‹ Une mission médicale en KabylieChapitre 8 sur 44 · FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FRANÇAIS

Ager

Iguer

Champ

Ilorfus

Ouorli

Jardin

Ulmus

Oulmo

Orme

Rulia

Taroubiat

Garance

Gydonia

Tactoûnia

Coing

Pulegium

Flîgou

Pouliol

Lens, lenlis

Tileniit

Lentille

Filix

Ifilcou

Fougère

Mergus

Amergo

Grive

Porta

Tabourt

Porte

Saccus

Asakkou

Sac.

(On pourrait invoquer aussi les noms des mois vulgairement employés par les Kabiles, en dehors des choses de lois et de religion. Ainsi : lenaïr, Fibraïr, Mars, Mayou, etc. II est vrai que ces noms se trouvent aussi dans les livres, particulièrement quand il s'agit d'astronomie et d'agriculture.)

En retranchant pour certains noms les deux / berbères, initial et final, on arrive encore pour ces noms à une ressemblance plus frappante.

Il ya sans doute autre chose qu'un emprunt, c'est à-diro une onomatopée dans la ressemblance entre (ussis, toux, cl le berbère toussouL

Il y a des idées et des instincts communs à tous les peuples. C'est ainsi que les noms composés de certaines piaules en kabile, sont identiquement la reproduction de leurs noms arabes. Le pissenlit se dit en kabile loufmas tamfarU, dent

de vieille^ ce qui esl la traduciioa du dhorsat cl aâjouz des Arabes. Il en est de même d*azîim bou ouchchen, oignon de chacal. Torchis ei bsol eddib de tibouchint tûtnchichti tétons de chatte, les petits sedum et absâz quotla,

La race kabile présente un ensemble de caractères qui la diffcrcMcient de la race arabe. Les Kabiles sont généralement de taille moyenne. Il n'est pas rare cependant d'en rencontrer d'une taille élevée, et cela surtout chez les individus à Taise. Tels nous avons vus plusieurs amins, certains négociants du haut Jurjura, plusieurs mkazni du bureau de Fort- Napoléon, plusieurs de nos clients.

Leur tète est plus massive et moins sèche que celle des Arabes : leurs traits sont moins fins. Une vie laborieuse les endurcit à la fatigue et imprime à leur physionomie un cachet particulier. On rencontre quelques beaux types, annonçant moins Tintelligence cultivée que la franchise et Ténergie.

Dans nos promenades sur les marchés, nous étions frappé de la dureté de ces traits, accusant une population attachée à un sol ingrat, toujours préoccupée de ses moyens de subsistance, étrangère aux loisirs qu'une vie plus facile permet aux Arabes, aussi bien qu'aux horizons que la vie nomade ouvre à leur imaginaiiou. Un Kabile se dislingue aussi facilement d'un Arabe, que parmi les antiques une icte grecque d'une tête romaine.

Beaucoup de Kabiles ont les cheveux rouges. Un plus grand nombre ont les yeux bleus. Parmi nos c'ients, nous avons observé quelques jeunes filles aux yeux bleus^ aux cheveux blonds, d'une beauté vraiment remarquable. C'est à tort, suivant nous, que Ton a voulu voir, depuis Bruce, dans ces deux faits^ un indice d'un mélange de sang germanique. Ces attributs nous paraissent tenir au sol et au climat : ils sont plus rares chez les Berbères de TAurès : on ne les retrouve plus chez les Touaregs.

Chez Tun et l'autre sexe, les enfants sont généralement

beaux. Les garçons, en raison de leur genre de vie, ne tardent pas à prendre le cachet de dureté que Ton rencontre chez les adultes. Les femmes n*out pas ce cachet. Outre qu'elles ont toujours quelque chose de la coquetterie et du riant de leur sexe, leurs occupations sont moins pénibles, elles sont plus propres et mieux tenues^ Tctat sédentaire et la coutume leur assigne dans la société kabile un rang plus élevé que celui que les femmes occupent parmi les Arabes. Leur physionomie plus calme et plus digne reflète cet ensemble de conditions plus avantageuses. Comme preuve de la position des femmes kabiles, nous citerons un couplet guerrier que nous a conservé M. Hanoteau :

f Celui qui veut posséder les femmes ne doit pas reculer au jour du combat. Qu*il se conduise bravement quand le plomb sifilera, il pourra choisir alors parmi les jeunes filles. »

La femme arabe n'a pas droit à de tels chants.

