‹ Une nièce de MazarinChapitre 23 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

avec gTande impatience. Dans votre lettre vous me mandez que vous serez bien aise de me voir à Montpellier : j'aurai aussi la plus g^rande joie du monde de vous y aller trouver. Par Tionville* je vous ai écrit que M. le cardinal trouvoit à propos que vous vinssiez bientôt ici et que je ne fisse point ce voyag'e-là, mais, comme vous pouvez voir, vos volontés réguleront toujours les miennes, et, si vous souhaitez que je vienne vous trouver en Lang-uedoc, vous n'aurez qu'à me l'écrire; ce sera avec beaucoup de joie que j'obéirai à un tel ordre, et l'impatience que j'ai de vous revoir est si gTande que si, pour avoir ce bonheur, il falloit aller jusques au bout du monde, j'irois avec joie, pour vous dire que je vous aime de toute la force de mon cœur et que j'ai pour vous toute la tendresse dont je suis capable. Ce sont les sentiments d'une personne qui fait consister son plus gTand bonheur à être toute sa vie sans nulle réserve toute à vous. Adieu, mon très-cher; je vous conjure de m'aimer et vous embrasse de tout mon cœur.

Chantilly, 24 octobre 1654.

J'ai été la personne du monde la plus surprise en voyant votre lettre où vous me mandez que plusieurs personnes ont écrit au lieu où vous êtes que j'avois dit à la reine que, quoique vous fussiez

* Gentilhomme du duc d'Orléans.

42 LA PRINCESSE DE COiNTI,

brouillé avec M'"' de Long-ueville, je ne laisse pas de souhaiter qu'elle retourne avec M. son mari. Je croyois être assez connue de vous pour être à l'abri des mauvais offices et j'ai toujours espéré que vous me feriez cette justice d'être persuadé que je n'aurai jamais d'autres sentiments que les vôtres : le temps et toute ma conduite vous feront assez connoître cette vérité sans qu'il soit nécessaire que je m'en justifie : pourtant, pour vous satisfaire sur ce sujet, je vous dirai que de ma vie je n'ai parlé de M"' de Long-ueville à la reine. Quoique je sois un peu en colère de l'injustice que vous m'avez faite, je ne puis m'empêcher de vous dire que la tendresse que j'ai pour vous aug*mente tous les jours et que je vous aime beaucoup plus que moi-même. Je suis fort surprise de ce que vous me dites avoir été un ordinaire sans recevoir de mes lettres, n'en ayant point laissé passer sans vous écrire. Vous pouvez croire que je ne perdrois point d'occasion de me donner la seule joie que je sois capable d'avoir, éloig-née de vous. J'ai eu bien du déplaisir de votre maladie, mais Sarazin m'a bien réjouie en m'écrivant que vous êtes tout à fait g-uéri. Ayez bien soin de votre santé, vous assurant que c'est la chose du monde qui m'est la plus chère. Pour mon voyag-e de Montpellier, j'en ai fort pressé M. le cardinal, qui ne m'a pas voulu permettre de partir jusques à ce qu'on ait réponse des lettres que l'on vous a écrites par Tionville. Pour moi , je souhaite fort d'y aller, et j'attends vos ordres là-des-

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