CHAPITRE PREMIER
parut d'abord très-grave ; on rapporta la blessée à Paris mais les appréhensions furent vite dissipées et l'on put partir*. Cosnac fut du voyage. On rencontra le prince à Remoulins -. « Il reçut Madame sa femme avec mille caresses. » Une fois arrivé à Montpellier où les États avaient été convoqués, le prince emmena son aumônier dans son carrosse et se fit raconter par lui, avec les plus grands détails, l'affaire du bal.
« Sa jalousie me parut forte, écrit seulement Cosnac, et, malgré ce que je lui avois écrit et ce que je disois, il n'en revenoit qu'à peine. » Au même moment on venait apprendre au prince la mort de Sarrasin. Cosnac repousse le bruit que cet accident ait été causé par les suites d'un coup de pelle à feu sur la tête que le prince lui aurait asséné un jour qu'il en avait reçu un prêt d'argent, mais il admet celui qui donnait pour motif de cette mort, du poison mis dans un potage par un mari dont Sarrasin courtisait la femme : « Cela n'étoit pas sans fondement , car elle mourut quelques jours avant lui. » Sa charge de secrétaire des commandements fut donnée à Guilleragues.En même temps le prince attribuait à Cosnac l'intendance effective de sa maison, qui avait grandement besoin d'être mise en ordre. L'évêque de Valence se rendit à Paris pour traiter de cette situation avec le cardinal ; il obtint ainsi l'octroi d'une pension de prince du sang, la permission de vendre le gouvernement du Berry au prix de 200,000 livres devenues indispensables pour liquider les dettes , la charge de grand maître de la maison du roi ; mais ce, ne fut pas sans difficultés et au prix de scènes violentes avec
* Cosnac est très-incertain pour la date ; il tixe dans ses Mémoires ce départ au 30 novembre.
* Petite ville près du pont du Gard.
Mazarin, dont il est amusant de lire le récit dans les mémoires de Févêque de Valence. Cet habile prélat avait du demeurer quelque temps absent pour obtenir ces importants arrangements. Durant son éloignement, un homme adroit et fm, littérateur agréable, l'oratorien Esprit, avait su capter la confiance des deux jeunes époux ; Conti cherchait à s'amuser et trouvait dans Cosnac un adversaire résolu de divertissements en effet peu dignes d'un prince. Esprit au contraire approuvait la passion du prince de Conti à courir à Montpellier les bals masqués.
L'hiver se passa ainsi en petites querelles intérieures sans que nous rencontrions dans les mémoires du temps de détails concernant M"" de Conti. Le printemps rappela son mari à la tète de son armée en Catalogne. Esprit resta auprès de sa femme qui s'installa à la Grange, son mari ne s'étant nullement soucié, comme de raison, qu'elle reparût à la cour. La Grange-des- Prés était située à l'extrémité du faubourg même do Pézenas , dans une situation charmante : bâti par le connétable de Montmorency, ce château, « la plus belle maison du Languedoc », d'après Piganiol de la Force, avait passé au prince de Condé, beau-frère du duc de Montmorency, et de là au prince de Conti.
La princesse entretint avec son mari la correspondance la plus active, la plus tendre surtout, lui écrivant jusqu'à trois lettres le même jour, ne trouvant jamais d'expressions assez chaleureuses pour exprimer ses sentiments^ excusant même avec une grâce exquise le peu d'empressement de son mari à lui répondre, et supportant avec résignation de fréquentes souffrances que le prince devait entièrement s'imputer.