Les traits actuels des Habiles ne sont certainement pas les traits originaux de la race. En quittant ses plaines et sa vie nomade pour faire place à l'invasion arabe, la race berbère a dû subir avec le temps l'influence d'une nature sauvage et d'une vie de labeur. Les vrais représentants de ces anciens Numides, que l'on nous dit passer une partie de leur exislence à cheval, ce sont les Touaregs qui, par leurs traits allongés et leur haute taille, diiïèrent essentiellement de leurs frères de la montagne. Le Kabile a tellement dégénéré qu'il connaît à peine le cheval^ et qu'oubliant le nom qu'il porte dans son langage, il en a emprunté nn à la langue arabe.

Il est un tronçon de la race berbère qui nous fournit encore une preuve de Tinfluence séculaire du climat et de l'isolement, ce sont les Mozabites. Tout entiers au commerce, Is passent une partie de leur existence dans les villes de l'Algérie ; mais schismatiques, ils sont tenus à l'écart et presque méprisés à l'égal des juifs et ne s'allient qu'entre eux. Par la coloration de leur peau et l'ensemble de leurs

traits, ils ne diffèrent pas moins des autres Berbères que des Arabes. Des altérations analogues s'observent aussi dans le Touât.

Nous avons parlé des Grecs et des Romains à propos de la physionomie des Kabyles : celle comparaison pourrait s*é(ablir également au point de vue moral. Aux Arabes on pourrail attribuer les vers du poète :

Orabunt melius causas cœli que meatus Describent radio et surgentia sidéra dicent.

Quant aux Kabiles, ce n'étaient pas les peuples, mais la nature qu'ils avaient à dompter. Deux grandes préoccupations les absorbent : sauvegarder leur indépendance et s'assurer des moyens de subsistance. Autant l'Arabe a Timaginaiion prompte, autant le Kabile a les instincts positifs, conséquences forcées de conditions d'existence dilTérenies.

Déjà M. Carclle a signalé celle différence qui se traduit jusque dans les dénominations topographiques. Chez les Arabes elles représentent une image ; chez les Kabiles, elles expriment, simplement un fait. Tandis que TArabe appellera telle montagne la Montagne au Bec d'Aigle, Djebel Nifcnnser, le Kabile dira : la Montagne du Chêne, Aguemmoûn ou Querroûch.

Les instincts de la race ne furent pas cependant toujours aussi terre-à- terre, alors que de larges horizons étaient ouverts à son activité, et les annales des Berbères curent souvent de l'éclat, même en dehors de leurs efforts pour con* server leur Indépendance.

Sans remonter jusqu'aux Numides, nous rappellerons que les montagnards de la Kabilie résistèrent constamment aux Romains, qui ne purent jamais les soumettre complètement; que de leurs montagnes mêmes sortit cette puissante famille de Nubel, qui faillit enlever l'Afrique aux maîtres du monde.

L'époque la plus brillante pour la race berbère fut celle où elle entra en possession de ses destinées. La domination des

émirs arabes n^avait éic qu*unc exploitation : celle des princes berbères eut un caractère tout diffèrent. Presque toutes leurs dynasties ont un caractère de grandeur et comptent des hommes éminenis. On ne trouverait guère dans l'Europe du moyen âge de grandes figures comme celle de Youcef ben Tachfin et Abdelmoûmcn.

Les sciences, les lettres et les arts furent encouragés et fleurirent dans le Magreb central. Les Zyanidcs à Tlemcen et les Hammadites à Bougie en furent constamment les protecteurs. Il en fut de même des Hafsiies à Tunis.

Bougie fut au treizième siècle un grand centre d'études où vinrent séjourner ou même se fixer des savants de tous les pays de l'Orient et de l'Occident, et particulièrement de l'Espagne. Nous devons à M. Cherbonneau de curieux détails sur cette époque intéressante de l'histoire du Magreb central. Ils sont tirés de l'ouvrage d'un Kabile, originaire des R'oubri, tribu de la rive droite du haut Sebaou, sous le titre de Biographie des savants de Bougie, Quelques-uns de ces personnages, aussi bien que Robrini, étaient originair*!S des montagnes du Jurjura. Nous en trouvons undeDellys, un des Itourar', un des Âîssi, un des Ralen. Ce dernier, Âtiet Allah ben el Mansour el Irateni, ayant appris qu'un thaleb avait un livre intéressant, le lui emprunta el l'apprit par cœur en une seule nuit. Parmi une trentaine de noms, il en est un tiers appartenant à des médecins. L'un d'eux était assez éminenl pour être appelé, par le sultan, l'Aviceune de son siècle. Ajoutons que cette époque était aussi celle du médecin Tifâchi, originaire de la ville de Tifâch, dont les œuvres nous sont parvenues.

