CHAPITRE PREMIER
demain à Péronne. On se prépare d'attaquer les ennemis dans les lig^nes samedi ou dimanche, et l'on croit que nous ferons des merveilles.
La lig'ne qui étoit dans un billet que je vous ai écrit, qui n'étoit point de ma main, étoit de M. Ondedey' à qui je l'avois envoyée pour mettre dans une lettre que je vous écrivois, qui, voyant que je ne vous mandois pas bien la nouvelle, l'acheva de mettre. Le chag-rin que me cause votre absence est si g-rand qu'il ne sauroit être comparé qu'à l'impatience que j'ai de vous voir, et je ne saurois voir ce bonheur si éloig'né que avec bien de la douleur : ayez aussi un peu d'envie de me voir, mon très-cher, et soyez assuré que je vous aime et aimeray toute ma vie de toute la force de mon cœur qui sera toujours votre.
Ma mère et M'"" de Mancini et toute la parenté m'ont prié de vous assurer de leurs respects.
PeiTOiine, le 18 août.
Je pars pour aller à Arras : vous saurez par d'autres comme il a été secouru. Pour moi, je me contenterai de vous dire que je vous aime de tout mon cœur, et que j'ai autant de tendresse pour vous que d'impatience de vous revoir, et que les assurances que vous me donnez de votre amitié me touchent si sensiblement que je ne puis assez vous ténioi-
* Joseph Ondedeï, évèquc uouimé de Fréjus.^
g^ner combien elles me sont chères : croyez qu'elles me le sont au-delà de toute chose.
On dit que nous irons demeurer quelques jours à Chantilly et de là à Paris. Je pense bien vous assurer que je m'ennuierai partout, et qu'il est impossible que je puisse me divertir éloig'née de ce que j'aime le mieux au monde; ayez aussi un peu d'envie de me revoir, mon très-cher, et croyez que j'ai pour vous toute la tendresse dont je suis capable. Adieu.
Perronne, 1^' septembre 1654.
Les nouvelles marques que je reçois de votre amitié me touchent si sensiblement que je ne vous puis exprimer la joie qu'elles me donnent, ni la reconnoissance que j'en ai. Croyez que l'une et l'autre est extrême, et que je vous aime avec toute la tendresse dont mon cœur est capable. Nous partirons demain d'ici pour nous en aller à Paris où nous serons vendredi. Vous me demandez des nouvelles du mariag-e de M"" de Mancini ' : comme il n'y a point de difficulté, je crois qu'il se fera assurément, mais pas encore si tôt. La sortie du cardinal de Retz ayant fait demeurer le g-rand maître auprès de son père pour voir ce qu'il aura à faire, le maréchal de la Meilleraie est fort excité contre sa
^ Olympe Mancini, qui aurait voulu épouser Conti, pensa ensuite au prince de Modène, puis à M. de la Meilleraye: elle finit par épouser le comte de Soissons en 1657.