CHAPITRE PREMIER
La rour quitta Sedan peu de jours après l'heureuse issue du long siège de Stenay, pour remonter vers la Picardie, 011 Turenne opérait de manière à neutraliser les efforts du prince de Coudé et à assurer la délivrance d'Arras. On s'arrêta à la Fère, puis à Péronne, pour rentrer à Paris plus tôt que l'on ne pensait, grâce aux succès du maréchal. Mais il se passa à Péronne un incident qui aurait pu prendre d'assez grandes proportions au point de vue de la cour. Il paraît que pendant ce voyage le jeune roi avait fortement apprécié les charmes de sa belle cousine, et il le lui aurait témoigné à diverses reprises, mais surtout dans un bal à Péronne, avec toute l'ardeur d'un prince de dix-sept ans. Les mémoires de Cosnac renferment malheureusement une lacune de trois ou quatre pages relative précisément à cet incident. Par la suite, le nouveau prélat nous apprend que depuis quelque temps il avait remarqué l'inclination croissante du roi. Toujours est-il que la princesse, blessée sans doute des bruits qui circulaient à ce sujet, saisit un prétexte à ce bal pour faire un éclat énorme, mais sur lequel, à défaut d(^ Cosnac, aucun contemporain ne nous renseigne. Le cardinal , excessivement ému , vint et parla au fidèh; aumônier qui chercha à excuser la princesse en expliquant sa conduite par la contrariété que lui causaient ces tentatives d'autant plus fâcheuses qu'elle était éloignée de son mari. Mazarin le chargea d'aller lui parler et de lui représenter « combien étoit grande la faute qu'elle avoit faite». Cosnac obéit, mais il eût soin de dire à M""^ de Conti, tout en la priant de se conformer aux ordres de son oncle, « qu'il l'avoit blâmée de son procédé de crainte qu'on ne s'imaginât qu'elle l'avoit concerté avec lui ». Elle se rendit sans résistance h ces observations , vint chez Mazarin , « souffrir doucement ses reproches, et la chose se réduisit à des excuses
qu'elle avoit promis de faire au roi » . Louis XIV se tint pour averti; il n'eut plus pour la princesse que « des civilités ordinaires », et il adressa ses hommages à M'"^ Mancini, la future connétable Colonna.
Ham, ce 12 août 1654.
Piloy ' m'a rendu votre lettre et m'a conté toutes vos victoires^. Vous pouvez croire si prenant autant de part que je fais à votre g-loire si j'en ai eu de la joie, mais il faut que je vous avoue que les assurances que vous me donnez de votre amitié m'en ont donné bien plus : elles me touchent si sensiblement que je ne sais comment vous témoig-ner les sentiments que j'ai là-dessus. Je vous dirai seulement qu'ils sont pleins de tendresse et de reconnoissance et que je vous aime tout ce que je suis capable d'aimer. La reine et M. le cardinal ont beaucoup de joie de toutes les belles choses que vous faites et vous donnent toutes les louang-es que vous méritez, comme fait toute la cour, qui, vous rendant justice, ne sauroit se lasser de vous admirer.
Nous partîmes vendredi de Sedan pour nous en aller à la Fère où nous avons demeuré deux jours, d'où nous sommes partis aujourd'hui et nous irons
^ Colonel de fortune, dont Bussy appréciait beaucoup la bravoure et l'intelligence.
2 Le prince venait de prendre brillamment Villefranche en Conflans et Puycerda.