Malheureusement l'état du sol et les morcellcmenls que ses grands reliefs imposent fatalement aux populations ne permirenl jamais aux Berbères de constituer définitivement une nationalité puissante et compacte. II était dans les destinées du Magreb d'être à perpétuité la proie des déchirements ou des invasions.

Les tribus cantonnées dans le massif du Jurjura subirent les destinées de la race.

Un jour il semble qu'elles vont se grouper.

A répoque des Darberousses, nous voyons apparaître dans la grande Kabilic un petit état connu dans Tbistolre sous le nom de royaume de Koukou. Mais cet état ne fuit que paraître : sou souvenir a disparu dans les populations et il n*en reste plus que deux canons et une inscription à demi fruste que nous sommes parvenu à peu-près à déchiffrer.

LMnvasion seule, Tagression venue du dehors pouvait réunir les Kabiles en un laisceau : rendus à enx-mémcs la discorde les divisait, et les liens de confédération se brisaient ; car ils étaient aussi jaloux de leur indépendance au dedans qu*au dehors. Chaque tribu, chaque village, se maintenait toujours à rétat de défensive sur une colline rocheuse.

L'autorité chez les Kabiles, fut toujours locale et élective.

Rarement le mandai se prolongeait au-delà d'une annéee souvent il durait moins. L'ami» n'était que l'instrument de la coutume et de la Djemâ. Le danger commun seul lui donnait quelque initiative et quelque puissance. Par intervalles, des personnalités émineutcs se trouvaient investies d'une autorité qui s'éteignait avec elles.

Les Kabiles ne reconnaissaient d'autre loi que la coutume. Parfois écrite, cette coutume se bornait à un petit nombre de dispositions pénales L'assemblée l'interprétait, mais il n'existait aucune force constituée chargée de son application. Le Kabile en appelait à son fusil et se faisait justice lui même. Parfois cependant, mais rarement, la peine du talion n'était pas exercée et se rachetait par le prix du sang. Bien souvent les querelles privées devenaient générales et la guerre s'allumait acharnée de tribu à tribu, de village à village.

Ainsi que nous l'avons exposé^ les villages kabiles sontdé" jà bien défendus par leur position. Cette position cependant pouvait n'être pas suflisante pour garantir contre les surprises de l'ennemi. D'ailleurs les replis du terrain pou-

vaîent receler des agresseurs : les travaux des champs pouvaient être inquiétés aussi bien)que la prise d*eau journalière par les femmes.

Tous les mouvements de terrain qui avoisinaient un village étaient couronnés par un poste , connu sous le nom de tar'orfaty où Ton montait constamment la garde aux moments des hostilités. Des postes protégeaient également les fontaines et les pentes cultivées ou complantées. Ainsi la R*orfa de Sidi Ameur était construite sur un chaînon dépendant des Atelli, entre ce village et celui d'Azzoûza, villages en guerre Tun contre Tautre. Sur les pentes opposées qui descendent d*Azzoûza^ est la petite bourgade d'Agouni ou Atiq, habitée par quelques familles de marabouts qui vinrent peut, être s'installer sur ce petit ressaut de terrain pour tenter un rapprochement entre les deux villages ennemis Dans ces hostilités intestines, les marabouts restaient toujours neutres. Ils n'intervenaient que pour prêcher la paix, qu'ils n'obtenaient pas toujours, malgré l'autorité que leur donnait leur double caractère d'hommes instruits et d'hommes religieux. Disons toutefois que celte autorité n'est pas aussi puissante qu'on pourrait le croire. Les Kabiles sont musulmans, il est vrai^ mais avant tout ils ont les instincts belliqueux, ils aiment à respirer la fumée de la poudre. Les marabouts n'en brûlent pas et la considération qu'on a pour eux en est amoindrie.

Pour écarter ou atténuer les désastres qu'entraînaient ces hostilités incessantes il y avait quelque chose de plus puissaut que la voix des marabouts, c'est Vanaya, que les Kabiles peuvent revendiquer en propre, car on ne l'a rencontrée que chez eux.

