‹ Une nièce de MazarinChapitre 18 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

femme, ayant su qu'elle avait aidé à la sortie du cardinal de Ketz. Pour tous les mariag'es qu'on a proposés pour ma sœur, je crois que celui du fils du duc de Mudène se fera ', n'y ayant point d'autre difficulté que celle que ledit duc veut que M. le cardinal lui donne outre ce qu'il donne en mariag'e à sa nièce 150,000 écus que le roi lui doit depuis la g'uerre de Crémone et M. le cardinal ne le lui veut pas donner présentement, mais il dit que si il veut avoir patience, avec le temps il le fera payer du roi. On attend la rég'ente pour savoir s'il en demeurera d'accord. Puisque vous êtes bien aise de savoir de ces sortes de nouvelles, je m'en informerai et vous en manderai toujours, n'y ayant rien qui me soit si ag*réable que de faire des choses qui vous puissent plaire: c'est dont dépend tout mon bonheur. J'attends celui de vous voir avec beaucoup d'impatience. Je vous supplie de le croire et que je suis toute à vous. Adieu, mon très-cher, je vous embrasse de tout mon cœur.

Le bruit de l'aventure, dont nous avons parlé, était cependant arrivé aux oreilles du prince de Conti, qui en écrivit sur l'heure à M. de Cosnac le billet suivant :

« On dit publiquement ici que le roi est amoureux ; mandez-moi bien précisément ce qui en est, car de telle seroit que je pourrois y avoir intérêt. Encore une fois, déchiffrez ceci vous seul. Vous savez ce que vous m'avez promis. Adieu, brûlez cette lettre. »

Cosnac communiqua immédiatement ces lignes à la

' Elle l'épousa le 30 mai 1035.

princesse et, par son ordre, les porta au cardinal pour lui prouver qu'elle ne s'était pas trompée en redoutant l'importance que pouvaient prendre les libertés du roi. Mazarin pria l'évêque de Valence de bien raconter les détails au prince, et cette fois il ne trouva que des éloges à donner à sa nièce. Gosnac s'exécuta et envoya un récit qu'il rédigea avec la principale intéressée. Le prince ne se contenta pas de ses explications et il réclamait à toutes forces le départ immédiat de sa femme pour le Languedoc. On eut beau batailler avec lui, il revenait toujours aussi obstinément à la charge, et enfin de Puycerda il écrivit, le 22 octobre :

a Je veux absolument que ma femme revienne, c'est (( là ma dernière volonté ; ainsi elle n'a qu'à partir « celle-ci reçue, sans qu'il soit besoin de concert de « famille pour cela. Que ma femme vienne prompte- » ment. »

Les lettres de la princesse indiquent suffisamment qu'elle ne demandait pas mieux. Chacune respire la plus ardente passion, et dans chacune elle ne rêve que le retour de son mari pour la tenue des Etats et la permission de l'y rejoindre. Une devait certainement venir aucune opposition de sa part. La princesse dans sa correspondance y redouble ses protestations passionnées et l'on sent qu'elle dit la vérité, tout en constatant avec regret que, si son mari est jaloux, il se montre modérément empressé à répondre sur le même ton aux tendresses de sa femme. Ces lettres ne renferment aucune allusion aux billets reçus par Cosnac ; la princesse était censée les ignorer.

Paris, ce 4 septembre 1654.

Nous venons d'arriver à Paris, où l'on croit que

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