CHAPITRE PREMIER
combien je m'ennuie ici et l'impatience que j'ai de vous revoir : je vous assure que je n'aurai point de joie que ce bonheur ne me soit arrivé, que je souhaite autant que de vous témoig'ner que je suis plus à vous qu'à moi-même.
La Fère, ce 9 octobre 16S4.
Je n'ai pu apprendre qu'avec bien de la douleur que vous ayez été malade, et, quoique vous m'assuriez qu'à cette heure vous vous portiez bien, je ne laisse point d'être fort en inquiétude de votre santé : elle m'est mille fois plus chère que la mienne : pour l'amour de moi, ayez bien soin de vous la conserver. L'impatience que j'ai de vous revoir aug-mente tous les jours et je ne puis plus vivre sans voir la personne du monde que j'aime le mieux : vous m'avez fait espérer que ce sera en Lang'uedoc que j'aurai ce bonheur : j'espère que vous aurez un peu de joie de voir ma personne qui a pour vous des sentiments pleins de tendresse et qui est trèsreconnoissante de toutes les bontés que vous avez pour elle. Je voudrois trouver les occasions de vous pouvoir témoig'ner l'une et l'autre, mais tout ce que je puis est de vous assurer que je serai toute ma vie de tout cœur toute à mon très-cher.
La Fère, iO octobre 1654.
Je viens d'apprendre tout présentement que M. le
cardinal trouve à propos que , dès que vous aurez tenus les états, vous vous en Veniez à Paris et que je ne vienne point vous trouver en Lang-uedoc : cela me donne bien du chag^rin, car cela en ce que je crois me retardera de quelque temps la joie de vous revoir. Je vous conjure, si vous avez un peu d'amitié pour moi, de dépêcher le plus que vous pourrez toutes les affaires que vous avez en ce payslà pour vous en venir bientôt voir la personne du monde qui vous aime le plus et qui a pour vous toute la tendresse dont mon cœur est capable. J'attendrai le bonheur de vous voir et de vous embras- . ser avec l'impatience que vous pouvez vous imaginer que peut avoir une personne qui aime aussi tendrement que je vous aime après une si long-ue et si cruelle absence. Je vous supplie encore une fois de vous en venir le plus tôt qu'il vous sera possible et d'avoir l'impatience de me revoir. Je finis vous assurant encore une fois que je vous aime de tout mon cœur, et que je suis plus à vous qu'à moi-même. Adieu, mon très-cher.
La Fère, 15 octobre 1654.
C'est avec beaucoup de déplaisir que j'apprends la continuation de votre mal, et je serai toujours en inquiétude et n'aurai point de repos jusqu'à ce que j'apprenne votre entière guérison : si vous m'aimez, ayez soin de votre santé qui m'est mille fois plus chère que la mienne. J'en attends des nouvelles