Qu'un Kabile donnât à quelqu'un l'anaya, c'est-à-dire qu'il le couvrit de sa protection, qu'il lui en donnât pour gage un objet quelconque, un chapelet, un bâton, voire même un animal, devant ce gage de protection les rancunes se taisaient et la personne du protégé devenait sacrée pour ses enne-

mis. La violation de TaDaya cquivalait à une déclaration de guerre .

Nous nous sommes fait raconter sur place un fait de ce genre qui perpétuera dans l'avenir la mémoire de celte instiiulion, car il valut un surnom à un village de la tribu des Menguelât, Taourirt 'n'iaïdit, dont le nom signifie Taourirl à la chienne.

Voici à quelle occasion :

Un Kabile du village voisin d'Elqorn, qui avait des ennemis, s'en vint un jour demander rhoxpiialilo de la nuit à un de ses amis de Taourirt des Menguelât. L'ami était absent, mais l'étranger, par mesure de sûreté n'en accepta pas moins des femmes l'hospiialilé. Le lendemain, ne croyant pas pouvoir s'en relourner en plein jour, il demanda un gage d'anaya. La chienne de la maison, bien connue dans le voisinage, lui fui doumce pour l'accompagner à ce titre. Nonobstant l'anaya, ses ennemis l'assaillirent el le mirent à mort.

La chienne s'en revint à la maison tachée de sang. On soupçonna le meurtre ; on se mit sur la route qu'avait du suivre le malheureux hôte de la veille et on découvrit un cadavre. La guerre était fatalement ouverte entre les deux villages; ce qu'elle dura de temps on n'a pu nous le dire, mais seulement qu'elle fut longue et acharnée. Chacun des deux tenait à faire subir à son adversaire autant de pertes qu'il en avait faites lui-même. On ne s'arrêta qu'après que les deux villages eurent perdu soixante-cinq victimes. Depuis lors Taourirt des Menguelât prit le nom de Taourirt 'n'taïdit, c'est-à-dire de Taouriil à la chienne.

L'Islamisme est la religion des Kabiles : mais en matière religieuse les Berbères ont apporté le même esprit d'indépendance qu'en matière politique. On sait que les hérésies qui déchirèrent la Numidie au quatrième siècle de notre ère se compliquèrent fortement de questions de nationalité. Il en fut de même au moyen-âge. De nos jours encore une grande fraction de la race berbère, les Mozabites, se trouve

en dehors de Torthodoxie. Dans la Régence de Tunis c*cst encore chez les Berbères que la même secte hérétique a des adhérents..

Les Kabiles n*onl pas le fanatisme des Arabes. C*est moins encore la religion qui les arme contre nous que Tamour de Tindépendance. Quand Bou Bar'la vint les soulever, il commença toujours sou appel à la guerre dans les foyers du fanatisme. Ainsi dans la vallée de TO. Sahel à Tamocra, des Âïdel, tribu de marabouts; ainsi dans le Jurjura, chez les Guechlhoula, près du tombeau de Sidi Âbderrahman bouquobrcin.

Une habitude qui s'est conservée pour nous, prouve une certaine tolérance. Il est d'usage en Kabilie que la mosquée serve d*asile au voyageur. Nous avons fait plusieurs excursions et constamment la niosqnée a été mise à notre dispositiou toutes les fois qu'elle était sufBsamment confortable. L'amin et les notables préféraient nous Tabandonner plutôt que se gêner un peu en nous livrant quelque pièce de leur habitation. Là nous nous installions complètement, couchant, fumant, mangeant et buvant des mels et des boissons pour eux prohibés. Il en fut ainsi à Tâka des Yahya, pendant le mois du Ramadhan. Nous devons ajouter qu'une telle hospitalité nous étonnait, nous gênait même et que nous eussions préféré la recevoir en d'autres conditions.

Dans cette mosquée de Tàka deux inscriptions nous ont frappé. L'une portail: « Occupe- toi des choses d'ici- bas comme si tu devais vivre toujours; et des choses de l'autre monde comme si tu devais mourir demain. » L'autre ainsi conçue, était eu quelque sorte à notre adresse : « Si quelqu'un s'occupe de choses profanes dans son temple, Dieu abrégera son existence. )>

Pendant ce mois du Ramadhan la plupart de nos clients se refusèrent à l'ingestion des médicaments, notamment du sulfate de quinine, bien que nous eussions inscrit sur notre porte en grands caractères arabes un verset du Coran qui

permet aux malades et aux voyageurs de rompre le jeûne sauf à en rendre plus tard l'équivalent. Il Taul dire aussi que bien peu de musulmans usent de celle liberté : ils préfèrent s'acquitter complètement du jeûne à Tépoque prescrite pour ne pas se trouver gcnés plus lard.

