IX.— DB LA FAMILLE
La famille se constitue chez les Kabiles de la même manière que chez les Ârabe.^.
Vers rage de six ans les jeunes filles sont fiancées et on les marie vers Tâge de dix à douze, moyennant une dot de quelques centaines de francs: Cette précocité du mariage, un des grands vices de la civilisation musulmane, malheureusement consacrée par Texemple du Prophète, ne nous a pas semblé avoir une influence aussi fâcheuse pour les femmes kabiles que pour les femmes arabes, en ce sens que les femmes kabiles ne nous ont pas paru vieillir aussi vite que les femmes arabes. On rencontre toutefois un certain nombre de jeunes filles d'un âge plus avancé, dont le mariage a été retardé pour des causes diverses .
Les femmes kabiles sont fécondes. Quand on entre dans un village, on est frappé de la grande quantité d'enfants, surtout eu bàs-âge, qui fourmillent dans les rues.
La polygamie est assez rare en Kabilie. On nous a désigné tel village de quelques ceniaines d'habitants, où Ton ne comptait qu'un seul polygame.
Le divorce nous a paru moins fréquent chez les Kabiles que chez les Chaouîa, où il nous a été donné comme très commun.
Ce qui distingue la famille kabile de famille arabe, c'est que la condition de la femme y est plus avantageuse. Ce fait
qui se traduit insque dau» la physionomie des femiues d*un ceruin âge, physionomie empreinte d'une séréaiie et d*una dlf^nité que l'on rencontre bien plus rarement sous la tante, parait avoir toujours été caractérisilque de la race. On sait que la résistance Oi»po8ée par lés Berbères de PAurès à Tin* vaslou musulmane fût dirigée par une femme, DAmta bent Nifak. Plus tard nous voyons une femme du nom de Ghemsi, commandera la iribu des Raten (1). Les noms de femmes réputées saintes et honorées comme telles sont plus communs chez les Kabiles que chez les Arabes . Le nom de Lclla Fathma, Théroîne de Soûmeur, est encore dans lontes les mémoiies.
La femme kahle est propriétaire foncière, et nous verrous plus tard quelques actes de donation faits par des femmes. Dans ces actes la femme est presque toujours honorée du titre de servante de Dieu, .
11 est un fait de philologie qui nous parait avoir la même sigoificaiion .
Les formes féminines sont communes à toutes les bngucs, mais, de toutes les grammaires à nous connues, la grammaire berbère est la seule où Texpression nous ait deux genres. Quand ce sont des hommes qui parlent, ils disent : novkni, quand ce sont des femmes, elles disent : novkenh.
Dans quelques tribus on pourrait peut-ôtre expliquer l'importance de la femme par l'importance de ses travaux et le bien-être qu'ils apportent dans la communauté. Ainsi ce sont les femmes qui tissent les burnous renommés des Ourlllan et des Beni-Abbès : ce sont les femmes qui fabriquent la poterie des Aîssi : mais nous croyons qu'il faut remonter plus haut pour avoir l'explication de ce fait social. .
Npus dirons plus tard que les femmes kabiles se présentaient à notre visite avec plus de propreté que les hommes
(1) Berbrugger, Epoq, milil. de la Gr. Kab,
et uo certain sealimeot des convenances que nons n*avons pas rencontré diez les femmes arabes.
Quant aux hommes, ils se marienl de bonne heure, aussitôt qu*Hs peu vent réaliser une dot. Comme en pays arabe ei musulman le célibat ne se comprend et ne se voit pas.
Si les femmes sont livrées jeunes, par contre, les vieillards abusent trop souvent et à leur détriment, de la faeulté qu'ils ont de convoler à de nouvelles noces en achetant une femme. Les unions, que nous trouvons et avec raison mal assor ties et en qifèlque sorte contre nature, sont chez eux celles qut paraissent les plus naturelles. Ceci rentre du reste dans les idées médicales des Arabes, que les Kablles ont pu recevoir par rinterinédiaire de leurs marabouts, sans parler de leur instinct luxurieux Plusieurs médecins arabes ont formulé <îQ quelques maximes les règles à suivre pour conserver la
santé. Parmi ces maximes, il est rare qu*on ne rencontre pas
celle-ci ; gardez -vous d^ épouser une meille femme.
La famille kabile est souvent nombreuse, et fréquemment un même toit abrite plusieurs générations : d*où Tencombrement, la viciation d'un air restreint et peu renouvelé, la transmission facile des maladies contagieuses. Nous avons entre autres rencontré une famille de galeux, composée de neuf membres, le père la mère et sept enfiints, tous infectés. La syphilis est aussi trausmise par le contact, et s'il fallait en croire les Kabiles, ce serait là la voie d'acquisition de beaucoup la plus fréquente.