‹ Une nièce de MazarinChapitre 20 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Paris, 18 septembre 1654.

Gomme le seul plaisir que je puis avoir éloig'née de vous est de vous écrire et de vous assurer que je vous aime plus que moi-même, je ne veux pas perdre une occasion de me donner cette joie. Je vous assure donc que j'ai autant de tendresse pour vous que d'impatience de vous revoir, et, comme le bruit continue que vous tiendrez les états en Lang'uedoc, j'attends de votre amitié que vous ne me refuserez pas la joie de vous y aller trouver : je le souhaite plus que toutes les choses du monde, et je souffre avec tant de chag*rin votre absence qu'il est bien juste de me donner ce contentement : c'est le plus g-rand que je puisse jamais avoir. Je suis transportée de joie quand je song*e que je vous reverrai, mon très-cher : ayez aussi un peu d'envie de voir la personne du monde qui est la plus à vous. Les g'ens qui m'avoient dit que M""" de Long-ueville avoit écrit à M. le cardinal n'étoient pas bien informées, puisque j'ai su depuis que ce n'étoit pas vrai et que S. Ém. ne veut pas d'accommodement avec elle. Je ne crois pas que le mariag-e de M'" de Mancini et de M. le g-rand maître se fasse ^ ce dernier ayant ag-i d'une façon qui a obligée M. le cardinal à le rompre : je ne sais pourtant ce qu'il en arrivera. Je vous en manderai des nouvelles plus as-

1 II eut lieu cependant en 1662. Armand de la Meilleraye était grand maître de l'art! lieriez

36 LA PRINCESSE DE COiNTI.

surées par le premier ordinaire, et je finis vous embrassant de tout mon cœur, mon très-cher.

Nantoil, 24 septembre i6j)4.

Nous partîmes avant hier de Paris et allons coucher à ce soir à Soissons et après à la Fère où nous demeurerons quelque temps à changer de lieu : je ne fais que chang^er d'ennui, car j'en ai toujours beaucoup d'être séparée de vous, mon cher. Dans votre lettre vous me dites que quelquefois vous me souhaitez auprès de vous et que vous êtes fâché de ne m'avoir point amenée : ç'auroit été la chose du monde qui m'auroit donné le plus de joie, et les fatig'ues du voyag-e m'auroient été très-douces, puisqu'elles m'eussent procuré le bonheur de vous voir : j'espère de votre bonté que vous aurez pour ag-réable que ce soit en Lang-uedoc que j'aye ce contentement : ne refusez pas cette joie à une personne qui vous aime avec toute la tendresse dont son cœur est capable.

On a mis dans la Bastille M. de Fosseuse à cause du cardinal de Retz*. M. de Joyeuse se porte un peu mieux, mais il est toujours à g'rand dang-er -. On traite d'envoyer M. de Roan ambassadeur à

^ François de Montmorency, marquis de Fosseuse, mort en 168o ; il ayait eu h se plaindre assez gravement de quelques domestiques du cardinal et le lui a\ait fait sentir un peu vivement.

2 Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, mort le 27 septembre des suites de la blessure reçue au siège d'Arras.

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