Comme nous l'avons dit, deux grandes préoccupations absorbaient les Kabiles : la liberté et les subsistances. Les travaux de Tesprit furent le partage à peu près exclusif des marabouts. L'activité intellectuelle des Ka biles se porta tout eniicre vers la culture et Tindustrie.

Les Arabes exclusivement agriculteurs et pasteurs ne pouvaient se sufT.re ;i ciix-mé.i:es, malgré le cercle borné de leurs besoins : ils étaient les tributaires des Kabiles qui pour eux travaillaient le bois et le fer. C'était encore aux Kabiles que les citadins empruntaient des artisans, à commencer par les maçons. Les arts de luxe même étaient cultivés parles Kabiles: c'étaient eux qui fournissaient le Magreb d'armes et de bijoux. Outre ces derniers objets, la tribu des Yenni avait une spécialité, celle de fabriquer delà fausse monnaie.

Devant consacrer un chapitre spécial au commerce et à l'indusirie, nous ajouterons seulement quelques mots. Malgré l'âpreté du sol, malgré leur démocratie par trop radicale, ombrageuse et turbulente, malgré le voisinage du gouvernement turc, les Kabiles ont couvert leurs arides rochers d'une végétation luxuriante et d'une population compacte : on ne saurait assurément leur refuser une certaine dose d'intelligence, de la sève et de l'énergie. Sous le généreux patronage de la France, leurs (acuités natives grandiront en puissance et en fécondité. Bien des faits et notamment l'accueil que certaines tribus ont fait à des transfuges, leur empressement à utiliser leurs connaissances supérieures, pro ivent que les Kabiles ont l'instinct du progrès, surtout industriel, et qu'ils ne sont pas frappés de cet esprit d'immobilisme qui est plutôt l'apanage fatal des gens de la tente : la fixité de l'habitation est une condition de progrès.

 côté de la rudesse et de la flerté, nous trouvons dans l caractère kabile un grand fonds de loyauté et de franchise. Ces qualités ressorleut de l'insiituiion de Vanaya, qui prouve qu'ils savaient aussi respecter dans autrui la dignité personnelle et imposer silence a leurs rancunes.

Depuis la conquête ils ont fait preuve d'un bon esprit. Pendant l'hiver de 1857 à 1858, un ofïicîer ramenait sans escorte sa femme de Bougie à Fort-Napoléon. Pondant notre séjour nous n'avons pas entendu parler de crimes contre les propriétés. Deux homicides ont ou lieu. î/un dic(é par des rancunes de famille, Tautre commis par un mari contre sa femme en flagrant délit d'adultère. Avant de se faire justice, le mari avait annoncé ce qu'il venait d'apprendre et ce qu'il allait (:ûre, et sa conduite avait eu l'approbation de tous.

Quant aux facultés aflectives, elles ont plus de relief et plus de consistance chez lesKabiles que chez les Arabes. Les liens de la famille y sont plus étroits. L'attachement au sol contribue également à les resserrer. La femme jouit d'une plus grande considération. Maintes fois nous avons surpris ces rudes montagnards en de tendres épanchements d'amour filial.

Nous avons toujours reçu d'eux une hospitalité cordiale et

empressée. Des relations de bonne amitié contractées avec

quelques-uns d'entre eux nous ont laissé de durables souvenirs (I).

Par position nous étions en rapport surtout avec la partie

la plus misérable et la moins éclairée de la population. Leur

dénûment, leur saleté, leur rudesse^ leurs exigences, leur

confiance exagérée mirent souvent notre patience à de rudes

(1) L* Arabe n*est pas avare de protestalions d*amitié, mais ses aTances sont généralement intéressées, pour pea que la personne à qui il s'adresse ail de Tinfluence : une posilion le flatte, et pour y arriver il a recours à ia protection. Vaincu de la veille, il accepte avec empressement un emploi dans Tadministration imposée aux siens. Le réj^ime poUtique des Kabiles ne comporte pas ces défauts.

épreuves. Nous devons dire cependant que nolle part el jamais dans Tcxercice de notre profession, nous n'avons éprouvé de satisfaction morale comme celle que nous ont procurée ces pauvres gens, dont la reconnaissance ne nous a jamais fait défaut. Colle des femmes avait un cachet particulier. C'est toujours avec plaisir que nous relisous le dossier volumineux de nos notes journalières.

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