. L'artichaut commun târ*a se cultive aussi, mais pour la côte des feuilles seulement et non pour le fruit. Le sauvage est un scolymus.
Parmi les plantes spontanées et alimentaires nous citerons la bourrache, cMkh elbaqoûlt et la mauve mejjir, ainsi que la patience et foseille, tasemmoumt. Au milieu de ces petits jardins on rencontre souvent quelques tiges de coriandre, quasbart et de nigelle, sânoûdj.
L'ail, tîchirU et Tognon, azlim, sont Tobjet d'une culture assez étendue.
Les champignons sont assez communs, surtout l'agaric comestible, aguersâl. C'est aux autres espèces que m'a paru s'appliquer la dénomniation de toflafat.
L'asperge, azekkoûnit est commune dans les haies.
Parmi les plantes alimentaires exploitées ou négligées par les indigènes, citons encore la roquette, achniîf, la raiponce, tamsoukhl Car'at (l'oreille de chèvre), la mâche, ibra-n-tekouh, le cresson, guernounechj le pissenlit, tour* mas tamfarty la dent de vieille, expression conforme à celle des Arabes, dorsal el adjoûz.
5° Plantes industhielles. —Le lin paraît avoir été autrefois l'objet d'une culture assez étendue ; les Raten n*en cultivent plus, que nous sachions.
Un certain nombre de tribus cultivent encore aujourd'hui le tabac.
On rencontre communément le roseau, ttr'antm, qui reçoit de nombreuses applications.
Le palmier -nain^ ouseryeiXe halfu, dont il se confectionae tant d*objeis de sparterie, sont rares sur les versants sepleairionaux du Jurjura.
Le long des haies croît partout la garance, dont le nom kabile taroubiat, rappelle le rubia des Latins : ses propriciés sont connues et appliquées.
Dans certaines pièces d'eau croît la massette, taboûda et berdû dont les feuilles sont employées à confectionner des coussins pour les jougs de bœufs.
^ 6° Plantes médicinales. — La scille, frâoûn, et l'asphodèle, berouâQt se rencontrent surtout dans les parties basses; la dernière particulièrement.
La centaurée, glilou, est commune sur les pentes moyennes. Nous avons essayé d'en populariser l'emploi chez les Kabiles qui en ignoraient les propriétés.
Autour des maisons, dans les coins amendés par les immondices, croît le datura slramonium, que d'aucuns m'ont désigné sous le nom de djehennêina, nom qui est aussi celui du xanthium slrumaria. Dans les mêmes conditions poussent de belles tiges de belladone, appelée par les Kabyles bonnerdjoûf, par transposition, car les Arabes rappellent bonrendjoûf A ce propos, nojs ferons observer que ces transpositions se remarquent fréquemment de l'arabe au knbilc. Ainsi, merrioûlj le marrube, devient mernouïl ; *aousedjy lyciet, aoudjes,
La rue, aourmif croit sur les hauteurs qui atteignent un millier de mètres. Il en est de môme de l'absinthe, commune aux environs du col de Chellàta et chez les Bou-Yoûcef. Les propriétés emménagogues de ces plantes m'ont paru ignorées des indigènes.
Le morelle porte un nom, touch chânin, dérivé de la racine ovchcheUt chacal, qui rappelle celui qu'elle porte en arabe, aneb eddib, raisin de chacal.
On lit dans Ebn Beitharj sous la rubrique adhrîlâl, que cette expression signifie en berbère pied d'oiscauy et que la
plaDie. s'appelle eu égyptien pied de corbeau. Nous avons publié Tarticle d'Ebo Beiihar relatif à celte onibellifère daus le numéro de la Gazette médicale de V Algérie, année 18G2, diaprés un beau manuscrit qui la fait croître chez les Oiid[;>Adfiaulleu des Bou-Chaib, comme a iu M. Dletz [Ana- Iccta tnedica, 28) .
Une autre ombcliifère, voisine de la précédente, porte encore un nom que Ton trouve daus les écrivains arabes, celui de tneur r'ennii.
Le thapsia garganica, adhbib, dryâs des Arabes, est connu aussi sous le même nom chez les Kabiies et jouit de la même réputation.
La mélisse porte un nom qui n*est autre que celui de l'abeille, tizizouîl. Le calament fleurit tout l'automne le long des haies et dans les lieux humides.
Le pouliot porte un nom qui rappelle le laiin pulegium, à savoir fligou.
Citons encore dans cette catégorie le chiendent, affery la chicorée tmerzoûga (l'amère), dénomination que nous avons entendu alTecier à l'urospcrmum, Tarisioloche, faquoûs bon r'toûl, le concombre d'ànc.
7<> AUTRES VÉGÉTAUX. — Le long des haies on rencontre l'ombilic de Vénus, tybaq bovquîn; la bryone, tiferdoûdi; de petits sedum, tyboûchint tamchicht, les tétines de chatte^ dénomination qui n*est autre chose que la traduction de ^*arabe, abzaz quatta; divers galium; des orchis, azlim bon ouch chen, oguon de chacal, panicnlicrement les espèces apifer, arachnites, maculata, anlropophora ; des limodorum ; des cyclamens, tazerdart ; des géraniums, takjert tasekkourt; des cerinthe, a'ifki tar'ioull, lail-d'ânesse ; le fumetcrre, tygâd gn isri; Toriie, azeq doû[ ; le chardon à foulon, tahdjânit gu izem^ queue de lion, etc.
Sur les coteaux arides et à travers la broussaiile croissent 4e nombreux cistes, touzzelt, dont quelques espèces parais-
sent employées en infusion théiforme, notamment chez les Mechdalla.
Sur les coteaux moins arides, pousse la fougère, tifilkoût; expression que nous rapprocherons du latin filix ; le dys ; la violette ; la linaire, boû tinzêr ; expression analogue à celle d'aniirrhinée ; des silènes, tarHr'acht;\'à luncltière, lifelleft; le souci, touzla gu izgaren ; le coquelicot ; le mélitot et la coronillo, ayàih ; quelques trèfles, tïkfist; le lupin, très abondant aux environs du Fort-Napoléon et qui porte le nom à'ibiou gu Uef^ ou fève de CD:hon; Tinula, magrâmân, afedjdâd, qui jaunit tous les c5ieaux en automne; Tavoine sauvage, azekkonn; des daujus ; des chardons, asnâa bon r'ioûl, ou chardon d*âne ; des vipérines, ilesfoûnes, ou langue do bœuf; des andryala, ladoûtn tikhsi, laine d& brebis ; des livèches, ïr'sès; des héliotropes ; des tlilaspi ; des anagallis ; de» orobanches; du mille pcrtuis ; de Faigremoine ; des lotus ; du bouillon blanc ; des scabicuses, du plantain, agoucim boufionl, (cure-dent d*ânc].
La plupart des coteaux pierreux sont couverts de stœchas, amezzîr.
Le long des petits cours d*eau ou dans les endroits frais fleurit le caltha, tibioiU; la scrophulaire, lelychnis nocturne, des renoncules, tamejjirin iamguergouri^ mauve des grenouilles, etc.