CHAPITRE PREMIER
Mon cher enfant,
11 faut que vous vous moquiez de tous les g-ens qui vous écriront qu'il faut que je m'en aille à Paris, que l'air de ce pays ne vaut rien, car vous savez comme ils seroient aise s'ils pouvoient nous ôter le peu de ce temps que nous avons à être ensemble, qui est la seule joie que nous ayons dans ce monde. Je voudrois bien savoir si, quand ces personnes-là étoient amoureuses, on leur auroit fait plaisir de les empêcher de voir la personne qu'ils aimoient. Ils en parlent bien à leur aise. Croyez-moi : il seroit bien fou qui le croiroit. Revenez donc bientôt, mon cher amour : je veux mourir de joie entre vos bras. Adieu, mon tout, aimez bien votre chère enfant qui meurt d'amour pour son cher mari.
Pézenas, ce 30 avril.
Mon -très cher enfant,
Je serai bien fâchée de quoi je n'aurai pas la joie de vous revoir aujourd'hui. Je crois que vous ne doutez pas de mon impatience. Je vous suis bien oblig"ée de la bonté que vous avez eue de m'écrire et de me faire savoir des nouvelles de votre santé. La mienne est assez bonne. Je me meurs d'envie de vous voir : venez donc, mon cher enfant, afin d'ôter d'inquiétude la personne au monde qui vous aime le plus tendrement.
A la Grange, ce 17 mai 1653.
J'avois tort, mon cher, d'avoir cru que vous ne vous étiez pas souvenu de m'écrire de Narbonne. Je vous en fais mille excuses, mais je n'ai reçu votre lettre que ce soir : elle m'a donné la seule consolation que je suis capable d'avoir dans votre absence. Les marques que vous me donnez de votre amitié me sont bien chères. Je voudrois vous en pouvoir donner de la mienne qui vous fissent connoître que l'on ne peut pas vous aimer avec plus de tendresse que je vous aime et que j'ai toute lareconnoissance que je dois des bontés que vous avez pour moi. Mandez-moi souvent de vos nouvelles, et je vous conjure par l'amitié que vous avez pour moi de vous bien conserver. Si je vous suis un peu chère, vous le ferez : je vous laisse à jug'er dans quelles inquiétudes je suis de savoir que vous allez exposer ce que j^aime plus que ma propre vie : encore une fois, je vous supplie d'avoir soin de vous pour l'amour de moi qui suis et serai toute ma vie vôtre.
La Grange, dO mai 16.")o ù 4 heures.
Je reçus hier deux de vos lettres, mon cher. Vous avez bien de la bonté pour moi de m'écrire si souvent et des lettres si tendres et si oblig-eantes. Je serai la plus heureuse personne du monde d'être